31 octobre 2019

 

Je poursuis l'écriture de mon blog et cette année, les supports seront plus variés.

 

J'ai débuté l'écriture de ce blog en août 2011 lors de mon séjour en Australie (L' Australie : la découverte).

 

Vous y trouverez plusieurs chapitres (L'entracte réunionnais pour l'année 2012, L' Australie : les études et la vie pour 2013 à 2015, Madagascar : la coopération régionale qui concerne l'année 2016 et les Seychelles : la coopération régionale (bis) pour les années 2017 et 2018). En 2018 et 2019, j'ai vécu en Malaisie et je me trouve maintenant au Canada.

 

Vous pouvez mon blog dans son intégralité ci-dessous ou choisir de lire les chapitres séparément en naviguant dans les onglets à gauche.

 

Bonne lecture !

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Bilan

C’est l’heure du bilan. D’habitude, on fait le point en fin d’année, en décembre. Mais finalement, juin et notamment le solstice d’été, sont aussi un moment où il est intéressant de jeter un coup d’oeil dans le rétroviseur.

 

Il y a plus d’un an, je courais la course BMO avec beaucoup d’espoir et de recul. J’avais acquis un recul me permettant de me donner entière au moment et au fait de faire partie d’un tout. Depuis, cette unité a été soumise à bon nombre d’épreuves et hélas, mon attention s’est recentré, fort malheureusement, sur mes luttes internes.

 

Depuis, une alternance d’évènements heureux comme la venue de mon frère (la toute première personne à me rendre visite à Vancouver depuis que j’y habite, soit 4 ans) par exemple et d’évènements moins réjouissants, sur lesquels je ne peux m’étendre, m’a fait un peu perdre le fil et ne plus savoir sur quel pied danser. J’essaie de me raccrocher aux moments précieux et beaux du passé mais j’ai l’impression qu’ils pâlissent dans ma mémoire au point que je doive relire sur ma vie passée, revoir des photos pour me dire que j’ai bien vécu cette vie-là. Pour la première fois de ma vie d’adulte, j’ai la même adresse sur une période très longue pour moi : 4 ans. La moyenne a plutôt été d’un à maximum un an et demi sur la majeure partie de mes pérégrinations hors du foyer parental.

 

Une fois de plus, j’ai l’impression de me créer ex nihilo. J’essaie de raccorder des wagons en vain, de trouver des traits d’union dans mon identité, de les créer comme on essaie de saisir une brume pour faire une sculpture. Je ne tente même plus créer; je sens la source tarie, je n’ai pas le temps, je n’ai plus d’énergie.

 

Depuis plusieurs mois, je me sens comme un golem avec malfaçons; je prends forme, j’essaie d’accomplir la tâche ordonnée puis je me désagrège, avant de me reformer puis de me désagréger à nouveau.

 

Des problèmes de santé vont et viennent comme la marée, des attentes administratives sans fin me tourmentent comme des harpies, des failles ouvertes par la thérapie (mais il le faut bien pour guérir à long terme) ouvrent parfois la terre sous mes pieds et mille difficultés pour avoir une routine sportive décente (alors que l’année dernière, tout était parfaitement huilé et constant) me désespèrent.

 

Cependant, dans ce terrible maelstrom, j’ai la chance d’avoir la constance de mon compagnon, toujours là à me soutenir.

 

Mais actuellement, j’ai perdu le goût comme ils disent. Avant, l’étincelle venait tout de suite, comme une allumette qu’on craque. Aujourd’hui, je suis seule avec ce son d’abrasion, de magie perdue, sans feu dans une solitude glacée. Je n’arrive plus à trouver la joie d’avoir aidé un ou une inconnue, d’avoir tenu une porte, d’aider autrui sans rien attendre en retour. Je n’attends rien, je ne veux pas être dans des relations transactionnelles mais je déplore simplement de ne plus avoir cette magie de l’abandon (il y a don dans abandon).

 

Je crains l’amnésie existentielle; de ne plus me souvenir de qui je suis, de ce que j’ai fait et d’errer dans le monde, comme ce monsieur dont je m’occupais, victime d’une AVC, qui avait vécu une vie riche mais qui avait basculé dans le présent total, avec pour seules traces des cartes postales jaunies dans son appartement. Peut-être que cette rencontre était un signe annonciateur de ce qui m’attendait aujourd’hui, de cette pente vers la perte de mémoire. Je n’ai plus de personnes physiquement autour de moi pour me rappeler ce que j’ai vécu, des personnes avec qui j’ai partagé ces moments et ces aventures. En quelque sorte, je suis déjà passée dans un autre monde, celui des spectres, avec cette identité et cette mémoire qui pâlissent.

 

Mais j’essaie de ne pas oublier le goût de la résilience. Elle m’apparaît comme une gourde dans le désert; je parvenais à déguster cette eau fraîche dans mes traversées difficiles, ne laissant que quelques gouttes humecter mes lèvres séchées par un vent de détresse. Mais me reste-t-il de l’eau aujourd’hui ?

Courir pour et pas contre, vivre pour

Ce nouvel épisode aborde la suite de mon voyage en Malaisie, mon retour à Vancouver et la course pour de bonnes causes.

 

Retournons donc quelques semaines plus tôt, en Malaisie...

 

Retrouvailles poétiques

 

Le décalage horaire a parfois du bon. Mes yeux étaient grand ouverts depuis 4 heures du matin. J’écoutais la quiétude de la nuit, bercée par le ronronnement du ventilateur et le chant des insectes nocturnes. Je sais que viendra bientôt mon moment favori de la journée : le lever du soleil. C’est si beau d’entendre le monde s’éveiller, les oiseaux initier les actions, le ciel faire glisser la couverture de la nuit, constellée des dernières faibles étoiles au firmament. Tout est calme et les mondes transitionnent.

 

Je suis partie faire un jogging dans le coin et c’était magnifique. Il faisait encore nuit et j’ai entendu le premier appel à la prière. Les parfums capiteux des jasmins, frangipaniers et autres fleurs emplissaient l’air. Il y a toujours un premier oiseau qui chante, avant qu’un autre lui réponde, puis que les autres types d’oiseaux engagent eux aussi des conversations matinales. J’ai l’impression que des singes se joignent parfois à cette chorale animale. J’adore écouter les chants complexes des oiseaux. Il me semble que ce sont des chants ancestraux, des histoires mythiques sur la fragilité et la beauté de la vie, les retrouvailles, la beauté du monde et l’amour. En Australie, je me souviens de ma famille qui me disait : « Les premiers jours, on est émerveillés puis au fil du temps, on aimerait bien qu’ils se taisent ! ». On sous-estime ces ténors...

 

La floraison artistique

 

L’art est en train de prendre une place plus importante dans ma vie. Je réalisais récemment (le 31 mars dernier), qu’il y a un an, j’étais sur scène pour le projet « De la plume à la scène » à La Boussole, pour cette unique représentation. Aujourd’hui, je prépare une autre pièce avec Magda Ochoa. Je ne peux pas trop en dire mais après une phase d’adaptation à six mains, je vais devoir apprendre mon texte pour être prête pour fin septembre. J’ai une grande chance de pouvoir à la fois travailler pour donner la chance à d’autres de faire du théâtre-forum et de moi-même continuer à faire de la scène.

 

Je vais aussi continuer la musique avec mes deux acolytes musiciens, Daniel et Massimo. Nous jouons les morceaux originaux de Daniel et les miens que Massimo arrange. Nous avons fait une scène ouverte et c’était la première fois que je jouais en trio sur scène. Ca faisait bien longtemps que je n’avais pas refait de scène en tant que musicienne et j’étais quand même très stressée. Il faut dire que j’ai déboulé quelques minutes avant qu’on nous avertisse que c’était notre tour. Nous avions pu faire seulement deux chansons. Ca allait sur celle de Daniel mais sur la mienne, assaillie par le trac, j’allais un peu plus vite et je me suis plantée à un moment. Heureusement, Daniel et Massimo m’avaient sauvé la mise et ça ne s’est pas trop entendu.

 

Nos répétitions me donnent beaucoup d’énergie, même si elles m’en prennent aussi.

 

La langue

 

En arrivant, j’étais autant émue par la chaleur enfin retrouvée que le Bahasa Malaysia sur les panneaux de signalisation et publicitaires. Je n’ai pas été en contact très longtemps avec cette langue, tout comme avec le Malagasy, mais ce sont des langues très proches de moi, des langues de coeur, des langues d’adoption. Je me suis sentie plus qu’accueillie dans ces pays, je me suis sentie chez moi, intégrée pour de vrai, absorbée telle qu’elle. On a pris Nathalie comme elle est : réunionnaise, française, bizarre, unique, artiste, drôle, humaine. J’imagine bien que les expériences de chacun sont différentes et que j’ai sans doute eu de la chance mais je ne parle que de ma perspective, je l’avoue.

 

Je suis heureuse de comprendre la majorité des interactions basiques en Bahasa malaysia. C’est comme un écho de ma vie précédente, lorsque je vivais en Malaisie en 2019... 

 

J’aimerais beaucoup apprendre le cantonais pour mieux communiquer avec ma famille mais c’est un objectif pour l’année prochaine.

 

La gratitude

 

J’ai éprouvé énormément de bonheur en Malaisie. J’ai pris du recul sur ce bonheur et à mon avis, je le dois aussi aux autres. Bien sûr, je suis le moteur de tout ça mais on évolue au contact des autres.

 

Je reprends des forces pour pouvoir aider les autres.

 

Escapade chez les coupeurs de tête et correspondance culturelle

 

Nous avons fait un tour au centre culturel Mari-Mari et c’était une très belle expérience. Niché dans une jungle luxuriante, ce centre culturel permet de découvrir tout au long d’un parcours les coutumes et les cultures des différentes tribus présentes dans la région de Sabah, sur l’île de Bornéo.

 

La végétation m’a clairement rappelé les Seychelles. Les arbres sont grands, contrairement à la Réunion balayée par les cyclones et où la végétation a du se densifier pour résister aux assauts des vents puissants. Les feuilles des arbres sont aussi très grandes. Un petit ruisseau coulait et faisait entendre un son de carillon.

 

C’était bien fait, pas condescendant ni colonialiste et mettait bien en valeur les traditions locales. Ça m’a rappelé les expériences culturelles maori en Nouvelle-Zélande (la meilleure approche que j’ai vu pour l’instant). Evidemment, il y a aussi des similitudes culturelles tout autour de l’océan pacifique. 

 

Quelques éléments dans les huttes ont aussi encore une fois validé les théories que j’avais lu sur les voyageurs malaisiens arrivant à Madagascar. Nous avons en commun, non seulement la nourriture mais de l’artisanat : j’ai vu un bertel (nom réunionnais d’un sac à dos tressé), des vans (nom réunionnais de paniers ronds tressés) et des objets en rotin (appelé ratan en Bahasa Malaysia). C’est beau et émouvant de se dire qu’on est tous liés à ce point.

 

Nous avons expérimenté un trampoline traditionnel, uniquement fait des branches et de rotin. Le petit groupe d’étrangers que nous étions s’est pris la main et a d’abord appuyé plusieurs fois en cadence avoir que tout le monde saute dans les airs après un décompte. Quand on expérimente ce simple « jeu », on sent pourtant la cohésion du groupe. Nous montons tous ensemble dans les airs pour essayer d’attraper un objet fixé au plafond. Symboliquement parlant, c’est très fort.

 

C’était aussi très symbolique d’entendre notre guide parler de la lame utilisée pour couper la tête des ennemis et de nous en montrer une. Il nous a expliqué que chaque trou dans la lame signifiait le nombre de têtes tranchées par cette même lame; elle en comptait huit. Je pensais que les trous fragiliseraient la lame, mais mon compagnon m’a expliqué qu’au contraire, la région autour de celui-ci n’est que renforcée. Ça me fait penser au kintsugi.

 

Lien maternel marin

 

Malgré la présence de méduses, apparemment quasiment mortelles pour certaines, j’ai retrouvé l’eau cristalline de la mer. J’étais tellement heureuse d’enfin nager avec les poissons. C’est mon berceau. J’ai une relation très charnelle avec l’océan.

 

Mon compagnon m’a avoué être venu avec moi mais ne pas être totalement à l’aise dans cet élément. Pour moi, être dans l’eau, c’est être en sécurité. Etre dans la mer, c’est être dans mon élément, c’est être l’élément, être la mer elle-même. J’étais sans doute un animal marin dans une vie antérieure. Bien sûr, les coraux sont un peu sombres parfois et peuplés de créatures mais c’est plus fort que moi, je dois aller les voir, nager (pendant des heures si possible), flotter, explorer les lagons, entendre des sons de l’extérieur absorbés et entendre les poissons croquer les coraux, entendre le clapotis des vagues sur la plage, être ballottée par elles.

 

La sensation du sel sur ma peau m’a ramenée à mon enfance, à ces dimanches à la plage, au sable doux sous mes pas dans l’eau, à ces sorbets après un bon bain obtenus en courant derrière le camion de glaces à la musique aussi hypnotisante que le chant des sirènes.

 

Fin des vacances...

 

Je termine l’écriture de cet article alors que les vacances s’achèvent. C’était de belles retrouvailles après plus de trois ans. J’ai pu reconnecter avec la nature et ma famille. Encore une fois, je sais que j’ai beaucoup de chance et je pense à ceux qui ne peuvent pas rentrer chez eux pour mille raisons. Je veux leur envoyer mon amour.

 

... et retour à Vancouver

 

Le retour n’a pas été aussi brutal que je le pensais. Je retournais vers des personnes que j’apprécie, que j’aime, vers un emploi que j’apprécie beaucoup et une routine agréable.

Je suis revenue avec beaucoup d’énergie solaire en moi, prête à la partager avec tout le monde.

 

La course BMO

 

J’ai fait la course BMO récemment. Je détestais courir avant, surtout dans des pays au climat tempéré car l’air froid entrant dans mes poumons me faisait l’effet de mille aiguilles dans les poumons.

 

Puis, je me suis dit que je devrais essayer des choses que je n’aimais pas ou que je n’avais pas l’habitude de faire. Courir était donc en haut de ma liste. Puis, j’étais curieuse de voir ce que ça faisait de faire partie d’une course. Je dis bien faire partie de et non, courir contre, me battre contre. Je voulais faire partie d’un tout. Je n’ai pas été déçue.

Je voulais m’entraîner sur au moins deux mois mais entre un emploi du temps un peu chargé et des vacances où je me suis vraiment détendue, courir n’était pas la priorité. J’y suis donc allée avec un entraînement vraiment minime. J’allais courir de temps à autre en salle, sur une elliptyque, histoire de préserver mes articulations.

 

La veille de la course, je suis allée chercher mon dossard et mon t-shirt et j’étais vraiment très surprise que c’était déjà comme aller dans une fête. Bien sûr, il y a l’aspect commercial : on veut vous vendre les équipements dernier cri, les meilleures barres céréalières et autres chaussettes promettant monts et merveilles. Mais au-delà de ça, il y a aussi des organismes qui montrent d’autres choses : les différentes destinations marathoniennes, des organismes de charité...

 

Cette course existe depuis 1972 et attire des milliers de participants. On a le choix entre trois courses : le marathon (donc 42,2 kms), le semi-marathon (21,1 kms) ou le 8 kms. On peut courir en individuel ou en équipe et on peut même courir pour un organisme de charité listé sur leur site.

 

Avant la course, j’avais du temps et j’ai joint la foule qui était allée encourager les inconnus courant le semi-marathon. Je trouvais ça fort de donner du courage à des personnes qui se donnent sans que nous nous connaissions.

 

Sur la ligne de départ, l’ambiance était très bonne, loin de la compétition pure et dure.

L’image d’un homme tenant un panneau avec les mots « Remember your « why » (Souvenez-vous de la raison pour laquelle vous courez, votre « pourquoi ») reste gravée en moi. Evidemment, j’ai pensé à mon « why » et à ce moment, je me suis dit : je vais courir pour les personnes qui ne peuvent pas faire cette course et pour les personnes que j’aime. Ces mots ont été joués en boucle dans ma tête.

 

Assez ironiquement, lors des premiers mètres, un itinérant, assis à côté de son vélo et de ses sacs, nous regardait passer... Tout aussi absurde que l’image de bus scolaires oranges, ces navettes prêtes à nous emmener et de cet homme, itinérant, couvert d’un duvet, avant des brochures de nouveaux condos et développement immobilier autour de lui.

Donc ça m’a vraiment fait pensé à mon « why », au fait que je veux courir pour quelque chose, que quand je vis et que je travaille, je le fais pour une cause : autrui.

 

J’aurais pu courir contre ou pour moi-même et je l’ai sans doute fait, courir contre mon temps, contre des chiffres mais au final, à quoi ça rime ? Pourquoi courir contre quand on peut courir pour ? Le fait de mettre du sens, d’être concentrée sur mes messages intérieurs, de me repasser les noms des personnes que j’aime, puis à un moment, je suis arrivée en moi à un moment que j’ai vécu aux Seychelles, le « sauvetage » de mon père. Je le mets entre parenthèses car ce sont ses mots, pas les miens. Pour moi, je devais juste le faire. Je me suis dit : repense à ce moment où tu as du agir, garder ton calme et bien respirer, te dire que tu peux le faire, sans pression, sans forcer, tu peux nager.

 

J’ai apprécié être dépassée, voir les personnes marcher, ni me sentant jamais supérieure ou inférieure mais faisant partie du tout, comme un poisson dans un banc de poissons.

Sur la fin, j’avais le soleil dans les yeux et pas mes lunettes de soleil. J’ai voulu pousser, j’ai accéléré un peu pour passer la ligne d’arrivée. J’ai failli me casser la figure sur une petite borne séparant les arrivées de 8kms et du semi-marathon mal balisée. Puis je me suis arrêtée d’un coup, ne pouvant pas continuer ma foulée et j’ai vraiment failli vomir. Cet arrêt trop brutal pour mon corps m’a fait prendre conscience que j’avais demandé beaucoup à mon corps, que c’était ok mais qu’il ne fallait pas non plus pousser.

 

Puis on m’a remis une médaille pour avoir participé mais ce que je vois en la regardant, ce sont les messages que j’ai eu à ce moment : courir pour les personnes qui ne peuvent pas et ceux que j’aime.

Printemps équatorial

Je recommence à écrire un 1er avril. Ca pourrait être une blague mais non, je reprends le fil de mon blog adoré, laissé longtemps en jachère en raison de mille questionnements que je ne voulais pas asséner comme des coups de bambou à mes lecteurs.

 

Me voici à l’aéroport de Vancouver, prête à quitter cette ville, quasiment trois ans et demi après. Trois ans de pause dans mes voyages incessants, détentrice d’une terrible empreinte carbone avec mes vols autour du monde. Pour ma défense, j’ai voyagé dans le but de m’établir quelque part, à la recherche d’une terre fertile pour m’enraciner quelque part. Evidemment, j’ai croqué à pleines dents les nouvelles expériences, les nouvelles découvertes et surtout les nouvelles rencontres dans les contrées lointaines. Lointaines les unes des autres, lointaines de mon chez moi, puis j’en suis venue à me demander quel était mon chez moi, puis mon chez moi est devenu des personnes, puis finalement une petite partie en moi-même lors que la dépression a créé un silence assourdissant dans ma tête et dans mon corps.

 

Le pivot

 

Me voici donc à un nouveau moment où tout bascule, un pivot magnifique et vertigineux. Après trois et demi d’expériences inédites car je n’étais jamais restée aussi longtemps au même endroit aussi longtemps depuis mon enfance, c’est l’heure d’une sorte de bilan, de coup d’oeil dans le rétro.

Je ne reviendrais pas sur la dépression, sur l’envie de me jeter d’un pont car finalement, c’était un épisode que je reconnais, que j’accepte et qui m’a permis de grandir. Je préfère offrir à mes lecteurs le récit de cette aventure excitante et extrêmement enrichissante qu’est mon emploi à La Boussole.

 

Le théâtre-forum à La Boussole

 

Je m’épanouis dans mon poste de coordinatrice de projet de théâtre-forum. Ce théâtre d’intervention sociale est un puissant outil pour faire réfléchir, sensibiliser et donner le pouvoir aux victimes d’inégalités sociales. C’est un travail délicat avec beaucoup de responsabilités. Je me sens au service d’une cause plus grande que moi et du coup, j’oublie beaucoup de freins. L’ego n’est pas au volant, la peur de ne pas être assez bien, de ne pas être à la hauteur ou de ne voir à l’écran sont mises en sourdine pour laisser mon envie, la mobilisation de différentes compétences acquises lors d’expériences totalement différentes.

 

Et puis je travaille avec une superbe équipe, avec des intervenantes extra, avec des bénévoles fantastiques et des participants très engagés.

 

Bien sûr, cet exercice théâtral remue et même choque par les thématiques qu’il aborde. Les inégalités sociales sont encore trop répandues et surtout, trop banalisées. Mais ces moments difficiles offrent aussi l’opportunité pour les personnes touchées de sensibiliser le public et de donner des éléments pour s’adresser correctement à une personne par exemple ou à changer d’attitude et devenir plus respectueux.

 

Retour à l’habitat naturel

 

Depuis le hublot d’avion, en voyant la lumière, quelque chose en moi a été très ému de retrouver cette ambiance. Je savais que dans les prochaines minutes, mon corps allait retrouver cette moiteur équatoriale si dense que certains haïssent et que j’aime tant, cette lumière crue, cette brise attendue lorsqu’il fait trop chaud, ce soleil brûlant sur ma peau. Je me sens comme un poisson qui retrouve l’eau, surtout celui qui s’enfouit dans le lit des rivières asséchées et qui attend le retour de la crue. Je me sens comme ces tulipes et autres fleurs de printemps s’épanouissant aux premiers rayons de soleil et aux températures clémentes.

 

Le trajet vers la ville m’a rappelé l’île Maurice avec cette conduite à gauche et cette végétation tropicale. Les motocyclistes m’ont rappelé pêle-mêle Maurice et Madagascar. Toutes mes précédents voyages s’entremêlent avec le temps.

 

La Malaisie est loin d’être juste une destination de vacances au soleil pour moi; c’est un retour vers tellement de choses. C’est un retour à un _ parmi plusieurs _ tournant dans ma vie. C’était la première fois que je ne préparais pas un voyage, que je voulais me laisser surprendre et me laisser vivre un peu. C’était aller voir, sans le savoir, une énième version des racines du peuplement de la Réunion, une énième version de mes racines.

 

Ce matin, à l’appel du muezzin, des chiens du quartier hurlaient en coeur. Ce témoin des cohabitations des différentes communautés (nous sommes dans une communauté majoritairement chinoise et chrétienne et le Ramadan est fêté par la communauté musulmane) me ramène à la Réunion où il est normal de respecter la confession de ses voisins. Evidemment, que ce soit à la Réunion ou en Malaisie, il y a toujours des accrocs parfois mais dans l’ensemble, les choses se passent plutôt bien.

 

Autant j’apprécie ce retour à la chaleur et aux conditions de vie « normales » pour la réunionnaise d’origine que je suis, autant j’ai le temps d’apprécier ma vie et surtout mon travail à Vancouver. Avant de découvrir le sens du mot « community » (je le laisse en anglais car son sens change en français), je souffrais du jugement qu’on posait sur moi; Nathalie est « trop gentille », « tu vas te faire avoir à tout le temps être comme ça », et probablement dans mon dos, Nathalie est une « bonne poire ». Lorsque je suis entrée en contact avec le concept de « community centre » (centre communautaire), tout a fait sens et je me suis enfin sentie à ma place. Oeuvrer pour la société, pour le bien commun, en offrant un accueil inconditionnel; voilà enfin ce que je peux faire et qui je suis.

 

Je suis enfin relancée dans le processus d’écriture et ma prochaine publication abordera mes projets artistiques adjacents prévus pour l’été et l’automne.

La symphonie humaine

Les inconnus qui vous parlent dans la rue

 

Nous étions en train de déguster un savarin lorsqu’une dame se mit à nous parler. La conversation fut enclenchée par un « Ah oui, c’est bon ça ! » Cette dame incroyable nous a fait voyager en nous racontant qu’elle était archéologue spécialisée dans les maladies anciennes. Mais que son vrai rêve non-accompli aurait été d’être volcanologue. Elle avait même une app sur son téléphone pour suivre l’activité volcanologique autour du monde en temps réel. Nous avons eu droit à une véritable conférence de cette habitante de l’île de Vancouver, apparemment régulière de ce salon de thé de Vancouver. Elle nous a ainsi révélé qu’elle était originaire d’Europe, qu’elle avait habité, entre autres, le Japon et qu’elle était veuve.

 

Les gens nous parlent, les gens me parlent. C’est incroyable comme ils se livrent. Savent-ils que je respecte leur parole ? Que je ne révèlerai jamais rien qui puisse les mettre en porte-à-faux ? Qu’ils peuvent me faire confiance ? Est-ce pour cela qu’ils se livrent si naturellement à moi ?

 

Je m’en suis fait le serment lorsque j’ai embrassé la carrière journalistique. Il était crucial de faire ce pacte avec moi-même. Je pense que je portais en moi avant même le tournant journalistique d’ailleurs. Et je n’oublierai jamais une dame dont je m’occupais à Paris, lorsque je faisais de l’aide à domicile.

 

Pas commode, elle m’avait même accusée de lui avoir volé de l’argent en allant faire des courses. Je pense plutôt que son boucher m’a bien roulé mais bref, je lui ai rendu la différence. Je ne sais pas vraiment si c’était personnel, si elle ne m’aimait pas, si elle n’aimait pas ma couleur de peau, si elle n’aimait pas ou plus les gens, et finalement, peu importe car elle m’a fait vivre un moment important et c’est ça le plus important.

 

Alors que j’étais partie faire ses courses, que je rentrais haletante d’avoir monté je ne sais combien d’étages avec mon chargement, elle m’avait demandé de m’assoir un instant. Et elle s’est livrée. Elle m’a raconté son arrivée difficile à Paris pour une fille de province. Elle m’a raconté des étapes difficiles de sa vie. Je sentais comme un relâchement dans son attitude. Pas sympathique mais il fallait qu’elle se livre à ce sujet.

 

Le lendemain ou deux jours plus tard, j’ai appris son décès par mon employeur. J’étais et même en écrivant aujourd’hui ces mots, je suis sincèrement émue. Peut-être soulagée pour elle, qu’elle ait pu se confier à quelqu’un à ce sujet avant de partir.

 

Puis il y a cette dame sur le quai du Skytrain, qui commença de la même façon, sur un sujet anodin, la présence de travaux qui annulaient les trains à partir de 23h30. Cette dame philippine m’a alors proposé de m’assoir près d’elle pour continuer la conversation. J’ai alors appris qu’elle travaillait à l’hôpital et qu’elle souffrait des genoux. Elle disait être habituellement timide mais qu’après l’expérience du confinement (pourtant léger à Vancouver comparé àau reste du pays et à d’autres pays), elle trouvait finalement agréable de discuter comme ça avec quelqu’un.

 

Elle m’a aussi demandé si nous nous étions rencontrés auparavant. C’est drôle car cette question m’est revenue dans beaucoup d’endroits et de pays différents : un jour à Paris dans un supermarché, un autre à la Réunion et encore un autre, en Australie. C’est drôle de souvent  ressembler à une connaissance, quelque soit l’endroit, quelque soit la langue.

 

Les conversations dans le Skytrain

 

L’autre jour, Yew Meng et moi étions dans un Skytrain moyennement rempli. On a pu entendre dans nos dos, une conversation entre deux jeunes qui avaient, devant toute évidence, leur premier rendez-vous amoureux. Ce lieu était assez singulier pour ce type de discussion.

 

Nous écoutions les questions et réponses, un peu raides de ces nouveaux tourtereaux. Il y avait quelque chose d’assez mécanique dans l’échange, peut-être dû au stress et à l’émotion. Les questions allaient d’un simple intérêt pour une couleur ou pour le pain (non, aucun d’eux n’était pourtant français) à des questions beaucoup plus intimes et coup de poing pour un premier rendez-vous : Parles-tu facilement de tes émotions ?

 

Pourquoi je travaille sur un podcast

 

Le son est important pour moi. Quand on y réfléchit, l’apparition du téléphone a créé, au moins pour ma génération et les précédentes, un lien très important avec le son. On pouvait percevoir des tons, c’était une belle symphonie de silences, de bruits dans le fond, de prosodie.

Aujourd’hui, certains sont terrifiés à l’idée de répondre à un appel téléphonique et se réfugient derrière chats et autres messageries instantanées. Ce monde où seules les notifications animent l’atmosphère, quand le téléphone n’est pas sur vibreur, est sujet à tellement de malentendus, de mauvaise interprétation. Il l’est aussi parce que le vocabulaire y est très pauvre. Je lisais récemment « 1984 » de George Orwell (oui, vous pouvez me clouer au pilori pour avoir attendu si longtemps pour le lire) et la novlangue est là. Je suis pourtant partisane du camp de l’évolution de la langue : elle évolue. Mais elle perd tout de même des mots et du coup, du sens au passage.

 

C’est étrange dans un sens car la technologie est de plus en plus avancée pour qu’on se voit, qu’on s’entende mais socialement, nous nous renfermons de plus en plus, on refuse l’image, la voix au profit de messages digitaux froids. Au moins, les petits mots griffonnés sur du papier à l’école laissaient une trace plus personnelle avec l’écriture manuscrite.

 

L’atelier de gamelan

 

Publik Secrets, un collectif d’artistes, a organisé un atelier de gamelan dans le cadre du festival ExplorAsian. Nous avons eu la chance d’y assister, dans le parc Hadden, non loin de la plage de Kitsilano. Cet instrument m’a toujours fasciné.

 

Le gamelan est originaire de Bali et d’Indonésie. Son son est produit par une frappe sur des cylindres soit métalliques soit en bois. On ne peut pas en jouer de façon isolé, il fait partie d’un ensemble. Les autres instruments de l’ensemble sont des percussions, des gongs et autres instruments dont je ne peux pas parler, n’étant effectuer qu’un atelier de découverte.

 

Les artistes Robyn Jacob et George Rahi nous ont présenté les instruments et nous ont montré comment en jouer avant que nous nous exécutions. Nous avons appris une suite simple. Quelque chose de très organique s’est passé en moi. Ces vibrations étaient très douces et puissantes à la fois. Ce son était relaxant et hypnotique : j’étais totalement absorbée par le son et le moment. Bien sûr, il devait y avoir de la concentration pour ne pas se tromper mais au-delà de ça, l’expérience m’a menée un peu plus loin que ça. A force de répéter cette suite simple, j’ai commencé à effectuer un petit balancement de mon corps : c’était comme le reflux des vagues, comme une brise qui anime un feuillage. Il y avait un mouvement doux en moi.

 

Puis nous avons joué la suite en doublant les frappes et en variant le volume. Nous avons alterné le murmure et la présence, le bruissement et le rayonnement. J’ai senti ce pour quoi j’aime la musique : le côté organique des instruments. Pour moi, rien ne vaut la pratique d’un instrument organique, qu’il soit de bois ou de métal et plus que tout, rien ne vaut un concert en chair et en os devant ces artistes jouant de ces instruments. Évidemment, ça ne m’empêche pas d’apprécier les basses bien lourdes d’un bon morceau de métal.

 

Nous sommes restés dans la zone, invités à assister à la répétition de l’ensemble. C’était d’une beauté intemporelle, c’était un conte musical, c’était une peinture animée avec des sons. On peut voir les sons si on se concentre bien. Des couleurs mais aussi des formes. Là, c’était une peinture avec beaucoup de profondeur, plusieurs plans et des actions incroyables. Certains motifs me faisaient vraiment penser aux motifs utilisés sur les tissus de la région (Indonésie, Bali et Malaisie) : il y avait comme une rotation, semblable aux feuilles qui s’enroulent.

 

À cet instant, j’ai eu l’impression que tout était un tissu : la musique, la communauté, le temps... Des fibres qui s’entremêlent.

 

J’ai commencé la musique en jouant à l’oreille, sur un petit piano pour enfant. J’ai eu la chance d’avoir un an de cours avec un très bon professeur et d’apprendre la musique classique. Il était assez souple et bon pédagogue : il me proposait de transcrire les musiques j’aimais (donc le rock) au piano pour que je puisse les jouer. Puis j’ai rencontré Dominique Amouny, extraordinaire professeur de musique carnatique. Il a mis en musique l’une de mes chansons. Mais surtout, il m’a fait découvrir le chant indien et les quarts de ton que j’affectionne.

 

J’étais très heureuse que les gens s’arrêtent, écoutent, absorbent cette musique. Certains prenaient des photos et des vidéos, applaudissaient à la fin du morceau. J’étais heureuse de voir l’intérêt du public pour l’art, pour une musique si belle et si différente, de voir cette soif de culture et de partage, cette écoute du pouls humain à travers la musique.

Une nouvelle perspective artistique

"De la plume à la scène" - Photo de La Boussole
"De la plume à la scène" - Photo de La Boussole

La pandémie a finalement bien stimulé mon activité artistique : deux représentations théâtrales dont une incluant l’une de mes chansons et la mise en musique d’un poème qui n’est pas de moi. J’avoue que je suis la première surprise ! Et apparemment, ce n’est que le début...

 

De la plume à la scène - un voyage en temps de pandémie

 

Ce projet de mise en scène d’échanges épistolaires entre adultes francophones vivant des situations difficiles et élèves apprenant le français dans une école de Vancouver (sous couvert de l’anonymat) m’a mené à incarner une mauricienne, à jouer ma propre musique, à mettre en musique les mots de quelqu’un d’autre et à assister dans la mise en scène. C’était incroyablement intéressant et je dirais même que je me suis carrément dépassée. Je ne m’attendais pas à faire tout ça et surtout à être tout simplement capable de le faire !

 

Magda Ochoa, notre metteuse en scène, est comme une chef d’orchestre et nous sommes les cordes et les touches qu’elles actionnent pour créer une symphonie. C’est magnifique ! Pour moi, c’est une personne qui veut révéler le meilleur de ce qu’il y a en nous, le meilleur pour pouvoir incarner une émotion juste.

 

Nous avons fait salle comble pour notre unique date, le 31 mars, avec 100 spectateurs, au Studio 16 de la Maison de la Francophonie. Je suis très heureuse que ce projet ait été porté par La Boussole, un organisme que je chéris beaucoup pour ses actions destinées à la communauté.

 

Je me souviens d’avoir cherché des accords pour mettre le poème de cette personne, sur mon canapé. Le défi était qu’il s’agir de prose et donc, pour la ligne de chant, elle n’était pas évidente à dégager. Sur scène, j’avoue que j’ai perdu le fil à un moment et qu’il m’était difficile d’entendre l’autre musicien. Mais ce sont les aléas du métier, de la scène et apparemment, ça ne s’est pas trop entendu.

 

J’étais contente de sentir ma voix enfin « ouverte ». Depuis que je suis arrivée à Vancouver, j’avais l’impression que j’avais perdu de la voix, qu’elle était un peu recroquevillée, qu’elle sonnait moins. Mais depuis que je fais du yoga, j’ai l’impression qu’elle « coule » plus facilement. Il faut dire qu’on ouvre physiquement la poitrine et que ça doit aider la respiration par exemple. Je le remarque au « Om » qu’on chante en début et en fin de séance. Parfois, j’ai même l’impression de sentir des « dimensions » dans le chant. Je les sentais pour mes propres chansons lorsque j’expérimentais des sons plus gutturaux. Je pense que certains de mes lecteurs ne vont pas vraiment m’imaginer en tant de faire des sons gutturaux mais ça ne veut pas dire que je chante du heavy metal !

 

J’ai senti une communion avec les autres comédiens et toute l’équipe. Pour la technique, chapeau bas à l’éclairagiste qui nous a aidé deux jours avant et qui a accompli ce que nous souhaitions sur scène.

 

J’ai rencontré la personne que j’ai incarné sur scène et encore une fois, j’étais submergée d’émotion. C’est encore plus troublant car nous sommes reliées, un peu comme des soeurs, par la même racine, l’île Maurice. Une fois de plus, j’ai vraiment veillé à essayer de respecter au maximum la personne que j’ai incarné, à ne pas caricaturer quelqu’un pour reprendre les mots de notre premier rôle, Nunamata (Macy en vrai), bénévole de l’année à La Boussole.

 

Je me suis aussi prêtée au jeu de l’interview pour la chaîne WebOuest qui a fait un documentaire sur le projet. Ça me fera très bizarre de me voir en interview : d’habitude, c’est moi qui pose les questions !

 

J’étais épuisée sur plusieurs jours après la représentation mais tellement heureuse. C’est quelque chose d’intense, la scène. Le jeu et la musique sur la même scène, c’est encore une autre dimension.

 

Les reportages de Radio Canada sont en ligne pour la télé et en podcast.

 

L’ appel de la scène ?

 

C’est drôle comme les choses s’enchaînent parfois. Le jour de la représentation de « De la plus à la scène », j’attendais devant la salle de spectacle et il m’est arrivé quelque chose d’assez incroyable. Un restaurant est partage les locaux de la Maison de la Francophonie, au même titre que le Studio 16 où nous avons joué. Une famille est sortie du restaurant, la dame m’a souri et je lui ai souri. Nous avons alors engagé la conversation. Elle a remarqué ma guitare et m’a demandé si je serai intéressée d’être artiste solo pour un mariage sur l’île de Galiano ! Affaire à suivre...

 

Depuis ce spectacle, la personne que j’ai incarné s’est dite inspirée par le fait de me voir chanter sur scène et souhaiterait développer un projet de chorale. Après la pandémie, nous avons tous soif de rencontres et de partage dans le monde réel. Ce sera un projet sur les différentes communautés linguistiques de Vancouver (et du Canada) et je vais m’exercer à l’art difficile de l’écriture. Il faut bien commencer quelque part !

 

J’ai été contactée pour un autre projet dans une autre langue que le français et l’anglais. Ça a l’air très intéressant mais je ne peux pas trop en dévoiler pour l’instant !

 

J’ai aussi joué de la guitare avec un ami dans un parc, une pratique très vancouvéroise dès qu’il ne pleut plus (notez bien que j’aurais pu dire à l’approche des beaux jours mais un beau jour à Vancouver est un jour sans pluie, même si le temps est couvert et qu’il fait froid). C’était un très beau moment et nous allons essayer d’écrire ensemble des chansons en français.

 

Juge d’un concours oratoire

 

Je serai bientôt juge bénévole pour le concours d’art oratoire du Canadian Parents for French pour la région de la Colombie-Britannique et du Yukon. J’avoue que j’ai hâte d’être à nouveau en contact avec l’enseignement du français, même si c’est de façon indirecte.

 

J’ai rencontré une dame fort sympathique au Festival du Bois sur leur stand et j’étais heureuse de voir la littérature jeunesse francophone, me rappelant la mienne (notamment lorsque je vois des albums Glénat, me remémorant mes longues lectures absorbées à la bibliothèque lorsque ma mère prenait le temps de choisir ses livres). J’ai toujours aimé les bandes dessinées et je trouve qu’elles sont un médium parfois sous-évalué et sous-exploité dans le monde éducatif. En tant qu’adulte, je continue de me gaver de bandes dessinées et de graphic novels. Ce n’est pas pour rien qu’on nomme la bande dessinée le neuvième art.

 

Le plurilinguisme, une constante dans ma vie

 

Bien que j'ai été élevée dans une seule langue, le français, j'ai toujours été attirée par les autres langues très jeune. Bien que je n'y comprenais absolument rien, je chantais "en yaourt" sur les chansons auxquelles j'étais exposée à la maison (en anglais et en brésilien). Par la suite, j'ai eu la chance (on l'oublie trop en France) d'apprendre d'autres langues à l'école : l'anglais, l'espagnol et même un tout petit peu d'allemand.

 

À Paris, j'avais des amis bilingues. Puis quand j'ai commencé à voyager, les compétences de mes amis se sont aussi élargies. J'ai commencé à rencontrer des personnes capables de parler des langues très exotiques pour moi mais aussi à avoir la capacité à en parler trois ou plus...

 

Ça me fascine et j'espère bientôt m'enrichir moi-même en apprenant d'autres langues. C'est pour ça que l'un de mes prochains projets artistiques portera précisément sur cette thématique. Il faut montrer cette beauté !

 

Le Festival du Bois

 

J’ai fait un tour au Festival du Bois, un festival de musique francophone avec des artistes québécois. C’était une belle expérience après deux ans sans évènement de cette ampleur. J’admets que j’ai eu de la chance car en temps de pandémie, j’ai réussi à jouer dans deux pièces et à faire un festival ! Je sais que beaucoup de personnes vivent un confinement total et je ne les oublie pas.

 

Qui dit québécois dit forcément poutine, le deuxième amour de mon compagnon. J’avoue qu’elle était bonne. Il y avait aussi plus de plats traditionnels mais j’étais tellement pleine de poutine que je n’ai pas pu goûter le reste : une prochaine fois !

 

Je représentais le journal La Source lors de mon passage mais je suis bien sûr allée voir mes amis de La Boussole sur leur stand. C’était un dimanche très pluvieux et froid et ils étaient bien courageux sous cette tente. Heureusement, ils ont pu s’abriter sous le chapiteau principal par la suite.

 

Lancement du recueil « Autour d’Elles : Récits de vie »

 

Le mois dernier, j’ai aussi participé au lancement du recueil « Autour d’Elles : Récits de vie » aux côtés de quinze autres femmes francophones issues de l’immigration au Canada. C’était un très beau moment et les parcours étaient très variés. 

 

J’étais très heureuse de recevoir le recueil par la poste et de lire les témoignages de mes comparses.

 

Il est disponible en ligne : https://affc.ca/publications/autour-delles-recits-de-femmes/

 

La nature-refuge

 

Récemment, nous sommes allés faire un petit tour sur Bowen Island. J’aime beaucoup cette petite île, facilement accessible depuis Vancouver, avec un petit trajet en ferry.

 

Nous étions du côté de Fairy Fen Nature Reserve. Le chemin n’est pas spécialement différent de ce que nous avions fait jusqu’à présent, la nature printanière était encore endormie, les bourgeons recroquevillés. Mais à un moment, nous nous sommes arrêtés, frappés par la beauté d’un endroit, près d’un petit étang. Tout était tellement beau à cet instant : la caresse du vent sur la surface de cet étang, une caresse qui faisait scintiller sa surface et semblait révéler un chemin pour les fées, le reflet des arbres à travers ce miroir aquatique déformant, totalement irrégulier et très régulier en un sens et surtout ces arbres (peut-être des bouleaux) dont les branches formaient des bras invitant à l’étreinte. Le soleil du printemps nous chauffait doucement au bord de ce havre de paix. Seuls quelques oiseaux s’interpellaient et les feuillages bruissaient.

 

J’avais aussi écrit un peu de prose sur des nuages embrasés la nuit au-dessus de Grouse Mountain mais mon téléphone étant cassé, je ne suis pas sûre de pouvoir récupérer ce petit fragment...

 

La collaboration, la compassion et l’entraide

 

Ces trois valeurs font partie de mon quotidien et imprègnent mes relations actuelles. Ca me fait un bien fou d’être aux côtés de personnes qui partagent ces valeurs et ont une véritable éthique. Par le passé, je m’étais forcée à rester auprès de personnes adhérant à d’autres idéaux, très éloignés des miens (notamment sur la possession, le matériel) et je pense que ça m’a fait beaucoup de mal, de façon invisible.

 

J’ai besoin de vrai, d’intégrité et je suis heureuse aujourd’hui d’avoir un entourage qui me soutient et qui est en accord avec ce que je suis au plus profond de moi.

 

Gagarine ou le ré-enchantement du monde

 

J’ai eu la chance de voir « Gagarine » dans le cadre du VIFF et c’est une vraie pépite ! Un délice imaginaire, une photographie absolument superbe, une perspective extraordinaire. Beaucoup de qualificatifs qui n’étaient pas au goût de tout le monde. En fin de séance, alors que j’étais encore dans le film, prise par l’émotion, j’ai entendu quelqu’un éructer un : « Mouais, beau mais ennuyeux. » Un commentaire d’une tristesse et d’une platitude totale. Certes, on peut avoir un avis et ne pas aimer mais franchement, qu’il aille faire un film celui-là et on en reparlera, qu’il aille parler de rêve, d’amour et faire vibrer des gens et on verra.

 

Enfin, j’essaie de rester sur la plus belle note : celle du rêve...

Scène, écriture, radio... et yoga !

Le relâchement des restrictions sanitaires à Vancouver permet de faire un peu plus d’activités et le mois de février a été bien rempli pour moi, entre challenge yoga et répétitions (et même de nouvelles représentations des Éloquentes). 

 

L’année du Tigre à la malaisienne

 

Début février, nous avons célébré l’année du Tigre à la malaisienne avec un plat typique : le yee sang. La première fois que j’ai découvert cette tradition, c’était à Kuala Lumpur. Nous étions au restaurant et on nous a apporté un plat rond (pour la prospérité) avec différents tas de légumes  et du saumon fumé coupés en julienne et d’autres ingrédients mystérieux.

 

La tradition veut que tout le monde autour de la table soulève les ingrédients et les mélangent avec leurs baguettes, tout en formulant des voeux pour la nouvelle année. Suivant la personnalité des convives, ça peut vite se transformer en feu d’artifice végétal ! Mais cette année, nous étions en tout petit comité et c’était gérable.

 

C’était un beau moment de partage avec une famille et des amis.

 

La recherche artistique

 

Pour la prochaine pièce de théâtre avec Magda Ochoa, je vais créer des musiques originales. La première fois que j’ai eu une telle opportunité, c’était avec Natalie Vella, quand j’ai créé une musique pour son court-métrage, Nocito. J’étais actrice et musicienne sur ce projet. Ça m’avait fait tout bizarre de me voir projeter sur un grand écran dans un cinéma parisien et d’entendre ma musique jouée en dolby surround.

 

Nous faisons aussi une oeuvre de dramaturgie collective pour cette pièce, ce que je trouve extraordinaire ! C’est un beau projet qui montre plus que jamais que les épreuves sont de grandes opportunités d’apprentissage et de croissance. Je m’estime très chanceuse de pouvoir faire partie de ce projet de La Boussole.

 

Toujours dans le domaine artistique mais en tant que journaliste, j’ai rencontré Angela Clarcke du Centre culturel italien de Vancouver et nous avons discuté du concept de reine. J’ai aussi rencontré Sepideh Saba, une aquarelliste d’origine iranienne qui a vécu, par le plus grand des hasards, en Malaisie avant de venir s’installer au Canada ! J’ai mené ces deux interviews en personne et c’était un vrai plaisir de me déplacer et d’avoir une connexion humaine au lieu de toujours se voir en 2D. J’aurais pu rester des heures avec ces femmes si intéressantes !

 

Le challenge yoga

 

J’ai aussi participé au challenge hivernal de yoga avec Mandana. C’était intense : j’ai fait du yoga tous les jours sur le mois de février ! Mais ça porte ses fruits : je me sens mieux dans mon corps, évidemment plus flexible et plus énergique. 

 

Je fais des inversions, quelque chose que j’avais peu fait auparavant. La toute première fois, je m’en souviens encore, c’était avec Annabelle Leray en Australie. Au début du cours, elle nous avait montré comment faire et je m’étais dit que je n’y arriverais jamais. Mais à force d’auto-persuasion et de travail, j’y suis arrivée à la fin de la séance. Tout est question de confiance !

 

Mandana m’a vraiment apporté beaucoup et je vais continuer avec elle. Son travail de préparation est très soigné et toutes les séances sont pensées dans une progression. Elle m'apprend à prendre conscience de mon corps, à l'écouter. Elle m’impressionne à bien observer et prendre le temps de donner des conseils personnalisés à chaque élève. Bien sûr, il y a les bons mots quand on donne des instructions mais au-delà de ça, je crois aux énergies et je pense qu’elle déborde de bonnes ondes.

 

La fin du Covid ?

 

Les restrictions commencent à se relâcher et on peut enfin envisager des rassemblements un peu plus grands. L’épidémie n’est pas terminée mais espérons que l’embellie ne soit pas loin. A Vancouver, le port du masque n’est plus obligatoire mais recommandé, surtout dans les transports en commun. Nos familles en Asie sont à nouveau confinées et les dernières nouvelles de Chine ne présagent rien de bon mais pour l’instant, tout le monde apprécie ce petit relâchement à Vancouver...

 

Malgré les manifestations à Ottawa lors des « convois de la liberté » le mois dernier, le pays continue de respecter les règles. J’ai été stupéfiée de voir à l’international, les nombreux convois et l’affichage du drapeau canadien pour montrer leur solidarité.

 

La question du financement me laisse perplexe : comment peut-ton trouver des financements, même de la nourriture pour soutenir un mouvement pareil quand des gens vivent sous le seuil de pauvreté dans les pays concernés mais aussi dans d’autres pays ? Pourquoi ne trouve-t-on pas plus de financements pour la lutte contre la faim dans le monde et la protection de l’environnement ? Pourquoi les individus choisissent de soutenir financièrement des « défenseurs de la liberté » quand on pourrait investir dans la protection de la vie en général ?

 

La radio

 

Je présente maintenant des titres de La Source à l’antenne de Radio Canada dans l’émission Panorama toutes les deux semaines, lors de la sortie du journal. La première fois n’était que mon deuxième direct ! Le premier était un direct pour BFMTV en Australie sur l’avion malaisien disparu.

 

Evidemment, il y avait du trac, surtout que je ne voyais pas mon interlocuteur. À la réécoute, bien que je me trouve raide pour le premier article et trop rapide sur le second, ce n’est pas si mauvais après tant de temps. La liaison n’était pas terrible et on perd beaucoup de qualité mais bon, c’était une première.

 

J’ai tenté un petit mudra spécial avant mon passage à l’antenne et je pense que ça aide.

 

La deuxième fois était moins raide mais je me suis un peu prise les pieds dans le tapis. La troisième fois devrait être plus relax.

 

En tous cas, ça me redonne de la motivation pour mon projet de podcast. C’est le plus difficile dans ce genre de projet : garder la même motivation tout le long. Heureusement pour moi, j’ai des soutiens inestimables qui sont là !

 

Le lancement du recueil « Autour d’Elles : Récits de vie »

 

Le lancement du recueil arrive à grand pas (le 25 mars) et sera accessible à tous sur inscription pour une conférence Zoom. Lors des ateliers, j’ai entendu des récits de vie passionnants de la part de femmes francophones de l’Ouest canadien et j’ai hâte de tous les lire.

 

Ce projet, un partenariat entre l'Alliance des femmes de la francophonie canadienne et les éditions Terres d'Accueil est tellement intéressant qu’il mériterait d’être poursuivi et peut-être même élargi. Plus il y aura de consultation auprès des nouveaux arrivants, plus l’expérience sera bonne.

 

Les contacts

 

J’ai été contactée par une étudiante en journalisme qui souhaite avoir des conseils sur l’Australie. C’est drôle qu’on me contacte encore à ce sujet, vu que j’ai quitté le pays il y a quasiment 6 ans maintenant.

 

J’ai reçu pas mal de demandes de contacts et de conseils d’étudiants en journalisme mais aussi parfois de réunionnaises et réunionnais et même d’autres profils...

 

Rencontrer des réunionnais et réunionnaises à Vancouver

 

J’ai ENFIN pu rencontrer des acolytes ici ! J’étais très heureuse d’entendre l’accent créol et de parler d’endroits que nous avons en commun. Ces mots roulaient dans mes oreilles avec plaisir et m’ont rappelé que je n’ai pas rêvé l’endroit d’où je viens. Je ne risque pas d’y retourner avant un bon moment, ne pouvant pas sortir du pays avant plus d’une année maintenant. 

 

Mais cette rencontre avec trois réunionnais m’a fait un bien fou, une occasion de voyager un peu sans prendre l’avion...

Mystères et bonnes surprises (à venir)

False Creek-Photo : Nathalie Astruc
False Creek-Photo : Nathalie Astruc

Le soleil dans la voix

 

Le soleil est parfois dans la voix des gens. Cette chaleur enveloppante se retrouve dans les ondes. Je m’entretenais avec Vaughn David pour mon prochain article dans La Source, un sculpteur sur bois très intéressant et c’était un plaisir sans nom d’entendre cet artiste parler de son amour du bois, des couleurs, de ces êtres qu’il transforme en oeuvres d’art.

 

Cet artiste local est métis (au sens canadien du terme). Son travail et la personne qu’il est m’impressionnent. C’est un magicien, un véritable être humain, l’illustration que l’être humain n’est pas opposé à la nature comme on peut finir par le croire certains jours, que nous sommes tous des enfants de la nature et que nous devrions accepter cette condition au lieu de courir après les lumières des néons, le ronronnement des usines, les vapeurs des drogues, les gloires d’un jour. Cet homme sait regarder le bois. On oublie le sens de ce mot : regarder. On voit tous des choses mais on ne prend pas le temps ni ne faisons l’effort de regarder, d’écouter les milles histoires qui se jouent autour de nous.

 

J’ai la voix de certaines personnes toujours en mémoire. L’une d’elles est décédée mais sa voix vit toujours dans mon oreille. Elle est grave et me fait penser, justement, à un bois précieux. Mais elle m’évoque aussi, pour une raison que j’ignore, tout un univers : le bois de santal, un coucher de soleil, la couleur ocre et des orangés foncé.

 

En tant que fille de radio, je suis forcément sensible aux voix. Parfois, j’ai des surprises quand je réécoute des sons. Ça me rend souvent nostalgique.

 

Le parcours migratoire

 

J’étais très stressée par la recherche d’emploi, qui était directement liée à mon statut ici au Canada. SI je ne trouvais pas d’emploi, je pensais que je ne pourrais pas rester dans le pays, ce qui est vrai en théorie. 

 

J’ai été contactée plusieurs fois, on trouvait mon profil intéressant mais dès qu’on abordait la question de mon statut (Mobilité Francophone, permis de travail fermé), toutes les portes se ferment. J’ai exploré d’autres possibilités avec un consultant en immigration et je suis beaucoup plus détendue par rapport à la situation. Cependant, le Covid a ralenti tous les traitements de dossier et il va falloir être très patient.

 

Je suis à nouveau en train de remplir des formulaires d’immigration. Pour certaines informations, je me réfère à ceux que j’avais rempli en Australie, non sans un arrière-goût amer. Je me remémore ces moments, toute cette énergie, tout ce temps (une année entière de planification, deux ans d’études et de travail en même temps à la trentaine) et j’espère ne pas connaître la même issue malheureuse. C’est comme si j’ouvrais à nouveau une cicatrice. En Australie, il y avait la nouveauté du processus. Maintenant, il y a la crainte de retomber dans la même situation.

 

Il faut retrouver les adresses et nommer les emplois sur les dix dernières années. Tout va bien si on ne bouge pas beaucoup mais dans mon cas, c’est parfois de l’ordre du casse-tête. L’avantage, c’est que je connais déjà le procédé et je serai normalement moins fatiguée que la première fois.

 

Le test de Myers Briggs

 

Selon ce fameux test, je suis une ENFJ : Extravert Intuitive Feeling Judging. Ce sigle est aussi remplacé par le profil du protagoniste ou de l’enseignant suivant les versions.

Je trouve la description assez précise et proche de la réalité. Quelqu’un qui a un intérêt dans l’aide au développement et à la croissance d’autrui.

 

Espace Mieux Être Canada

 

J’ai contacté la hot line de Espace Mieux Être Canada parce que j’étais en train de craquer et je ne peux que les recommander. J’ai hésité pendant un long moment : appeler ou ne pas appeler ? Est-ce que je me sens si mal que ça ? Est-ce que je ne prends pas la place de quelqu’un qui a l’intention de mettre fin à ses jours ? 

 

En France et dans d’autres pays, parler de sa santé mentale est encore tabou et on a tendance à stigmatiser ceux qui ne le cachent pas. Il faut être un bon petit soldat, ne jamais avoir de failles mais en même temps, ne pas être trop heureux car sourire dans la rue pour rien, juste parce qu’on est content, est extrêmement suspicieux. Mais pourquoi devriions-nous tout le temps marcher droit, ne jamais avoir un moment de faiblesse, ne jamais être assailli par la dépression et se cacher pour mourir comme les oiseaux ? J’ai longtemps fait ça, aller me cacher pour aller mourir dans mon coin. Ça a souvent été un échec cuisant.

 

Si j’étais un employeur et que je savais que l’un de mes employés souffre de troubles mentaux (mon interlocutrice m’a bien expliqué la connotation que cet adjectif a, ici, au Canada, différent de la France où c’est un terme péjoratif), d’une part, je prendrais vraiment soin de cette personne et deuxièmement, je saluerai ses efforts car cette démarche montre que cette personne a de la résilience et est capable de surmonter des obstacles.

 

Faire un travail pour se connaître et plus on se connaît plus on devient conscient de ses faiblesses et de ses forces. A une époque, je faisais des crises d’angoisse. C’était tellement intense que j’avais très peur de me trouver près d’une fenêtre. J’étais sous médication. Un jour, j’ai décidé d’être plus forte que la crise, plus forte que les médicaments. Je m’étais répétée dans ma tête : « Je contrôle la situation, je me contrôle. Je vais y arriver, je vais me calmer. » Et ça a marché. Je suis devenue plus forte ce jour-là. Je n’ai jamais refait de crise jusqu’à présent. Peut-être que j’en referais une un jour, je ne sais pas quelles sont les garanties. Mais je sais que j’ai réussi à me maîtriser une première fois, que je possède cette force de dire stop.

 

J’ai parlé à des amis et fréquenté des personnes positives interviewé Yamoussa Bangoura, le fondateur et directeur artistique de la troupe Kalanbanté. C’est un homme très sage et très inspirant. Un bon conseil : entourez-vous de personnes positives.

 

Depuis, j’ai bien rebondi et je vais reprendre un vieux projet avec plein de surprises dont je ne peux pas parler pour l’instant. Après tout, j’ai toutes les compétences pour faire ce que je désire donc autant se lancer !

 

Le kaïros

 

Au détour d’une lecture (« Le château » de Mathieu Sapin), j’ai découvert le concept de kaïros. Ce terme désigne « un petit dieu ailé de l’opportunité, qu’il faut attraper lorsqu’il passe (saisir une opportunité) » selon Wikipédia. 

 

C’est drôle car cet article Wikipédia parle aussi de la synchronicité chez Jung et c’est quelque chose qui m’a beaucoup intrigué lorsque je préparais mon mémoire pour mon Master 2 Français Langue Étrangère. Mon thème de mémoire était « Développer la compétence orale dans une formation hybride ». J’avais évoqué cette piste mais mon tuteur m’a, à juste titre, dissuadé de prendre cette voie car trop éloignée de la linguistique.

 

Sait-on jamais qu’il passe dans le coin et que je puisse le saisir !

 

Le phoenix

 

Mais parfois, il faut aussi créer sa chance. Récemment, après le coup de mou et l’appel à la hotline de soutien psychologique, j’ai décidé de prendre soin de moi. J’étais tellement centrée sur l’extérieur, sur le fait qu’on me donne une chance, que je me suis totalement laissée tomber.

Il a fallu que mon moral connaisse une chute vertigineuse, une sorte de mue pour que je puisse créer une nouvelle version de moi-même. J’avais tellement de pensées négatives, mon estime de moi était au plus bas. Il a fallu que je sèche, que je me craquèle, que je brûle pour pouvoir renaître.

 

Maintenant plus ancrée, physiquement et psychologiquement, je vais peut-être et même sans doute commencer une aventure très puissante : mon aventure. Encore une fois, je suis assez mystérieuse mais je ne peux pas révéler mes projets mais je suis heureuse et pleine d’espoir.

 

À nouveau la scène

 

Je reprends le chemin de la scène en compagnie de Magda Ochoa dans le cadre du projet « De la plume à la scène » avec La Boussole. J’en suis bien contente car les projets de scène et d’arts vivants en cette période peuvent être incertains.

 

Pour cette performance, je serai comédienne mais aussi musicienne ! Je n’ai pas refait de scène avec ma guitare depuis des années, la dernière fois étant en Malaisie.

 

J’aurai un rôle qui me colle à la peau mais je ne veux pas trop en dévoiler pour l’instant, il faut quelques surprises pour ceux qui viendront assister à la représentation du 31 mars ! Tout ce que je peux dire, c’est que j’ai un rôle sur-mesure...

C'est reparti pour un tour !

Bonne année 2022 ! Mes meilleurs voeux de paix et de sens commun. Ce début d’année commence avec un air de déjà-vu : une pandémie qui n’en finit pas, des cas en hausse, une météo rebelle...

 

Le temps, toujours extrême en Colombie-Britannique

 

Ce début d’année n’a pas été de tout repos pour la province. Les importantes chutes de neige ont été accompagnées de pluies verglaçantes. C’était beau de voir des fleurs emprisonnées dans la glace comme dans du verre, on se serait cru à Murano mais on ne peut pas s’empêcher de penser aux gens qui dorment dans la rue. Des centres d’urgence étaient ouverts mais tout de même. Certains refusent d’y aller pour des raisons de sécurité, de même qu’une potentielle exposition au Covid.

 

J’ai appris par le biais d’une amie qui a habité au Québec, que certaines personnes restaient dehors jusqu’à -15 degrés.

 

Nous avons aussi eu une grande marée à Vancouver, qui a immergé une partie des berges de la ville. Et nous subissons maintenant notre deuxième rivière atmosphérique. Certains résidents des zones à risques expliquaient qu’ils avaient été évacués jusqu’à 6 fois. 

 

Les francophones du Canada

 

Sur un ton plus léger, avant de savoir que je viendrais vivre au Canada, j’ai dévoré les bandes dessinées de Guy Delisle. Je pense que je suis tombée pour la première fois sur l’une de ses bandes dessinées à Madagascar ou en Australie, ce n’est plus très clair maintenant, dans une Alliance française, un Institut français ou une bibliothèque publique.

 

Les cultures francophones du Canada sont variées et j’ai hâte de toutes les découvrir. Il y a les québécois bien sûr mais aussi tous les autres francophones. En Colombie-Britannique, j’ai trouvé les livres de Pauline Johnson Tekahionwake sur un marché de Noël à Vancouver.

 

Ça passe aussi par les séries télévisées, la culture populaire. C’est un format si commun qu’on oublie qu’il est la porte d’entrée sur une culture. J’ai regardé « M’entends-tu ? », qui se déroule au Québec et m’aide à travailler mon oreille. J’ai aussi vu « La Bolduc » et entendu l’accent gaspésien pour la première fois.

 

J’ai aussi lu récemment un livre de Michel Tremblay et de Matthieu Simard, des auteurs canadiens. Comme d’habitude, je m’arrange pour choisir au hasard des livres qui collent à l’actualité; ainsi, « Une fille pas trop poussiéreuse » parle de la fin du monde. Michel Tremblay était un peu moins sombre. Je démarre « Poisson d’or » de J.M.-Le Clézio, un auteur que j’aime beaucoup.

 

L’unité

 

Je cherchais des cours de danse sur Vancouver et je ne sais pas vraiment vers quoi me tourner. Je me sens plus proche de la danse orientale et de la samba. Je suis tombée sur un haka (danse guerrière maori néo-zélandaise) et ça me fait toujours le même effet, le même effet que lorsque je l’ai vu et entendu pour la première fois : ça me donne des frissons d’admiration. L’unité qui existe dans cette danse, que ce soit pour un enterrement ou un mariage, est puissante. Elle m’émeut toujours aux larmes.

 

Les percussions, surtout graves, accompagnées de voix résonnent fortement en moi, comme un appel cosmique. Beaucoup de choses, sinon tout, se résument à des vibrations. Celles des peaux tendues m’hypnotisent et je me sens absorbée en elles.

 

L’intangibilité

 

Je re-regardais le film « Le Parfum, histoire d’un meurtrier » (adaptation de 2006) et ça m’a ramené sur mon projet de podcast sur l’intangibilité. Je suis sur mon premier épisode sur le courage et il m’en faut pour continuer ce projet. Ce n’est pas toujours facile de se motiver sur un tel projet seule.

 

La mort d’Anne Rice

 

Anne Rice, génitrice d’un renouveau du genre fantastique et surtout de la figure du vampire avec sa Chronique des Vampires et autres cycles du même genre, n’est plus et ça me désole terriblement. J’ai découvert son oeuvre adolescente, alors que je devais faire une fiche de lecture au lycée pour mon cours d’anglais renforcé. J’avais commandé le livre en version originale et je dormais avec mon dictionnaire bilingue pour comprendre les expressions idiomatiques et l’argot américain. Je n’ai pas lâché et j’avais choisi « Le voleur de corps ». C’était un travail très ardu mais tellement intéressant. Je m’endormais comme ça, avec le livre d’Anne Rice et le dictionnaire bilingue ouverts et les écouteurs sur les oreilles, avec le premier album de Muse, « Showbiz ». C’est un très beau souvenir.

 

Le solstice d’hiver

 

Bien sûr, il y a eu les fêtes de fin d’année, Noël et la nouvelle année. Mais ce qui m’a vraiment rendue heureuse, c’est le solstice d’hiver : se dire que la lumière va revenir, qu’on est au début du cycle allant vers des jours plus longs, ça, c’est un vrai cadeau ! Sans jeu de mots, je vois la lumière au bout du chemin.

 

Cette bonne nouvelle vient atténuer le fait qu’un compte-à-rebours a commencé pour moi. Mon permis de travail et donc mon sésame pour rester au Canada expirera dans une dizaine de mois. Il faut que je retrouve impérativement un emploi pour maintenir mon statut et pouvoir rester dans le même pays que mon compagnon. La pression commence à revenir petit à petit. J’essaie de ne pas y céder et de garder la tête froide.

 

L’isolement

 

« Oui mais on vit tous la même chose, tu sais. » Bien que cette phrase parte d’une bonne intention, j’ai du mal à l’entendre sans cesse. Peu ont trouvé d’autres mots plus empreints d’empathie. Épauler quelqu’un pendant un moment difficile, même si on ne l’a pas vécu soi-même, avec quelques mots réconfortants est devenu une chose rare.

 

Après l’épisode de l’aéroport de Montréal, je ne peux pas me risquer à sortir du pays et donc, toute idée de revoir ma famille et mes amis disséminés autour du monde est aussi lointain que l’horizon. J’ai peu d’amis _mais heureusement, de bons_ ici, étant arrivée quelques mois avant la pandémie et ayant tout mon être rivé sur le fait de trouver un emploi en Mobilité francophone, une étape que j’avais clairement sous-estimée, bien vendue par ses promoteurs et si peu attrayante aux yeux des employeurs.

 

Mais voilà, les relations à distance, c’est toujours compliqué. Ma famille et mes amis me manquent. Je croyais pourtant être aguerrie dans ce domaine, ayant gardé des relations épistolaires jusqu’à présent et ce depuis des années. Mais d’un coup, tout le monde a décidé de se refermer sur son cercle, ne prenant même pas la peine de répondre à un message, même virtuel. Étant toujours trop pressé, trop débordé. Et pourtant, les coups de main, les aides aux déménagements, le soutien psychologique, la présence dans des moments difficiles (dangereux ou émotionnellement très éprouvants), rien ne suffit pour garder contact. Je suis vieux jeu: un mot est un mot, une promesse est une promesse et la gratitude se joue du temps pour moi. J’appartiens à un autre monde et je doute souvent de ma place ici.

 

Fort heureusement, le tableau n’est pas si noir et je suis encore en contact de temps à autre avec des amis (es) d’il y a des années. Je ne devrais pas être si déçue, j’entends la phrase résonner... « On naît seul et on meurt seul. » Mais entre les deux, ne devrions-nous pas profiter un peu des liens humains ?

 

Bannir le plastique, un chemin de croix mondial

 

Assez anecdotique : presque tous les pays où j’ai vécu ont adopté l’interdiction de l’usage de sacs plastiques lorsque j’y séjournais. Ainsi, aux Seychelles en 2017, en Malaisie en 2019 et maintenant au Canada. Je ne comprends pas qu’un pays comme le Canada ait attendu si longtemps pour prendre une telle décision.

 

L’interdiction des sacs en plastiques est entrée en vigueur le 1er janvier à Vancouver (article de Radio Canada).

 

La pandémie d’égoïsme

 

Le sujet que je vais aborder risque peut-être d’en froisser quelques uns. Mais j’ai du mal à contenir ma tristesse et ma déception, du mal à voir qu’il faut attendre que la situation atteigne certains dans les remparts de leur intimité pour qu’ils se décident à revoir des positions égocentriques. Il faut attendre de voir, non plus l’ami d’un ami, mais directement son ami, disparaître sous les tubes des respirateurs pour prendre conscience de la situation. Cette pandémie divise et s’insinue dans les relations mais le marasme ambiant m’étouffe trop pour que je reste muette.

 

J’aimerais me tromper lorsque j’ai l’impression que cette situation devient une bataille de la liberté individuelle contre le bien commun. Mais où est la décence, l’humanité ? Quand on pense aux pays qui n’ont pas les labos capables de produire les vaccins, les structures capables d’absorber les malades, le personnel suffisant pour faire face au tsunami de patients, aux malades qui ne peuvent pas payer les frais d’hospitalisation ? Sans regarder plus loin que son propre pays, dit « développé » ou « émergent », on élevait le personnel hospitalier au titre de héros lors des premiers mois de la pandémie et il a suffi de quelques mois supplémentaires pour que tout retombe comme un soufflé. Le Capitole a été piétiné il y a un an, au nom de la liberté individuelle. La démocratie serait-elle sa propre ennemie, discréditée, utilisée comme bouclier de conscience au profit d’un ?

 

Au nom de la liberté de disposer de son corps, peut-on mettre en danger les plus faibles ? Je sais que j’ai déjà évoqué cette information mais elle ne cesse de me travailler : une famille de touristes français avait réintroduit la rougeole au Costa Rica en 2019 (article du Monde). L’affaire n’a pas fait beaucoup de vagues mais je la trouve d’un cynisme effroyable. La famille avait décidé de ne pas se faire vacciner, ni de vacciner ses enfants et voilà qu’un pays entier est à la merci d’une maladie qui avait été éradiquée. Mais dans quel monde vivons-nous ? Comment peut-on croire que les soignants se croisaient les bras avant la pandémie ?

 

Au Québec, les soignants atteints du Covid sont rappelés au travail. Non seulement, ils sont au front depuis 2 ans, n’ont peut-être pas eu de vacances, n’ont pas beaucoup de repos, voient leur vie familiale dégradée mais là, en raison du nombre de cas croissants et de manque de personnel, ils doivent continuer à travailler. Décemment, je pense qu’on ne peut pas décider, car oui, dans les pays développés, nous décidons, par nos choix, du sort de ces personnes. Je ne connais aucune de ces personnes, je n’ai pas de famille ni d’amis travaillant directement à l’hôpital et je pense que nous n’avons pas besoin d’être dans ce cas pour se mettre à leur place.

 

Dernièrement, un bus qui avait été aménagé pour pouvoir vacciner la population à la Réunion a été vandalisé. La honte n’a plus de limites. Ça me rappelle les ambulances et les pompiers agressés, sur lesquels on a jeté des frigos depuis le toit des immeubles, lorsqu’ils se rendaient dans certaines banlieues. Comment peut-on agresser des services publics qui viennent en aide à la population ? Comment ?

 

J’ai trouvé ce beau proverbe arabe dans « Poisson d’or » de Le Clézio : «  La santé est une couronne sur la tête des gens bien portants, que seuls voient les malades. »

Émotions fortes et créations

© Réseau-Femmes Colombie Britannique
© Réseau-Femmes Colombie Britannique

Ces derniers jours ont été tellement intenses que ça méritait bien un article.

 

Le théâtre forum

 

J’avoue que c’est un plaisir de revenir sur scène. Je n’ai pas une expérience professionnelle ni même régulière de la scène. La scène est une métaphore puissante : c’est la vie elle-même. Nous vivons tous les jours un rôle et là, nous vivons une scène dans la grande scène. C’est aussi la caverne de Platon : mais sommes-nous les ombres ou les acteurs dont les ombres sont projetées ?

 

J’ai été intriguée par la forme du théâtre forum (apparemment plus commune ici) et je suis très fière de faire partie d’un tel projet pour sa dimension sociale et psychologique. Le théâtre forum est une forme théâtrale visant à rendre la société meilleure en mettant en lumière les relations oppresseur-opprimé. Individuellement, voir ces scènes si réalistes, c’est pouvoir prendre conscience de sa position mais surtout, avoir l’opportunité de trouver une issue, de confronter son oppresseur et d’enfin sortir de la peur, de cette boule au ventre, de cette paralysie incontrôlable. On donne le pouvoir à tous pour cesser ces comportements toxiques, changer le regard de tous : oppresseur, opprimé et témoin (passif). Nous avons probablement tous et toutes été dans ce cas un jour.

 

"Les Éloquentes" ont présenté six saynètes montrant des situations de sexisme, d'agression (et de micro-agressions) et de racisme. Après une première représentation, les comédiens ont rejoué la scène pour donner l'opportunité au public de remplacer la victime et de proposer une autre issue. Différentes personnes du public ont pu intervenir. Ce jeu de rôles s'est passé sous la grande bienveillance de la meneuse de jeu.

 

Je suis aussi heureuse d’avoir rencontré les autres comédiens, pro et amateurs : Sonia Assier, Maxime Barbier de La Boussole, Ingrid Broussillon des Griottes Polyglottes, Lucie Couhailler, Marion Gailet, Gabriel Jalbert, David Prière et Slim Rouissi, l’excellente meneuse de jeu, Emmanuelle Bertrand, l’extraordinaire menteuse en scène, Nathalie Lopez-Gutierrez (également comédienne) et l’impressionnante Maryse Beaujean Weppenaar de Réseau Femmes et toutes les organisatrices de ce projet. J’ai vraiment eu le sentiment d’appartenir à un groupe portant des valeurs, réfléchissant vraiment à la pertinence des attitudes, des gestes, à la réception du public. 

 

Les acteurs, femmes et hommes, se sont mis en position de vulnérabilité et de dominant (pas facile non plus car ce n’est pas leur nature, mais elles sont courageuses d’accepter de se mettre dans ces personnages pour dénoncer ces comportements).

 

Les deux représentations ont été fortes en émotions. Rentrer dans mon personnage était à la fois facile et difficile. Facile car je suis déjà allée signaler des faits à la police et je me suis heurtée à leur indifférence et condescendance. Difficile car je ne porte pas le voile et que je ne suis pas musulmane. J’étais très stressée d’incarner au mieux ce personnage, d’autant plus que lors de la seconde représentation, l’impressionnante Nour Elnayeh, est venue me voir. C’est son histoire et je voulais l’interpréter de la façon la plus juste possible.

 

Le public a été extraordinaire. Il a joué le jeu et des personnes sont venues sur scène pour donner la réplique, pour confronter les oppresseurs. Je trouve ça très courageux et tellement fort : ce geste est une avancée pour soi mais la dimension sociale résonne encore plus forte. Ces différentes propositions d’issues, de formulations, d’arguments plantent des graines de courage et de réflexion pour tous. Les deux représentations ont fait salle comble.

 

L’ironie du sort a voulu que nous allions dans un bar après la première représentation et qu’un homme s’approche de notre tablée (de près d’une dizaine de personnes tout de même !) pour aborder l’une des personnes qui a participé à l’écriture du projet. Ce grand chauve bedonnant insistant lui a sorti la ritournelle habituelle et toute notre équipe a fait corps. J’étais prête à lui sauter à la gorge. Mais comme notre chère meneuse de jeu le rappelle en début de représentation, la violence n’est pas une solution. Mais c’est tout de même incroyable que nous ayons eu des travaux pratiques après les ateliers !

 

Je discutais avec Nathalie Lopez-Gutierrez, du fait que j’avais déjà eu une superbe collaboration avec une autre Natalie (Vella), australienne rencontrée à Paris. Ce qui est drôle, c’est que je rencontre une autre Nathalie, d’une origine différente que dans le pays où nous résidons et qui est elle aussi réalisatrice de film. Et Nathalie Lopez-Gutierrez, de m’expliquer qu’elle aussi a collaboré avec une autre Nathalie. Le monde des Nathalie est plus petit qu’on ne le croit... 

 

Les sensations boomerang

 

Lorsqu’on attend, c’est meilleur. On dit ça de beaucoup de choses. Ce n’est pas faux dans le fond...

 

Mener un atelier de façon générale est terriblement enrichissant, autant pour les bénéficiaires que pour la personne qui l’anime. Mais là, un atelier d’écriture, d’autant plus théâtrale, pour la Boussole est un vrai bonheur. C’est très touchant d’entendre les autres parler de leurs expériences, de leurs valeurs. Bien sûr, je le fais toujours dans le cadre du journalisme mais ici, je guide et j’aide à construire.

 

En parlant d’écriture, j’ai enfin rencontré en personne Daniel Viragh, que j’avais interviewé pour La Source.  Je parle de lui un peu plus loin dans cet article.

 

J’ai aussi assisté au concert de Louis-Jean Cormier dans le cadre du Coup de Coeur Francophone. C’était tellement bon de pouvoir enfin être à nouveau témoins d’art vivant que j’en ai pleuré. Bon, il y a aussi que je suis totalement tombée raide dingue amoureuse de la musique de Louis-Jean Cormier, de ses textes profonds et de sa musique stellaire. On sentait que c’était un spectacle prévu pour une plus grande salle et plus dansant, comme Louis-Jean Cormier l’a lui-même dit. Nous étions tous bien espacés à cause du Covid mais c’était une grande chance pour pouvoir enfin assister à un spectacle en personne.

 

Je discutais avec plusieurs personnes, artistes ou en devenir, de ce sentiment de congestion créative. La pandémie et surtout ses dommages collatéraux ont entrainé un repli sur soi, sur son espace; il a pu être bénéfique pour l’introspection mais aussi étouffant. Je pense qu’on a eu l’impression de tourner en rond comme un lion en cage. Ce qui m’a vraiment fait reprendre la plume de façon créative, qui m’a fait reprendre ma guitare et essayer de chanter, qui m’a fait prendre mon crayon pour esquisser, c’est la rencontre dans le monde réel avec autrui. Ça a toujours été mon moteur. « L’enfer, c’est les autres » disait Sartre mais je ne peux pas m’y résoudre. 

On m’a souvent taxée d’idéaliste mais cette étiquette n’est pas péjorative pour moi. Que serait le monde sans les idéaux ? Que serait-il sans les idéalistes, ces fous qui bâtissent des cathédrales humaines ? Le fait de me saisir par le collet et de me forcer à m’engager dans des projets humains (ce que j’ai toujours aimé) a été mon salut pour sortir du marasme de mon apathie et je le recommande grandement.

 

Je pense qu’on doit se rendre physiquement _tant que possible avec le Covid_ dans des lieux propices à des échanges de qualité avec d’autres humains.

 

La pandémie et le confinement nous a mis dans des bulles, des petits cadres et le retour à l’unité, à la communauté, pousse certains à de beaux projets. Nous sommes comme des gouttes, formant au fur et à mesure une rivière d’individus, restés seuls, coulant le long des pentes et des vallées pour nous retrouver dans l’océan de l’humanité. Espérons que nous puissions former des vagues positives. Du moins, j’aimerais le croire.

 

La poésie

 

Je rencontre enfin en personne certaines personnes que j’ai interviewé pour La Source. J’ai eu la chance de prendre un café avec Daniel Viragh et j’ai été extrêmement touchée qu’il m’offre une version de son recueil de poèmes, « La ballade des gens libres » disponible sur Amazon. C’est un homme impressionnant, parlant tant de langues. C’est sa première publication en français. J’ai été très touchée par tous les poèmes mais ceux que je préfère sont « Juge-moi pas » et « Tout comme je suis, comme tu es ».

 

La poésie revient dans ma vie sous différentes formes, parfois assez extravagantes. Je me souviens d’un jour dans le métro à Paris où un poète déclamait. Je le regardais et je lui ai souris. Il l’a vu et m’a apostrophé, m’a remercié dans cette petite rame de métro bondée. Je ne savais plus où me mettre car je cherchais juste à me fondre dans le décor, dans les murs si possible à cette époque.

 

Une autre fois, j’étais à la Réunion. Je faisais visiter la Réunion à des amis anglais et nous étions sur la plage de l’Ermitage après un vol d’hélicoptère soufflant. Un homme âgé se baignait avec une autre personne. En sortant de l’eau et après s’être séché, il s’est approché de nous et nous a offert une copie de ses poèmes.

 

Une journée ensoleillée en automne

 

Le soleil d’automne vancouvérois est exceptionnel parce que rare, et généralement, il faut se ruer dehors pour pouvoir prendre sa dose de vitamine D. Tout est prétexte à sortir; des courses non-urgentes, un écureuil à suivre, vérifier une boîte aux lettres désespérément vide : trouver n’importe quoi pour ouvrir cette porte et vous jeter dans la rue. Tout est si calme après la tempête et si beau. Sans vent, cette journée a eu un goût de printemps. Les sommets légèrement saupoudrés de neige annoncent la festivité de l’hiver.

 

Mais malgré les rares rayons de soleil, novembre est LE mois de la pluie à Vancouver. Cependant, certaines personnes n’ont pas vu ça depuis au moins 15 à 20 ans. Hélas, on annonce toujours plus de victimes des inondations et encore d’autres crues de cette rivière atmosphérique. Les accalmies sont de courte durée et l’eau n’a pas encore le temps de se retirer que les fortes précipitations tombent à nouveau.

 

Il faut dire que quand il pleut dans la région à cette période de l’année, c’est le déluge. Au début, je pensais que c’était un peu exagéré de voir certaines personnes avoir un parapluie ET une capuche. Jusqu’au jour où la pluie a détrempé mon parapluie au point qu’il pleuve sous mon parapluie ! Depuis, j’ai adopté cette tenue très vancouvéroise.

Les remous de la tempête automnale

Entre remous du changement climatique en provenance du Pacifique, indécence des anti-vaxx et projets francophones palpitants, les saisons se suivent et ne se ressemblent pas à Vancouver. Bon épisode automnal !

 

Les inondations en Colombie-Britannique

 

Après un dôme de chaleur et des températures au-delà des 40 degrés, la province connaît maintenant des épisodes d’inondations-records, au point que l’état d’urgence ait été enclenchée. Une véritable « rivière atmosphérique » a dévasté des routes, englouti des maisons et poussé des éleveurs à secourir des veaux dans leurs bras, bravant des courants. Si le nom du phénomène météorologique à l’origine de ce déluge prête à sourire et fait davantage penser au nom d’un cocktail (le « Pineapple Express » soit ananas express), ce courant chargé d’air très humide hawaiien montre bien que le changement climatique est pour aujourd’hui.

 

Les images sont choquantes, les témoignages glaçants. De nombreuses personnes se sont retrouvées bloquées dans ou sur leur voiture, quand celle-ci n’avait pas été emportée par les eaux ou les coulées de boue. Les glissements de terre vont bon train : la terre n’est plus retenue par les racines des arbres qui ont brûlés cet été. Sans compter sur l’assèchement d’un lac il y a une centaine d’année du lac de Sumas; de nombreuses exploitations agricoles et surtout de l’élevage se sont développés sur ces terres mais la nature reprend aujourd’hui ses droits. 

 

On ne déplore aujourd’hui qu’un décès dans une coulée de boue mais la situation à moyen et long-terme est dramatique pour des familles sans toit, dans des régions où les températures sont déjà négatives. Fort heureusement, dans tout ce chaos, on entend aussi des nouvelles plus réconfortantes : des voisins ou même des étrangers accueillent les rescapés, leur offrent un toit, de la nourriture et du soutien.

 

La Source me ressource

 

Dans quelques semaines, cela fera deux ans que j’écris pour la section française du journal La Source, étendard de la diversité et du bilinguisme à Vancouver. J’écris des articles et je gère bénévolement les réseaux sociaux du média.

 

Deux ans qui m’ont permis de rencontrer des artistes, francophones ou pas, des acteurs remarquables de la communauté, au service de la diversité. Je suis arrivée quelques mois seulement avant la pandémie et le journal m’a permis de rester à flot. Beaucoup m’ont inspiré, sinon tous.

 

J’ai été très touchée de recevoir un message récemment, d’une artiste que j’avais interviewée, me disant qu’elle trouvait l’article très beau et qu’il lui donnait « des ailes ». J’ai failli ne pas finir mes études en journalisme; j’avais été effrayée par la puissance de ce pouvoir et je ne voulais pas heurter qui que ce soit car nous sommes humains et donc soumis à l’imperfection. Heureusement, un enseignant a changé ma perspective et m’a expliqué que les bénéfices que nous pouvions apporter à la société en tant que journaliste, les bonnes initiatives qu’il nous faut mettre en lumière. Je lui suis toujours très reconnaissante de m’avoir rattrapée à ce moment.

 

Tout comme pour l’enseignement, j’essaie de toujours être vigilante par rapport aux conséquences sur l’humain. C’est d’ailleurs pour cette raison que j’ai décidé de reprendre les études, de me former correctement pour pouvoir transmettre correctement. Je ne trouvais pas la bonne volonté suffisante. 

 

Je crois aussi à l’apprentissage en continu. Nous apprenons de tout le monde, jusqu’à la fin de notre vie. Ça sonne un peu comme une vérité de Lapalice mais combien de fois avons-nous entendu des personnes rechigner à se former ou re-former ? À douter ou juger le formateur ou la formatrice ? Je me souviens d’une fois, à Madagascar, d’avoir été recadrée sur ma façon de jouer au badminton par un enfant d’environ 7 ans. C’était vraiment un pro et j’étais vraiment contente qu’il me montre la posture correcte. Mais je sais bien que l’humilité est une valeur désuète aujourd’hui et tant pis pour ceux qui ne savent pas l’apprécier.

 

La communauté francophone de Vancouver

 

Je prends enfin le temps de rencontrer les différents acteurs de la communauté francophone de Vancouver. Entre la pression pour l’obtention d’un permis de travail et le début de la pandémie, je n’ai pas vraiment eu l’occasion de rencontrer beaucoup de monde, dont les institutions francophones. 

 

La Fédération des francophones de la Colombie-Britannique et La Boussole sont des institutions incontournables à Vancouver et j’étais très contente de rencontrer certains de leurs membres. Entrer en contact avec des francophones à l’étranger peut réserver des surprises, autant bonnes que mauvaises et sans doute comme dans d'autres communautés. Lors de mes différentes expériences de migration (Australie, Madagascar, Seychelles et Malaisie), j’ai eu l’occasion de voir certains profils et attitudes revenir, aussi bons que très éloignés de mes valeurs. 

 

Je me souviens d’un Français dans l’un des pays que j’ai arpenté, très égo et ethno-centré, en proie à une solitude telle qu’il voulait se lier d’amitié avec de parfaits inconnus. Il avait très bien réussi, roulait dans de belles voitures mais était délaissé par ses enfants et en souffrait terriblement. Il a disparu lorsqu’il a vu que mon compagnon et moi ne partagions pas cet amour de l’argent et que nous vivions heureux très simplement.

 

Cependant, je pense qu’il était très content de pouvoir exprimer ses sentiments dans sa langue maternelle. J’ai toujours été intriguée par la perte de la langue maternelle. Le terme scientifique est « risque d’attrition de L1 » et existe bel et bien. Apparemment, c’est comment si la langue maternelle se mettait en retrait dans notre cerveau et il faut donc faire beaucoup d’efforts pour retrouver les mots. On n’est pas à l’abri des erreurs mais elles s’effacent une fois qu’on se remet dans un bain linguistique.

 

Le théâtre-forum

 

L’expérience de théâtre-forum avec le projet « Les Éloquentes » pour dénoncer le sexisme est vraiment très intéressante. Cette méthode développée par Augusto Boal a pour but de rendre visible les injustices aux yeux de tous, victimes, oppresseurs, témoins apathiques. C’est une véritable construction collective et sociale. Nous discutons tous sur les différentes issues.

 

C’est un travail intense car nous allons chercher au fond de nous-mêmes. On peut se questionner sur nos actions et inactions précédentes, sur les façons d’avoir réagi ou pas réagi par rapport à une agression. Durant les répétitions, nous jouons nos saynètes mais également les potentielles interventions du public. J’avoue que ça a été une expérience intense pour moi car j’avais l’impression qu’on me donnait soudain un pouvoir trop grand pour moi, le pouvoir de répondre, de ne plus baisser la tête, les yeux, de dire ce que je pense vraiment. Mais c’est aussi terriblement libérateur de pouvoir agir comme on aurait voulu le faire dans la situation donnée.

 

Les représentations sont pour bientôt et j’ai hâte de voir le public s’emparer de ce pouvoir et de réfléchir aux façons de gérer ces situations.

 

L’automne et les saisons 

 

Un séjour à Sooke sur l’île de Vancouver m’a permis de voir beaucoup de couleurs automnales, qui ne se limitent pas seulement aux feuillages des arbres. Les ciels et la mer soumis aux brusques changements du temps sont magiques. L’automne est la saison la plus exotique lorsqu’on vient d’un pays chaud à mon sens. Je sais qu’on évoquera l’hiver et la neige mais les nuances sont principalement limitées au ciel alors qu’en automne, c’est tout l’environnement qui change. Les arbres qui se dénudent et la perte de lumière du jour sont spectaculaires lorsqu’on vient des tropiques.

 

J’ai profité de ma visite à Victoria, plus grande ville de l’île pour aller à la rencontre du centre Issamba. C’est le seul centre culturel africain de la province et j’étais très contente de voir tous ces drapeaux sur le mur et d’y reconnaître les étendards mauriciens et seychellois. Nous avons un drapeau officieux de la Réunion mais il est surtout un clin d’oeil pour la communauté réunionnaise. Je suis africaine. Je suis aussi française, caucasienne, indienne et encore mille autres choses probablement. Je me souviens de ce truc des quarts et de l’identité fractionnée, 10% de ceci ou cela, pour ma part, c’est flou et je me sens tout ça en même temps : française, réunionnaise, africaine, indienne, génétique, culturel, maintenant asiatique via mes recherches sur les racines de mes racines et mon compagnon.

 

J’y ai dégusté l’un des meilleurs chowders (soupe de fruits de mer typique, à base de crème ou de tomate suivant les régions) de Victoria mais au prix d’une odeur tenace de friture sur mes vêtements, comme si les gouttes d’huile étaient suspendues dans l’air !

 

Les anti-vaxx aux commémorations du 11 novembre

 

J’avais déjà été choquée par les réactions des gens qui refusent le vaccin en brandissant la liberté de choix à tout bout de champ alors que des infirmières s’étaient suicidées parce qu’elles pensaient avoir transmis le virus à des patients involontairement. Ces informations mises côte à côte sont tout de même insupportables. En ce weekend de commémoration, des antivax ont perturbé une cérémonie à Kelowna. Est-ce vraiment le moment ? Je plains ces pauvres vétérans qui se sont battus pour cette même liberté, de la voir ainsi foulée du pied pour se dispenser du port du masque ou de refuser un vaccin, si difficile à obtenir et/ou à prix d’or dans des pays moins fortunés.

 

L’écriture, fil d’Ariane... ou de Nathalie

 

Je suis heureuse de faire partie des projets francophones : le théâtre-forum et maintenant l’animation d’ateliers d’écriture à la Boussole. Cet organisme d’aide à la communauté francophone porte un très beau projet portée de la plume, très touchant, des échanges épistolaires, quelque chose de si intime. C’est un drôle de clin d’oeil du destin car j’ai toujours écrit et envoyé des lettres et j’en écris toujours. Beaucoup pensent sans doute que c’est vieux jeu, qu’on lit ce pli soigneusement écrit à la main d’une traite dans un monde au consumérisme galopant. Mais qu’importe, je prends toujours le temps de raconter, de me confier de cette façon si intime à mon sens. Bien que j’adore le son, mes premières amours vont au papier.

 

Écrire à la main à une personne qu’on chérit est un processus particulier aujourd’hui : on prend le temps de penser aux mots formulés, on essaie d’être lisible, bref, on prend du temps pour l’autre. Mais je sais que ce n’est pas du goût de tout le monde, que ça prend du temps et je suis déjà bien contente d’avoir des petits messages électroniques !

Nouveau chapitre

L’écriture de cet article a débuté en mars 2021.

 

La canicule et autres désastres

 

La canicule au Canada, à Vancouver, à Lytton, fait les gros titres à l’international et mes amis, dispersés sur le globe, me demandent si je survis à cet épisode. Ayant vécu à Adélaïde en 2013 et ayant vécu dans la région la plus chaude au monde à ce moment-là, je ne m’attendais pas à vivre ma seconde exposition à un record du monde de chaleur au Canada.

 

J’ai eu la chance de pouvoir rester dans mon basement. A moitié enterré, il bénéficie d’une température constante, comme une cave à vin. Vu que les fenêtres sont semblables à des meurtrières à l’horizontale, l’explosion de lumière qui brûlait tout ce qui bougeait dehors a été tempérée.

 

C’est terrible ce qui s’est passé à Lytton. Non seulement, la bourgade a connu quasiment 50°C mais elle a été totalement ravagée par les feux de forêt. Le nombre de morts subites dues à la chaleur est en constante augmentation, près de 700 aux dernières nouvelles. Les victimes sont surtout des personnes âgées. C’est quelque chose qui me choque profondément. Comment peut-on avoir vécu comme tout le monde, avoir travaillé, avoir eu des enfants, avoir participé à la construction de la société et se retrouver à mourir seul de chaleur ? À Paris, en 2004, ce scénario m’avait tellement choqué que j’ai travaillé pendant l’été comme aide à domicile pour les personnes âgées. C’est un sacré boulot, il faut être blindé psychologiquement mais je ne regrette pour rien au monde de l’avoir fait. Malheureusement, j’ai moins le temps actuellement mais j’aimerais bien pouvoir apporter ma pierre à l’édifice plus tard.

 

L’autre désastre qui sévit en Colombie-Britannique, ce sont les nouvelles découvertes de tombes d’enfants autochtones. C’est un terrible traumatisme pour la communauté et pour tous les Canadiens. De nombreuses églises sont, au mieux recouvertes d’inscriptions en orange (la couleur commémorative de ces découvertes) et/ou en rouge, au pire brûlées. Les experts craignent que cette vague vengeresse ne déferle sur les États-Unis.

 

La piscine

 

Je ne vois rien à la piscine. Ça ne m’a pas empêché de faire des compétitions enfant. Mais je  ne supportais pas la pression. Ma terrible myopie m’empêche également de voir sous l’eau. Mais je glisse dans l’onde, le seul endroit où je me sens bien.

 

Un jour, j’ai eu une séance plus tard, à 8h15. J’ai eu la chance de voir un rayon de soleil dans ma ligne. C’était très beau.

 

J’y vais en moyenne deux fois par semaine. J’aimerais pousser à trois fois mais mon emploi du temps ne me le permet pas pour l’instant. Du coup, j’ai forcé les choses, je continue avec des séances entre 6h30 et 7h.

 

Tout le monde s’émeut de l’heure à laquelle je pars nager. J’avais changé ce créneau horaire pour que cela n’affecte pas mon travail. Puis j’ai pris l’habitude. Il y a une quiétude extraordinaire le matin. Le privilège de voir les premiers rayons du soleil, d’entendre les oiseaux se réveiller.

 

A force d’aller au même créneau, on croise des habitués, avant de devenir soi-même habitué (probablement). Je considère donc ces personnes comme des « amis secrets ». Nous ne parlons pas mais nous nous cédons le passage dans la ligne d’eau, en un sens, nous veillons les uns sur les autres. Du moins, c’est ce que j’imagine. Une communauté silencieuse, unie par l’amour de l’eau.

 

Les cerisiers et la lumière du printemps

 

Pour moi, il y a clairement eu plus de lumière d’un coup. J’ai senti le changement dès le mois de mars où j’ai eu l’impression que le jour s’était levé d’un coup et que tout le monde était sorti d’un coup.

 

Vu que je vis dans un basement et que je travaille dans des salles sans fenêtres, je ne suis plus du tout habituée à la lumière et même au soleil. Au début, il m’a même donné mal à la tête et j’ai du faire attention à bien appliquer de la crème solaire.

 

En revanche, je me suis promenée dans les parcs et c’est extraordinaire. J’ai été fascinée par la soixantaine de mousses différentes du jardin japonais Nitobe à l’Université de Colombie-Britannique. C’est un endroit très apaisant, très proche de ce que j’ai vu à Tokyo. Toutes ces mousses étaient comme des centaines de petits mondes.

 

Cet intérêt pour les mousses n’est sans doute pas totalement fortuit : elles poussent sur peu et survivent en captant des éléments microscopiques, presque intangibles. Est-ce que je me transformerais en mousse ?! La devise de la Réunion est « Je fleurirai partout où je serai portée/plantée ».

 

La lecture

 

J’ai craqué : j’ai racheté des livres. Je préfère aller à la bibliothèque mais les horaires sont un peu compliqués pour moi, le délai de deux semaines est toujours trop court et j’ai la flemme de repousser la date. Puis il y a eu un évènement traumatisant pour la communauté locale récemment : une jeune femme d’une vingtaine d’années a été poignardée par un fou devant son enfant aux abords de la bibliothèque de North Vancouver. J’allais à celle du centre-ville mais tout de même, une bibliothèque ! 

 

Enfin, du coup, je lis « Le ventre de Paris » de Balzac.

 

J’ai aussi chiné à l’Alliance française de Vancouver qui faisait son ménage de printemps.

 

J’ai un truc spécial avec le choix de mes lectures... J’ai lu « Le grand secret » de René Barjavel et ça a eu un sacré écho avec la situation actuelle.

 

J’ai aussi lu le terrible « Né d’aucune femme » de Franck Bouysse. Fort heureusement, pas d’écho similaire dans ma vie mais l’auteur vient de Corrèze, une région que j’ai beaucoup à coeur pour m’y être rendue pendant des années et dans laquelle j’ai de très beaux souvenirs.

 

Je suis en train de terminer « La tête de l’emploi » de David Foenkinos.

 

Je me rends à nouveau à la bibliothèque publique de Vancouver et ça me fait beaucoup de bien de pouvoir à nouveau voir des livres « en personne ».

 

Je repense à mon enfance dans les bibliothèques publiques, un amour insufflé par ma mère.

 

Septembre 2021

 

Le planétarium

 

Nous sommes allés au planétarium et j’ai eu la grande surprise de voir un documentaire assez poussé sur la structure de l’oeil (sponsorisé par Zeiss donc évidemment). J’étais assez inconfortable face à ces découpes du globe oculaire, me rappelant les nombreuses explications de ma rétinopathie. J’ai surtout été touchée par un proverbe que j’avais déjà entendu auparavant mais qui a véritablement résonné à ce moment : « La rétine est aussi surnommée le miroir de l’âme. » Qu’en était-il de mon âme alors ? En effet, en regardant en arrière, elle était un peu en train de se déchirer, de s’effondrer. Le traitement était un peu traumatisant mais salvateur. A ce moment de ma vie, j’ai pris des années à me reconstruire après des évènements très difficiles. C’est fou ce que nos pathologies disent à propos de notre santé mentale !

 

Après avoir laissé décanter ce documentaire sur l’oeil quelques heures, cette histoire de photons voyageant à travers l’univers m’a beaucoup fait réfléchir. Initialement, ce documentaire intitulé « Seeing! » (très parlant dans mon cas) suit la création et le parcours d’un photon à l’autre bout de l’univers jusqu’à ce qu’il arrive au cerveau d’une jeune fille sur Terre. D’une part, ce documentaire donne à ces photons un rôle très actif auquel je n’avais pas vraiment songé. Tout émet et reçoit : les personnes, les pierres, les sentiments ? D’autre part, j’ai aimé dans la narration l’humilité restituée en disant qu’ils avaient voyagé, donc un fragment de galaxie, jusqu’à nous et cela devrait éveiller notre gratitude. J’ai aussi pensé à ces milliards (bien plus mais je ne suis pas scientifique et je n’ai pas le vocabulaire approprié pour parler du nombre infiniment grand à utiliser ici) échanges d’énergie et d’information réalisés partout et tout le temps. Ca me fait penser au symbole de l’infini. L’autre chose qui m’a fait réfléchir est l’iris : lorsque l’âme quitte le corps physique, la fameuse lumière au bout du tunnel que nous voyons ne serait-elle pas « simplement » ce qui existe au-delà de l’iris ? L’iris étant le tunnel...

 

Octobre 2021

 

Ma pause professionnelle a des bénéfices que je n’aurais jamais osé imaginer. J’ai tout d’abord pris soin de moi en affrontant de grandes peurs.

 

L’écriture

 

L’écriture est clairement mon Mont Everest. Je n’ai jamais osé me lancer dans cette aventure de façon officielle. Bien sûr, j’écris ce blog mais ce n’est pas pareil. J’ai démarré un atelier d’écriture avec l’Alliance de la francophonie des femmes canadiennes en septembre et c’est extraordinaire. J’ai senti beaucoup de soutien des organisatrices et un beau partage avec les autres participantes. Les ateliers m’ont beaucoup apporté et je suis maintenant dans la phase de rédaction, avant remise du manuscrit en décembre.

 

Je reprends l’écriture de mon blog, que j’avais délaissé faute de temps mais c’est comme si un engrenage s’était mis en route. J’ai été contactée pour mener un atelier d’écriture à mon tour ! C’est drôle la vie...

 

Je suis également en train d’écrire une mini-série de podcasts sur l’intangibilité mais le projet en est encore à ses débuts. Je l’imagine bilingue, peut-être avec une touche pédagogique car j’aime transmettre mon amour de la langue française.

 

L’opération

 

J’ai aussi fait une opération pour corriger ma myopie. Ma période de convalescence était très intense. J’ai documenté cette très grande étape de ma vie. Je suis dans le processus d’écriture et je ne sais pas encore ce que je vais en faire mais je souhaite partager cette expérience avec autrui. Clairement, c’est un travail sur la gratitude, devenu colonne vertébrale de ma vie, notamment professionnelle.

 

Je m’intéresse de très près à l’Institut National Canadien pour les Aveugles. J’ai recontacté le comité de l’association Valentin Haüy, que j’avais déjà contacté en 2016. Ils cherchaient des donneurs de voix, une annonce entendue à la radio. Je souhaitais m’engager mais mes nombreux voyages n’offraient pas les meilleures conditions pour l’enregistrement des livres audio. Maintenant que je suis enfin plus stable, je suis en train d’enregistrer un test.

 

Les opportunités

 

Je collabore sur des projets comme « Les Éloquentes », un projet de théâtre-forum de Réseau Femmes. Je découvre les principes du Théâtre invisible et du théâtre de l’opprimé d’Augusto Boal avec la réalisatrice Nathalie Lopez-Gutierrez.

 

Je continue ma collaboration avec La Source et cela fera bientôt deux ans que je suis dans cette belle aventure avec le journal communautaire vancouvérois.

Flashback

Une élève m’a récemment rappelé que j’avais commencé ce blog il y a 10 ans. 10 ans que j’essaie d’écrire, de façon plus ou moins régulière.

 

2021 démarre et je regarde dans le rétro. Que se passait-il dans ma vie il y a 20 ans ? Je prenais ma petite valise pour quitter à 17 ans la maison et arriver le jour de mes 18 ans à Paris, quelques jours avant que la panique des attentats ne s’empare de Paris et que je ne devienne l’objet de regards inquiets et d’insultes, que je me frotte au racisme (que j’avais déjà connu auparavant) d’un peu plus près. J’ai aussi réappris à vivre dans un pays au climat tempéré, voir mon corps réagir aux différentes saisons. Suivirent de nombreuses aventures, drôles, dures, incroyables mais surtout formatrices. 

 

Que se passait-il 10 ans plus tard ? Je prenais à nouveau ma petite valise pour aller à l’autre bout du monde (uniquement comparé à Paris), en Australie. Encore une fois, ça a été très exaltant. J’ai eu la chance de travailler dans des secteurs très différents et de rencontrer beaucoup de personnes très intéressantes. Et j’ai bien de la chance d’être toujours en contact avec certaines d’entre elles. J’ai rencontré mon élève zéro, comme il y a un patient zéro, celui avec qui l’aventure de l’enseignement a commencé.

 

Je me souviens de la rencontre avec son père, qui m’a vendu une caméra vidéo et qui me demandait si je donnais des cours de français. Evidemment, j’ai pensé qu’il s’agissait d’une simple boutade, voire même d’un argument commercial. Mais non. J’ai donné mes premiers cours de français à ce jeune homme d’origine vietnamienne en Australie. J’ai découvert la passion contagieuse de la transmission. J’ai voulu bien sûr l’aider sur la grammaire mais j’ai voulu lui donner plus, plus d’éléments sur la culture française.

 

Cet élève zéro a déclenché un processus de réflexion qui a mené à des actions. Comment transmettre au mieux ? J’ai agi 5 ans plus tard. J’ai démarré ma formation de DAEFLE puis, trouvant que je n’avais pas assez de bagage, j’ai entamé mon Master FLE. De façon assez cocasse, j’ai démarré ma première formation, le DAEFLE, sans emploi dans ce domaine. Puis, le hasard a voulu que cette formation s’accorde totalement avec un programme de coopération régionale.

 

Puis j’ai entamé mon Master FLE, en démarrant une autre expérience dans un centre de langues. Un Master à distance commencé en Malaisie et terminé au Canada.

 

Il y a 20 ans sortait « Les fabuleuses aventures d’Amélie Poulain ». Je me souviens d’avoir été éblouie par ce bijou cinématographique à la Réunion, avant de savoir que je devrais faire le choix entre une classe préparatoire aux grandes écoles à la Réunion et la Sorbonne, seule université métropolitaine à m’avoir répondu favorablement. Je passais aussi mon bac cette année-là. La première édition d’épreuves du bac alignées sur les horaires de métropole (soit en début de soirée pour certaines épreuves) et la dernière année d’un format avec toutes les épreuves en fin d’année (les épreuves sont maintenant plus étalées).

 

Je n’aurais jamais imaginé me retrouver aujourd’hui au Canada, à Vancouver, sur le point le plus opposé à la Réunion sur la planète. Je ne suis jamais vraiment projetée dans le futur : j’ai toujours eu tendance à vivre dans le présent et j’essaie d’y rester.

2020 au diapason du soleil

Le premier jour de l’année était radieux, ensoleillé à Vancouver et j’espère que c’est un signe, que le soleil sera l’augure de la décennie pour moi (au moins de l’année !). Un ciel bleu après toutes les teintes de gris humides. Mais je crois que j’ai trouvé mon salut dans la luminothérapie. C’est assez drôle car j’avais fait un reportage pour Vivacité-RTBF à Mons en 2007 il me semble à ce sujet. On trouve souvent l’aide dont on a besoin en soi. Mais si cette pensée semble égocentrique, elle est pourtant bien loin de l’être.

Je souhaite toujours apporter aux autres mais j’ai bien compris que sans énergie, sans paix et sans joie, on transmet _aussi_ du négatif. Lorsque j’enseignais, j’étais très attentive à ça. Je me souviens d’une enseignante qui me disait au sujet des vacances et de recharger ses batteries : «  Elles [les vacances] sont capitales. Si on n’en a pas, on transmet de mauvaises choses, dont la frustration et l’impatience. »

Lors de cette première journée de 2020, assise sur un banc dans un parc, j’observais ces arbres longilignes, peut-être une espèce de conifères, qui se balancent au gré du vent. Je repense à la communication entre les arbres, exposée dans un livre que je n’ai pas fini, « La vie secrète des arbres » de Peter Wohllenben. Les feuillages des arbres se découpaient, pour s’imbriquer les uns dans les autres et certaines branches, légèrement recourbées semblent être des mains qui invitent à danser. Un couple d’arbres qui dansent.

L’art est partout. Dans les mots aussi : nATuRel mais aussi pARTage, mon préféré né d’un projet fictif pour les études, un mélange de partage autour de l’art.

 

Voir ce que l’on veut

 

On voit ce qu’on veut voir. Parfois, l’Australie me manque et je la vois, je la retrouve ici, au Canada. Je voyais même la Réunion en Nouvelle-Zélande. Si on se concentre assez, on voit ce que l’on veut voir. Adolescente et jeune adulte, j’étais très pessimiste. En me frottant à certaines épreuves difficiles, mon regard a changé et c’est pour ça que la gratitude est devenue mon pilier. On oublie trop souvent qu’on a le pouvoir de se changer.

 

2020 sera sonore…

 

J’évoquais dans mon dernier article mon envie de faire du bénévolat, de participer à un projet pour la communauté, mon amour du service public (ex-RFO). Je voulais collaborer avec l’association Valentin Haüys et enregistrer des audio livres par le passé. Aujourd'hui, je réfléchis à aller lire des livres en maison de retraite en attendant mon permis de travail...

J'adore les sons et les voix. Il y a tellement dans une voix. Les voix chaudes, les voix rocailleuses, les voix qui ont vécu, les voix drôles, les voix originales.

J’ai commencé la rédaction de mes modules pour un podcast mais j’ai un souci technique avec mon enregistreur.

 

… et/ou artistique ?

 

Depuis que je suis à Vancouver, la peinture semble aussi m’imprégner. J’ai peint en compagnie d’une amie, Tanya et d’un bon verre de vin (seulement un, je vous rassure). C’était un ciel d’hiver mais très chaleureux. Nous écoutions les explications de Bob Ross et sa voix douce. Je me disais que c’était typique des années 80. Aujourd’hui, les tutoriels en ligne sont tellement criards et le montage est extrêmement rapide, dans cette dévorante envie d’aller toujours plus vite, plus vite vers la fin. Je ne suis pas nostalgique, il faut bien vivre avec son temps mais pour rien au monde, je ne prendrais ce pas. J’aime mon décalage, même si j’en souffre parfois.

J'ai aussi appris à tricoter avec Emily, une amie canadienne qui a joué un rôle important dans mon arrivée à Vancouver.

 

La rencontre, feu de la vie

 

J’ai eu la grande chance de rencontre avec Idliko Kovacs pour écrire un article paru dans le journal bilingue La Source. C’est une femme stupéfiante.

Je me suis sentie revigorée en rencontrant cette militante. J’adore ce métier pour les rencontres que l’on fait. Pour moi, les rencontres et les discussions qui en découlent sont toujours enrichissantes. Elles peuvent nous dresser le poil mais j’aime aussi discuter avec des personnes ayant des points de vue très différents car rien de plus rasoir que d’être entre soi et de s’auto-congratuler. Je n’aime pas les conflits mais je suis toujours admirative d’une belle argumentation dans le respect des différentes opinions. Je garde d’ailleurs un œil sur les prochains cafés-philo sur Vancouver…

 

La pauvreté à Vancouver

 

Dans le Verbatim de la Source, j’évoque l’écart entre les riches et les pauvres à Vancouver mais je pense qu’il n’égale pas ce que j’ai pu entrevoir à Antananarivo à Madagascar.

Mais ça reste choquant de voir qu’elle est si prégnante dans une ville comme Vancouver. Les drogues dures font beaucoup de ravages. Je n’ai pas encore entendu parler d’agression de junkie mais il faut dire que je ne sors pas le soir… La journée, certaines personnes mendient en ville, d’autres restent très discrets ou déambulent simplement dans les rues ou dans les bus.

En parlant de bus, j’ai été très surpris par une scène dans un bus où un jeune roquet, lunettes de soleil et écouteurs sur les oreilles, criait presqu’au chauffeur qu’il n’avait pas la monnaie (alors que sa tenue et ses accessoires indiquaient clairement qu’il pouvait se permettre un ticket de bus). Le nez levé, il est ensuite allé vers le fond du bus. Ca m’a choquée car ça fait bien des semaines voire plus qu’on entend parler de grèves de chauffeurs de bus à cause des conditions de travail mais aussi des salaires non-revalorisés. Comment peut-on manquer de respect envers un service public ? Comment en arrive-t-on à une telle situation ?

Je ne veux pas stigmatiser le Canada, la situation n’est pas plus reluisante en France ; on agresse des pompiers, le personnel hospitalier et d’autres services publics. Mais de façon générale, je ne comprends pas qu’on puisse en arriver à un tel irrespect…

 

La valeur de choses

 

Je me faisais une réflexion sur la valeur qu’on donne aux choses. L’Homme aime ce qui est rare et va sans scrupules creuser les entrailles de la Terre pour y arracher des pierres qui ont mis des milliers d’années à se former, y arracher des vies (celles des mineurs) qui ont été façonnées avec tant d’amour, d’abnégation et de labeur. Mais quid de l’instant rare de paix que l’on peut avoir soi-même, de l’humour d’un jeu de mots au détour d’une conversation, de l’amour d’un premier regard ?

 

On ne se rend compte de la valeur des choses, bien souvent, lorsqu’elles sont perdues. Surtout dans notre monde terriblement matérialiste. Pourtant, elles sont encore si saisissables…

L'attente et autres occupations

Le moral est un peu en berne parfois et je pense que c’est le manque de lumière qui m’affecte un peu. Je n’ai pas vécu dans un pays saisonnier depuis quelques années maintenant. J’ai découvert que Vancouver est quasiment à la même latitude que Paris et pourtant, je trouve qu’il y a moins de lumière… Il faut dire que je vis dans un basement, à moitié sous terre.

 

L’attente

 

Une fois de plus, moi la nomade internationale, je dois faire face aux délais administratifs. Je dis nomade internationale en faisant référence à mon expérience en Australie. Trouver la bonne information a mis un peu de temps. Ce n’est pas le premier site d’immigration que je détaille mais ils sont tout de même un peu différents. Mais suite à des réunions d’informations, des partages avec d’autres francophones, je pense avoir trouvé des issues. Je suis actuellement dans un processus de reconnaissance de mon diplôme (pas mes diplômes au vu du coût) ; mon école a envoyé les documents et l’organisme concerné doit les vérifier. Attente annoncée : 20 semaines au maximum ! Bon, avec un peu de chance, ça devrait prendre moins de temps.

 

Il me faudra ensuite soumettre une demande d’Entrée Express, qui devrait même environ 3 à 4 mois… La patience, reine des vertus !

 

Les vêtements

 

Il ne fait si froid que ça à Vancouver. Nous sommes loin des températures négatives et des mètres de neige de l’intérieur du pays. Mais je réactive de vieux réflexes, acquis à Paris, concernant les couches vestimentaires. Je pense que je souffrais moins de ce détail en Australie et en Nouvelle-Zélande, malgré des températures similaires. Mais le froid y était peut-être plus sec…

 

Concernant ces fameuses couches, je voudrais partager cette astuce qui m’a été transmise car parmi mes lecteurs, je sais qu’il y a quelques ultramarins ou personnes vivant près de l’équateur peu habituées à ce type de climat. Je suis tombée, comme beaucoup d’autres, dans le piège de « l’oignon ». Oui, il faut superposer les couches vestimentaires mais pas n’importe lesquelles et pas n’importe comment. Le plus important, c’est la toute première couche. Un jour, une dame (que j’estime beaucoup) m’a donné le conseil suivant : « Porte de la soie si tu le peux ». En effet, la soie n’est pas accessible à tous mais pas besoin d’avoir des mètres sur soi (de soie). Aujourd’hui, on trouve aussi des vêtements « thermiques » qui peuvent tout aussi bien faire l’affaire. Puis, on peut s’habiller « normalement ».

 

Je tiens à faire cette remarque sur les températures suite à des observations très intéressantes. J’étais déjà intriguée par les Australiens capables de mettre des tongs en plein hiver austral mais les Canadiens sont une catégorie au-dessus et forcent l’admiration. J’ai croisé des personnes en short, en débardeur, en tshirt et même un homme torse nu (mais celui-ci devait avoir pris trop d’anti-gel car il surprenait même les Canadiens). Pas de marques rouges, habituelles morsures du froid sur leurs peaux…

 

Les habitudes

 

J’essaie de garder mes bonnes habitudes alimentaires et de vie. Partisane de l’anti-gaspillage, je m’informe sur les pratiques de recyclage (toujours pas facile de comprendre les subtilités du triage du plastique à Vancouver mais il y a de l’espoir car il existe un jeu, j’adore cette approche ludique !), je m’essaie au Farmers Market (une pratique que j’avais à Adélaïde) et je cherche les alternatives à la grande distribution (si possible bio mais ça reste cher, comme partout). Je me suis donc rendue sur Main Street, l’une des avenues branchées (bobo comme on dirait en France) et j’ai poussé les portes d’une boutique faisant de la vente en gros. Evidemment, j’étais sous le charme car je craignais d’avoir peu, sinon pas, d’alternatives au supermarché, aux contenants en plastique à usage unique (que je ré-emploie au maximum). Cependant, le charme s’est rompu face à une attitude très fermée, presqu’hautaine du personnel. J’avais l’impression de rentrer dans une boutique très confidentielle dont je ne connaissais pas les codes et qu’il fallait quasiment être co-optée pour pouvoir prétendre fouler le sol de cette enseigne. Je ne suis pas revancharde, ou plutôt trop attachée à mes convictions quant il s’agit de trouver des alternatives et j’y reviendrais mais si je sens le même frisson me parcourir l’échine, je changerais de crèmerie… Pour moi, cette attitude va tellement à l’encontre de ce qui devrait être un partage autour du respect, respect de la planète. Mais il est vrai que rien n’interdit à de fervents écologistes d’être racistes ou nazis.

 

J’essaie de faire du sport mais difficile pour moi de revenir à la piscine chlorée « froide » après avoir eu l’océan, de craindre un footing où la bronchite pourrait vite m’étreindre après avoir eu les équipements, la liberté de courir à l’air libre et de se résoudre finalement, à courir en salle. Cependant, je dois nuancer ce tableau sombre. Je marche. Certes, c’est urbain, c’est autour d’un golf mais les écureuils autant surpris que moi égayent cette promenade que je fais parfois. Encore une fois, je dois être patiente et attendre le retour des beaux jours pour envisager _enfin_ une randonnée.

 

Le don

 

J’ai toujours essayé de donner de mon temps pour des causes qui me tiennent à cœur. J’ai une liste d’actions que j’aimerais effectuer en tant que bénévole. Mais je me retrouve parfois prise dans mille projets en raison de ma profusion d’idées (et honnêtement, d’aventures et de rencontres : la vie n’est pas une ligne droite). Néanmoins, je repensais à mes expériences en tant que bénévole ; aux Seychelles, en Australie, en France

Ne pouvant pas encore travailler et me sentant très fortunée, j’ai eu l’occasion d’être bénévole pour deux institutions depuis que je suis arrivée. J’ai été bénévole à la Chambre de Commerce Francophone de Vancouver ; j’ai donné un coup de main pour mettre en place la restauration légère et j’ai eu l’occasion de rencontrer quelques membres de la chambre très sympathiques. Il faut dire que je n’ai pas rencontré de personnes foncièrement désagréables pour l’instant.

 

J’ai aussi été bénévole pour OpenTable, un repas pour les plus nécessiteux. C’était une bonne expérience, j’avais toujours voulu essayer. Je me souviens de l’ami d’un ami, travaillant pour une entreprise parisienne, me parler de son expérience à la soupe populaire pendant des années et je trouvais cela tellement beau… En servant cette soupe puis ces assiettes de curry de bœuf, je m’interrogeais sur mes motivations et ma réponse, en mon for intérieur, a été que je me sens très aimée et que je voulais transmettre cet amour à ceux qui en ont un peu moins par quelque chose de très concret, à manger. Pour l’instant, j’ai participé à trois de ces évènements, l’une régulière, hebdomadaire et l’autre, pour célébrer Noël. Pour Noël, c’était très beau ; il y a eu une petite représentation avec des musiciens, de l’ambiance, de bons mets et surtout beaucoup d’affection. Le concept de l’OpenTable est de partager avec des personnes dans le besoin, de la nourriture mais plus, une conversation.

 

Je me questionnais sur la viabilité du bénévolat pour la société en Australie car il me semblait utilisé à tout va. Ici aussi, il semble être le sésame, quitte à finir sur le carreau après de nombreuses années de loyaux services. Car il est aussi difficile pour le bénévole que pour les services qui le sollicitent de tenir sur la longueur.

 

Enfin, comme pour beaucoup de choses, tout dépend de l’intention qu’on met dans nos actions.

 

Ca me rappelle tout le mouvement autour des stages en France. Je n’ai jamais été payé pour mes stages (si, une fois, quelques centimes par un magazine spécialisé dans le rock). Certains ont joué avec les lois, refusant de prendre au-delà de la période où il fallait m’indemniser… Au total, j’aurais du être payée mais bon.

 

L’ouverture

 

Le premier semestre de ma seconde année de Master s’est enfin achevé et ça n’a pas été une petite balade paisible. La charge de travail était importante et la coordination (et l’intensité des échanges) avec des collègues à la Réunion, en Serbie et au Japon m’a quelque peu « zombifiée » pendant quelques semaines, qui m’ont paru être des mois. Il est arrivé que je ne sorte pas physiquement de la maison pendant quelques jours.

 

Mais je ne regrette pas un instant car j’ai voyagé intellectuellement, découvert de vrais trésors et eu des échanges de très grandes qualités (professionnels et personnels) avec mes collègues. J’étais tellement heureuse de lire sur l’intercompréhension, la francophonie (dont je vois une application ici, au Canada). J’étais un peu déçue par certaines notes mais ça ne tient qu’à mon exigence envers moi-même… Mais j’ai tout de même validé mon semestre, ce qui est une très bonne nouvelle.

 

J’ai eu grand plaisir à faire un travail sur l’intercompréhension avec une collègue avec laquelle nous partageons un point de vue ; l’intégration du handicap dans l’apprentissage. L’intercompréhension concerne cette approche favorisant l’exposition à plusieurs langues pour en dégager des compétences métalinguistiques (la capacité de comprendre la structure d’une langue). En résumé, comprendre une autre langue étrangère par le biais de toutes. Ce sujet était déjà fascinant en lui-même. Mais nous avions choisi de nous appuyer sur une fiche, choisie plus ou moins au hasard, sensibilisant à l’apprentissage d’une langue étrangère par le biais d’une autre forme de langage, le braille. Nous avions également jeté un coup d’œil sur une autre fiche évoquant la langue des signes.

 

Réconfort littéraire

 

Alors que j’avais le moral un peu en berne récemment, je me suis replongée dans les livres à la médiathèque de l’Alliance française et j’ai emprunté un livre que ma mère lisait, « Le mystère Henri Pick » de David Foenkinos. Lectrice avide de bandes dessinées (et de graphic novels comme disent les anglo-saxons), je me suis penchée sur «  La différence invisible », intriguée par ce titre, à propos du syndrome Asperger.  J’ai aussi emprunté « Demain la Francophonie » de Dominique Wolton, plus en lien avec mon master mais aussi par curiosité.

 

Je suis aussi allée à la Vancouver Public Library en ville et j’en suis totalement tombée amoureuse. Le bâtiment est immense et très agréable. Il y a même un studio d’enregistrement (vidéo et audio), des ordinateurs pour le montage. J’y ai emprunté quelques ouvrages dont « C’est le cœur qui lâche en dernier » de Margaret Atwood, que j’ai dévoré assez rapidement. Eh oui, il faut bien que je m’initie à la littérature canadienne et j’ai décidé de commencer par l’un de ses plus grands noms, l’auteure de la Servante écarlate (que je n’ai pas encore vu car le tapage médiatique m’avait étouffée).

 

J’aime tellement les mots. J’adore jouer au Scrabble. En postant une demande sur un groupe Facebook, j’ai vu qu’il y avait un engouement et je pense organiser une petite rencontre à mon retour en février.

 

 

Je vais aussi reprendre du service en tant que journaliste et j’avoue que l’idée de reprendre la plume m’enchante beaucoup. Je vais collaborer au journal bilingue « La Source ». Vous pourrez lire mes premiers articles dans l’édition de janvier 2020 !

Arrivée (une fois de plus)

Un nouveau départ. La formule n’est pas nouvelle pour moi. Je démarre beaucoup dans ma vie. Espérons que cette fois-ci, je puisse vivre au même endroit pendant au moins deux ans. Je ne cache pas que je redoute un nouveau rejet administratif depuis mon expérience australienne. Mais j’essaie de garder espoir. Je connais les démarches, le budget à y consacrer mais la nouvelle variante est le délai de traitement ici, au Canada. Pour la reconnaissance des diplômes, les délais annoncés sont de l’ordre de 20 semaines.

 

Nouveau départ, nouvelle culture. Je découvre la culture nord-américaine. C’est un retour dans le système anglo-saxon avec ces avantages et ces inconvénients, comme partout et uniquement de mon point de vue. Le Canada s’annonce plein de promesses, en termes d’emploi, en termes de qualité de vie. Les offres d’emploi sont généralement alléchantes. Dans mon domaine, il y a énormément d’offres du côté du… Québec. Côté Vancouver, durant les trois semaines passées depuis mon arrivée, j’ai eu quatre entretiens, tous concluant mais ce sont des postes uniquement à temps partiel ou carrément en contractuel. Mais je dois dire que tous les potentiels employeurs ont été très gentils et ont essayé de me donner un maximum de conseils. C’est ce qu’on m’a dit à propos du pays ; les Canadiens sont vraiment très gentils et serviables. J’ai donc une liste d’employeurs à rappeler…une fois que j’aurais mon permis de travail ou visa longue durée.

 

Certes, les régulations ne sont pas les mêmes et ma grande crainte est la qualité de la nourriture, un détail que je retrouve beaucoup dans les nombreux forums, commentaires sur Facebook et autres vidéos d’expatriés. J’avais déjà décidé, lors de mes investigations en tant que journaliste pour un site internet de santé et de nutrition, de mes études en restauration et au contact de personnes appliquant la permaculture et autres principes respectueux de l’environnement, de vivre et surtout de consommer différemment.

 

La recherche de travail suit son cours, tout à fait lent d’une installation à l’étranger. Mon plus grand défi est de mettre à distance ma précédente expérience avec l’immigration et mon refus de visa en Australie.

 

Le « grand air canadien » (enfin un tout petit aperçu, le milieu de la forêt sera pour plus tard)

 

La nature est belle et accessible à Vancouver. Les montagnes, dont les sommets commencent à s’enneiger doucement, sont toujours dans le champ de vision des Vancouverites. Je me promenais encore dans un parc près d’une plage récemment et j’ai pu voir des écureuils mais aussi des oies sauvages et des lapins déambuler à leur aise. Un autre soir, je me suis retrouvée nez-à-nez avec un raton laveur.

 

Vancouver a été rebaptisée « Raincouver » par ses habitants en raison d’une abondante pluviométrie. Cependant, j’ai eu beaucoup de chance jusqu’à présent et j’ai eu des journées continues de beau temps avec de belles couleurs d’automne spectaculaires, comme on les imagine. Il fait froid pour moi mais je touche du bois, je n’ai pas été malade depuis mon arrivée (ce que je trouve extraordinaire compte-tenu des températures !). On ne parle que d’une dizaine de degrés, rien de dramatique. Vancouver a un climat océanique donc jamais très froid.

 

La ville de Vancouver ressemble à son homologue australien, Melbourne, sur certains points. Apparemment, les deux villes sont souvent comparées. Mais je pense que seuls leurs climats et leurs topographies peuvent être comparés. La « vibe » est différente ; il y a plus d’évènements et d’éléments culturels à Melbourne à son sens. En revanche, Vancouver est plus familiale. Je suis parfois nostalgique de l’Australie et de la Nouvelle-Zélande… Cependant, j’ai retrouvé le charme des « op’ shops » (« opportunity shops »), ici appelés « thrift shops ». La même odeur de vieux placard, la même gentillesse du personnel, les mêmes perles vestimentaires (ou autres !)… En France, cette pratique est encore trop taboue. Je n’ai plus vraiment vécue en France depuis un moment mais à ce que je vois, cette tendance au « recyclage » arrive plus en ligne, comme si nous avions honte d’aller dans un Emmaüs car ce sont des enseignes « trop connotées » (à la pauvreté). Ce sont des cultures différentes.

 

J’essaie de garder mes bonnes habitudes et de faire du sport régulièrement. Cependant, j’ai essayé de courir un matin et mes bronches n’étaient pas d’accord. L’air glacé dans mes poumons m’a définitivement vacciné contre toute envie impulsive de footing au grand air. Je ne suis pas encore allée faire de randonnée, le temps étant trop froid et le risque de gel et neige important. Cependant, on m’a parlé de nombreux groupes de marche et autour de moi, j’ai des personnes intéressées par la randonnée (eh oui, je ne partirais jamais seule, je ne fais pas le poids face à un ours !).

 

Première célébration canadienne

 

J’ai fêté Thanksgiving au sein d’une famille et communauté locale. Certes, j’étais un peu réticente à l’idée de célébrer une fête, que je pensais, être la célébration d’un génocide, au même titre qu’Australia Day (lien) en Australie. Mais j’ai décidé de laisser de côté mes préjugés. Nous en avons tous. Ca m’a fait réfléchir sur notre conditionnement : l’éducation, la société. En France, nous montrons beaucoup l’Amérique du Nord comme un mauvais exemple. Au contraire, j’ai eu la chance de faire la connaissance de personnes très ouvertes, très respectueuses des autres. J’ai découvert un évènement basé autour de la gratitude, une notion qui m’est chère. Nous avons fait un tour de l’assemblée (près d’une trentaine de personnes !) pour exprimer notre gratitude envers quelqu’un ou quelque chose. J’ai trouvé que c’était un beau moment de partage et de communion.

 

Master un jour, master…

 

En parallèle de l’installation, je poursuis ma seconde année de Master. Une fois de plus, j’apprécie beaucoup mes études et une fois de plus, je suis consciente de la chance que j’ai de faire des études à ce niveau et à ce prix en regardant les tarifs des universités locales. Je suis un peu triste que cette formation ne dure que deux ans…

 

Cette année, j’ai osé poser ma candidature de délégué et membre du conseil de perfectionnement du programme. Je prends un nouveau tournant en m’investissant plus pour la communauté et le groupe en général. Adolescente, j’étais très timide et l’idée de me porter volontaire pour parler au nom de tous me donnait l’impression que c’était plus une question d’ego mais avec l’âge, l’expérience et les réflexions, il me semble plus que jamais important de coller à mes convictions et surtout de les appliquer au quotidien en me faisant le porte-voix de la communauté. Je souhaite m’impliquer davantage dans des activités de groupe, comme en sport par exemple. Ici, le curling, une drôle d’activité impliquant une équipe, un palet, des damiers et de la glace, m’intéresse…

 

Je pense que je serais éligible à un programme de « remise à niveau » des enseignants dans l’une des universités à Vancouver et je comprends bien que les systèmes éducatifs sont différents mais nous parlons de la modique somme de 55 000$ pour une année donc une option pas vraiment d’actualité…

 

Lâcheté et vision restreinte

 

Récemment, un ou une anonyme a posté un commentaire « intéressant » suite à mon dernier article sur la Malaisie. Je le trouve « intéressant » en un sens car on sent une personne potentiellement frustrée, jalouse ou ayant une vie assez plate pour avoir le temps de laisser un commentaire pareil sur un blog dont les vues ne sont pas si importantes. De plus, elle est assez lâche pour écrire sous un pseudonyme bancal. Enfin, assez de lumière pour une personne qui n’en a sans doute pas beaucoup là-haut… Ah, et aussi, je trouve triste de penser qu’on « possède » des êtres humains (déjà les animaux, c’est limite) ; « avoir des enfants ». Faire des enfants est un choix très personnel.

 

Suspension temporaire

 

 

Mon dernier message en Malaisie annonçait un nouveau projet à venir. Hélas, ce dernier est suspendu pour l’instant, vu toutes les marmites que j’ai sur le feu. Mais il fait toujours son chemin dans mon esprit et devrait aboutir à un moment. Restez donc à l’écoute !

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Le phénix

Nouveau !

Parce que vous aimez peut-être écouter des podcasts en conduisant ou en faisant la cuisine, voici le podcast de cet article. N'hésitez pas à me faire des retours sur cette nouvelle formule ! Bonne écoute et/ou lecture !

Je vis en Malaisie depuis plus d’un an. Un an, c’est l’heure du bilan. Comme dans tout bilan, on pèse le pour et le contre, on voit le bon et le mauvais côté des choses. C’est drôle, notre tendance à vouloir mettre des étiquettes.

 

C’est une année qui aura été placée sous le signe de la surprise. La bonne surprise, c’est de découvrir certaines de mes capacités ; apprendre le bahasa malaysia si facilement, me rendre compte de ma mémoire. Pour les mauvaises surprises, j’ai croisé des gens avec de basses intentions, j’ai payé mon exigence envers moi-même et j’ai ressenti la déception qui l’accompagne en cas d’échec ainsi que la frustration de voir mes limites.

 

Le voyage

 

J’ai découvert de nouveaux pays depuis mon arrivée ; le Japon et la Thaïlande. J’ai aussi voyagé en moi, comme pour tous les voyages ; il y a l’intérieur et l’extérieur de soi.

 

En Malaisie, j’ai visité la belle ville de Melaka, port stratégique saisi par les Portugais à l’ère du commerce maritime. L’influence européenne se retrouve partout et se marie à l’influence chinoise locale. J’aime la Malaisie pour cette raison ; c’est un carrefour de cultures, un arc-en-ciel culturel.

 

Les orages sont généralement quotidiens ici. J’adore voir le ciel se parer de couleurs dramatiques et plus encore les éléments naturels s’exprimer, nous faire comprendre que tout n’est pas encore maîtrisé. J’ai toujours eu envie de m’enfoncer dans la nature. Quand j’étais petite, l’un de mes jeux favoris était d’aller explorer « le fond du jardin ». En réalité, il s’agissait de quelques buissons. Mais cet inconnu piquait ma curiosité. Enfant, j’étais terrorisée par ma puissante imagination. Ai-je déjà eu peur de la nature ? En mer, j’étais à la proue du bateau de mon père. J’ai toujours aimé la houle. Peut-être n’étais-je, ne suis-je pas consciente du danger de celle-ci ? Et pourtant, je la sens vibrante. Je me dis que si un animal attaque, c’est que nous sommes sur son territoire. Evidemment, on doit faire attention, se préparer, ne pas prendre de risques inconsidérés mais elle m’apparaît comme sensée. Peut-être qu’il est là mon sens.

 

J’ai aussi voyagé avec l’art. J’ai eu le grand privilège de rencontrer et d’interviewer Dato Ramli Ibrahim, trésor vivant de l’UNESCO, un danseur malais qui m’a emmené en Inde grâce aux danses traditionnelles classiques indiennes. Son spectacle « Odissi on High » était très onirique…

 

 J’ai voyagé dans le temps avec les spectacles de mon amie Mélissa Ong. J’ai eu la chance d’aller voir la comédie musicale « Ola Bola saison 2 », une production locale. Ce spectacle relate le boycott de l’équipe de football malaisienne dans les années 70-80 pour les Jeux Olympiques pour des raisons politiques. Il aborde l’unité de la nation multiculturelle. Il fait l’audacieux pari _d’un point de vue occidental_ de mettre en scène la majorité des langues d’un pays plurilingue ; on passe aisément du bahasa malaysia, au cantonais, à l’hindi, à l’anglais. Rares sont ceux qui maîtrisent toutes les langues mais ça ne dérange pas. C’est un pays où l’on accepte d’être désarçonné, de ne pas comprendre tout ce qu’il se dit. En Australie, je me souviens encore des réflexions lorsque je parlais à mon compagnon de l’époque en français : « Comme c’est impoli de parler une autre langue ! » Le reflet d’une paranoïa du complot et parfois, une pauvreté intellectuelle alors que j’ai tous les jours sous les yeux l’exemple d’un pays où parler une autre langue ne signifie pas fomenter de terribles complots. Ici, j’ai l’impression qu’on respecte un peu plus l’identité et la langue de chacun. Bien sûr, c’est un peu plus subtil que ça mais en tous cas, le pays tend vers ce but. Bien sûr, je sais que beaucoup de dialectes locaux et de populations indigènes sont menacées dans le sud du pays…

 

Je n’ai « compris » que les parties en anglais mais j’ai quasiment compris toutes les actions.

 

J’ai aussi vu un spectacle sur les émeutes de Penang en 1867, « Malaya relived : The Penang Riots », où Melissa jouait et chantait également. La production était assez confidentielle mais c’était une vraie immersion physique des spectateurs qui étaient quasiment sur scène. Cette comédie musicale dramatique était bien écrite et interprétée et offrait des rebondissements inattendus et audacieux.

 

J’ai aussi eu la chance d’assister à un festival des arts indigènes récemment. J’étais heureuse d’enfin rencontrer des gens plus proches de la nature et des traditions. Ca me donne tellement envie d’aller dans la jungle. Je rêve d’aller à Bornéo…

 

Voyager m’a permis de réaliser que j’ai vraiment de la chance d’avoir pu bénéficier d’une bonne éducation. Non seulement dans un pays où l’éducation était de qualité, quasiment gratuite mais aussi très riche.

 

L’apprentissage et l’enseignement

 

L’apprentissage et l’enseignement ne seraient-ils pas les deux faces d’une même pièce ? J’ai autant appris qu’enseigné. J’apprends actuellement le bahasa malaysia, le malais. J’aime beaucoup cette langue et les concepts qui y sont attachés. Par exemple, pour parler d’un animal, on utilisera le mot « queue » ekor après le nom de l’animal ou pour tout objet sphérique, le mot « rond » biji. Je trouve ça extraordinaire et très poétique !!! A tort, j’entends que cette langue est « juste facile à apprendre » et certains n’y voient aucun intérêt. Selon Tomas Garrigue Masaryk, « plus vous connaissez de langues, plus vous êtes humain » et en effet, parler une autre langue, c’est saisir une autre perspective de l’humanité, une autre façon d’appréhender le monde, une autre couleur de l’humanité. Je suis en Malaisie donc cela fait sens d’apprendre la langue locale.

 

Il est important pour moi d’apprendre la langue du pays où je vis car ce sont mes plus beaux souvenirs. Certaines personnes aiment rapporter des objets de leurs voyages. J’avoue que savoir parler quelques mots de cette langue qui a fait partie de ma vie est le souvenir et aussi le bien le plus précieux que j’ai pu acquérir. Ces langues font maintenant partie de mon être. Je lisais que la meilleure façon de sauver une langue est de la parler. Lorsque j’ai fait le choix d’apprendre des langues parlées par moins de locuteurs, j’ai évidemment fait face à la question de l’usage de cette langue. Bien sûr, une langue sert à communiquer avec d’autres locuteurs mais quid de la poésie, du système de pensée propre à cette langue ? Comme disait Federico Fellini, « une langue différente est une vision différente ». L’humanité a créé une diversité linguistique qui permet d’explorer tellement de ses facettes mais l’évolution tire hélas vers une grande uniformité.

 

J’ai donné des cours de français dans le cadre de mon stage de fin d’année et j’aime beaucoup transmettre, transmettre à tous, transmettre de façon subtile, transmettre en posant des questions, transmettre en riant surtout. Avant de m’engager dans l’enseignement, j’avais la crainte d’être trop jeune pour faire ce métier, de ne pas avoir l’assise et la sagesse nécessaires. Tout comme je redoute de me lancer dans l’une des aventures les plus précieuses à mon sens, l’écriture. La question revient sans cesse ; mais qui suis-je pour prétendre à de tels actes ? Quelle est ma légitimité ? Je prends très au sérieux les missions que je me fixe.

 

Je dois beaucoup à tous ceux à qui j’ai enseigné. Je pense souvent à eux. C’est pour eux et grâce à eux que je trouve de l’énergie et des idées. On en apprend toujours sur soi-même grâce à autrui.

Je découvre que la transmission est un virus ; une fois qu’on veut transmettre, qu’on a goûté à cette saveur du partage et non d’un savoir « vertical », on essaie de partager ce qu’on a de plus précieux. Dans mon cas, mes amours de jeunesse, la littérature et la philosophie, reviennent au devant de la scène.

J’ai validé mon année mais il s’en est fallu de peu pour louper le second semestre. J’ai réalisé que j’avais trop de choses à gérer en même temps et qu’il est crucial de prendre du temps pour soi. Donner fait partie de ma nature et je dois faire attention à ne pas m’épuiser. Mais ça fait partie de l’apprentissage de la vie, c’est une leçon.

 

J’écris toujours mes articles en français ou en anglais, le premier choix de la langue de l’écrit original étant dépendant de mon humeur. Mais grâce à cet exercice, je prends de la distance avec mon propos et il peut ainsi évoluer.

 

Le son

 

Les langues et les sons. Voilà ce que je rapporte de mes voyages, voilà mes trésors. En Thaïlande, dans un marché foisonnant de sacs et autres objets, j’ai été saisie par la beauté d’un son et d’une image. C’est l’un des plus beaux souvenirs que j’ai ramené de ce voyage ; une jeune fille jouant d’un instrument semblable à une viole, dont je n’ai pas pris la photo car ce n’était pas mon but, elle transportait quelque chose de bien plus grand que sa personne, elle transportait sa tradition et un son venu de temps anciens.

 

C’est drôle. Un jour, je jouais du piano. J’habite un studio et on peut m’entendre sur le palier. Ma voisine m’a envoyé un message pour me dire qu’un petit garçon dansait et était très heureux sur ma musique. Ca m’a énormément touchée. Je n’ai aucune idée de qui il s’agit, je ne l’ai jamais rencontré mais ce geste m’a profondément touché et fait plaisir. C’était un moment vrai, loin de l’argent, loin de la gloire ; c’était un moment partagé entre une pianiste et un enfant qui ne se sont même vus. La poésie et la Beauté sont partout pour qui peut les voir.

 

Je travaille actuellement sur un projet autour du son qui va allier presque toutes mes compétences. J’ai décidé de prendre un peu plus les choses en main et d’agir au lieu d’attendre des propositions. Je n’en dis pas trop pour l’instant mais ça devrait se concrétiser dans les semaines à venir…

 

La sécurité

 

Cette année m’a fait beaucoup réfléchir sur quelque chose qu’on croit souvent acquis ; la sécurité.

J’ai parfois eu le sentiment de marcher sur un fil, d’être sur la pointe des pieds. Certes, c’est un pays sécurisé, je n’ai pas eu à craindre pour ma sécurité physique. Depuis l’épisode malgache, je prends garde, sans être totalement parano.

 

Que faire sans le sentiment de sécurité ? La sécurité est décrite comme un élément fondamental pour l’homme, au même titre que la nourriture ou l’abri. J’ai connu des épisodes où ma sécurité physique et même psychologique était en péril, financière aussi… Cette année, j’ai réalisé que la sécurité est un amas de beaucoup de petites choses, une rivière de petits détails. J’ai eu énormément de problèmes de sommeil et j’ai réalisé à quel point un bon sommeil est important.

 

La sécurité psychologique est importante sinon capitale au final. Bien sûr, on se raccroche à l’avant, aux proches mais il reste que certaines situations peuvent venir tout remettre en question. Dans ces moments-là, comme en pleine tempête, il faut bien s’accrocher au bastingage.

 

La résilience

 

Mon père m’a fait l’un des plus beaux compliments que j’ai jamais entendu : il m’a dit que j’étais résiliente. La résilience… Une notion remise au goût du jour avec l’écologie, on parle de la résilience de la nature.

 

J’ai récemment découvert une émission sur France Inter. J’écoute assidûment des radios françaises pour leur qualité et parce que c’est mon média préféré. J’ai été très peinée d’apprendre que « La Tête au Carré » s’arrêtait. Mais ils vont lancer une nouvelle émission du même type, uniquement dédiée à l’écologie, « La Terre au Carré ». Mais j’avoue que j’aimais beaucoup « La Tête au Carré » pour la diversité de ses thèmes.

 

J’ai donc découvert l’émission « Regardez voir ». Le thème de l’émission était la célèbre photographie d’une petite fille nue courant les bras ouverts après avoir été brûlée au napalm. Le concept de cette émission est magnifique ; décrire et analyser des photographies célèbres. J’étais totalement bouleversée par cette description mais surtout par le message transmis. J’ai beaucoup pleuré devant la beauté des dernières lignes.

 

La résilience, la possibilité de trouver des ressources cachés en soi, l’image du phénix. Nous avons tous fait face à des situations dont nous ne pensions pas revenir. Et pourtant… Je me souviendrais toujours des mots d’un ami qui m’a dit un jour : « Tu sais, quand on est au fond de la piscine, on ne peut pas aller plus loin. Donc, il faut donner un coup de pied et remonter. » Ca fait longtemps que je crois à l’espoir. J’écrivais une chanson, « Rise », sur l’espoir, pour m’en donner. Mais il s’est avéré, après maturation, qu’elle est autant pour m’en donner qu’en donner aux autres. La transmission de l’espoir aux autres est devenue de plus en plus évidente pour moi.

 

Le monde que nous avons connu est en train de changer. Ce changement génère énormément de stress pour les gens qui ont une conscience, pour ceux qui veulent comprendre, qui sont attentifs ou qui ont simplement un amour pour la planète et l’humanité. Les jeunes générations sont en proie à la dépression. Qui ne le serait pas ? Imaginez que vous débarquez dans une fête avec des cornes d’abondance à tout-va et on vous dit qu’il n’y aura plus rien demain. Je pense qu’il y aura les reproches (ça commence déjà) mais surtout une action plus dure, menée par des leaders comme Greta Thunberg. Je préfère la démarche de Satish Kumar.

 

L’outil de demain sera la résilience. Je ne vois pas comment nous pourrions nous en sortir autrement. C’est une graine qui devrait être plantée à l’école. Nous avons tous des capacités mais c’est son activation qui n’est pas évidente.

 

Pour moi, la résilience, c’est un concept que j’ai pu mettre en image en Australie en découvrant que certains arbres ont besoin du feu de brousse pour pouvoir perpétuer l’espèce. Ils ont besoin de cet embrasement que nous estimons dévastateur, tout comme certaines plantes à la Réunion, je l’ai découvert lors d’une visite d’un jardin botanique, ont besoin des cyclones, ont besoin de ces vents violents, pour pouvoir là aussi, perpétuer la vie.

 

Attention, je ne prône pas la violence mais j’observe simplement que la nature elle-même, la pulsion de vie, émerge du chaos, tel le phénix.

 

Je suis très heureuse d’avoir pu aider des amies à reprendre confiance ces derniers temps. Dépasser un frein psychologique, accompagner un mouvement et surtout, voir la personne puiser en elle et réussir. L’une d’entre elles avait une peur panique de l’eau et elle est maintenant capable de nager et de se sentir à l’aise dans cet élément. L’autre avait des difficultés pour écrire et c’est aussi ma situation. Ensemble, nous réussissons à nous motiver, à travailler chacune sur nos projets. Ces situations me ramènent à une notion que j’affectionne énormément : le travail d’équipe. J’ai sans doute dû évoquer précédemment ce point mais il est vraiment important pour moi. Bien sûr, je suis assez casanière, j’aime mon temps seule mais avancer ensemble n’a pas son pareil.

 

Finalement, je crois que j’aime la radio parce qu’on susurre, on fait résonner la puissance des mots, c’est un rapport très sensuel mais aussi très immatériel aux mots. Ecrits, ils sont figés en un sens. Dits, ils roulent, ils sont en mouvement et s’évanouissent.

 

 

Mon rapport au son, à la radio, à la musique, est plus que jamais exacerbé. De même que celui aux notions de gratitude, d’humilité et de résilience.

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Le chant des oiseaux dans la forêt urbaine

Kuala Lumpur offre une qualité de vie très agréable. Cependant, je sais aussi qu’elle est aux dépens d’autres…

Je parlais souvent les moyens de transport dans les autres pays que j’ai visité précédemment. A Kuala Lumpur, je n’ai pris le métro qu’une fois. Il était très efficace et j’ai beaucoup apprécié l’usage de jetons que l’on achète puis qui se réutilisent.

A Kuala Lumpur, je me déplace plus souvent en Grab, l’équivalent d’Uber en Europe. Après les Seychelles et Madagascar, ce système de chauffeur privé m’a paru le summum du luxe. Surtout que pour une raison que j’ignore, je n’ai eu que des voitures de luxe les premiers temps. Toute cette opulence m’est parfois dérangeante. Mais c’est l’occasion de rencontrer toute sorte de personne.

Je rencontre parfois des conducteurs très drôles. Une fois, j’ai rencontré un rockeur musulman. Ce cocktail paraît étrange aux yeux des occidentaux. Je rencontre aussi des conducteurs qui s’épanchent sur leur vie privée ; aussi, l’un d’eux me racontait son récent divorce, sa volonté de prendre soin de sa fille. J’ai aussi rencontré un dragueur mais je pense que c’est vraiment très rare. Ce n’est apparemment pas vraiment dans la culture locale de draguer des filles mais celui-ci n’avait pas vraiment froid aux yeux. Mais j’avoue que c’était une drague assez élégante, loin de cette drague lourdingue à la parisienne. J’ai aussi rencontré des conducteurs érudits, j’ai échangé sur la linguistique avec l’un d’eux ou encore sur le mandarin local différent du mandarin de Chine avec un autre. Et j’ai eu le plaisir d’avoir aussi des conductrices. Bien que minoritaires, elles progressent.

Ces conversations commencent habituellement par la rituelle question de mon origine, qui peut sembler mystérieuse pour certains car je pourrais passer tant pour une locale que pour … Situer la Réunion me prend bien quelques minutes. Bien sûr, certains me disent voir où ça se trouve mais je suis assez habile pour voir l’océan de confusion qui se dessine dans leur regard.

 

Bien que je sois en ville, j’entends parfois des oiseaux. Je les entends tôt le matin ou en fin de journée. Je suis fascinée par leurs chants, assez complexes. J’ai commencé à être plus attentive aux chants des oiseaux en Australie ; ils y sont vraiment très bruyants là-bas. Ils sont mon premier indicateur lorsque je me réveille de ma situation géographique. Je pense que j’ai aussi entendu un singe récemment en fin de journée. Je les ai vus glaner dans les poubelles un jour et même un employé leur jeter des aliments. Parfois, je me demande si je ne vais pas finir femme de la forêt… La nature m’appelle et peut-être que mon destin est dans les montagnes, dans la jungle. J’aime être dans la nature car je me sens communier avec elle. Nous formons une seule entité.

Nouveau cycle

Une nouvelle année, un nouveau cycle et un retour à la plume. Le début et la fin, la vie et la mort, sont indissociables. On ne peut pas envisager l’un sans l’autre. C’est aussi le moment du bilan et des prévisions.

 

Je vis en Malaisie depuis 6 mois. Après les Seychelles, c’est un peu le grand écart _encore une fois_. Mes premières impressions de la Malaisie, ce sont les incroyables peuplements verticaux, une société multiculturelle apparaissant clairement comme l’une des racines de celles de l’océan indien, une avancée technologique.

 

Pendant ces 6 mois, j’ai eu l’occasion de rencontrer, comme souvent, des personnes très intéressantes. J’entends souvent autour de moi, la tristesse de la platitude des relations, des relations creuses et fades, du manque de profondeur des discussions. J’avoue que j’ai sans doute déjà croisé de telles situations mais leur souvenir ne m’affecte même pas. J’essaie, de façon consciente ou inconsciente, d’avoir un contact d’âme à âme. On pourrait me reprocher de m’ouvrir à n’importe qui et à tout va mais je répondrais que ce serait bien triste de faire autrement et de mettre sous cloche toute possibilité de découvrir des joies insoupçonnées. Certains amis peuvent avoir peur pour moi car ils craignent de l’abus. Mais je crois fortement au karma. Je n’ai pas connu les épreuves les plus dures d’une vie mais je suis passée au travers d’expériences réputées très difficiles en changeant ma perspective, mon regard sur ces évènements. Bien sûr, je ne peux pas prétendre que c’est un jeu d’enfant. Ma thérapeute m’a expliqué que nous n’étions pas tous égaux face aux douleurs de l’âme. Je ne suis pas une super-héroïne mais le seul truc que j’ai appris au cours de mes pérégrinations, c’est qu’un changement d’angle peut changer mais surtout soulager beaucoup de choses. Après, je pense que j’ai aussi beaucoup de chance dans mes rencontres.

 

La culture malaisienne me rappelle beaucoup ma propre culture, celle de l’océan indien. Nous sommes des patchworks de culture, des objets rapportés, des noix de coco portées par les flots, au gré du vent. Je découvre au gré des discussions et des escapades à quel point nous sommes malaisiens dans l’océan indien. Et je trouve ça beau. La variation d’un même thème. C’est quelque chose d’assez universel ; en graphisme, dans tous les arts, concernant beaucoup de thématiques. Le même message interprété de manière différente mais au fond, le même message. Un peu une polyphonie. La réinvention.

 

Je veux revenir à l’écriture cette année. Je n’ai jamais vraiment pris de bonnes résolutions mais bizarrement, cette année, j’ai envie de me fixer des objectifs. Ecrire est mon premier objectif. Bien sûr, le fait de continuer les études (Master en Français Langue Etrangère, Ingénierie des langues) est capital pour mon avenir, bien que j’aie pris cette décision davantage pour des raisons éthiques (transmettre efficacement et professionnellement). Mais une fois que je m’engage dans quelque chose, je m’y attelle comme à un sacerdoce.

 

De plus, j’aime étudier, j’aime apprendre et pas qu’au sens académique du terme. Je suis fascinée par notre faculté, à tous, d’intégrer des informations, que cette information mâture, parfois avec plus ou moins de temps, et qu’elle nous transforme. Cependant, je conçois que certaines personnes puissent avoir des difficultés d’apprentissage. Tout est question de trouver sa façon d’acquérir le savoir, ce qui va être le facteur déclencheur.

 

Le fait d’alterner les langues en permanence est fatiguant, comme je le mentionnais précédemment aux Seychelles. Cette fois-ci, je parlais plus anglais que français et j’ai eu presque peur de « perdre mon français » à un moment mais ça n’arrivera pas pour plusieurs raisons ; j’ai une très très bonne amie française ici avec laquelle je parle souvent français, je parle français avec mes parents et mes amis et je lis français (quand j’ai le temps de lire). Et évidemment, continuer à écrire mon blog et d’autres choses maintient les choses. Et j’ai aussi acheté une version de voyage du Scrabble en français !

 

En venant en Malaisie, je voulais écouter mon intuition, me laisser porter par quelque chose de plus secret, mystérieux mais aussi « pour mon bien ». Pour moi, la vie et surtout les obstacles _que nous percevons comme tels_ ne sont qu’affaire de perspective. Je me suis donc laissée portée, sans jamais me mettre en danger bien sûr, et ça a conforté mon avis sur cette attitude ; c’est la bonne. L’intention est critique. J’écris sur la compassion. C’est une notion et une valeur, tout comme l’humilité, qui m’est très chère. La reconnaissance a aussi guidé cette expérience basée sur l’intuition.

 

C’est drôle car quand je raconte mon parcours et décrit ma vision et mon attitude aux gens, j’ai l’impression de passer pour une douce dingue aventurière. Et tout dans cette expression est antinomique. Un ami m’a dit : « Mais tu n’as pas d’argent, ça a l’air galère, pas de stabilité mais tu as une putain de vie ! » et j’ai trouvé ça tellement beau.

 

 

L’amour, filial, amical, nous fait peur. On veut l’enfermer dans une petite boîte, tellement étroite. C’est comme une vache qui a peur de se faire électrocuter par un barbelé électrique ; c’est con. Attention, je ne dis pas qu’une vache est con, bien que ce soit une bête. C’est un animal magnifique, glorifié pour ces yeux plus que les biches par les Romains, rappelons-le. L'amour ne doit pas être révélé. La vache ne peut pas être sauvage comprenez-vous...

La peste aux Seychelles ?

Retour

 

Après de longs mois de silence, je reprends la plume avec plaisir. Comme toujours, je suis touchée par mes lecteurs qui s’inquiètent de ne plus me lire aussi régulièrement.

 

J’avoue que j’ai été assez occupée avec le rythme de travail assez soutenu en fin d’année à cause des examens (donc des corrigés), d’un potentiel déménagement de classe et d’autres petites taches annexes. J’ai aussi eu un petit coup de mou avec l’attente de mes résultats de DAEFLE mais bonne nouvelle, je l’ai eu avec mention assez bien. Les vacances ont réussi à soulager mon anxiété par rapport à ça mais le retour est un peu à l’image de l’air aux Seychelles : humide, chaud, suffocant.

 

Les (grandes) vacances

 

J’ai retrouvé avec délice le goût des grandes vacances. L’enseignement est aussi agréable pour ça, je dois bien l’avouer. Je dois aussi dire que je pense qu’elles sont primordiales si on ne veut pas que le corps enseignant soit sur les rotules et donc inefficace.

 

Voilà seulement un mois que nous sommes rentrés mais je sens bien que tout le monde semble éprouvé. Je rentrerai une petite semaine en octobre à la Réunion pour voir ma famille et j’avoue que j’ai hâte d’y être.

 

Nomadisme

 

En Europe, nous avons fait un petit tour à Cadaquès en Catalogne (Espagne). Nos trois jours dans la ville où résida Salvador Dali furent agréables, en compagnie de la famille de mon compagnon, avec l’exploit de réunir tous les frères et sœurs depuis Mathusalem apparemment. J’ai fait l’expérience de la tramontane, ce vent venu du Nord (des Pyrénées), qui m’a un peu rappelé celui de Wellington par moment. J’ai nagé dans une eau à 15 degrés et vu quelques poissons méditerranéens.

 

Nous avons ensuite repris la route pour passer une petite semaine en Corrèze. J’aime beaucoup cette région. Les paysages et influences y sont très diverses.

 

Puis nous avons pris le train pour aller à la Baule en Bretagne. Le temps était beau et les crêpes comme toujours délicieuses. J’avoue que je préfère l’ambiance de Guérande mais nous avons eu le plaisir de découvrir le charme médiéval du château de Blain (avec personnel en costume s’il vous plaît) et de passer le long du canal Nantes-Brest.

 

Notre dernière semaine à Paris fut très calme et reposante. Hormis quelques visites à des amis et à de la famille, nous nous sommes promenés dans les rues entre les Invalides et le quartier latin.

 

Soulagement

 

J’ai profité de mon passage en France pour consulter un ophtalmologiste aux Quinze-Vingt, le centre ophtalmique national. Et bonne nouvelle : tout va bien ! C’est un très grand soulagement car je m’inquiétais pour plusieurs raisons : dernière consultation remontant à plus de trois ans alors que je suis censée faire vérifier mes rétines tous les ans, présence de lumières (sans doute simplement due à la fatigue mais on ne sait jamais car le médecin m’a encore confirmé que cas de doute, c’est direct les urgences), hygiène de vie parfois limite (manque de sommeil et nourriture peut-être pas assez grasse car pour les cerveau et les yeux, il faut du gras).

 

La richesse des perspectives

 

J’étais contente de retrouver une France moins dure que je ne le pensais. Je redoutais un racisme exacerbé par les attentats mais non. Insouciance estivale ? Métissage enfin plus ancré ? Je ne sais pas vraiment mais les gens semblaient assez détendus. Il faut dire qu’il y avait beaucoup de touristes étrangers partout où nous sommes passés.

 

En revanche, en discutant avec certaines personnes, on sent des gouffres s’ouvrir. La variété de nos expériences choque certains qui voudraient nous voir « plus stables ». Mais nous ne cessons de clamer être heureux car ensemble et libres. Il est parfois plus facile de discuter avec les anglo-saxons pour lesquels une vie professionnelle variée est considéré comme enrichissant et donne une palette de compétences plus large à un candidat. C’est parfois difficile pour nous d’entendre certains discours car très négatifs, critiques (sans être constructifs, à la française quoi !) et anxiogènes.

 

Sans parler de ceux qui nous regardent avec suspicion lorsqu’on dit qu’on travaille aux Seychelles (car ils ne considèrent ce pays uniquement comme une destination de vacances et donc associé au seul farniente, ce qui frise le manque de respect, qui montre un esprit étriqué et un ancrage des préjugés)…

 

La liberté de penser, de se confronter à la réalité des choses (toute la chaîne de fabrication d’un produit par exemple) et la remise en question (de sa façon de vivre, de ses idées, de ses certitudes), est d’une grande violence pour certains qui préfèrent se réfugier dans une bulle de confort matériel et d’illusions diverses.

 

Les gens qui me comprennent vraiment me manquent énormément, qui me prennent telle que je suis, sans jugement, avec qui je peux avoir une vraie discussion et présenter des points de vue différents sans jamais être revêches envers l’un l’autre et surtout, qui me soutiennent en toute circonstance.

 

Retrouvailles

 

J’étais vraiment très heureuse de retrouver la famille et les amis. Nous n’avons au final pas passé beaucoup de temps avec chacun, quelques jours et parfois, hélas, quelques heures, mais c’était des moments vraiment précieux. Je me suis sentie « baignée dans de l’amour » à leur contact. J’en ai aussi profité pour faire quelques skypes (car la connexion seychelloise n’est hélas pas fulgurante) et en revanche, ça m’a laissé très triste de ne pas voir mes proches en chair et en os.

 

La fatigue fatigante

 

Le temps est supposé être venteux et frais en cette saison mais nous souffrons déjà d’une chaleur très humide et des nuages enflés de pluie nous menacent tous les jours. C’est à nouveau un sale temps pour mes chaussures ! A nouveau, je me sens prise dans l’engrenage du temps. J’ai l’impression de me réveiller un lundi et que le jour suivant est un vendredi. C’est terrible ! Le pire, c’est que je dors beaucoup (coucher à 20h30 !!), je mange normalement et je fais même du sport mais je me sens assaillie par une fatigue exténuante du matin au soir.

 

Lectures

 

Mon frère m’avait laissé « Souvenirs d’un pas grand-chose » de Charles Bukowski. C’était intéressant, parfois très cru mais intéressant. J’aimerais bien lire autre chose de lui.

 

Je suis revenue à Victor Hugo avec « Quatrevingt-treize ». Ces temps-ci, je suis tellement fatiguée que je n’avance pas très vite dans cette lecture. Mais j’aurais un peu plus de temps à venir car une invitée surprise vient de changer mon rythme.

 

La peste aux Seychelles

 

Le premier « cas » de peste aux Seychelles a été répertorié il y a environ un mois. Un entraîneur de basketball est mort de la peste à son retour de Madagascar où son équipe était partie disputer un match. L’équipe avait été mise en quarantaine.

 

Le second « cas » (je le laisse entre guillemets car ce sont des cas importés et non locaux) a été répertorié il y a quelques jours. Un homme revenant de Madagascar était supposé resté chez lui car ayant des symptômes alarmants. Hélas, cet homme est allé à une fête vendredi soir dernier dans un restaurant, le Chilli Bar, sur les hauteurs de Victoria. Ce restaurant, prisé pour l’organisation de soirées, avait organisé plusieurs soirées en même temps : trois au total, dont celle de l’Ecole internationale des Seychelles. La soirée où ce porteur de peste s’amusait était censée se terminer plus tôt pour que la fête de l’Ecole internationale puisse commencer car les lieux ne sont pas immenses et il n’y a pas d’isolation sonore. L’arrangement du restaurant voulait qu’il faille passer par notre fête pour accéder aux toilettes, si bien que nous voyions défiler les invités de la fête d’à côté au milieu de notre timide fiesta.

 

Mardi soir, j’ai reçu un message d’une amie me relayant une information que j’ai d’abord pris pour une blague : l’école allait être fermée pour six jours à partir du lendemain par prévention contre la peste. Je devais me rendre mercredi matin à 9h dans un centre médical en ville pour obtenir un traitement. J’ai eu confirmation par d’autres collègues de cette procédure. Je n’ai pas très bien dormi cette nuit-là, ne sachant pas si on allait me donner des comprimés ou une injection et connaissant ma sensibilité incongrue à certaines substances (allergie à un traitement antipaludéen et réaction plus qu’incroyable au Guronzan).

 

La peste, c’est quand même costaud. Il n’était pas « juste » question d’une intoxication alimentaire, bien qu’elle puisse parfois se révéler mortelle dans certains cas. On parle de peste pulmonaire, celle qui décime en 24 à 72 heures. Evidemment, ça réveille un imaginaire médiéval assez puissant, plein d’images de cadavres amoncelés dans les rues, de bûchers improvisés et de râles polyphoniques.

 

On devient forcément un peu paranoïaque et on traque la moindre toux, la moindre déglutition semble suspicieuse.

 

Mercredi matin, j’ai été choquée de découvrir mes collègues avec des masques en papier. L’ambiance était partagée entre crainte et humour pour prendre de la distance. Ce qui était également choquant, c’était de voir les secrétaires médicales dans des combinaisons nous tendre les masques ou d’autres choses en évitant au maximum le contact, ce que je peux comprendre. Mais c’est toujours un sacré miroir, nous renvoyant à notre condition de…pestiféré.

 

Jusqu’à présent, je n’ai aucun symptôme de la maladie. Tous les professeurs présents à la soirée, y compris moi, s’inquiétaient du fait qu’on nous donne un traitement mais que nos proches ne soient pas concernés. Nous n’avons pas eu de détails concernant les temps d’incubation et de contagion. J’ai fait face à un médecin assez abrupt, qui m’a presque traitée d’imbécile alors que je posais une question simple et donc, je n’ai pas eu envie de lui demander quoique ce soit. Je sais bien que les médecins doivent voir des choses bien pires (bien qu’ils n’aient jamais vu une épidémie de peste aux Seychelles) mais je pense qu’on peut quand même rester correct avec des gens qui posent simplement des questions. Enfin bref…

 

Depuis, d’autres écoles ont fermé leurs portes, toujours par mesure de précaution. L’homme victime de la maladie est à l’hôpital. Je ne connais pas son état mais sa femme et son enfant ont eux aussi développer la maladie.

 

Pour ma part, je dois rester chez moi encore 3 jours, en évitant au maximum les sorties et évidemment, les foules. Je suis un traitement antibiotique à large spectre.

 

Mercredi, j’étais allée en bus en ville. Des collègues qui habitent dans ma région m’ont gentiment ramené mais je m’inquiète quand même de reprendre les transports en commun par la suite. Nous verrons bien…

 

Cependant, j’ai reçu un appel et eu une visite du centre médical aujourd’hui pour un suivi. Elles sont venues chez moi et ont vérifié ma température. Elles ont dit qu’elles reviendraient tous les jours pendant 6 jours pour ce suivi. Le gouvernement a mis en place des mesures : nous avons reçu un SMS concernant l’ouverture d’une hotline pour plus d’informations.

 

La responsabilité individuelle et l’individualisme

 

Cette situation pose beaucoup de questions. Cet homme a-t-il agi de façon responsable ? A-t-il pensé au risque qu’il faisait courir à ses proches et à son pays en cas de réelle épidémie ? De même, si nous ne suivons pas les consignes qui nous ont été données, chacun est-il conscient du risque qu’il fait courir aux autres ? Car rien ne nous empêche vraiment de fermer notre porte à clé et d’aller faire un tour. Qui est là pour vérifier que nous ne recevons pas d’amis ou même de la famille chez nous ? Que faut-il pour éveiller la conscience individuelle ?

 

La perversité des systèmes politiques se larve ici. Tout comme à Madagascar et dans d’autres contrées post-socialistes et post-communistes, l’individualisme forcené fait des ravages. Trop longtemps sous la coupe d’un collectivisme pesant, l’individu se lâche et n’en a rien à faire des risques, de l’entraide et autres concepts collaboratifs. Trop frustrés face aux lumières du capitalisme illusoire, les humains viennent griller leurs ailes et s’abîmer contre un consumérisme et un égoïsme ardents.

 

A contrario, nous avions vu en Australie, pays ultra-capitaliste, des poches de défense des droits civiques impressionnantes. Mais faut-il toujours aller aux extrêmes pour trouver des semblables ? Pour l’instant, je ne peux hélas réfuter cette hypothèse.

 

Aujourd’hui, la responsabilité individuelle semble être un concept trop rarement appréhendé aux Seychelles, tant par les locaux que par les expatriés. Fort heureusement pour moi, j’ai dans mon entourage quelque unes de ces personnes conscientes. Mais le reste me rend parfois terriblement triste.

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Retour d'avril

Retour à l’école

 

 

 

Après un repos très salvateur, je suis de retour à l’école depuis deux semaines. Je suis contente de retrouver les élèves. J’ai pris du recul par rapport à ma mission. Je suis assistante d’enseignement de Langue Française et ma mission n’est pas d’être professeur de FLE (Français Langue Etrangère). J’étudie actuellement les méthodes FLE mais je dois les adapter. Je dois restée flexible et ne pas voir un échec dans une application qui prend du temps.

 

Je retourne aussi à l’étude et aux révisions. J’ai raté mon examen du DAEFLE en décembre 2016 mais j’ai repris du poil de la bête et surtout confiance en moi pendant les vacances. Il était sans doute trop ambitieux de le passer juste après l’épisode malgache.

 

 

 

Le courage des enseignants

 

 

 

Je reste admirative face au travail des enseignants. Ils accordent beaucoup d’attention aux élèves.

 

Je vois aujourd’hui l’envers du décor. Je me suis toujours sentie très loin de ce monde, bien que ma mère ait été institutrice. Ma seule perception avait toujours été celle de l’élève.

 

En parlant de perception, c’est vrai que c’est quelque chose de fascinant. Le jour où je me suis mise dans la peau d’un client à Sah Modern Mediterranean (le restaurant où j’ai travaillé à Adélaïde et dont j’ai appris par hasard la fermeture récente), ça a été une vraie surprise et un bonheur. Bien sûr que j’ai toujours voulu satisfaire, anticiper les désirs des clients mais c’est autre chose de vivre.

 

 

 

Le partage

 

 

 

Je suis contente de retrouver mes élèves du club de français du secondaire. Je retrouve les mêmes élèves assidus, très sérieux. C’est une vraie motivation pour moi car je sais qu’ils m’attendent comme je les attends.

 

Quand je discute avec eux, j’ai l’impression de leur ouvrir une porte sur un nouvel univers et sur de nouvelles possibilités.

 

 

 

La « vieille »

 

 

 

Nous n’avons pas de télévision et j’avoue que ça ne me manque pas. C’est quelque chose qui surprend parfois mes interlocuteurs qui se demandent comment je peux rester ainsi coupée du monde.

 

Je n’en ai pas eu à Adélaïde pendant deux ans et ça ne m’a pas manqué non plus. Je préfère lire, écrire, faire de la musique et avoir plus de temps pour faire d’autres choses comme des mots fléchés ou un Scrabble. Des activités dites « de vieux ».

 

Nous avons d’ailleurs récupéré un jeu d’énigmes lors d’un marché de nuit à l’école.

 

 

 

Secourisme

 

 

 

Après le dernier épisode (voir article précédent), je me suis dit que je ferais bien de connaître les bons gestes pour sauver quelqu’un dans l’eau. J’ai appris les gestes de premiers secours lors de mes études en Australie mais rien lié à la façon d’attraper une personne inconsciente dans l’eau sans l’étrangler.

 

J’ai donc pris contact avec un club de natation local et on est prêt à m’apprendre les bons gestes. Il n’y a pas de certification officielle aux Seychelles (et de toute façon, je ne pourrais sans doute pas passer d’épreuve pratique vu ma faible acuité visuelle) mais ce n’est pas ça qui m’intéresse. Ce serait simplement de pouvoir sauver quelqu’un au cas où.

 

 

 

Brasero

 

 

 

On parle en kreol seselwa de « soleil carême » pour évoquer ce soleil brûlant et cette chaleur infernale du mois d’avril. Les 46 degrés australiens étaient une torture différente. Le taux record d’humidité ici me pèse davantage et il est terrible de suer sans bouger.

 

 

 

Lectures

 

 

 

Hélas, j’ai dû lâcher « Poulet Bicyclette et Cie ». Trop violent pour moi en ce moment. Je reprendrais sa lecture plus tard mais là, je n’ai pas l’envie ni le courage de lire ce recueil de nouvelles très crues. J’ai emprunté « L’Homme qui Rit » de Victor Hugo (qui ne sera peut-être pas plus tendre mais en tous cas, plus dilué).

 

Nous téléchargeons des podcasts et parmi notre sélection, une émission pas trop mal faite, bien qu’il ne s’agisse pas de journalistes, intitulée « Temporium ». Je suppose qu’il s’agit d’étudiants ou même de professeurs d’histoire. Une série a été faite sur Victor Hugo et la passion de son auteur pour Hugo m’a donné envie de lire les œuvres que je ne connais pas.

 

 

 

Après « L’homme qui rit » de Victor Hugo, j’ai voulu prendre quelque chose de plus léger. J’ai pris un livre au hasard, « Le mec de la tombe d’à côté » de Katarina Mazetti. J’ai eu peur d’un romantisme nunuche mais finalement, ce n’était pas si mal. Bien que les dernières pages m’aient laissées très perplexe… Je ne dévoilerais pas ici la fin mais j’aimerais bien avoir des avis concernant cette fin de la part de mes lecteurs.

 

 

 

Suite des lectures

 

 

 

Suite à la fin du « Mec de la tombe d’à côté », ma curiosité a été piquée et j’ai trouvé par hasard sa suite, « Le caveau de famille ». C’est drôle car finalement, ça ne m’a pas tant déplu que ça, j’avais juste du mal à me l’avouer. C’était pas mal mais ça me conforte dans certaines idées…

 

Je me suis délectée de « Chagrin d’école » de Daniel Pennac pour sa vision de l’école, des élèves, de l’enseignement. J’ai aussi lu « Tomber sept fois, se relever huit » de Philippe Labro. J’ai d’abord trouvé ça pas assez humble puis après une petite digestion, j’ai revu mon jugement.

 

J’ai plongé dans « Rue des Boutiques Obscures » de Patrick Modiano. Mon petit frère m’a laissé un Fluide Glacial et un Echo des Savanes qui m’ont fait très plaisir… Normalement, je l’espère grandement, nous devrions recevoir la Revue Dessinée à l’Alliance française. J’ai hâte !

 

Les aventures nautiques

Les escapades

 

 

 

Une escapade diguoise de deux jours avait des airs de paradis. Jusqu’au bout, les bus de Mahé nous auront fait stresser. Il ne suffit plus de se lever plus tôt car ils ne passent pas avant 7h. Or, nous devions nous présenter à 7h pour l’embarquement. Fort heureusement, nous avions une marge d’une demi-heure avant de vraiment larguer les amarres.

 

Ce weekend a été une véritable reconnexion avec la nature. Un petit bateau nous a amené près de Coco Island et Félicité Island. Armés de palmes, masques et tubas, nous avons plongé pour observer l’incroyable faune sous-marine. Je dis incroyable et je sais bien que les plongeurs expérimentés trouveraient cet adjectif un peu démesuré mais pour moi, c’était vraiment le paradis. Nous avons croisé au moins cinq tortues qui venaient presque nous voir, des poissons de toute sorte, une raie, deux petits requins pointes noires. Sur le bateau, nous avons vu six dauphins doucement glisser sur l’eau. Le moniteur s’était écarté un moment et il était parti chercher des pieuvres. J’étais fascinée par la couleur de ses ventouses ; une sorte de fluo qui s’est atténué.

 

Cette immersion dans ce monde est incroyablement apaisante et encore une fois, je trouve qu’il remet l’humain à une place plus humble, du moins, celle qu’il devrait prendre de temps à autre. Face au premier requin, j’avoue qu’une petite pointe d’adrénaline a fait circuler mon sang une première fois, sans que ce ne soit non plus une peur panique. En revanche, face au second, je n’ai pas ressenti de peur. Disons plutôt que j’étais observatrice. Il avait plus peur de moi que moi de lui. Nous étions en eau peu profonde avec des remous et je pense qu’il n’était pas à son aise.

 

Le jour d’après, j’ai gardé cette sensation d’harmonie et surtout de fascination. C’était tellement beau. Je n’avais pas envie de toucher les poissons, c’est bien la dernière chose qui me serait venu à l’esprit à ce moment. Etre simple spectatrice de ces mouvements de bancs de poissons, comme un voile qui se tend doucement au gré d’une brise, ces bancs d’autres poissons broutant des algues ou du corail, pareils à une nuée de papillons posée sur des fleurs, la lumière sur leurs écailles imitant le battement des ailes.

 

Cette beauté et cette paix m’ont longtemps enveloppée mais je reviens _hélas_ à mes réflexions sur l’impact de l’homme sur la nature. Comment peut-on vouloir du mal à ces créatures ? Je ne parle pas de ne plus jamais pêcher de poissons, de manger de pieuvres mais bien d’orchestrer de macabres pêches industrielles, de racler les fonds, de pollution des mers et des coraux. Qu’est-ce que ça nous coûte de penser au partage de ces visions enchantées pour les générations futures ?

 

Une autre escapade au parc marin de Saint-Anne a également été une bonne expérience. C’était très différent car nous étions sur un très gros catamaran avec près de 50 personnes. Non pas que le nombre me dérange (bien que certains prennent tout leur temps et s’égarent là où ne pourrait pas s’égarer) mais plutôt l’attitude de certains. En tant que résidents, nous bénéficions de tarifs abordables pour ce genre d’expérience mais ceux qui payent plein pot ne sont pas à plaindre dans la vie. D’où certaines attitudes qui m’échappent totalement.

 

Nous avions un buffet à disposition le midi. Je n’ai pas compris un monsieur à la table d’à côté qui vidait ses « déchets » (des éléments tout à fait comestibles à mon avis) pour aller se resservir…exactement la même chose ! A cette table, leurs « déchets » formaient une petite colline dans une assiette supplémentaire qu’ils avaient prévue à cet effet. J’ai du me retourner et essayer de calmer ma colère en regardant les magnifiques îles qui nous entouraient…

 

Pour revenir à des choses plus positives que moi voulant jeter certaines personnes par-dessus bord, nous avons vu une paisible raie et nous l’avons suivie quelques temps, à bonne distance pour ne pas l’effrayer. Nous avons aussi vu des poissons que nous n’avions pas vus ailleurs.

 

 

 

La Chasse au Trésor et la Francophonie

 

 

 

Les élèves du Club de Français du Secondaire ont participé à la Chasse au Trésor organisée par l’Alliance Française des Seychelles à l’occasion de la Fête de la Francophonie et de la Semaine de la langue française. Nous avions un petit peu préparé le terrain en classe en pensant au vocabulaire autour la chasse au trésor, autour de l’orientation. J’ai un peu regardé l’Histoire française des Seychelles et essayé d’identifier les lieux français à Victoria. C’est une Histoire très riche. « Pirates des Caraïbes » n’a rien à envier aux Seychelles…

 

Dommage que l’Histoire locale ne soit pas plus mise en avant dans les programmes scolaires…

 

Cette chasse a été un vrai plaisir, même si j’ai bien du perdre quelques litres d’eau à courir avec mes élèves dans une fournaise de début d’après-midi. Notre équipe, « les Scorpions », a résolu des énigmes qui nous ont menées à la National Library pour voir la pierre de prise de possession des Seychelles, au buste de Pierre Poivre, au cimetière Bel-Air où sont enterrés pas mal de pirates parmi les premiers colons français mais aussi un géant ( !) et enfin à l’Ecole française. Je voulais les filmer pour qu’on ait de bons souvenirs mais ils filaient comme des lapins et je me concentrais davantage sur bien réfléchir aux dangers et ne pas perdre mes affaires. D’ailleurs, j’en avais même perdu ma carte de bus au passage…

 

A la fin, tout le monde était content d’avoir participé et se demandait surtout quand serait la prochaine. C’était une première pour l’Alliance et je pense que c’était un carton plein. Bien sûr, il y a eu quelques critiques (ce sont des français, ne l’oublions pas !) mais en général, tout le monde s’est bien amusé.

 

Pour la Francophonie, nous avons aussi fait une visite à la médiathèque de l’Alliance. Autant ça a été un peu difficile avec l’une de ces classes (des élèves très dissipés), autant l’autre classe a été exemplaire.

 

C’est agréable d’enseigner à des enfants qui veulent vraiment apprendre. Je suppose que c’est le rêve de tous les enseignants.

 

 

 

Prendre le large

 

 

 

Mes parents m’ont rendu visite à l’occasion de mes vacances et nous sommes allés ensemble en catamaran (voir article précédent) à Praslin et à la Digue.

 

Après être passés par le parc marin de Saint-Anne (entre les îles de Saint-Anne, Moyenne, Longue et au Cerf), nous avons fait route vers Praslin. La mer était calme et notre rythme doux. C’était beau de voir les différentes îles de loin. Je suis tombée amoureuse de la forme de l’île de Silhouette. Quelque chose de mystérieux m’attire sur cette île. Cette fascination vient sans doute du fait que je sais qu’il y a une marche à faire à travers la forêt primaire là-bas…

 

Nous avons jeté l’ancre dans la baie Saint-Anne à Praslin. La nuit a été douce.

 

Nous avons visité la fameuse Vallée de Mai classée au Patrimoine mondial de l’UNESCO. J’avais l’impression que nous étions des lilliputiens en promenade.

 

Nous avons repris la mer, laissant François rentrer sur Mahé pour travailler. Nous avons donc longé les côtes jusqu’à Anse Lazio. Nous sommes passés près de l’île Curieuse qui était magnifique avec ses eaux turquoise. Nous avons pris notre premier grain à ce moment. Mon père m’a parlé de la risée ; ce vent qui ride la surface de l’eau et qui annonce le grain, le désagrément des voiliers car il annonce des vents irréguliers.

 

 

 

Alerte à Malib… aux Seychelles

 

 

 

Nous avons jeté l’ancre dans l’anse Lazio vers 16 heures. Mon père et moi voulions nager un peu jusqu’à la plage. Nous devions être approximativement à 200 mètres de la rive. J’avais mes palmes et mon père celles de mon frère, des palmes de bodyboard, plus courtes que des vraies palmes. Il n’y avait pas vraiment de poissons. J’ai juste vu une tortue au fond à mon retour. Nous nagions au même rythme mais je voyais mon père se mettre sur le dos pour nager. Au bout d’un moment, il m’a dit d’aller chercher une bouée. Nous n’étions plus très loin du bateau. J’ai foncé pour demander à ma mère de détacher la bouée et je la lui ai apportée. J’avoue que j’ai eu peur qu’il fasse un malaise. Il s’est effectivement senti faible et a pris quelques minutes pour remonter sur le bateau. Il dit que je lui ai « sauvé la vie » mais je lui ai simplement tendu une bouée.

 

Ceci dit, on est maintenant quittes. Je le lui ai rappelé car il a oublié mais il m’a sauvé un jour. Je devais avoir 13 ou 14 ans lorsqu’il m’a rattrapé alors que je glissais dans un bassin d’eau douce à la Réunion, que la paroi était très glissante à cause des algues et que je ne pouvais plus parler à cause du choc thermique (l’eau de rivière était glacée et nous faisions une randonnée).

 

Nous avons eu de la chance car il y a déjà eu une attaque de requin mortelle en 2013 à Anse Lazio…

 

La nuit là-bas a été mouvementée. Il y avait beaucoup de vent et de pluie. Je suis montée sur le pont vers 23h et nous voyions aussi les silhouettes des autres navigateurs sur les bateaux. C’était très beau à voir, ces ondes d’ébène en mouvement. De petites vaguelettes très serrées secouaient le bateau comme des milliers de petites mains.

 

Le lendemain matin, nous avons vu des raies mora. Mon père et le capitaine pensaient qu’elles avaient un requin à proximité car il est vrai qu’elles sont souvent collées à eux. Mais par la suite, nous les avons vu collées à la coque du bateau. Nous étions le requin !

 

Le lendemain, nous avons mis le cap sur la Digue en passant par le nord de Curieuse. Nous avons jeté l’ancre près de Grand Anse. La nuit a été plus paisible, malgré de nombreux éclairs et un peu d’orage.

 

Le jour d’après, nous sommes allés faire un tour à terre. Nous avons pris le canot. Nous voyions tout de même quelques vagues sur la plage mais nous y sommes allés. L’accostage s’est bien passé, nous avons tiré le canot assez haut sur la plage pour que la mer ne l’emporte pas. La mer était plutôt calme.

 

Nous avons marché de Grand Anse à la Passe puis sommes revenus en taxi. Il devait être 16 heures. J’avais très chaud et je me suis baignée dans ces eaux claires. Il y avait quelques vagues mais rien de bien dramatique. En revanche, elles avaient un drôle de mouvement que j’avais déjà vu à la Réunion. Elles se brisaient une première fois vers la rive puis une sorte de seconde vague retournait vers la mer.

 

Puis il fut l’heure de remettre le canot à la mer pour rentrer. Nous savions qu’il fallait attendre le bon moment et pousser le plus fort possible. Mais le gabarit de ma mère n’est pas celui d’une armoire normande et se rapproche plus de celui d’une hobbit famélique, sans compter le mien, qui est celui d’une allumette. Mon père et le capitaine avaient plus de force mais les vagues étaient plus fortes. Dans un spectaculaire flop, le canot a pris l’eau, sans se retourner mais un jeune français, témoin de nos difficultés, est venu aider à pousser le canot afin qu’il puisse passer la ligne des vagues. Quand je repense à ce jeune homme, si discret, ne demandant rien, je lui suis très reconnaissante, à cette catégorie de personnes en voie de disparition : les gens humbles et serviables. Mon père était seul avec une unique rame sur le canot et s’éloignait des vagues pour ne pas être ramené à son point de départ. J’avais pris un bon bouillon dans les vagues en voulant pousser le canot. Ce jour-là, j’avais mes lunettes, dont je venais de donner le prix conséquent (eh oui, hélas, ma correction n’est pas assez importante pour être totalement prise en charge alors que c’est un vrai handicap pour moi de ne pas avoir de lentilles ou lunettes). J’ai eu très peur de les perdre dans les vagues car les choses auraient franchement tournées au vinaigre pour moi. Fort heureusement, j’ai eu le réflexe de les rattraper.

 

Je voulais rejoindre mon père avec la seconde rame à la nage car le moteur était noyé mais ma mère et le capitaine trouvaient cette initiative trop dangereuse. Je craignais franchement que mon père ait un souci de santé. Je voyais qu’il ramait, que c’était tout de même un sacré effort (car tirer le canot de la mer à la plage et vice versa et marcher). Je m’inquiétais aussi par rapport à la veille.

 

Il a donc ramé les quelques 200 mètres qui nous séparaient de la plage et a réussi à aller sur le catamaran. Encore une fois, je me disais qu’il fallait que je nage jusqu’au bateau. La mer était calme et l’eau claire. Puis la lumière commençait à faiblir et je ne voulais pas tenter le diable. Nous n’avions aucun moyen de communiquer avec lui. Les vacanciers nous regardaient et certains nous prenaient en photo ou filmaient selon le capitaine.

 

Mon père a repris le canot et voulait revenir nous chercher. Nous étions tous d’accord que c’était trop dangereux et que franchir à nouveau la ligne de vagues n’était pas une bonne idée. Nous essayions de le prévenir mais il n’entendait rien car trop loin. Au bout d’un moment, contre le gré de ma mère et du capitaine, je suis partie le rejoindre à la nage. Je ne pouvais pas le laisser ramer seul. Ma mère et le capitaine avaient peur de nager.

 

Lunettes juchées sur le nez, j’ai nagé, pas trop vite pour ne pas me fatiguer mais tout de même assez pour avancer car je ne savais pas dans quel état il se trouvait. Je suis montée à bord du canot et j’ai ramé pour que nous retournions vers le cata, un peu contre le gré de mon père. Une fois à bord, nous avons essayé de contacter un cata dans l’anse voisine, Petite Anse. Nous avions mis le talkie sur la fréquence d’urgence, le canal 16. En français, en anglais. Rien du tout.

 

J’ai demandé à mon père quels étaient les signes à faire, les choses à savoir lorsqu’il y a un problème à bord. Il m’a montré les signes à faire aux bateaux. Je les ai fait en direction de ce cata. Rien du tout.

 

J’ai fini par prendre mon téléphone portable, qui est résistant à l’eau et qui vient de faire ses preuves quelques minutes plus tôt. J’ai appelé le chauffeur de taxi que nous avions pris dans l’après-midi. Son numéro était sur un petit bout de papier qui avait échappé au tumulte du passage de vagues. J’ai expliqué la situation en français, puis il m’a passé quelqu’un d’autre, donc j’ai expliqué en anglais. Puis j’ai passé le combiné à mon père qui explique la situation en créol mauricien…en vain.

 

Avec le recul, je me dis que j’ai de la chance de parler au moins trois langues. Ca aurait été moins facile si j’avais été une pure russophone par exemple…

 

J’ai bien essayé de dissuader mon père de repartir vers la plage à la rame, en vain… J’ai continué de faire des gestes vers le cata de Petite Anse et je suis sûre qu’ils m’ont vu car j’ai vu un canot aborder vers eux. Aucune réponse. Je me dis à ce moment, qu’heureusement que je n’ai pas quelqu’un qui fait une crise cardiaque ou qui a été mordu par un requin à bord. La non-assistance à personne en danger n’aura donc pas à être mise sur le tapis devant des instances.

 

Un bateau de pêche avec des touristes apparaît finalement. Il répond à mes signes et s’approche de moi. Je leur explique la situation. Ils ont fini par aller voir mon père et l’ont remorqué jusqu’au cata car nos deux membres d’équipage avaient disparu de la plage.

 

Nous ne savions plus vraiment quoi faire.

 

Puis une barque de pêcheurs s’est avancée vers nous et à son bord…ma mère et le capitaine ! Le capitaine avait négocié un trajet avec eux sur la plage. Les pêcheurs nous préviennent de ne pas rester à cet endroit car il peut être dangereux. Nous restons à Petite Anse pour la nuit.

 

Par la suite, un contact à l’ambassade de France m’a dit que cette plage est réputée être la plus dangereuse de l’île en raison des vagues…

 

 

 

La douceur des vacances

 

 

 

Malgré ces aventures, je ne boude pas mes vacances et le repos que j’y gagne. Je connais enfin la joie des grasses matinées et les escapades à la plage. J’ai pu y admirer un ballet de raies ; elles sautaient en l’air et retombaient à plat. Selon les scientifiques, ce serait une pirouette pour épater les femelles mais rien n’est sûr…

 

 

 

L’avenir de l’enseignement du français aux Seychelles

 

 

 

J’ai eu la chance d’assister au premier rassemblement sur l’enseignement de la langue française aux Seychelles à l’Université des Seychelles. Une prestation théâtrale de quelques élèves de l’Ecole française (un extrait d’une pièce de Courteline) a réactivé une nostalgie des planches. J’aimerais tellement connaître à nouveau le frisson de la scène.

 

Enseigner le français n’est pas chose facile aux Seychelles. La langue semble avoir peu d’attrait auprès des élèves et est même parfois crainte. Les seychellois ont peur de faire des fautes lorsqu’ils s’expriment en français. Les enseignants savent qu’ils ont besoin de renfort en termes de formation. Peut-être a –t-elle été associée à l’enseignement parfois rigide de l’Eglise. De plus, le pays s’est tourné davantage vers l’anglais avec le Commonwealth…

 

Cependant, le créol seselwa possède une base française très importante. Bien que des mots anglais s’y glissent, la syntaxe reste clairement française ou proche.

 

 

 

Les couleurs seychelloises

 

 

 

J’avais une discussion très intéressante avec un mauricien installé ici. Il m’a expliqué que les mots pour désigner les couleurs ne sont pas les mêmes en seselwa. Je suis restée très perplexe lorsqu’il a appelé une seychelloise pour attester de ce différent point de vue chromique.

 

Il a d’abord montré un banc gris et lui a demandé de quelle couleur il était. Elle a répondu : « Cend » (cendres, ce qui fait encore sens). Puis un petit sac en cuir marron et elle a répondu « gris » (là par contre, j’étais perdue) et enfin, pour la couleur de peau d’une métisse (moi par exemple), « rouz ». Mais le plus intriguant dans l’histoire est que lorsque les seychellois parlent anglais, les couleurs sont les mêmes qu’en anglais et français.

 

Du coup, je vais bien vérifier auprès de mes élèves créolophones que les couleurs soient bien comprises.

 

 

 

Lectures

 

 

 

J’ai lu « Ombre et soleil » d’Åke Edwardson. Il était assez sombre donc j’ai demandé à ma bibliothécaire préférée une recommandation. Du coup, j’ai lu « Le fémur de Rimbaud » de Franz Bartelt.

 

J’ai surtout lu une série de bandes dessinées sur les cathares, « Le Dernier Cathare » qui vaut le détour.

 

Je suis allée faire un tour à la National Library (la Bibliothèque Nationale) et j’ai été surprise de trouver un très beau fond français. J’ai emprunté « Poulet-bicyclette et Cie » de Florent Couao-Zotti. Ils ont beaucoup d’auteurs africains francophones. Ca me rappelle une affiche concernant le prix Jeune écrivain francophone ou quelque chose comme ça à l’Alliance française. J’y avais vu que si les chiffres étaient très bas dans beaucoup de pays (rarement un nombre à deux chiffres), il était de 44 participants au Bénin !

 

Les locaux de la bibliothèque viennent d’être rénovés et sont très agréables. L’inscription est gratuite.

 

 

 

Renouvellement

 

 

 

Mon contrat avec le Département de la Réunion a été renouvelé et j’en suis très heureuse. Je poursuis l’aventure pour une année supplémentaire aux Seychelles !

 

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La chasse au trésor

La vie s’écoule toujours paisiblement ici, aux Seychelles. Je profite toujours du climat tropical, j’ai la chance d’avoir un travail. C’est bientôt la Semaine de la langue française et la Fête de la Francophonie. L’Alliance française des Seychelles va organiser une Chasse au Trésor et je suis très contente d’emmener mes élèves du club de français du secondaire. Ils sont très excités et j’avoue que moi aussi. L’Alliance organise aussi des activités pour la Fête de la Francophonie le 20 mars. J’espère que mes élèves iront à cette fête après les cours…

 

La locomotive lancée à toute vapeur

 

Je suis toujours prise dans un rythme de travail soutenu. Gérer les niveaux primaires et secondaires n’est pas facile ; j’ai l’impression de ne pas pouvoir me concentrer assez sur l’un ou l’autre. J’ai l’impression de ne pas avoir assez de temps et de recul pour faire face à tout. J’avoue que les primaires peuvent parfois être éreintants. Non pas que toutes les classes de secondaire soient des anges mais je les trouve plus faciles à contenir.

Je reste admirative de mes collègues qui, à mon sens, ont énormément de mérite.

 

Questionnement

 

Avec la fatigue et l’impression de ne plus avoir de prise sur le temps, les sempiternelles questions concernant mes choix et ma vie hors du commun reviennent comme des moustiques. Je sais que je ne devrais pas aussi facilement tomber dans le piège. J’ai eu la grande chance de tomber sur des personnes qui m’avaient soulagée de ces pressions de la société occidentale. Ces personnes sont elles-mêmes occidentales mais ont un point de vue inédit su la vie. Il y a d’ailleurs trop longtemps que je ne les ai pas vus, ce qui explique peut-être mon fléchissement. Mais malgré tout, je suis issue de ce monde et il est difficile de totalement larguer les amarres. Puis je dois faire avec des regards qui ne vont pas contre…

J’ai l’impression qu’une fatigue psychologique brouille mes sens et les doutes m’assaillent : ai-je fait les bons choix ? pourquoi est-ce que je ne réussis pas (qu’est-ce que la réussite) ? qu’est-ce que j’aime dans le fond ?

L’impact de l’agression à Madagascar a peut-être été minimisé, le deuil de l’Australie et de la Nouvelle-Zélande n’est pas encore passé…

Mais je trouve un certain réconfort à lire le site Retourenfrance.fr, notamment sur la vie professionnelle et l’identité.

 

Etrange pratique

 

Il y a tout de même quelque chose qui me choque lorsque je marche tous les matins pour aller à l’école. Je vois souvent des camions, petits et gros, chargés de travailleurs entassés comme du bétail dans des bennes ouvertes. Je ne suis pas sûre qu’on se soucie vraiment de ces personnes si un accident arrivait.

Une seychelloise m’a dit que c’était assez courant de voir des gens à l’arrière des camions mais juste quelques personnes, généralement de la famille ou des amis.

Mais là, tous, généralement indiens, se tiennent droits comme des piquets et semblent parfois être une vingtaine.

 

L’appel de la mer

 

Mon père est venu me rendre visite. Il est co-équipier sur un catamaran qui a traversé l’océan indien. Ils sont partis de Thaïlande et ont rejoint les Seychelles via le Sri-Lanka où ils se sont brièvement arrêtés. J’ai eu la chance de monter à bord et c’est vrai que ça fait rêver ! Mon père a été marin dans la marine marchande une partie de sa vie et il a voulu reprendre la mer.

J’avoue que c’est tentant cette vie sur un bateau. Bien sûr, il y a le prix du bateau, son entretien, sa subsistance à organiser mais ça doit être une sacrée sensation d’aborder une île, de voir les oiseaux en mer et surtout, de voir le plancton lumineux la nuit. Mon père m’a parlé de ce phénomène qu’il a pu voir et ça a l’air magique. Autant que les lucioles dans les grottes en Tasmanie…

Je comprends son envie d’affronter les éléments. Ce doit être une sensation incroyable de faire un avec la mer. Car dans les tempêtes tout comme lorsque le bateau glisse sur l’eau quand il fait beau, nous ne sommes qu’une coquille de noix, une petite goutte de cet océan…

 

Le lien malgache

 

J’ai quelques nouvelles de Madagascar de temps à autre et l’une d’entre elles m’a vraiment mis du baume au cœur. J’ai formé des stagiaires au Centre de Presse Malagasy lorsque j’étais à Antananarivo. Récemment, l’une d’entre eux m’a écrit pour m’annoncer une très bonne nouvelle ; elle a eu son master avec une mention très bien et les félicitations du jury ! Je suis tellement heureuse pour elle ! C’est une travailleuse, une personne dévouée, qui mérite ce succès. Future entrepreneuse malgache, je lui souhaite le meilleur pour sa carrière.

Elle m’a remercié pour les conseils et soutiens prodigués pendant cette période mais je n’y suis pas pour grand-chose. Je partage simplement sa joie !

En revanche, le cyclone Enowa qui est passé sur la Grande Ile et a fait beaucoup de dégâts… Hélas, dans l’océan Indien, tous les cyclones terminent leurs courses sur Madagascar.

 

Lectures

 

Mon rythme de lecture s’est un peu ralenti et les supports ont un peu varié ces temps-ci. Je suis revenu aux bandes dessinées, mon pêché mignon. J’ai découvert une belle collection sur la guerre 14-18, simplement intitulée « 1914-1918 » et un bel album sur le vaudou et autres sorts, « Charmes fous ».

J’ai aussi lu « Une tortue se rappelle… » d’Antoine Abel, une très belle fable écologique avant-gardiste (récit écrit en 1975 !). J’entame « Dans les bois éternels » de Fred Vargas.

 

Nos amis les poissons

 

Nous avons fait un tour dans le Sud du côté d’Anse Intendance (mer démontée, beaucoup de courant, impraticable) et nous avons nagé à Anse Royale. Cette fois-ci, nous avons observé les fonds en fin d’après-midi. D’habitude, nous y allons entre 10h et 14h. En fin de journée, je pense que nous ne voyons pas la même population de poissons. J’ai vu des hippocampes. Ils ne sont pas si faciles que ça à voir car ils sont totalement allongés lorsqu’ils nagent.

Mon compagnon a eu la chance de voir une raie.

 

J’étais sur la plage à surveiller nos affaires à ce moment-là et j’avoue que j’étais surtout préoccupée par des conducteurs de jet-ski qui ne se souciant guère des baigneurs. 

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Saison des pluies

Nous avons encore eu de longs épisodes pluvieux. Ces précipitations mènent la vie dure aux chaussures. L’une de mes paires s’est tout simplement déchirée. Les colles se délitent avec la chaleur et l’humidité porte le coup de grâce aux sandales de cuir.

 

Dans le bus, lorsque vous faites partie de ceux qui restent debout, on prend vos sacs ou paquets dans un silence absolu. Au début, forcément, nos craintes d’être volé nous font écarquiller les mirettes. Mais le bien restitué, toujours dans le silence, nous apprend qu’il faut faire confiance. Cette étrange transaction se fait sans bruit mais aussi sans regard.

Les bus acceptent les passagers debout et il peut vous arriver de faire de longs trajets ainsi. Il faut vraiment s’accrocher fermement dès le début (le chauffeur ne vous accordant qu’une poignée de secondes pour vous cramponner avant de démarrer en trombe) ; j’ai tout de même failli me déboîter une épaule dans un virage récemment… !

 

La joie des élèves est appréciable. Au fond, peut-on être heureux seul ? Le bonheur est déjà contenu dans le partage.

En revanche, j’ai été très déçue par l’attitude de certains lors de la projection de vidéos montrant l’intérêt d’apprendre le français. Je ne devrais pas mais je l’ai un peu pris personnellement. Ce n’est pas mon côté patriote qui a été blessé (quoique…) mais c’était simplement navrant de constater que certains seychellois ne réalisent pas qu’ils dénigrent une partie d’eux-mêmes. Ils ne sont pas conscients qu’ils sont plus français qu’ils ne le pensent, que leur Histoire et leur patrimoine génétique est français.

 

Lectures

 

J’ai achevé « La lumière qui s’éteint » de Rudyard Kipling et c’était une agréable surprise. Bien que les récits de guerre ne me fascinent pas, ce roman s’est révélé bien plus que la simple aventure. J’ai pris ce livre, presqu’au hasard sur les étagères de la médiathèque de l’Alliance française. J’avais adoré lire « Le Livre de la Jungle » dans sa langue d’origine récemment. Je me disais donc qu’un autre Kipling serait une prise de risques minime.

Je ne m’attendais pas à croiser à nouveau une thématique qui me suit depuis quelques temps maintenant et qui est liée à mes craintes les plus profondes.

Je ne croyais pas au destin étant plus jeune. Je refusais catégoriquement que « les choses soient écrites ». Mais les coïncidences se multipliant, j’ai revu ma position. Sans que croire que le chemin soit tracé et qu’aucune sortie de route ne soit permise, je m’étonne d’avoir regardé « Dancer in the Dark » (magnifique film de Lars Von Trier avec Bjork) et « The Lobster » et que le thème commun de la cécité se développe à chaque fois. Tout comme dans l’excellente chanson ‘’Porcelina of the Vast Oceans’’ des Smashing Pumpkins, l’une de mes chansons préférées.

Avec « La lumière qui s’éteint » (un correspondant de guerre-peintre qui perd la vue subitement), je finis par craindre de trouver les indices d’une évidence.

Je n’ai pas consulté depuis un moment et le risque est toujours là. Je redoute terriblement cette nuit éternelle. Depuis environ une petite dizaine d’années, cette épée de Damoclès menace de se décrocher. Mes rétines trouées et puis cautérisées pourraient bien lâcher un jour. J’étais d’abord paniquée à cette idée. Puis j’avais essayé de prendre du recul avec cet avertissement, de positiver. Ca avait transformé la sceptique mélancolique que j’étais en quelqu’un qui aime la vie et qui veut la goûter. Je souhaite toujours la goûter mais je sais ce que je pourrais perdre et ça me fait peur.

 

« Bettý » était un roman surprenant, confirmant la réputation des scandinaves et islandais dans le domaine du polar.

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Parfums du temps

Il est une mode étrange aux Seychelles ; celle du parfum. Quand je pense à l’Océan indien et au parfum, je pense à Mayotte que l’on surnomme l’ « île aux parfums » pour sa grande variété de fleurs et plantes aromatiques. Et c’est vrai qu’en me baladant dans la nature, la flore exhalait de douces effluves.

Ici, j’ai aimé les odeurs de végétation le long du sentier pour rejoindre Anse Major. Cette promenade serpente dans une jolie forêt tropicale et longe le bord de mer sur des falaises de granit, aux contours toujours ronds.

En revanche, plus près des humains, j’ai eu droit à plusieurs reprises à des agressions olfactives. Mes mots sont pesés ; comment qualifier autrement ce sillage de parfum éventé dont il ne reste plus que l’alcool fixateur ? Mon nez a été brûlé à plusieurs reprises le matin dans le bus et parfois même en pleine rue lorsque j’ai eu le malheur de me trouver dans un sillage éthérique. Il ne faut pourtant pas être professionnel de la parfumerie pour savoir qu’un parfum tourne avec la chaleur et qu’ici, elle est omniprésente. Je redoute d’ailleurs le pire car on me rappelle un peu tous les jours que le pire est à craindre, que la « vraie » chaleur commencera à arriver à partir du mois de mars. Et moi qui n’appréciais guère le contact de la peau moite de sueur de ma voisine le matin dans le bus…

En revanche et hélas, certains adeptes du spray ne savent pas que les parfums sont bourrés de perturbateurs endocriniens et que l’aspersion quotidienne pourrait bien faire pousser les seins de ces messieurs et activer la pousse capillaire du torse de ces dames…J’avais découvert cette information il y a fort longtemps, lorsque je travaillais en tant que journaliste pour le site internet de santé et de nutrition Santé la Vie. C’était une grande chance de travailler pour ce média libre ; nous échappions aux pressions des laboratoires et pouvions mener nos enquêtes tout à fait librement.

 

Le civisme

 

Toujours concernant le bus, j’aime observer le comportement des quidams et surtout, tester la valeur civique dans ce milieu. Autant j’avais connu la ruée sauvage parisienne, l’ordre australien, la politesse malgache, autant je déplore l’absence de civisme seychellois. On va sans doute trouver mes mots durs et pourrait-on aussi me reprocher d’avoir le verbe et le jugement faciles, moi l’étrangère débarquée il y a quelques semaines à peine (un petit mois et demi en vérité). Mais il reste qu’à deux reprises déjà, j’ai cédé ma place à des personnes âgées et que personne d’autre ne l’aurait fait. J’ai beaucoup de mal à supporter l’idée que ces personnes n’aient pas plus de considération. Mais je dois tout de même nuancer mon propos car à ma grande surprise, une dame était prête à me faire de la place pour que je m’asseye à côté d’elle hier. Dans les bus, il y a des banquettes pour 2 et pour 3 personnes. Généralement, les gens s’assoient là où ils veulent et ne bougent plus. On ne se pousse pas pour que la personne qui monte ensuite puisse s’assoir ; elle doit généralement soit rester debout, soit se débrouiller pour rejoindre sa place, quitte à provoquer des rencontres de genoux.

Inamovible a du sens ici.

L’absence de civisme est troublante ; des barquettes de polystyrène se retrouvent jetées juste à côté des poubelles et des déchets plastiques allègrement balancés par la fenêtre par des adolescents rentrant chez eux dans le bus de fin d’après-midi. Du coup, la pensée _ou absence de pensée_ de l’auteur de cette absurdité m’échappe totalement. Qui irait faire ses besoins à côté des toilettes ? Nous nous retrouvons souvent, mon compagnon et moi, à ramasser des emballages de gâteaux et autres déchets plastiques à la plage (dont les tortues s’étouffent car elles les prennent pour des méduses), à les garder avec nous jusqu’à la prochaine poubelle. La vue de ces détritus dans des endroits paradisiaques est un non-sens trop important. Comment souiller de pareils endroits ?

Cette révolte qui gronde chez moi n’est pas pour moi ; elle est pour les futures générations qui n’auront pas la chance de voir ce que je vois, de faire ce que je fais.

La première et la plus importante des étapes pour changer les choses reste le comportement et la responsabilité de chacun.

Mais enfin, pour tout, il y a la chose et son contraire. La gentillesse, la conscience, les gestes pour l’environnement de ma collègue me rappellent que tout n’est pas perdu. Cette pralinoise est une sacrée femme. Nous nous rejoignons sur le fait de créer le moins de déchets possibles et de donner deux ou plus vies aux objets. Son ingéniosité m’épate (elle a créé des pochettes en carton de boîte de céréales qu’on pourrait facilement trouver dans les boutiques bobos-branchouilles) et sa générosité me comble (elle me nourrit de corossols, mangues et autres délices).

 

Beauté sous-marine

 

Nos aventures sous-marines nous ont menés à voir des espèces de poissons incroyables. Tout le spectre de l’arc-en-ciel y est passé, les couleurs fluorescentes et plus profondes également. Nous avons nagé dans un véritable aquarium à quelques mètres à peine du rivage à Port Launay. C’était d’une beauté bouleversante. Un calme, un équilibre, avaient rempli tout mon être. Ces créatures évoluaient sans crainte, parfois même avec une certaine curiosité pour ce nouvel arrivant (moi). Et je repensais au « Chercheur d’or » de Le Clézio et à sa description de Saint-Brandon ; un endroit où les créatures ne craignaient pas l’homme, où elles venaient à eux. Et hélas, aux hommes profitant de cette situation pour massacrer des tortues…

Comment peut-on mettre fin à cette beauté ? Qui sommes-nous pour cela ? Sans aller à l’auto-flagellation ou à la perte de l’espèce humaine, n’existe-t-il pas un équilibre, a minima, un respect pour la Vie ?

J’ai récemment regardé un film comique grand public dont je tairais le nom. Cette comédie récente (2016) résumait bien l’air du temps ; ça chambre toutes les cinq minutes, c’est méchant entre amis et surtout, ça ne respecte rien. Elle posait pourtant des questions intéressantes sur le décalage entre argument marketing et valeurs prônées mais ça s’arrêtait là. Oui, le grand public n’est pas source de délectation intellectuelle, j’en conviens. Mais pourtant, sans tomber dans le « c’était mieux avant », les comédies étaient plus fines et surtout, porteuses de messages plus profonds, ne serait-ce que dans les années 80. Comment en sommes-nous arrivés là ? A une telle médiocrité, une telle bassesse, une telle pauvreté ?

 

…et beauté végétale

 

Bien que le civisme n’y soit pas toujours de rigueur, je dois admettre que le réseau de transports en commun seychellois est bien fait. Pour un prix unique (5 roupies), on peut aller du Nord au Sud et prendre des chemins grandioses. Ainsi, le trajet Victoria-Sans souci-Port Launay était magnifique. La chaleur écrasante de la côte nous abandonnait comme nous montions vers les hauteurs. J’aime pouvoir m’enfoncer dans cette nature luxuriante ici. Son accès est très rapide et ses sous-bois tropicaux permettent de trouver une oasis de fraîcheur. Cette route sinueuse est le départ de beaucoup de promenades que je compte bien faire lors de mon séjour ici. Les abords du Morne Blanc semblent magnifiques et ses reliefs et horizons verts me font penser aux aventures d’Indiana Jones.

 

La semeuse

 

Du coup, le même cheminement reprend dans ma tête, toujours et encore, pour lutter contre la fatalité. Bien sûr, je suis limitée ; en temps, en capacités, en tellement de choses. Mais la flamme de l’espérance est allumée. Et ma mission concernant l’éducation brille comme une étoile. Je ne vais pas changer le monde, j’essaie simplement de semer des graines. J’essaie de transmettre ce que je peux ; des citations, des auteurs, des titres de chansons, de films, de bandes dessinées… De constituer une petite « carte au trésor » pour ces élèves en soif d’apprendre, de découvrir, de pousser les limites.

 

Lectures

 

J’ai littéralement dévoré « Les yeux jaunes des crocodiles » de Katherine Pancol. J’avais lu tous les autres épisodes de cette série et il me manquait ce dernier épisode, soit le premier. Ce n’est pas la première fois que je prends une série de livres dans le désordre. J’avais commencé à avec le cycle des vampires d’Anne Rice, débutant ma rencontre avec cette auteure avec « Le voleur de corps » (et en anglais s’il vous plaît !).

J’ai pris « La lumière qui s’éteint » de Rudyard Kipling et « Bettý » d’Arnaldur Indridason.

Du « Jardin du Roy » de Philippe Le Gall, je retiens surtout « Le Garçon Boucher ».

 

Salutations pianistiques

 

 

Rejouer du piano a été aussi bénéfique que de faire _enfin !_ des longueurs à la piscine. D’abord impressionnée par le niveau sonore de ce jeu piano d’étude, j’ai abandonnée rapidement mes mains au clavier. C’est drôle de jouer de façon si itinérante. Les pianos sont comme les gens. D’abord, on fait connaissance ; je joue un peu pour savoir comment il va. Ils ne sont parfois pas tout jeunes ou pas en très bonne santé (voir mon article sur le piano de Prospect Road à Adélaïde). Puis, on commence à engager la conversation ; je prends plus de libertés et il sonne plus fort. Et enfin, on s’entend et l’harmonie me donne la chair de poule. J’aime les différences que j’ai trouvé dans chaque piano, même le plus désaccordé : leur trait de caractère. Ceux-là ont un charme désuet et pourraient même permettre un style à part, le piano bastringue. Je suis toujours triste de les quitter…comme une personne avec qui j’aurais eu une bonne conversation. Car ils m’inspirent tous de façon différente. C’est assez drôle. C’est comme si chacun d’eux avait une mélodie secrète qu’il ne livrait qu’à ceux qui jouent sur eux, sur ces pianos d’étude bien rangés et peu usités.

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Douceur tropicale

Les bus me rappellent celui d’Harry Potter, fonçant à toute allure. On peut encore voir ceux-là mais leur allure est impressionnante.

 

Choir Festival ou les voix des Seychelles

 

J’ai été bénévole sur le Choir Festival organisé par notre école, l’International Seychelles School. J’étais en charge de l’ouverture et de la fermeture du rideau, une sacrée responsabilité. J’ai donc eu la chance d’assister au spectacle depuis les coulisses. J’avoue que j’ai été enchantée par le National Choir of Seychelles. C’est drôle car des membres de la chorale me racontaient qu’ils étaient récemment partis à la Réunion et que la chorale réunionnaise était récemment venue aux Seychelles.

 

Descente à Baie Lazare

 

C’est vraiment paradisiaque. L’eau transparente, le sable fin, tout y était. Les weekends sont l’occasion d’aller à la plage et de profiter de la beauté des Seychelles. On se sent un peu en vacances pendant deux jours. Cette décompression permet une qualité de vie inestimable. Mon seul regret est de ne pas pouvoir découvrir l’île de Mahé à vélo ; il est hélas bien trop dangereux de prendre la route sur un deux-roues à cause des fous du volant et des routes étroites.

 

Lectures

 

Je viens d’achever « Le chercheur d’or » de Le Clézio et c’était un beau livre. L’évocation du massacre de tortues, qui, j’imagine, existe encore dans quelques endroits sur la planète, était un véritable crève-cœur.

Je me plonge maintenant dans « Le Jardin du Roy » de Philippe Le Gall, auteur breton d’origine qui a écrit sur les Seychelles. La première nouvelle est assez…déroutante.

 

La douceur de vivre

 

Je ne trouve pas qu’il y ait de petits plaisirs ici. Tout est plaisir. J’aime goûter la chair de la vieille (poisson local), une chair si fine…Sur le marché, je retrouve des fruits et légumes semblables à ceux de la Réunion : chouchous, brèdes, songe et autres bananes main. Les prix sont corrects et permettent de vivre décemment. Je repensais à mes années de disette parisienne, au fait que je ne pourrais plus jamais refaire machine arrière et accepter de vivre dans 10 m2 en comptant mes sous pour aller acheter de quoi faire des pâtes avec de la sauce tomate.

On ne peut pas dire que la vie soit non plus facile aux Seychelles. Comme partout, il faut travailler et l’économie seychelloise suit les fluctuations mondiales mais si on vit simplement, la vie est douce.

 

La saveur du quotidien

 

Les journées passent vite. Elles sont remplies certes mais j’ai l’impression que le sablier est encore plus présent ici. Ou alors, j’apprécie trop cette expérience et le bon temps passe vite, comme on dit. Car c’est vrai, j’aime tout. J’aime la quiétude du matin, le paysage qui défile dans le bus, l’horizon d’arbres à pain avec leurs feuilles découpées géantes, l’intérêt de mes élèves pour la phrase que j’ai écrite au tableau et que je n’ai pas expliquée (pour tester leur curiosité), la musique du kreol seselwa (qui a encore des zones d’ombre pour moi, même si je comprends globalement de quoi on parle). Le quotidien a une belle saveur ici pour moi…

 

Patchwork

 

Beaucoup de nationalités sont présentes sur les îles. Le monde entier est à portée de main. Ca me rappelle un très gentil couple qui nous avait accueillis à Auckland via AirBnB. Ils nous disaient qu’ils ne pouvaient plus voyager pour le moment et qu’avoir des hôtes du monde entier leur permettait de continuer à être connectés à toute la planète sans bouger. J’aimerais me tourner vers cette option le jour où j’arrêterais de bouger.

 

Faculté d’émerveillement

 

Je m’amuse donc à cacher quelques détails pour les élèves les plus curieux, laisser des indices aux plus rusés. J’avoue que j’ai toujours aimé ça, les secrets, les énigmes et les surprises. Ainsi, je m’étais amusée à emmener des compagnons vers des destinations inconnues, à cacher des petits mots dans des endroits insolites. J’essaie de rendre ce que la vie me donne souvent : de bonnes surprises. Bien sûr, j’ai eu des périodes de creux de vagues mais globalement, je suis reconnaissante envers le sort. Je ne suis pas à plaindre : je suis en bonne santé (je touche du bois), je fais des choses qui me plaisent ou pour lesquelles je trouve toujours un intérêt, je n’ai pas de gangs à mes trousses et de dettes astronomiques.

 

Mais surtout, ce petit chemin accompli jusqu’à présent ne m’a pas rendue aigrie ou blasée. Bien au contraire, je garde une capacité d’émerveillement intacte. Je retombe même sans cesse amoureuse, notamment de la langue française. Je l’ai toujours aimée mais la transmettre aujourd’hui me met dans une position où elle m’apparaît encore sous un nouveau jour.

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Nature bienveillante

Mahé est un véritable écrin de verdure, de nature luxuriante. J’ai eu la chance de faire une escapade au Jardin de l’Ambassadeur, Kot Man-Ya et c’était un vrai enchantement. Cet ancien ambassadeur des Seychelles (Paris et Etats-Unis) s’adonne à sa passion pour la nature depuis quelques années maintenant.

 

Rythme

 

On m’avait parlé de ce rythme plus lent aux Seychelles. Je ne dirais pas lent. Lent par rapport à quoi ? A quoi bon cette course effrénée occidentale ? Où va-t-elle ? Bien sûr qu’il y a des domaines où on ne peut pas se permettre un rythme trop « lent », tel que la santé par exemple. Mais en dehors de ces secteurs vitaux, pourquoi se précipiter vers _généralement_ un consumérisme dévorant ?

Oui, la vie est plus facile ici, avec le soleil, une terre fertile et des précipitations assez régulières. Mais même sous d’autres cieux, pourquoi avons-nous cassé ce lien pourtant évident avec la nature ?

 

Le géant bienveillant

 

J’étais chez une amie du côté de Beau Belle. J’aime bien cet endroit. Le temps est très variable et peut passer de la pluie au soleil et du soleil à la pluie en l’espace d’une dizaine de minutes. J’aime cet endroit car j’ai l’impression qu’une main invisible géante bienveillante caresse les feuilles des arbres comme on caresse les cheveux d’un enfant. Ce mouvement est très doux et les feuillages se balancent au ralenti. Ce mouvement me fascine. Tout comme le pan de forêt sombre accroché à la paroi d’une colline voisine. L’absence de cyclones dans la zone permet aux arbres de croître sans entraves et ils ont l’air géant.

La nature est tellement belle ici que j’aimerais la peindre…

 

L’amour du travail

 

Mon travail me plaît toujours autant et je sens que j’ai tellement de choses à développer, à commencer par moi-même. Je suis arrivée vite sur ce poste et je n’ai vraiment eu le temps de travailler sur le programme. Je prends l’année en cours de route et heureusement que je n’ai pas raté le début du second trimestre. J’ai l’impression que je ne vais pas avoir assez de temps pour construire correctement mes projets. Mais allons, pas de fatalisme ! Je travaille toujours en collaboration avec les enseignantes et nous aurons deux clubs de français ; l’un pour le niveau primaire et le second pour le secondaire. Pour le primaire, nous travaillons autour des sons (phonétique mais aussi les chansons et les élèves demandent du vocabulaire). Pour le secondaire, nous allons essayer de travailler autour du théâtre.

Ca peut parfois être sportif d’avoir 12 classes avec des niveaux très différents mais je pense que je vais m’y faire. Mais comme première vraie expérience d’enseignement, ce n’est pas piqué des hannetons !

 

Le sablier

 

 

Le temps me semble passer très vite, tant à l’école (car j’aimerais tellement aller plus loin avec les élèves !) qu’en dehors. Une journée passe en un claquement de doigts. Je n’ai pas encore eu le temps d’aller à la piscine de Roche Caïman, pourtant pas très loin de l’école. Je marche tous les jours mais j’aimerais vraiment reprendre une vraie activité physique de façon régulière.

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Premiers pas seychellois

C’est qu’on colle à la carte postale. L’île est magnifique, les gens très gentils. Seul le temps n’est pas de la partie. C’est la saison des pluies et le temps me fait penser à celui d’une jungle. Les brumes s’accrochent aux montagnes et des rideaux de pluie se tirent de temps en temps. La chaleur est écrasante et on a l’impression que ça ne sert plus à rien de prendre des douches.

 

Plaisir et admiration

 

C’est une grande opportunité pour moi et de façon générale d’enseigner dans une école internationale. Moi qui rêvais de parler à nouveau anglais, je suis gâtée car c’est la langue d’enseignement. C’est une démarche assez originale mais qui, finalement, épouse tout à fait mon parcours. J’aime utiliser mes différences compétences en même temps. Parler deux langues en rapide alternance et essayer d’expliquer l’une avec l’autre requiert une très grande concentration. Je tire mon chapeau bas à ces enseignantes car elles sont trilingues (anglais, français et créol seychellois) et surtout, essaient de trouver le meilleur moyen de faire avec des niveaux très différents (du grand débutant à l’apprenant bilingue).

 

Les créols

 

Le créol seychellois est, de prime abord, assez proche du créol mauricien mais bien éloigné du créol réunionnais. J’ai la chance d’avoir été exposée au créol mauricien par mon père et d’avoir « baigné » dans le créol réunionnais. Mais surtout, j’ai eu la chance de pratiquer mon anglais. Alors que le créol réunionnais a une base française très importante et quelques mots malgaches, les créols mauriciens et seychellois « créolisent » et même « francisent » des mots anglais. Donc, je peux plus au moins deviner de quoi il s’agit mais là encore, rien n’est acquis car la prononciation laisse des mots totalement sibyllins à mon oreille franco-réunionnon-maurico-untoutpetitpeuanglaise.

 

L’enseignement, investissement humain capital

 

L’enseignement constitue pour moi une nouvelle aventure. En France, j’avoue qu’il me semble assez lourd, tant en qu’élève qu’en tant que potentielle enseignante. Mais ces contextes particuliers (enseigner le français dans une autre langue) me fascinent et m’attirent énormément.

C’est dommage pour l’éducation française car elle a été d’une très grande qualité, très riche mais hélas, aujourd’hui, beaucoup de choses sont défaites alors qu’elles donnaient de sacrées bases dans la vie, même si on ne pouvait pas toujours saisir le sens de certains exercices et même de certaines matières.

Mes voyages (Australie, Madagascar et maintenant, les Seychelles) m’ont amenés à une vraie réflexion pour l’éducation comme épine dorsale d’une société. Je sais que certains liront ces lignes et penseront que c’est évident mais j’avoue que j’ai pris plus de temps à percevoir cette urgence absolue d’investir dans l’éducation et surtout à m’impliquer personnellement. L’éducation, c’est l’agriculture de l’humain. On plante des graines et on espère que la récolte sera bonne. Bien sûr, il faut faire avec les intempéries mais on essaie.

 

Formule 1…en bus

 

Je prends le bus tous les jours pour me rendre à l’Ecole internationale. Je m’arrête au terminus en ville et je continue à pied car j’aime marcher. Surtout le matin. La lumière du matin est pour moi, la plus belle. Elle est précieuse et rend tout ce qu’elle touche très beau.

Ca secoue pas mal dans le bus et il faut s’accrocher dans les virages. Peut-être que les conducteurs de bus adulent Fast and Furious

 

Les bonnes habitudes

 

J’ai gardé mes bonnes habitudes et je me suis inscrite à la bibliothèque de l’Alliance française des Seychelles. J’ai pris « Coco sec » d’Antoine Abel, un auteur seychellois. J’ai également pris « Le chercheur d’or » de J.M.G. Le Clézio. J’aime beaucoup cet auteur, qui a une façon unique et très onirique de parler de l’île Maurice. Et enfin, moi qui aime beaucoup les bulles également, j’ai pris « Lulu Femme Nue » d’Etienne Davodeau, édité chez Futuropolis (nous partageons les mêmes goûts).

 

Si près et si loin

 

 

J’habite à Anse Etoile, un nom très poétique. C’est un endroit très calme et dont le panorama est très vert et bucolique. Etrangement, il y a quelque chose qui me fait penser aux Antilles ici. J’avais fait un court séjour en Guadeloupe et il y a quelque chose de caribéen dans la nature et même dans les personnes.

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L'excitation du départ

A quelques jours de mon départ pour les Seychelles, je trépigne d'impatience.

 

J'ai réussi à reprendre des forces ces dernières semaines, à relâcher les nombreuses tensions suite à la mésaventure malgache et à savourer ma chance de repartir sur une nouvelle mission dans le cadre de la coopération.

 

Je prenais un peu de recul par rapport à mon parcours professionnel ces derniers jours et je souriais en pensant à ce que les anglo-saxons et les français pensent de mes différentes expériences. Au final, j'ai surtout des expériences de vie tout court. Quand je pars, c'est une expérience que je vis jusqu'au bout. Je crois que j'aime "mettre les mains dans les tripes d'un pays" et c'est l'écriture d'un guide touristique décalé à destination des expatriés français en Australie qui m'a permis d'avoir cette vision des choses. Certes, le livre n'a pas été publié car jugé en dehors de la ligne éditoriale (bien qu'il ait été entièrement rédigé!) mais ce travail m'a permis de me poser des questions plus pertinentes sur le pays étranger où je réside, mon pays (enfin, mes pays car je suis binationale) et surtout de prendre un recul considérable concernant la vie en général.

 

Une nouvelle aventure s'annonce et j'ai hâte de la commencer !

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Epilogue

Le retour est en demi-teinte. Il était très attendu et redouté. J’ai quitté des amis, dont nos colocataires (et c’est quelque chose de ne plus voir les personnes avec lesquelles nous vivions tous les jours).

 

Jusqu’aux derniers instants, la demi-teinte a été là. Sur le pas de la porte, alors que nous quittions notre colocataire, deux enfants mendiants nous demandaient de l’argent. Nous n’avons rien donné, refusant de soutenir le système et l’un des enfants nous a fait un doigt d’honneur lorsque nous nous éloignions dans notre taxi. Jusqu’à ce que nous arrivions à l’aéroport, je craignais que le chauffeur de taxi ne nous emmène dans un coup fourré.

 

 

 

Recul

 

 

 

C’est vrai, il y a l’avant et l’après Madagascar. Ca change en mieux et en moins bien. Ca change tout court. La violence est partout, s’insinue comme la poussière de la ville et crisse sous la dent.

 

Nous sommes soulagés d’être rentrés. Antananarivo m’a fait penser à une plante carnivore géante, la Dionée, qui a refermé ses pétales acérées sur les humains.

 

L’arrivée à la Réunion m’a fait l’effet d’un rêve. Il y avait quelque chose de très surréaliste ; tout était propre, dégagé, l’air sain. Je voyais l’horizon et la mer et les sons étaient bien plus doux.

 

 

 

Violences : toujours, encore, partout

 

 

 

J’ai quitté des formes de violences, dont la violence sournoise. Le Sommet de la Francophonie, bulldozer de l’argent, est une pression insoutenable et méprisante et méprisable sur la population locale. J’ose à peine imaginer ce que pense la classe moyenne et les pauvres qui voient des bus flambants neufs, des mesures, du matériel fleurir alors que ces efforts pour le bien commun ne leur ont jamais été octroyés auparavant.

 

Je lutte contre la culpabilité d’être partie mais je ne suis pas indispensable.

 

C’est « drôle » car une autre forme de violence m’assaille ici. La violence d’un retour dans un système plus riche où la conscience est moindre. Du coup, la responsabilité non-assumée dans un pays où tout est encore préservé, mis à côté de ce que pourrait être, le scénario catastrophe avec la ville d’Antananarivo…

 

La verrue de la lâcheté est encore plus visible sur le visage de notre société. Personne ne se soucie de la politique, chacun préfère s’occuper de sa petite vie, de ses prochains achats de Noël, et qu’est-ce qu’on va mettre comme décoration sur la table, et quelle nouvelle voiture je vais m’acheter et est-ce que mon prochain smartphone sera rouge ou tigré…

 

 

 

Examen en ligne de mire

 

 

 

Je vais pouvoir passer mon DAEFLE (Diplôme d’Aptitude d’Enseignement du Français Langue Etrangère). Je craignais qu’il ne soit trop tard mais finalement, il a été possible que je m’inscrive pour l’examen final. Je suis toujours un peu fatiguée mais trop motivée pour laisser passer ma chance.

 

 

 

La réussite

 

 

 

Des stagiaires me remercient encore pour ce que j’ai transmis et ça me touche profondément. Je dis ça avec une sincère satisfaction et non pour gonfler mon ego. Si j’arrive à insuffler un peu de confiance en soi à d’autres personnes, c’est un grand pas ! J’ai mis beaucoup de temps à moi-même prendre confiance. Je me souviens des professeurs et autres personnes qui m’ont guidé là où je suis aujourd’hui et je leur suis très reconnaissante.

 

C’est la plus grande réussite dans nos voyages : voir que ceux qui sont devenus nos amis ont réussi et si nous avons pu participer à leur avancée, c’est encore mieux.

 

 

 

Retour

 

 

 

Je commence à me détendre et à retrouver mes repères. Nous étions toujours sous tension les premiers jours, ayant toujours nos réflexes et l’empreinte du quotidien tananarivien en nous. C’était bon de revoir la famille et les amis. Nous n’avons pas encore vu tout le monde ; nous y allons au fur et à mesure.

 

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Retour à la Réunion

 

Sur le retour

 

 

 

Ca y est, notre décision est finalement prise. Nous rentrons à la Réunion.

 

Après trois semaines de mille réflexions, tentatives de se dire que « ça passera », cauchemars horribles où je voyais mon compagnon mourir, nous avons choisi la « moins pire » des options.

 

Il reste que sortir deux fois dans la journée nous paraît gravir l’Everest, tant à cause de la fatigue physique qu’à cause de la peur de passer par le chemin en bas de chez nous.

 

Nous sommes tiraillés entre le regret de laisser nos missions et nos amis ici et le soulagement de rentrer « à la maison ». Je mets « à la maison » entre guillemets car mon compagnon a des racines en métropole et je me sens des racines entre l’Australie et le Pacifique. Reste que cette situation me peine ; la « moins pire ».

 

 

 

Coquille

 

 

 

Nous sortons peu, restons dans notre coquille. Evidemment, nous culpabilisons tous deux de laisser nos missions en suspens, les chantiers en plan. Mais l’idée de sortir seul(e), sans l’un l’autre, nous angoisse carrément.

 

Nous comptons tous deux consulter un psy pour pouvoir dépasser nos craintes des foules, des bandes de jeunes, qui, nous l’espérons, ne s’étendra pas trop.

 

 

 

Le bonheur du partage

 

 

 

En prévision de notre départ, nous avons passé un moment avec des amis malgaches ce weekend et c’était un vrai baume au cœur. Bien que je sois vraiment très triste de quitter mes amis, nous avons passé un moment plein de gaieté et de partage (j’en ai encore appris sur la culture malgache). Je pense que les souvenirs sont tout ce qu’il nous reste à la fin et mes amis me font un immense cadeau de passer du temps avec moi, de la plus petite promenade à la soirée à la maison, n’importe où, dans n’importe quelles conditions, juste passer du temps ensemble.

 

Bien sûr que la tristesse m’étreint, que je vais pleurer comme une madeleine à l’aéroport de savoir que je ne les reverrai pas avant un moment mais la joie d’avoir eu la chance de les connaître et de faire un tout petit bout de chemin avec eux est plus grande et je préfère garder cette saveur là en bouche.

 

Des différents échos que j’ai autour de moi (coopérants et autres, étrangers au sens large du terme), il n’est apparemment pas si facile de se lier d’amitié ici. Certains s’isolent à cause du racisme, d’autres vivent dans un monde irréel de vazahas. J’apprécie donc encore plus ma rencontre avec mes amis.

 

Ils nous ont fait le plaisir de jouer de la musique traditionnelle et de chanter ensemble. C’était magnifique et puissant ! On sentait un lien familial et culturel très fort dans ces harmonies délicates. On nous a expliqué le sens des paroles ; tristes, elles reflètent une réalité dure.

 

 

 

Examen en perspective

 

 

 

L’examen final du DAEFLE (Diplôme d’Aptitude à l’Enseignement du Français Langue Etrangère) se rapproche à grands pas. Le 7 décembre n’est que dans quelques semaines et j’ai un mal fou à me concentrer sur mes révisions. J’espère vraiment pouvoir me reposer et me consacrer  mes révisions à la Réunion.

 

 

 

Mémoire

 

 

 

Dimanche a été un jour de recueillement. Il y a un an, Lola, 17 ans, tombait sous les balles des terroristes au Bataclan à Paris. La mort de la fille de mon ami m’a profondément ébranlée et je pense et continue de rêver d’elle. Elle était tellement belle et nous avions tellement de choses à partager.

 

Ma visite sur sa tombe demeure toujours pour moi quelque chose de tellement irréaliste. Je refuse de croire à ce cauchemar.

 

 

 

Soutien

 

 

 

Merci à tous de me lire, je vois votre nombre grandir. Merci pour les commentaires, les emails et les messages privés. Votre soutien me touche beaucoup et me réchauffe le cœur dans ces moments très troublés.

 

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Flou

Should I stay or should I go now ?

 

 

 

Quelque soit la décision finale, ce sera difficile. Rester ou partir, telle est la question. J’ai revu mes collègues et travailler sur le montage d’une émission. C’est crève-cœur d’imaginer de quitter ça et le sentiment de désertion lourd à porter mais nous verrons plus loin que ce n’est pas le seul facteur à prendre en compte.

 

Après nous être arrachés des cheveux pendant plusieurs jours sur notre situation, à jauger toutes les conséquences des choix et sur l’issue à donner à celle-ci, nous nous sommes octroyés une petite pause. Nous avons _finalement_ réussi à aller un peu plus loin qu’Ambohimanga (voir épisode précédent). Nous sommes partis à Mantasoa, à 2 heures et demi d’Antananarivo, un endroit réputé pour sa grande quiétude et son air pur. Nous n’avons pas été déçus ; c’était en effet un véritable havre de paix, loin du vrombissement incessant des voitures et de la rumeur de la ville. Les eaux sereines du lac artificiel de Mantasoa n’étaient troublées que par quelques poissons sautant hors de l’eau pour gober des insectes. Des nénuphars se laissaient balancer par le vent. Une vraie carte postale si le disque solaire apparaissant si nettement en fin de journée à travers la brume des feux de brousse n’était pas si inquiétant. Même jusque là, l’air n’était pas si pur…

 

Hélas, cette tentative de changement d’air fut ruinée par un retour très difficile sur la capitale. Les feux de brousse étaient très importants et c’était très impressionnant de voir cette brume blanchir le ciel jusqu’à cacher totalement le soleil sur la majorité du trajet. La quiétude acquise fut balayée par une attente très longue (3 changements de taxis-brousse et 4 heures d’attente !), une promiscuité retrouvée (un véhicule blindé), une conduite hasardeuse sur des pistes aux nids de poule de la taille de cratères et à nouveau, ce regard sur moi que je ne comprends pas.

 

 

 

Regard de travers et travers de regard

 

 

 

Suis-je trop grande, trop vazaha, trop karana ? Une petite fille s’était plantée devant mon compagnon lorsque nous attendions le départ du taxi-brousse et c’était clairement de la curiosité envers mon compagnon vazaha. Mais pour moi, je ne saisis toujours pas les intentions derrière ces regards à Antananarivo. Je décrypte parfois du mépris. Un dimanche matin, je l’ai bien senti de la part d’un homme qui nettoyait une voiture lorsque je montais dans un taxi. Mais pour le reste, je ne veux pas croire que ce soit toujours ça, je ne veux pas céder à la paranoïa mais je finis tout de même par supposer qu’il y a quelque chose comme ça. Mon compagnon remarque d’ailleurs plus ces regards que moi désormais. Bon, il y a eu l’agression bien sûr qui nous rend plus vigilant. Mais les regards étaient là avant cet évènement.

 

Autre chose me laisse penser qu’il existe bien une discrimination. Lorsque nous avons pris le taxi-brousse pour rentrer, nous étions parmi les premiers et nous pouvions choisir nos places. Nous voulions nous assoir devant (pour enfin avoir un peu plus de place !) mais on nous a dit qu’elles étaient déjà réservées. Par la suite, nous avons vu qu’elles ne l’étaient pas du tout…

 

Une voiture ratatinée vue sur la route de l’aller nous a « rassurés » sur nos places à l’arrière du taxi-brousse (quoique…).

 

 

 

Confiance mise à mal

 

 

 

J’ai toujours confiance envers ceux que je considère comme mes amis mais quelque chose est vraiment cassé avec Madagascar. Dans la rue, nous restons des étrangers et nous le sentons bien. Bien sûr, nous sommes des étrangers mais la langue malgache possède un mot pour désigner des étrangers acceptés et respectés : vahiny. Nous ne sommes pas juste dans la rue mais vazaha (ou karana) marchant dans la rue à Tana.

 

J’ai déjà été agressée à Paris. J’ai mis des années à retourner dans certains endroits et la peur est toujours encore là. Mais j’avoue que je sens plus de confiance envers les autorités françaises.

 

A Antananarivo, on demande des « cafés ». Il faut alors se délester de quelques milliers d’ariary (ou montrer les dents en disant qu’on peut contacter le Consulat de France mais cette stratégie n’est pas toujours payante selon les dires).

 

 

 

Adaptation

 

 

 

La question ne s’est pas posée tout de suite car j’ai voulu faire face et me sentir forte comme un roc. Puis, comme de l’eau, elle s’est insinuée et a creusé une rigole dans la roche : suis-je encore capable de m’adapter à la vie à l’étranger ? L’interrogation vient grossir ma forêt de questions.

 

J’y crois encore mais la fatigue et la fragilité psychologique me font douter.

 

Nous ne pouvons pas et ne voulons pas vivre comme des expatriés. Ce statut très envié ne nous a jamais séduit car trop éloigné de la vie réelle mais n’est aussi pas prévu par notre contrat.

 

Partis avec un maigre pécule, laissant une situation précaire et une grosse déprime, il nous a fallu surmonter le choc de l’arrivée et savourer _pour ma part_ l’accomplissement et les réalisations professionnelles. Mais les conditions de vie au quotidien deviennent insurmontables.

 

Nous essayons d’utiliser des outils « froids » pour prendre du recul ; nous faisons des tableaux avec des pour et contre avec une liste de critères (possibilité de trouver du travail, épanouissement dans celui-ci, pollution, sécurité, relations sociales, etc.).

 

 

 

Retour à la réalité

 

 

 

Mantasoa a été une parenthèse enchantée de très courte durée. Le retour à la réalité et à la violence du quotidien tananarivien a été brutal, comme attendu.

 

La violence, notamment de la misère, est partout et tapie dans les moindres recoins. Elle saute à la gorge lorsqu’on boit un verre dans un bar et qu’au hasard d’un regard par la fenêtre, on voit une famille entière glaner quelque chose pour le repas du soir. La pollution et la misère sont permanentes, visuelles, sonores et éthiques.

 

On pourrait me dire de me « protéger », de ne pas me laisser submerger par l’empathie, d’aller dans des endroits où cette misère n’est plus visible mais quelle hypocrisie ! Non, je ne suis pas une sainte, une martyre ou quelque chose comme ça. Non, je ne pourrais pas changer tout ça. Je le sais bien mais vivre avec ça, comme ça, reste très difficile.

 

Heureusement, nous avons été invités par des collègues, devenus amis. Ces malgaches nous ont appris à jouer au fanorona (jeu traditionnel malgache), quelques mots malgaches (mlai, super), un peu d’Histoire malgache et un peu plus sur le contexte socioculturel. Le racisme est très important. La rivalité entre merinas et côtiers est féroce et donne lieu à des règlements de compte graves (incendies de bâtiments historiques !).

 

 

 

Les lumières internationales

 

 

 

L’approche du Sommet de la Francophonie se fait sentir, la ville se transforme et les mesures vont bon train. Les élèves bénéficieront de vacances durant l’évènement et une rumeur sur l’extension de jours chômés pour tous se propage (cette situation rappelle celle de l’éclipse). Certains disent que cette mesure viserait à limiter les embouteillages durant le séjour des officiels.

On se demande tout de même quels sont les bénéfices réels du Sommet pour la population. Le français est certes langue officielle du pays mais au quotidien, on constate que c’est une langue pas totalement maîtrisée et parfois oubliée (sciemment ou pas). Elle demeure présente lorsqu’aucune traduction n’existe ou être plus précis.

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Doute

L’après-coup

 

 

 

Nous avons demandé à être rapatriés vers la Réunion et à être renvoyé vers un autre pays plus sûr.

 

C’est la première fois dans ma vie professionnelle que je pense à quitter une mission si exaltante. Tout était parfait : je faisais une émission radio avec une équipe aux liens forts, j’accomplissais des projets intéressants, je liais des contacts. Bien que je n’aie pas été là depuis longtemps, certains collègues sont devenus pour moi des amis et nous avions plein de projets, de visites, de choses à faire ensemble à côté du travail. Ce serait un vrai sacrifice de partir mais rester, c’est accepter des risques. J’ai beaucoup de mal à me concentrer totalement sur ma mission.

 

Il y a la crainte d’être surveillée, qu’une autre attaque arrive à nouveau.

 

J’ai appris à écouter les signes. En Australie, en une semaine, les choses ne se passaient pas bien au travail, mon visa de résidence permanente a été refusé, mon compagnon a eu un accident de voiture et sa grand-mère est morte. Parfois, il faut savoir accepter qu’un chemin ne soit pas le bon et qu’il faille changer de voie.

 

Nous sommes intimement convaincus des principes de coopération régionale. Nous soutenons toujours qu’il s’agit d’une vraie opportunité pour les réunionnais et pour les pays qui accueillent le programme. Simplement, nous n’avons pas eu de chance.

 

 

 

Hésitation

 

 

 

Nous hésitons. Nous aimerions rester, faire face, aller jusqu’au bout. Ce n’est peut-être pas salutaire de fuir vers d’autres horizons. Peut-être qu’en changeant quelques paramètres, nous pourrions aller au moins au bout de la mission et ne pas laisser nos structures d’accueil et nos missions en plant.

 

 

 

Bien sûr, il a toujours des craintes et des angoisses en croisant des bandes de jeunes, dans les lieux où il y a plus de monde (marchés, rues) et surtout dans le chemin où nous nous sommes faits agressés (en bas de chez nous, ce qui devient problématique).

 

 

 

Suivi

 

 

 

Nous bénéficions d’un suivi de notre employeur, le Département de la Réunion et je dois avouer que nous nous sentons vraiment à l’écoute.

 

Nous sentons bien que du point de vue des autorités locales, ce n’est pas une situation dramatique, bien que peu commune à cet endroit (voir l’article précédent). En France, j’ai déjà eu à faire face à l’impassibilité des autorités et en effet, personne ne s’affole tant qu’on n’a pas un couteau entre les omoplates. Ce que je peux comprendre car la masse de papiers engendrés par de « petits » évènements est le labeur quotidien de ces agents qui doivent en voir passer des vertes et des pas mûres.

 

Mais il reste que nous sommes à l’étranger et que ce n’est jamais simple d’être vulnérable loin de ses repères.

 

 

 

Ambohimanga

 

 

 

Nous avons fait une escapade à Ambohimanga et ça nous a fait le plus grand bien. Situé à environ 20 kms au nord d’Antananarivo, le hameau d’Ambohimanga a comblé nos envies d’air pur et de nature.

 

Le Rova (palais) et les portes et murs d’enceinte, site archéologique, sont classés au patrimoine mondial de l’UNESCO. Etre loin de la pollution et de la promiscuité nous a fait revivre.

 

Il est encore très difficile pour nous de sortir car nous sommes épuisés tant physiquement (10 à 12 heures de sommeil minimum avec une fatigue persistante la journée) que moralement. La moindre sortie nous paraît être un effort surhumain. De plus, les circuits tout compris n’existent pas vraiment à Madagascar. Les agences de voyages ne proposent que des locations de voiture avec chauffeur donc pour l’instant, nous faisons une croix sur les weekends à Tamatave ou Mahajanga (sur la côte, près de la mer). D’ailleurs, ces destinations prennent des heures de trajet donc ce n’est pas vraiment jouable sur un weekend de toute façon.

 

 

 

Vie quotidienne

 

 

 

Mon compagnon a beaucoup maigri depuis l’agression. Nous essayons de nous reposer et de retrouver un équilibre.

 

Nous avons mis nos missions en suspens pour réfléchir à la suite.

 

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Mauvaise pioche

La pluie a lavé les arbres et les plantes. On a l’impression de redécouvrir la nature en ville. Cette dernière était couverte d’une épaisse couche de poussière jusqu’à présent.

 

Retour au travail

 

Je suis de retour au travail et je dois avouer que j’aime vraiment ce que je fais. J’ai l’opportunité de monter des projets, de faire de la radio, de rencontrer du monde et j’ai l’impression que ça serait bien plus difficile, voire impossible à la Réunion et en France. J’espère me tromper mais jusqu’à présent, je n’ai pas eu de signes allant dans ce sens. Peut-être que je suis trop difficile…

Oui, ma santé va sans doute en prendre un coup. Oui, la vie au quotidien n’est pas facile. Mais pour une fois que j’ai un poste où je me sens en accord avec mes valeurs tout en accomplissant des tâches que j’aime réaliser…

 

Préparation des sommets

 

La ville se prépare à accueillir le beau monde pour les différents sommets. Le Sommet de la Francophonie aura lieu dans moins d’un mois maintenant et on commence à voir les préparatifs se faire.

Ainsi, un marquage au sol tout neuf a fait son apparition sur les grands axes routiers du centre-ville. C’est à la fois triste d’attendre que le beau monde international vienne pour discuter et manger des petits fours pour que les infrastructures s’améliorent mais si elles bénéficient à toute la population, c’est aussi une bonne chose.

 

Rencontre avec Emmanuel Genvrin

 

Nous avons eu la grande chance de discuter avec Emmanuel Genvrin, auteur-dramaturge vivant à la Réunion depuis très longtemps. Cet auteur très prolifique, ami de feu André Pangrani (fondateur de la revue Kanyar), nous a fait part de sa vision concernant la vie et politique culturelles de la Réunion. J’étais très heureuse de le revoir (nous nous étions croisés au Salon du Livre de Saint-Pierre à la Réunion) et de discuter avec lui. Il était de passage à Antananarivo pour la sortie de son dernier livre, « Rock Sakay », sur le projet de colonisation « réunionnaise » (orchestrée par la France) ratée à Madagascar. Je ne l’ai hélas pas encore lu car il m’a été offert pour mon anniversaire mais est actuellement à la Réunion (et il ne faut apparemment pas compter sur la Poste malgache pour recevoir son courrier, sans compter sur le fait que nous n’avons tout simplement pas de boîte aux lettres).

C’est toujours compliqué pour moi, la culture réunionnaise. Je l’aime, je la désire mais c’est comme si elle jouait à l’allumeuse avec moi. J’ai l’impression que je ne pourrais jamais « l’avoir », que je ne ferais jamais partie de cette culture. J’ai peut-être du mal à m’assimiler à cette île, qui pourtant m’a vu naître et où j’ai vécu un bon moment.

Je lisais dans un livre de Michèle Rakotoson le terme « acculturé » et j’en suis peut-être.

 

Film, à défaut de lecture

 

Je n’ai plus de lectures pour l’instant, étant trop fatiguée pour lire le soir et n’ayant rien repris encore à l’Alliance Française et à l’IFM.

Cependant, nous avons vu « The Lobster » à l’IFM qui propose des séances de cinéma gratuites. C’était un film dément sur les relations amoureuses et la société.

 

Mauvaise pioche

 

Nous habitons du côté d’Anosy, le quartier des ministères, pas loin du lac Anosy. C’est généralement un quartier pas trop mal famé.

Nous avions hébergé une amie coopérante comme nous, de passage sur la capitale. Vendredi soir, nous l’avions accompagné pour qu’elle prenne un taxi, juste au coin de la rue, en face d’un hôtel. Une centaine de mètres nous séparaient de notre domicile. Il était entre 20 heures et 20 heures 30 lorsque nous nous sommes fait braquer par un groupe de 6 à 8 personnes. L’un d’entre eux avait un pistolet (authentique ou jouet, nous ne nous sommes pas posés la question à ce moment), plusieurs d’entre eux des couteaux (ceux-là avaient l’air bien vrais). Ils nous ont demandé de l’argent et tout ce qui avait de la valeur, tout en procédant à une fouille minutieuse de nos corps. Ils savent que certains touristes gardent de l’argent dans leurs sous-vêtements et nous avons donc tous deux eu droit à des palpations de plusieurs personnes. Mon compagnon a tout de même demandé à récupérer ses papiers et ils leur ont rendu.

Nous avons suivi les consignes délivrées par l’Ambassade lors d’une réunion avec un colonel chargé de la sécurité des Français dans tout l’Océan Indien organisée à notre arrivée : pas de résistance et donner tout ce que nous avions. Nos agresseurs devaient être un peu déçus car nous n’avions que nos téléphones et très peu de liquide sur nous.

Par chance, nous n’avons pas subi de violences physiques. Lorsqu’ils procédaient à la fouille, je craignais pour mon entrejambe mais surtout pour mon compagnon vers lequel étaient pointés les couteaux. Sans communiquer entre nous, nous pensions la même chose : ils ne feront pas usage de l’arme à feu car ça ferait trop de bruit (sans compter tous les désagréments de meurtre de vazahas et de karanas) mais une plaie causée par un couteau (probablement sale ou pouvant nous mener dans un hôpital local) serait vraiment un gros problème.

Les policiers et gendarmes (c’était compliqué de savoir où aller exactement, même pour un malgache) qui ont pris nos dépositions étaient très surpris de savoir que ce type d’agression avait eu lieu à cet endroit et à cette heure.

Sans que ce soit habituel, le risque d’agression reste apparemment fréquent et concerne également les malgaches. Au fond, ce qui m’inquiète le plus, c’est davantage la non-assistance à personne en danger dont m’ont déjà parlé plusieurs personnes.

Evidemment, depuis cet évènement, sans sombrer dans la paranoïa, nous ne voyons plus notre environnement de la même façon. Car une agression près de son domicile laisse penser qu’il y a eu une surveillance des allers et venues.

 

Chacun y va de son « explication », de la « justification » de tels actes : extrême pauvreté, désespoir… Je ne cherche pas de réponses. Avant l’agression, je voyais bien les schémas et la frustration auxquels est soumise la population. Bien sûr que je comprends l’exaspération, que ce soit par rapport à l’argent ou aux femmes. Ce weekend, je voyais encore un touriste glisser un billet dans le décolleté d’une danseuse traditionnelle dans un restaurant lors d’un spectacle et je me demandais comment ça serait pris s’il faisait la même chose avec une danseuse de bourrée traditionnelle dans l’Est de la France par exemple…

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Première pluie et air pur

Ce n’est rien de dire que la semaine dernière fut mouvementée !

 

L’air pur d’Antananarivo

 

Ma semaine a été difficile sur le plan respiratoire. Le jeudi d’avant, j’avais déjà du mal à respirer, au point de devoir m’assoir quelques instants.

Lundi après-midi, je me suis sentie vraiment mal sur le plan général avec une sacrée douleur au ventre.

Mardi et mercredi, je m’étais vraiment traînée au travail et j’avais totalement perdue ma voix, ce qui est embêtant lorsqu’on fait de la radio. Jeudi, j’ai cédé et je suis restée couchée. Les quintes de toux m’ont tellement secouée que j’avais mal entre les côtes.

Je n’ai pas de problème respiratoire notoire. Une bronchite aiguë mémorable m’avait collé au fond de mon lit pendant quasiment trois semaines à Melbourne. Je n’en étais pas là cette fois-ci mais depuis, je redoute l’infection aux moindres signes.

Entre la pollution due aux voitures et autres véhicules et les feux de brousse des environs qui créent une sorte d’effet de serre au-dessus de la ville, l’air n’est vraiment pur. Depuis mercredi matin et avant les pluies, la brume du matin nous permettait de voir distinctement le cercle solaire.

 

Première pluie

 

Nous avons vécu notre première vraie pluie, avant-goût de la saison des pluies. Il avait un peu plu vendredi en fin de journée mais rien de bien méchant. En revanche, samedi après-midi fut un aperçu de ce qui nous attend pour les prochains mois.

Le ciel était devenu noir et il faisait plus sombre que pendant l’éclipse. Par chance, « grâce » à ma bronchite, nous étions restés à la maison. Le temps était très lourd et très chaud. Mon compagnon travaillait à Itaosy et est revenu juste à temps. Depuis notre fenêtre, nous avons vu une tornade se créer puis la pluie est tombée en trombes et enfin, la grêle s’en est mêlée.

La terrasse est devenue une vraie piscine et le chemin devant notre immeuble, des rapides avec beaucoup de courant. L’eau montait assez vite et nous étions soulagés d’habiter au deuxième étage. Hormis quelques fuites au niveau des fenêtres et des portes, nous n’avons pas dire que nous avons subi des dégâts.

Par contre, le chemin, le terrain de foot sauvage et le parking côté Est étaient totalement sous les eaux. L’eau arrivait au-dessus des jantes des voitures. Le terrain de foot était toujours une mare lundi matin. Côté Ouest, le marché aux fleurs et la route passant devant un hôpital étaient également sous l’eau.

Il y avait tellement de courant à un moment que je me suis dit qu’un animal ou un enfant pourrait facilement se noyer.

Si cette fois-ci nous a donné l’impression d’une crue-éclair, les tananariviens semblent eux habitués. On sent qu’il se passe quelque chose d’imminent quand on voit les gens courir dans la rue.

Nos colocataires ont subi la pluie et sont rentrés trempés. La différence de température entre l’intérieur et l’extérieur de l’appartement était bien d’une dizaine de degrés.

 

Après la tempête

 

Les malgaches qui me lisent doivent se dire que je dramatise un peu cette petite averse. Nous avons ce type de temps à la Réunion mais c’est généralement un temps cyclonique.

Le lendemain, nous avons vu les chaussures abandonnées (car tout le monde marchait pieds nus pour rejoindre sa destination), les déchets emportés et la boue charriée.

Je cherche désespérément des bottes de pluie mais ça semble être une vraie mission. Un chauffeur de taxi nous a regardés avec des yeux ronds lorsqu’on lui a demandé où est-ce qu’on pouvait en trouver.

 

On m’a aussi prévenu des risques d’éboulements après les pluies. Ils concernent les pentes des collines mais aussi l’un des tunnels que j’emprunte tous les jours pour me rendre au travail. Il y aurait déjà eu des morts…

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Conférences et souffle (un peu) court

La semaine, bien remplie, est encore une fois passée très vite. Comme dans un manège, tout va vite et je commence à moins percevoir de détails. J’essaie de rester attentive mais la fatigue ne m’aide pas.

Je n’arrive toujours pas à faire de sport.

Puis j’ai dû avoir une sorte de blackout dimanche ; j’étais malade, alitée…entre bronchite et problèmes digestifs. J’ai beaucoup craint que ce soit une bronchite aiguë me grignotant ma capacité pulmonaire. J’ai toujours quelque chose dans les bronches mais il semble que le ravinstara (plante médicinale locale) soit assez efficace.

Les émissions s’enchaînent et on doit garder le rythme. Ce n’est pas rien 52 émissions.

 

Emportée par la foule

 

Mercredi, j’ai assisté à une descente de la police du côté de Mahamasima, là où je prends mon taxi-be le matin. Un petit fourgon (type taxi-be) de police roulait doucement et les agents à pied saisissaient au hasard les marchandises de ceux qui n’avaient pas été assez rapidement. Du coup, ça détalait dans tous les coins avec de gros ballots de bricoles.

Jeudi matin, quelqu’un m’a presque vomi dessus son petit-déjeuner. J’ai vu que c’était un petit-déjeuner car rien n’avait été digéré. Je n’étais vraiment pas ragoûtant mais pas sûr que cette personne soit encore debout aujourd’hui…

On assiste à des scènes de ce type dans la rue. Des silhouettes sur le sol qui semblent n’être plus que des coquilles vides. Nous avions vu une jeune fille allongée dans la rue, derrière un abri-bus du côté d’Ampefiloha et mon compagnon avait été très choqué, comme d’autres malgaches qui marchaient non loin de lui, de voir une mère et son nourrisson gisants sur un rond-point…

C’est d’autant plus choquant que notre statut de vazaha nous interdit d’intervenir. Pour des raisons de sécurité, nous avons été informés de rester au plus loin de tout ça (aider quelqu’un en difficulté dans la rue, secourir) et de continuer notre route.

C’est difficile de se réfréner, d’aller contre son instinct…

Jeudi, c’est jour de marché à Mahamasima, le jour que je redoute le plus car il est difficile d’avancer entre les clients et les marchands qui mettent en place leurs structures. Si le choléra traîne, je serais en première ligne et j’ai intérêt à faire attention…

Il y a maintenant moins de taxis-be suite à des régulations et contrôles techniques et ça devient à nouveau la bousculade, comme auparavant à Ampefiloha.

 

Les belles formules

 

Nous avons assisté à une conférence sur le Paiement des Services Eco-systémiques à l’Institut Français de Madagascar. C’était intéressant mais je ne suis pas convaincue par le système. Derrière ce terme un peu barbare de Paiement de Services Eco-systémiques, il faut comprendre payer une amende si on ne respecte pas la nature.

Les grandes entreprises ont des armées d’avocats et de juristes en tout genre qui trouve mille pirouettes pour échapper au fisc et aux amendes de ce type. Elles peuvent certes financer une bonne conscience mais elles ont déjà leurs propres fondations pour ça.

J’ai été un peu déçue qu’il n’y ait pas de solution plus locale et plus simple de proposer. Mais où va le monde, ma bonne dame ?

 

Crise de l’emploi chez les jeunes malgaches…

 

J’ai assisté à une autre conférence sur la crise de l’emploi des jeunes à Madagascar à l’antenne locale des Nations Unies. Les chiffres sont affolants ; 50% des jeunes sont sans emploi et ils travaillent à 95% dans le secteur informel.

400 000 jeunes diplômés se retrouvent sur le marché de l’emploi et beaucoup doivent accepter des emplois qui ne correspondent pas à leur qualification. Je m’en plaignais en France mais là, ce n’est pas comparable.

A ma grande surprise, le mot leadership est revenu plusieurs aux côtés des notions de civisme et citoyenneté.

 

Lecture

 

Je n’ai plus le temps de lire mais j’ai tout de même réussi à lire « Shenzen », une bande dessinée de Guy Delisle. J’aime beaucoup cet auteur. J’avais déjà lu ses albums et j’adore son humour et son observation du monde.

 

Madajazzcar – Guillaume  Perret

 

Nous avons eu l’occasion d’assister à un concert du festival Madajazzcar, un festival de jazz (comme son nom l’indique) international à Madagascar. C’est l’un des plus longs au monde avec une durée de 14 jours !

Nous avons eu la grande chance de voir un concert de PHB Tana Quintet et de Guillaume Perret. PHB Tana Quintet restait plus prêt du jazz traditionnel mais l’un des musiciens utilisait un « ewi » (eh oui !) qui donnait une couleur très originale aux morceaux. Ils étaient vraiment tous bons !

Guillaume Perret nous avait amené dans une autre sphère avec un spectacle son et lumière. Ce saxophoniste seul sur scène (mais avec un technicien son et un artiste lumière balèzes) mêle électro et jazz. Il me faisait penser un peu à Ibrahim Maalouf sur certains aspects ; ces deux-là donnent une autre dimension aux cuivres.

J’ai beaucoup aimé l’univers (assez onirique) de Guillaume Perret, qui était sombre à souhait sur l’un des morceaux. C’est vrai qu’il y a parfois un peu trop de basses mais difficile d’échapper à l’électro de nos jours…

 

Nous avons entendu d’autres artistes de la scène jazz malgache dans le très beau théâtre de verdure d’Antsahamanitra. Ils ont tous un sacré niveau…

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La beauté du geste et autres aigre-douceurs

Je discutais avec des coopérants de l’attitude de certains expats ici. Ça n’a fait que confirmer ce que je devinais.

Certains font des fêtes monstrueuses et présentent comme un super service le fait de pouvoir avoir quelqu’un qui fait le ménage le lendemain. Qui ne se souvient pas du champ de bataille qu’une soirée peut laisser ? Qui peut décemment laisser quelqu’un d’autre, quelqu’un qui n’a pas participé à cette fête, mettre les mains dans le vomi, la crasse, les surfaces collantes tout ça au parfum de la cigarette froide ? Nous étions d’accord avec ces coopérants sur la joie de pouvoir se dire qu’on « nettoie sa propre merde ».

 

La richesse partagée

 

J’ai eu l’occasion à plusieurs reprises d’échanger avec des étudiants malgaches et j’aime tellement ces discussions. J’ai l’impression de prendre le pouls de la jeunesse.

Beaucoup partagent l’envie de vouloir de changer les choses et le manque de motivation de leurs pairs comme un terrible frein à cette envie. Et ils ont tous deux ciblés les points faibles : la mentalité et les habitudes.

Je vois la grande implication des jeunes dans des associations. Mais je vois aussi les limites des systèmes. On sent le copier/coller de certaines associations de pays riches essayant de culpabiliser (bon, protéger aussi) concernant la pollution par exemple alors qu’en prenant un peu de recul, on voit que les donneurs de leçons sont à l’origine de certains problèmes (changement climatique) et de comportements (vie à l’occidentale).

On discutait de modèles d’organisation avec une étudiante. Je me disais qu’il ne fallait pas rester sous influence et dégager son propre modèle. S’inspirer sans se soumettre.

 

La beauté du geste

 

J’ai été témoin d’une scène magnifique dans un taxi-be. Il faisait un peu chaud cet après-midi-là. Comme d’habitude, tout le monde était tassé dans cette petite boîte de conserve. Ce petit format de taxi-be est rempli à ras-bord ; les passagers s’assoient à des endroits où on ne peut théoriquement pas mettre de passagers mais juste des pieds. J’ai moi-même déjà été assise à cet endroit (voir lien).

Une jeune fille, probablement une étudiante, s’est retrouvée à cet endroit, à côté de deux enfants des rues, probablement un grand frère et sa petite sœur.

Les deux petits étaient somnolents. C’était probablement l’heure de la sieste pour eux. Mais quelle sieste, quel répit lorsqu’on doit déjà faire mille choses pour vivre si jeune ?

Les deux enfants ont dessinés des sourires sur les visages des passagères leur faisant face. La chaleur et le ronron des embouteillages berçaient les deux petits qui s’affaissaient dans tous les sens.

La jeune inconnue a fini par les retenir avec son bras lorsqu’ils partaient vers l’avant et qu’ils étaient sur le point de tomber. Elle est restée comme ça jusqu’à ce qu’elle descende, soit au moins 30 minutes. Les deux enfants lui bavaient dessus et elle était imperturbable. J’admirais profondément ce geste d’amour pur, ce geste totalement désintéressé, plein de bienveillance, de protection, d’amour véritable envers des enfants inconnus.

Qui est vraiment capable de ce genre de geste ? Qui ne se dirait pas que c’est dégoûtant toute cette bave ruisselant sur mon bras, que ces enfants sont sales ? J’ai honte de l’avouer, terriblement honte, une honte brûlante mais je ne suis pas sûre que j’aurais eu le courage de le faire à sa place.

Cette honte m’a taraudé plusieurs jours et m’a menée à me questionner sur la compassion. Jusqu’à quel point sommes-nous compatissants ?

Cette jeune fille m’a beaucoup marqué, cette héroïne de l’ordinaire. Elle n’a pas changé la face du monde, elle n’a pas mené de révolution ni découvert un remède qui sauverait toute l’humanité. Elle a simplement été belle, sans artifices, sans calcul. Profondément humaine.

 

I’Trôtra

 

Nous avons eu la chance de voir des spectacles de danse contemporaine dans le cadre du festival I’Trôtra (festival de danse contemporaine international à Madagascar). J’ai beaucoup aimé les compagnies locales et surtout la compagnie Master Jah, avec un message très intéressant sur les déchets. Leur intention était vraiment claire et louable.

Pour moi, l’intention est plus importante que la technique.

Je me souviens de mon oncle, guitariste de bossa nova expert, qui échangeait avec moi à ce sujet. Il aimait mes mélodies simples alors que c’était un virtuose de l’arpège et des accords compliqués (que je ne pouvais reproduire, par paresse la plupart du temps, je dois le confesser).

J’aime l’émotion brute. J’apprécie bien sûr la technique mais j’aime « l’imparfait véritable ».

Ces spectacles étaient une bonne bouffée d’air frais dans un quotidien de pollution et de vigilance. J’ai essayé de me rappeler la dernière fois que j’ai vu un spectacle de danse contemporaine (en vain). Je la trouvais, comme beaucoup, hermétique, jusqu’à ce que j’aie la chance de rencontrer des chorégraphes par le biais de reportages. J’ai eu la chance de croiser Jean-Claude Gallotta à la Réunion. Son parcours de danseur démarré sur le tard m’avait beaucoup impressionnée. Sans parler de son « Vous dansez ? » au sortir de l’interview !

Mes stages dans des rédactions où je faisais du culturel m’ont vraiment permis d’avoir accès à la culture. A la Réunion, je n’étais jamais allée au théâtre de Champ-Fleuri avant de couvrir des spectacles. Trop cher, trop huppé. J’essayais avec mes sujets d’emmener tous ceux qui n’avaient pas les moyens avec moi, dans la salle, pour profiter de ces beautés, de ces richesses. Les politiques culturelles ont changé depuis et rendent peut-être la culture plus accessible aux Réunionnais. Je l’espère… Je me suis trop éloignée de l’île et de son quotidien pour le savoir.

Ici, du peu que j’hume du terrain, j’ai l’impression que la culture est tout de même accessible à la majorité. J’étais heureuse de voir que l’ouverture du festival I’Trôtra s’est fait en plein centre-ville, à Analakely, avec une troupe sud-africaine endiablée (Taxido Arts Production Company). C’était un festival gratuit.

Je discutais des problématiques du journalisme culturel à la Réunion avec une journaliste du CRAAM (Centre de Ressources des Arts Malgaches) et elle me confiait qu’elles étaient sensiblement les mêmes.

 

Karana

 

J’entends encore karana sur mon passage et même mon compagnon a remarqué qu’on me regarde bizarrement dans la rue. Ils doivent se demander si cette karana ne s’est pas perdu en marchant à pied car qu’apparemment, ils ne se déplacent pour la plupart en gros pick-up quasiment blindé aux vitres fumées.

Un midi, un coréen très curieux, m’a demandé si j’étais indienne.

C’est tout de même drôle. A la Réunion, un réunionnais m’avait sorti que je ne ressemblais pas à une réunionnaise. Et quand je lui ai dit que je venais du Port, ça avait fini de le convaincre que c’était une supercherie.

Je suis fière d’être née au Port. Cette ville réputée dangereuse pendant des années me laisse de bons souvenirs. Le ronron de la centrale thermique, le chocolat chaud venant d’une machine à café étant le Graal de mon enfance, ma tante et mon oncle, le retour de la pêche de mon père et la 4L que mon frère et moi adorions, une nature très sèche faite de savane et de galets.

Nous sommes parti quelques années à Nantes pendant mon enfance avant de revenir à Saint-Denis à la Réunion mais je me sens portoise et suis fière de le dire.

 

Déménagement

 

Nous avons fini de déménager la dernière partie de nos affaires d’Itaosy ; mon compagnon me rejoint enfin pour de bon en ville. C’est un soulagement car c’est difficile de vivre entre deux logements.

J’étais contente de revoir Itaosy, la campagne, le temps d’une journée. C’est agréable d’être _un peu plus_ loin de la pollution, d’avoir un horizon plus naturel (je ne dis pas vert car la nature est tout de même aride dans le coin !). C’est bien mieux que de passer son temps à se moucher noir. Mais nos missions nous mènent à être en ville… C’est comme ça.

Nous n’avons pas encore eu le temps de quitter la ville pour un weekend et attendons impatiemment cet instant (d’ici deux semaines probablement).

 

Lectures (et film)

 

J’ai achevé « La vie est ailleurs » de Milan Kundera mais surtout, j’ai enfin eu l’occasion de retrouver mon héros de la bulle, Riad Sattouf. J’adore Riad Sattouf. J’ai rapidement englouti « L’arabe du futur » 1 & 2. Je voudrais dire que c’est mon idole mais ce n’est pas bon d’idolâtrer des humains car nous avons tous nos travers. Mais quel coup de crayon ! Quel humour !

Mais j’ai surtout découvert un super concept de bande dessinée et d’enquête journalistique par le biais de « La revue dessinée ».

J’ai aussi lu une revue « XXI ». J’avais déjà entendu parler de cette revue mais je m’y suis plongée et j’ai bien fait car le numéro de cet été m’a fait lire un article très intéressant sur les nouveaux aventuriers Roland Jourdain et Corentin de Chatelperron (et ses histoires de poules sur un bateau).

J’ai aussi eu l’occasion de voir un film espagnol dans le cadre du premier festival de cinéma espagnol à Madagascar : « Blancanieves ». C’est un film récent, muet et en noir et blanc (non sans rappeler « The Artist », évidemment). Ce remake de Blanche Neige est très esthétique, très belle photo. Toutes les femmes de ce film sont magnifiques. La grand-mère de Blanche Neige avait beaucoup de charme.

 

La vie à Tana

 

Bien que la vigilance (sécurité, santé) soit toujours là, le quotidien commence à être un peu plus relax. Je me sens plus souple sur les jambes, comme en boxe. Je commence à prendre mes petites habitudes, à connaître un peu mieux les procédures (comme donner son paiement à son voisin dans le taxi-be si j’ai l’appoint et que lui non, qu’il n’a qu’un gros billet, tout cela dans un silence incroyable lorsque la radio n’éructe pas les tubes français des années 70), à me débrouiller kely kely (un petit peu) en malgache.

Ce n’est pas encore la routine. Dernièrement, lors d’un trajet matinal en taxi-be, notre véhicule s’est arrêté, une fumée est sortie de dessous le siège du conducteur et tout le monde est rapidement sorti.

Le peu que je commence à découvrir de la langue malgache, grâce aux cours mais aussi à mes collègues à la radio universitaire, me semble beau et poétique. Ainsi, je découvre que de l’eau brunâtre servie dans les gargotes, une eau qui a servi à déglacer un fond de riz caramélisé, est appelée « eau d’argent ». Mais c’est aussi une langue très imagée. Je pensais que la felaka n’était qu’une enveloppe distribuée lors des conférences de presse, un « défraiement » pour les journalistes. En réalité, felaka signifie gifler. Un étudiant m’a expliqué que les journalistes étaient « giflés », aveuglés par l’argent pour suivre un ordre.

J’ai beaucoup de chance de les côtoyer.

 

A 1000 à l’heure

 

Cette dernière semaine a été très lourde. Du coup, elle est passée très vite. J’ai eu l’impression d’avoir peu de prise sur le temps et pas du tout de temps à moi. Pas de sport, pas de publication d’article…

J’ai accueilli des stagiaires au Centre de Presse Malagasy, enregistré des interviews et des textes pour les futures émissions de « Médias Dévoilés » et fait mille autres choses.

Mes quatre jours de travail m’ont paru être deux semaines.

Mais j’ai encore beaucoup d’efforts à faire. Je bute encore honteusement sur la prononciation des noms malgaches (ils sont très longs !). Je m’y reprends à plusieurs fois et heureusement que mon collègue monteur de son est patient et pédagogue.

Physiquement, j’étais épuisée à la fin de ma semaine mais heureuse car très stimulée intellectuellement.

 

Journée du volontariat

 

Nous avons fait un tour à la journée du volontariat à l’Alliance française d’Antananarivo. C’était intéressant de faire un tour et voir toutes les initiatives.

Nous nous sommes arrêtés sur le stand du « Relais » et avons eu la chance de discuter un peu avec l’un des responsables du réseau malgache. La structure du « Relais » est liée à Emmaüs en France. J’ai trouvé cette initiative très saine car elle s’autofinance totalement et revendique cette indépendance des bailleurs de fonds. Elle réinsère des personnes par le travail dans des usines, des hôtels haut-de-gamme et d’autres activités. Je lisais d’ailleurs sur des initiatives similaires dans « La revue dessinée » au Mexique avec un jeune chef très connu, Gaston et en France avec Thierry Marx et son école Cuisine mode d’emploi(s).

Les questions de l’humanitaire et du développement se posent forcément à Madagascar. Nous y sommes finalement confrontés au quotidien lorsque l’on vit à Antananarivo.

 

Un dimanche à Antananarivo

 

Le dimanche est mon jour préféré de la semaine à Antananarivo. Tout est calme, apaisé. J’aime marcher dans les rues vides et profiter de cette sérénité retrouvée. Tout le monde est à la messe.

 

J’aimerais tellement que tous les autres jours soient comme celui-ci. Mais peut-être perdrait-il de sa saveur…

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Interrogations et souvenirs

Je repense de temps à autre à l’Australie. Je n’y peux rien, ça fait partie de mon parcours et je l’évoque lorsque je me présente, qu’on me demande d’où je viens.

J’en parlais avec Zamba, le luthier et musicien (voir lien). Il était curieux de ce pays. Il n’imaginait pas que les aborigènes étaient si mal traités et qu’il s’agit d’un génocide.

Mon père me demandait récemment si je ne voudrais pas retenter ma chance là-bas. Je n’ai pas réfléchi quand je lui ai répondu non car je pense que la blessure est encore trop fraîche et les politiques d’immigration encore trop bornées. Bien que j’ai « gobé » la nouvelle et ses conséquences pas si mal et rapidement, il me reste trop d’amertume par rapport à cette expérience. C’est comme un deuil, le deuil de ma vie en Australie.

J’ai laissé et ai dû renoncer à tellement d’opportunités. Et ce qui me crève bien plus le cœur, c’est d’avoir dû dire adieu/au revoir à la famille et aux amis. Je ne sais même pas comment j’ai survécu à ça.

 

Réflexion sur le statut de Tana et autres habitudes indécrottables

 

J’ai lu dans plusieurs ouvrages et articles qu’Antananarivo était partagée concernant son statut, qu’elle oscillait entre urbaine et paysanne. Compte-tenu de la très forte migration de paysans venant sur Tana, dans l’espoir d’avoir du travail, ça se comprend.

Du coup, certaines pratiques ou habitudes, ne sont pas adaptées à ce nouveau milieu. Mais comment blâmer des personnes qui ont des pratiques bien ancrées et surtout à qui ont à jamais appris à faire autrement ?

De façon plus générale, pour tous les humains, qu’ils soient de l’océan Indien ou ailleurs, comment défaire une habitude ? Comment certaines personnes acceptent-elles de changer leurs habitudes ?

Concernant l’hygiène (je reviens là-dessus car c’est une question de vie ou de mort ici) et le respect d’autrui, quel élément changera une habitude qui propage des germes ? Une campagne de sensibilisation suffira-t-elle ? Dire à une personne que ses pratiques sont lourdes de conséquences, lui mettre des textes, des icônes sous le nez, suffira-t-il à ce qu’elle se lave systématiquement les mains, qu’elle évite de toucher les aliments crus (ou même cuits) avec ses mains (même lavées), qu’elle utilise une cuillère pour goûter un plat et puis la remette dans le plat ? Mais ceci est un peu réducteur car il y a par exemple un parent qui ne voudra pas contaminer son enfant et comprendra de lui-même que lécher un couteau puis couper un morceau dans un plat commun est dangereux et que ce geste réduit la durée de conservation du produit, les germes se développant rapidement. Toujours et encore, je crois au respect d’autrui comme vecteur de « développement » (ce mot est trop galvaudé). Peut-être que ce parent se sent concerné par le bien-être de sa famille. On pourra me taxer d’idéaliste mais je crois aussi au fait de se sentir concerné par tout et par tous.

Quel a été le plus grand facteur de changement chez moi-même ? Je répondrais l’éducation et le choc (notamment lors de l’exercice du journalisme). Mais peut-être qu’il n’y a pas qu’une réponse et que le cheminement a été long, a mûri comme un fruit.

 

Le stage, épreuve du feu de la vie professionnelle débutante

 

Nous recrutons des stagiaires au Centre de Presse Malagasy. Certains d’entre eux étaient timides mais l’un d’entre eux était carrément terrorisé ! Ça m’a fait repenser à l’époque où je cherchais un stage en journalisme à Paris. C’était infernal ! Je me déplaçais et on me disait toujours que les gens étaient en réunion alors que je les voyais passer derrière l’accueil. Qui pouvait prendre le risque de recruter une jeune « potentielle maghrébine/pakistanaise/origine-inconnue mais pas européenne » d’une école de journalisme peu connue et qui n’était fille de personne ? Je me rappelle aussi à quel point j’étais tremblante au début de mes stages à RFO (maintenant connue sous le nom de Réunion Première). Il faut dire que certains « journalistes » ne me ménageaient pas… Je me souviendrais toujours d’un pigiste qui m’a dit le premier jour : « Ne crois pas que ce que tu feras sera diffusé, hein ». Manque de pot pour lui, tout ce que j’ai fait par la suite a été diffusé, même en national, pendant mon stage. Puis lors de mes autres stages ailleurs… Oui, ceci est un message à tous les stagiaires : ayez confiance en vous, ne vous laissez pas intimider par le personnel aigri et surtout, sachez apprécier le temps qu’un bon tuteur de stage prend avec vous.

 

Les grands principes

 

Je n’oublierai jamais lorsqu’un jour, quelqu’un m’a dit avec la plus grande candeur et franchise qu’il soit : « Mais en fait, tu fais vraiment ce que tu dis, toi ! »

A l’époque, je n’avais pas perçu la portée de cette remarque. En effet, être en accord avec ses principes n’est pas si répandu et pis encore, l’application des dits principes.

Je n’oublierai pas non plus une discussion avec un ami en Australie. Il déplorait que le fait d’avoir eu des enfants et que la vie quotidienne aient engloutis ses principes des années 70 : la révolution, la solidarité, l’écologie… On sait mais on est « empâté » dans la vie.

Encore une fois, je m’interroge sur l’origine de la détermination de certains. Dans une société où plus rien n’est grave, tout peut être remis à plus tard, où les adulescents (et grands enfants) sont légions et où la technologie sauvera de toute façon le monde, que se passe-t-il dans la tête de ces personnes qui défendent et vivent leurs valeurs ? Pourquoi ne se réfugient-ils pas derrière le manque de temps, la fatigue, la paresse, le fatalisme, comme tous les autres ? Pourquoi ne se laissent-ils pas happer par l’indolence générale ?

Pourquoi l’ivresse de faire des effets de manche, des effets d’annonces m’est-elle si étrangère ? En réalité, l’apathie m’indigne profondément. Et lorsqu’elle se généralise à un pays entier, c’est un enfer…

 

Retour aux révisions

 

Je reviens sérieusement aux révisions pour mon examen du DAEFLE. Je consulte maints forums et vais peut-être pouvoir profiter d’un parcours d’observation à l’Alliance Française d’Antananarivo. J’ai choisi l’option Adultes peu ou pas scolarisés ; la formation pour adultes m’intéresse beaucoup. On n’apprend pas de la même façon à différents âges. Sans compter la durée d’assimilation.

Je continue de prendre des cours de malgache avec un professeur particulier avec mes colocataires. Elle a une approche qui s’apparente à l’approche actionnelle que j’étudie en Français Langue Etrangère (FLE).

 

Musique maternelle

 

J’ai vu « Orfeu Negro » de Marcel Camus, un emprunt à l’Institut Français de Madagascar (IFM). Il y a longtemps que je voulais le voir.

Bien que je sois née à la Réunion, pur fruit de l’océan Indien avec une mère yab et un père mauricien, j’ai été élevée au son de la bossa nova. Mon père a toujours aimé, joué et m’a fait écouter cette musique depuis mon enfance. Mon oncle était un guitariste de bossa hors-pair. Lui non plus n’était pas un carioca mais aimait simplement cette musique. Son rêve était d’aller au Brésil, de rencontrer et de jouer avec des guitaristes là-bas. Hélas, il n’a pas pu accomplir son rêve. Il est décédé d’un cancer.

Mais cet amour de la guitare, des mélodies lascives et mélancoliques, m’a été transmis. Comme ma langue maternelle a été le français, la bossa nova a été ma musique maternelle. Je n’ai pas été bercée par la langue créole ni le maloya _hélas_ et l’explication de cette situation vaut un article entier, un thème que je développerais par la suite.

 

J’ai beaucoup aimé « Orfeu Negro » et sa fragile beauté. J’ai été très touchée d’être ramenée ainsi dans un univers que je connais et que je ne connais pas du tout.

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Vita Malagasy

Rapport hommes/femmes à la malgache

 

J’ai l’air d’être du goût de certains hommes malgaches qui me gratifient de « Bonjour chérie » ou encore « Salut beauté ». Au début, personne ne me disait rien car il faut dire que j’étais attifée pour le grand froid.

C’est encore gentil et drôle pour l’instant, ces accroches de mâle. Rien à voir avec le harcèlement de rue qui existe à Paris. Mais j’ai tout de même noté que l’humeur masculin peut parfois être tendancieux voire carrément douteux. Selon les dires et ma propre expérience, les blagues sur le viol ne sont pas rares.

 

Lectures

 

« Juillet au pays » de Michèle Rakotoson s’annonce également très prometteur, sans doute l’un de mes ouvrages préférés jusqu’à présent. J’aime sa pertinence et son dessin de la société malgache.

Nous avons une bibliothèque très fournie et pointue au Centre de Presse Malagasy. J’y ai lu en diagonale « Madagascar dans une crise interminable » de Toavina Ralambomahay, qui est un ouvrage fort intéressant sur les crises politiques qu’a subi le pays à partir de 2002. « Journalismes dans l’océan indien Espaces publics en questions », un ouvrage collectif sous la direction de Bernard Idelson, est également passé entre mes mains et me donne envie d’aller explorer le point de vue des voisins africains sur la presse malgache. Le Centre de Presse Malagasy a quelques ouvrages à ce sujet.

 

La radio

 

J’ai enregistré la première édition de l’émission radio Médias Dévoilés qui sera diffusée sur la Radio Université Ambohitsaina (107 FM) les lundis, mercredis et vendredis.

Je suis tellement heureuse d’écrire à nouveau pour la radio et de dire mes textes. L’écriture pour la radio est vraiment particulière et m’a changé. Très littéraire à la base, faisant de longues phrases, cette écriture synthétique, plus dense mais aussi plus « décousue » est plus poétique. J’avais peur de perdre mon écriture « littéraire » en prenant si bien le pli radio. Mais au final, c’est comme les muscles ; en stimuler des différents ne signifie pas que certains sont perdus à jamais. Mais cette façon d’écrire a aussi changé ma façon d’être à mon avis. Je pense avoir été plus dans l’action à partir de ce moment.

Dans nos nouveaux bureaux sur le campus d’Ankatso, je fais rire Keshia, ma collègue, lorsque je dis mes textes à voix haute. « On dirait que j’ai allumé la radio ! » m’a-t-elle dit.

J’aime tellement ce média mystérieux. Lorsque j’ai dû choisir ma spécialité en troisième année d’école de journalisme, j’ai choisi la radio car c’était le média qui me faisait le plus peur, le plus secret, le plus dangereux pour la grande timide que j’étais. Et j’ai bien choisi car l’écriture radio et la radio elle-même sont très lyriques.

Tout comme la musique et la danse, c’est un art éphémère qui fait peut-être écho à l’antique déclamation et à l’intemporel théâtre. Certes, nous enregistrons et rediffusons mais à quoi tient notre rencontre avec l’auditeur ? Le risque de rendez-vous manqué est grand. Qui n’a pas découvert une information, une voix charmante, une musique incroyable tout à fait par hasard, dans sa voiture ou dans sa cuisine, en tournant le bouton de la radio ?

 

Le badminton

 

Les séances de badminton de cette semaine (mercredi soir et dimanche midi) avec BAOBad ont été assez différentes et complémentaires. Les plus redoutables sont définitivement les enfants. C’est vraiment de la graine de champion ! Les plus petits vous donnent un vrai cours sur la façon de tenir la raquette, de se déplacer correctement…

Les volants ont fusé, les smashs fait vibrer nos oreilles. Ce sont de vrais artistes qui, pour certains, savent doser la puissance d’un coup et la douceur d’une balle.

C’est drôle de voir les similitudes entre certains déplacements en escrime (ma pratique remonte à plus de 10 ans mais j’ai été marquée par ce sport sublime).

 

Achat responsable

 

Je me suis fait faire une jupe. En France ou autre pays aisé, c’est vrai que je n’aurais jamais pensé me faire coudre des vêtements, trouvant ça hors de prix. Bien que j’aurais préféré contribuer au bonheur d’une couturière plutôt que de grandes chaînes de vêtements qui font travailler des enfants à l’autre bout du monde dans des conditions inhumaines.

Ici, j’ai réussi à allier utile et agréable en me faisant faire une jupe. J’ai rencontré Luciana et sa marque Afro & Stylée à l’occasion d’un article test pour un journal gratuit sur Madagascar, No Comment. Lorsque j’ai vu ses modèles et ma garde-robe très restreinte (rappelez-vous, on m’avait dit de ne rien amener et j’ai eu quelques mésaventures sur les marchés –relire l'épisode précédent à ce sujet-), je me suis dit que c’était l’occasion d’essayer. Et c’est à ma portée et vraiment extra !

Oui, ça peut paraître futile à certains ce petit paragraphe sur l’achat d’une jupe. Mais la démarche derrière est plus profonde. Que se passerait-il si nous essayions tous de faire des achats responsables ? De se dire qu’au lieu d’acheter bêtement dans des supermarchés aux néons illusoires, on pourrait contribuer à l’éducation d’un enfant, la santé d’une famille ou éviter un exode rural ? Ça nous semble « facile » d’aller vers le connu, le brillant. Mais en réfléchissant à la matière première prélevée, à la production, à l’acheminement d’un produit et à sa vente, on peut poser un autre regard sur ce qu’il y a dans son panier de courses. Je ne parle même pas de l’impact social, économique et environnemental autour du produit. J’ai oui dire que certains efforts seraient faits pour l’étiquetage de certains produits (origine, impact), notamment en grandes surfaces en Europe. Mais ne pouvons-nous pas aider d’abord ceux qui sont près de nous ?

 

Vita Malagasy

 

J’ai aussi commandé des chaussures chez un vrai artisan (Liberty Shoes). J’avais vu le profil d’un jeune entrepreneur malgache qui avait lancé sa marque de chaussures Vita Malagasy (« Made in Madagascar ») et j’étais très curieuse et surtout très fière de pouvoir participer à ce commerce.

Je n’ai pas été déçue. La boutique n’était pas facile à trouver mais ça valait vraiment le coup de se perdre un peu du côté d’Antaninandro. C’est un tout petit magasin avec majoritairement des modèles de chaussures de ville pour hommes, quelques modèles pour femme, en cuir ou en daim. Vous pouvez quasiment tout choisir : la matière, la couleur, le modèle. Ce qui m’a vraiment émerveillée, c’est de voir et d’entendre les artisans travailler derrière un rideau, presque dans le magasin. On est au cœur du savoir-faire, de l’authentique. Le rapport humain est complètement différent. On parle aux artisans ; on n’écoute pas simplement une soupe commerciale servie par des vendeurs ou vendeuses aux arguments affûtés dans le seul but de consommer comme un mouton.

Comme pour les vêtements, j’avais une image très bourgeoise de la confection sur-mesure. Mais ici, je pense surtout que c’est le meilleur moyen de soutenir dignement la population.

Puis il y a l’attente de la réalisation d’un produit qui sera le vôtre, unique.

 

Boire « à l’indienne », économique et solidaire

 

Il ne fait pas encore chaud mais les températures remontent franchement en milieu de journée. Bientôt, il faudra faire encore plus attention au quotidien aux moustiques et autres risques sanitaires.

Un ami indien à la Réunion m’a appris à ne plus boire à la bouteille. Il avait bien raison de me montrer cette technique car elle évite de partager ses microbes, tout en pensant aux autres qui pourront profiter à leur tour d’une bonne désaltération.

Il suffit simplement de tenir la bouteille plus haut et de faire couler l’eau sans toucher la bouteille avec ses lèvres.

Le coup n’est pas forcément facile à prendre (généralement, on s’en met partout _surtout si on est en voiture_) mais salutaire pour la communauté car au lieu d’acheter plusieurs bouteilles, on peut en partager une seule.

 

Les créols

 

J’entends parfois dans la rue des gens parler créol réunionnais et créol mauricien. J’avoue que ça me fait plaisir.

Ces derniers ne sont pas toujours bien vus apparemment. Comme partout, il y a des bons et des mauvais. Michèle Rakotoson évoque d’ailleurs l’Histoire et les différentes communautés qui se sont installées sur Tana…

 

Le civisme n’est pas mort

 

Le Salon de l’Etudiant avait ramené des déferlantes de jeunes bacheliers sur le campus la semaine dernière. Moi qui pouvait tranquillement prendre le taxi-be pas trop rempli, devait composer avec du monde, beaucoup de monde.

 

Cependant, ça n’avait rien à voir avec les bousculades du début (lien). Cette fois-ci, à l’aller comme au retour, tout le monde était extrêmement civique. De longues queues se formaient pour prendre les taxis-be et personne ne passait devant.

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Mouvements musicaux, planétaires et autres

Eclipse

 

 

 

Nous avons pu assister au magnifique spectacle d’une éclipse solaire cette semaine. Il y a eu beaucoup d’information à ce sujet, la précédente ayant apparemment surprise ou même fait peur à une partie de la population qui n’était pas au courant.

 

La veille, ma collègue et moi-même avions appris par un communiqué officiel que le jour serait chômé à partir de 10h et jusqu’à la fin de l’éclipse. Il y a eu beaucoup de controverses au sujet de ce jour de congé inopiné alors que les travailleurs sont astreints au rythme normal durant la saison des pluies. Le matin du phénomène, je suis allée à la pharmacie en bas de chez moi et il y avait une sacrée queue. Je pense que les consignes concernant le danger de brûlures et de cécité sont bien passées. Le temps était très couvert et même un peu pluvieux le matin mais malgré une couverture nuageuse, nous avons réussi à voir ce rendez-vous de la lune et du soleil. D’ailleurs, d’après un livre sur la société malgache, il était traditionnellement interdit de regarder l’éclipse car elle représentait l’accouplement des astres.

 

C’était beau et j’avoue que j’étais comme une petite fille !

 

Je trouvais ce moment tellement étrange. L’éclipse n’était pas totale mais assez importante pour que l’on que quelque chose était différent. C’est comme si l’on avait mis un gros filtre devant le soleil. Je m’attendais à entendre des hurlements de chiens et autres cris, je guettais les oiseaux, les chats et autres bestioles mais rien.

 

Hormis les ombres projetées et des rayons de soleil prenant des angles étranges, il n’y a pas eu de phénomène extraordinaire comme ma grande imagination pouvait le prévoir.

 

 

 

Lectures

 

 

 

J’ai mangé assez rapidement « Géotropiques » de Johary Ravaloson et bien qu’au premier abord, le milieu du surf réunionnais ne m’ait pas franchement emballée, le cœur du livre m’a vraiment plu. Je le recommande vivement !

 

« Mémoires d’un porc-épic » est assez drôle.

 

J’ai pris « Juillet au pays » de Michèle Rakotoson et « Mon teckel à roulettes est un philosophe » de Patricia Reznikof (j’avoue que c’est surtout le titre de ce dernier qui a motivé mon choix).

 

 

 

Scène étrange

 

 

 

J’ai assisté à une scène étrange en revenant du travail du côté du lac Anosy. Près du rond-point, il y a eu un mouvement autour de quelques personnes. Ça aurait pu être une bagarre ou autre chose. Une voiture Emmo Sécurité, toutes sirènes hurlantes, a déboulé et embarqué une ou deux personnes. Les badauds se sont très rapidement attroupés autour de la scène. Je ne me suis pas arrêté une minute, tourné la tête de temps en temps mais j’ai sagement suivi les consignes de l’Ambassade de France à ce sujet : fuir les attroupements.

 

Quelques minutes plus tard, la voiture passait vite à côté de moi pour aller à l’hôpital.

 

 

 

Emménagement

 

 

 

Nous avons donc déménagé les locaux du Centre de Presse Malagasy à l’Université d’Antananarivo. Ce fut une longue journée, avec trois voyages en camion. Nous avions des déménageurs et des extras pour nous aider mais nous avons tout de même mis la main à la pâte.

 

 

 

La population estudiantine

 

 

 

C’est drôle de revenir à la fac. J’ai quitté ses bancs il y a bien longtemps et c’est marrant de redécouvrir cette ambiance. Je trouve le campus très agréable, très aéré sur sa colline.

 

Il y a aussi beaucoup de pépées et de gravures de mode. Je me sens assez moche à côté de ces jeunes et jolies étudiantes toutes pimpantes.

 

 

 

Taxi-be, le retour

 

 

 

Je reprends donc le taxi-be pour aller là-haut, sur la colline d’Ambohitsaina, sur le campus.

 

Mais, à ma grande surprise et joie, je le prends maintenant à une sorte de station intermédiaire.

 

Les taxi-be ont des terminus mais aussi des sortes de relais au milieu de la ligne où des véhicules vides font le plein de passagers. Avec un grand soulagement, je n’ai pas à courir et à essayer de fourrer le grand échalas que je suis dans la version de poche du taxi-be. Ils sont toujours aussi petits mais je peux presque choisir ma place !

 

Et cerise sur le gâteau, l’Université est le terminus de deux lignes et je peux donc avoir une place correcte.

 

Le taxi-be reste un système très complexe qu’il faut connaître. C’est un peu comme le marché ; on stimule beaucoup de choses en même temps. On doit parler une autre langue, convertir des prix donnés en francs malgaches en ariary et se souvenir d’où on a mis quel billet et combien on a sur soi. Le paiement dans le taxi-be relève du mysticisme pour les néophytes non-malgachophones. Le trajet coûte 400 ariary. Mais j’ai découvert récemment qu’un court trajet (jusqu’à deux ou trois arrêts d’après ce que j’ai compris) ne coûte que 300 ariary.

 

Vous ne payez pas forcément au moment où vous mettez le pied dans le taxi-be. Le receveur dit beaucoup de choses que je ne saisis pas mais que je déduis (ou que j’invente dans ma tête) : « Merci de régler votre course s’il vous plaît. », « Est-ce que vous avez la monnaie ? » « A qui je dois rendre la monnaie sur 5000 ariary ? ». J’ai beaucoup observé pour essayer de comprendre ce qui se trame. J’ai compris que dans un taxi-be qui vient de faire le plein, on paie par rangée en commençant par celles de devant. Rendre la monnaie est aussi tout une procédure sibylline de prime abord. Parfois, votre voisin ou voisine vous donne le montant de sa course parce que vous avez une grosse coupure et pour que vous payiez pour deux personnes. Il y a encore beaucoup de confiance aussi car les règlements passent de main en main au-dessus des épaules et des têtes de tous les passagers sans que jamais personne n’essaie de chiper un billet au passage.

 

 

 

Savoir, c’est être responsable

 

 

 

Bien qu’un certain individualisme s’insinue dans cette société traditionnellement communautaire, je pense qu’on peut encore dire qu’il existe un certain civisme. Bien que certaines personnes ne fassent pas attention en restant au milieu du chemin dans certains passages étroits, en expectorant à tout va (et parfois presque sur vous), il y a encore des personnes qui font attention à leur environnement et aux humains qui le traversent.

 

On respecte encore autrui, quand on le peut. Je dis quand on le peut car entre le capitalisme dévorant et les jeunes générations postcoloniales un peu déboussolées, les bonnes habitudes peuvent se perdre.

 

C’est bien le nerf de la guerre ça d’ailleurs, les habitudes. Se poser, prendre du recul et réfléchir sur ses habitudes et surtout sur l’impact de celles-ci sur son environnement au sens large du terme (proche, humain, naturel), pas sûr que ce soit si répandu.

 

Et pourtant, ça donne le vertige de penser à ce que les choses pourraient être si chacun prenait ce temps et essayait de changer ses habitudes : peut-être moins de problèmes d’hygiène (pour soi et pour les autres, comme ces personnes qui portent un masque lorsqu’elles ont une grippe pour ne pas affecter les autres), économiques, sécuritaires et autres.

 

Rien que de penser à la sécurité alimentaire car c’est ce qui me vient le plus à l’esprit vu ma dernière formation en cuisine… Que seraient les cuisines du monde sans les ustensiles léchés ou retrempés dans la nourriture, les mains pas lavées, la vaisselle négligée et les glaires non arrêtés dans leur course folle ? Autant de risques qui peuvent être évités…

 

Oui, je mange dans les gargotes et je sais bien que les mauvaises pratiques y sont légion. Mais je me dis qu’avec un tout petit peu de formation, on pourrait éviter des drames (car oui, je pense qu’on peut avoir de très gros problèmes de santé ici).

 

Mes oreilles sifflent de ce qu’on pourrait me coller comme étiquette : « utopiste », « rêveuse ». Mais je crois sincèrement à cette idée que penser à autrui peut changer les choses et que comme dit le proverbe, « les petits ruisseaux font les grandes rivières ». Ainsi, bien que le désir de maternité ne m’étreigne pas, j’essaie d’agir et vivre pour laisser aux enfants, aux adultes de demain un monde a minima comme je l’ai connu et au mieux, en meilleur état. Ça passe par un environnement le moins abîmé possible mais aussi par des idées.

 

Du moins, c’est une aspiration.

 

Je peux parfois être révoltée par ceux qui ont eu la chance d’avoir eu une éducation, d’être capables de comprendre l’impact d’un acte (ou d’une négligence) et qui continuent sans vergogne à garder leurs habitudes et leur confort, engoncés dans leur paresse. C’est un mépris envers autrui à mon sens.

 

 

 

Rencontre avec Zamba, luthier et joueur de valiha

 

 

 

François a acheté un valiha, une sorte de lyre traditionnelle malgache cylindrique au son cristallin. Je confesse que j’ai toujours rêvé de jouer de la harpe. Je trouve cet instrument à cordes magnifique, imitant tellement bien les ondulations que peut avoir l’eau. Mais le valiha, c’est encore autre chose. Cet instrument de taille moyenne est facilement transportable, ce qui n’est pas négligeable pour la voyageuse que je suis.

 

Mais surtout, l’achat de ce valiha était bien plus car nous avons pris le temps de discuter avec Zamba, son créateur. Luthier, musicien, nous avons découvert un homme qui a changé le cours de sa vie. Travaillant dans l’exploitation forestière, cet homme a pris du recul sur son activité et a décidé d’arrêter de « tuer son pays » pour faire de la musique, d’exporter les bois rares de Madagascar pour façonner les instruments et les esprits. Zamba est reconnu à Madagascar par ses pairs, par les étrangers de passage qui cherchent à jouer du valiha, à la Réunion et ailleurs encore. Il avait interviewé par France O la veille de notre rencontre.

 

Nous avons eu la chance d’échanger avec lui et de faire nos premiers pas dans l’apprentissage du valiha. Nous avons échangé sur cette jeunesse malgache qui s’égare, comme tant d’autres (au Japon notamment selon ses élèves japonais), dans une uniformisation culturelle, ne répondant qu’à l’écrasante culture américaine. Tristement, il nous confiait que certains jeunes ici ne savaient même ce qu’est un valiha.

 

Nous faisons simplement des gammes pour l’instant et avons hâte d’apprendre des morceaux traditionnels.

 

A la sortie de l’Institut Français de Madagascar, nous avons entendu un trio d’enfants des rues exécuter un morceau traditionnel malgache avec des instruments traditionnels et c’était vraiment très beau. Nous ne pouvions pas rester longtemps car des vazahas statiques aussi discrets que des panneaux lumineux la nuit mais le peu que nous avions entendu était vraiment beau.

 

Nous avions d’ailleurs demandé à Zamba où écouter de la musique traditionnelle malgache sur la capitale et il nous avait répondu que cette musique était plutôt laissée de côté au profit de la fusion et autre.

 

 

 

L’Institut Français de Madagascar

 

 

 

Nous avons fait un saut à l’Institut Français de Madagascar et c’est un sacré espace. La médiathèque possède un fonds important et est un bon complément de l’Alliance Française d’Antananarivo. J’étais tellement heureuse de lire le dernier Fluide Glacial, moi grande lectrice de bandes dessinées et amatrice de l’humour grinçant, piquant et pertinent type Charlie Hebdo.

 

 

 

Le Concours de la Chanson Française de l’Alliance Française d’Antananarivo (suite)

 

 

 

Nous avons assisté à une toute petite partie de la demi-finale du Concours de la Chanson Française de l’Alliance Française d’Antananarivo. Comme précédemment lors des sélections, nous avons entendu des voix incroyables (soul, avec du coffre) et découvert un Johnny Hallyday malgache. Si nous fermions les yeux, on pouvait se méprendre.

 

Nous avons croisé le directeur de l’Alliance qui pensait que je participais. Bien que j’ai été tentée à un moment (pour les curieux, ma musique), je me suis dit que si par un incroyable miracle je gagnais, ça ne serait vraiment pas juste que je remporte le premier prix, une semaine à Paris.

 

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Echos et rencontres

Une tension toujours palpable

 

La situation paraît plus calme…au premier abord.

Les marchands de rue continuent malgré tout de protester (article de l’Express de Madagascar) et sont chassés (article de l'Express de Madagascar et de Midi Madagascar). 

Les journalistes continuent de clamer leur mécontentement concernant le prochain Code de la communication (article de Midi Madagasiraka).

Les affaires de meurtres et de rapt d’étrangers (double meurtre à Sainte-Marie, rapt d’un directeur administratif pour une marque internationale) mais aussi de malgaches gonflent les rubriques de faits divers mais pas sûr que les colonnes de la PQR (Presse Quotidienne Régionale) française ou pire, réunionnaise, n’en soient pas moins remplies.

 

La guitare

 

Nous avons acheté une guitare avec mes colocataires, une très jolie Valencia, qui sonne plutôt bien pour son bas prix. Nous avons donc maintenant une « co-guitare ». Nous avions vraiment besoin d’un instrument, Noémie et moi. Les choses se sont faites finalement assez vite et heureusement, car ces petits moments musicaux sont des petites soupapes de bien-être où nous nous retrouvons et partageons.

Noémie joue plusieurs types de chansons en français et en espagnol. Elle réinterprète les chansons à sa manière et c’est très beau !

 

Les rencontres ou l’éloge de la discussion

 

Mes expériences de colocation se sont toujours bien passées. J’avais fait un mois en Belgique et un autre à Adélaïde et ça a toujours été un plaisir de partager un logement mais surtout du temps avec autrui.

Cette fois-ci, mon expérience de la colocation va au-delà d’un simple partage immobilier. Nous partageons des affinités mais surtout des valeurs. Je me sens presqu’en famille. J’ai la chance inestimable d’avoir des discussions très riches et surtout enrichissantes autour du vivre ensemble et du management positif (entreprise libérée).

Je me suis rendue compte au cours de mes voyages, différentes expériences et exercices dans le cadre de la préparation à la coopération régionale, que j’accordais une place prépondérante à la discussion. Une bonne discussion vaut autant qu’une séance de shopping (du moins, j’imagine car il peut être orgasmique pour certains). Elle revigore, fait avancer et créé une faille spatio-temporelle. C’est un moment précieux.

Je me remémore avec plaisir les rencontres faites un peu partout avec des gens de tout horizon : une australienne rencontrée à Paris, un belge et un indien rencontré à la Réunion, des français en France, des réunionnais à la Réunion, des australiens en Australie, des français en Australie et d'autres personnes d'autres nationalités dans d'autres pays. J’ai eu beaucoup de chance de rencontrer ces personnes formidables.

 

L’Université

 

Je me réjouissais déjà de faire partie d’un projet d’émission radio à l’Université d’Antananarivo mais une dernière réunion avec le Conseil d’Administration du Centre de Presse Malagasy pourrait m’offrir des opportunités encore plus grandes.

On parle de créer un pont entre les universités d’Antananarivo et de la Réunion. C’est un gros projet à porter mais quel défi et surtout, quel chantier excitant !

 

BAOBad, le badminton avec une vision

 

Nous avons testé le badminton avec le club BAOBad. C’était tellement bien ! L’équipe est vraiment très sympathique et c’était un bon moment.

Johary, président du club, est une personne très avenante et très joyeuse. Le club a vraiment une dimension humaine forte. Le président nous a expliqué que nos cotisations mensuelles en tant qu’étranger servent à financer du matériel et les cours pour les enfants Malagasy qui ne peuvent pas se permettre de pratiquer le sport. De plus, les membres ramènent les enfants à domicile. C’est assez familial en fait. Le club est aussi impliqué dans des œuvres caritatives et fait des tournois pour soutenir des projets sociaux.

 

Plongeon

 

Nous avons tenté la piscine donc avec Noémie. Jusqu’au bout, nous avons été très courageuses. Il faisait pourtant beau ce jour-là et nous espérions de toutes nos forces que l’eau de la piscine aurait été chauffée par les rayons du soleil.

Cette piscine de 50 mètres, nous en parlions, nous en rêvions.

Nous nous sommes jetées à l’eau et l’onde était glaciale. Toujours courageuses, nous avons fait quelques longueurs. Noémie plus que moi car au bout de la troisième ou quatrième, mes oreilles me faisaient un mal de chien et j’ai eu peur de l’otite et du coup de froid. Noémie a finalement cédé lorsqu’elle ne sentait plus ses membres.

En sortant de ce bain où nous aurions pu croiser quelques glaçons et pingouins, nous étions vraiment sonnées.

Mais nous l’avions fait.

 

L’humanitaire à Madagascar : décadence et grandeur

 

Madagascar est, hélas, la terre de l’humanitaire par excellence. Comme en Afrique (car aussi part de l’Afrique malgré tout), tous les organismes humanitaires internationaux sont présents et chacun y va de sa plus grande exposition médiatique pour telle ou telle action. Tous les dons, toutes les actions, sont et doivent être présents. Ainsi, on peut deviner l’origine des dons (parfois détournés car revendus) grâce aux vêtements arborés dans la rue : France, Amérique du Nord, Australie, Suisse…

Il existe des dessous de l’humanitaire pas jolis jolis ; détournements et autres. Je ne vais m’étendre sur le sujet.

Mais, en discutant avec ma collègue Keshia et d’autres malgaches, je découvre le vrai bénéfice des programmes sociaux (je préfère sociaux à humanitaires). Madagascar, comme Maurice et bien d’autres, est indépendante et ne doit pas souffrir de nouvelles formes de colonisation ou de domination. Le pays ne jouit hélas pas du même contexte économique que Maurice mais à mon sens, ne devrait pas céder aux sirènes de l’humanitaire. Il existe des malgaches qui veulent s’investir dans leur pays, dans leur éducation, dans leur autonomie et c’est ces initiatives, ces bénévoles, ces travailleurs humbles qu’il faut soutenir. Certes, la pécune aide mais c’est d’autres moyens dont les malgaches ont besoin.

Ici, l’empowerment, notion à laquelle j’avais été exposée en Australie lors de mes études, est la clé. D’après quelques dires glanés, la confiance en soi n’étouffe pas les malgaches et je revois les mêmes schémas post-coloniaux se redessiner toujours et encore…

 

Lectures

 

Nous avons fait un tour à l’Alliance française et j’ai pris « Géotropiques » de Johary Ravaloson et « Mémoires d’un porc-épic » d’Alain Mabanckou.

J’ai pris « Géotropiques » à cause du nom de son auteur, dont j’avais déjà lu une nouvelle dans « Chroniques de Madagascar ». C’est assez étrange car j’ai pris ce livre sans vraiment lire son résumé et il s’avère que l’auteur parle de la Réunion, du milieu du surf réunionnais et des attaques de requin. Et ce weekend, j’avais appris qu’un squale avait à nouveau frappé du côté de Boucan, dans les eaux réunionnaises.

Mais ce livre parle d’autres choses encore plus intéressantes que je vous laisse découvrir. Il confirme mon idée que les îles de l’océan indien se font et sont des échos, se répondent les unes aux autres et comme je le disais précédemment, nous sommes tous cousins dans cet océan. Nous pouvons être très différents mais les mouvements, les histoires, l’Histoire, nous lient.

Ce saut à l’Alliance française était, il faut bien l’avouer, une bouffée d’oxygène. Le quotidien n’est tout de même pas facile. Côtoyer tous les jours des situations, des visions de détresse, de misère, n’est pas facile. Certes, nous avons un statut privilégié mais les sentiments d’impuissance, de frustration et d’injustice corrodent.

L’image d’enfants des rues buvant de l’eau à même le caniveau un matin sur le chemin du travail reste. L’insoutenable ne peut être la routine. J’essaie de ne le transformer en carburant pour tenter _bien modestement_ d’accomplir, de réaliser.

 

Enfin réunis

 

 

Mon compagnon va enfin pouvoir venir habiter avec nous à la fin du mois de septembre. C’est difficile d’être éloignés lorsque nous étions partis à deux pour vivre cette aventure. Il prendra donc le taxi-be le matin et sera dans le bon sens car rares sont ceux qui vont à Itaosy le matin et rentrent sur la ville le soir.

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Clair-obscur de nouvelles

C’est la période du retournement des morts, le famadihana. Cette coutume funéraire malgache veut qu’on déterre le corps du défunt, qu’on le transport dans le village puis qu’on le ré-enterre. Je ne sais pas si c’est lié mais nous avions vu, au détour d’une rue, un énorme véhicule type 4x4, siglé d’un incroyable « Super Corbillard ».

En tous cas, j’ai vu un mini-bus surmonté d’un cercueil recouvert d’un linceul blanc en ville.

 

La tension monte

 

Les journalistes ont décidé de faire front face à la prochaine loi sur le « Code de la communication ». Nous avions eu la conférence de presse dans nos murs. (lien)

Les marchands à la sauvette se rebiffent également. Tous les endroits où les trottoirs n’existaient plus car étals de fortune, sont maintenant vides. (article de l'Express de Madagascar).

Toute la population semble en avoir assez de la situation actuelle.

La presse avait fait ses choux gras des potentiels affrontements du vendredi 19 août (articles de Midi Madagasikara et de l'Express de Madagascar) mais finalement, le meneur de la contestation a été cueilli chez lui (article de Midi Madagasikara)

Je me plaignais de mon second taxi-be, bondé le matin mais j’ai vu bien pire. Lorsque je rentre le soir, au sud du lac Anosy, je vois une file d’attente d’au moins 400 mètres pour prendre un taxi-be. J’ai vu des gens se ruer sur la toute petite porte (similaire à celle de mon second taxi-be) et même commencer à se pousser les uns les autres. Dans mon cas, le matin, peut-être que tout le monde n’était pas bien réveillé mais en fin de journée, ça me semble plus énergique.

Le meurtre d'un jeune couple de français défraye actuellement la chronique mais hélas, je ne pense pas que le crime, aussi horrible soit-il, soit spécialement liée à la nationalité des victimes (article de Midi Madagasiraka)

 

Pollution : épisode 1564

 

J’ai tenté le masque. On m’a offert un masque de chantier pour parer aux assauts atmosphériques mais l’expérience ne faut pas concluante. En marchant, je transpire et j’ai besoin de plus d’air. Le masque, étant fait d’un matériau friable, se désintègre sur ma peau et ne laissant pas entrer assez d’air, m’étourdit car m’étouffe un peu.

Je marche donc à nouveau sans masque, poumons offerts aux gaz en tout genre.

Mais une nouvelle donnée va changer mes pratiques. Le bail des locaux actuels du Centre de Presse Malagasy expire à la fin de ce mois et nous allons donc déménager. Deux lieux ont été sélectionnés : l’Institut d’Etudes Politiques (IEP) en ville, à 40 minutes de chez moi et l’Université d’Antananarivo, perchée sur une colline, bien trop loin pour que je puisse m’y rendre en marchant. Ce sera donc un retour au taxi-be pour cette seconde option.

 

La vie nocturne des chiens tananariviens (ou malgaches ?)

 

Tous les canidés de la capitale se mettent d’accord pour s’exprimer la nuit. A Itaosy ou en ville, les aboiements et autres hurlements ont lieu généralement autour de 22 heures et ça peut ressembler à un débat à l’Assemblée nationale en France.

Ils doivent se raconter des choses passionnantes pour aboyer de façon si intense…

Bon, je suis un peu dure car j’ai vu dans quelles conditions certains d’entre eux vivent : sur un mètre carré de balcon. Et je ne pense pas que les maîtres les promènent.

 

Les crachats

 

On crache et on se mouche avec les doigts à tout va. On est en période hivernale et ça accentue sans doute l’expectoration.

Ce crachat facile est d’abord un peu effrayant mais comme on dit, il vaut mieux que ça soit dehors que dedans. Pour le mouchage digital, au prix où sont les mouchoirs comparé au revenu moyen, c’est sûr que cette pratique se comprenne.

Je ne m’émeus plus vraiment du fait de sentir un postillon sur mon peau, d’attraper des microbes et croit très fort en mon système immunitaire.

 

Honte au système

 

Le commerce de denrées périssables périmées, c’est tout de même moche (article de Midi Madagasikara). En Australie, nous allions parfois dans des enseignes spécialisées (Rite Price) mais les denrées périssables étaient moindres et surtout, il y avait tout de même une bonne information du consommateur concernant les conditions d’achat et de péremption des produits.

Ici, je trouve ça tout simplement révoltant et dégradant.

 

Virée nocturne

 

Nous sortons très rarement en ville le soir mais nous avons tout de même fait une incursion nocturne avec mes colocataires. L’ambiance est tellement différente. Autant le brouhaha du jour est assourdissant, les stimulii visuels trop agressifs, autant la nuit paraît « plombée » face au jour. La nuit à Tananarive, tout est très sombre. Le clair-obscur est à son maximum.

Du coup, lorsqu’on passe dans les quartiers où il n’y qu’un éclairage public tous les kilomètres, les feux de déchets ressemblent à des chevelures dorées qui lèchent les ténèbres. Les filles sont adossées au mur, alignées, tellement sobres qu’elles ne paraissent pas être là pour le triste commerce de la chair.

Une virée la nuit, encore un nouvel univers pour mes sens habitués aux défis de la journée. Un univers où le taxi qui nous a ramené à bon port était un bateau ivre dans ce chemin proche de la piste, à l’image de la ville, vallonné.

 

Sortie (ratée) de la ville

 

Nous voulions aller à Ambohimanga ce weekend, une belle excursion touristique hors de la capitale polluée. Hélas, notre aventure s’est révélée d’une autre nature.

Nous avions voulu prendre un premier taxi-be du côté du marché d’Andravoaganhy mais en prenant plusieurs avis de chauffeurs, nous avons changé d’arrêt de bus et traversé le marché. C’était une version urbaine du marché d’Itaosy ; toujours des morceaux de viande, tripes et autres abats pendouillant aux échoppes mais un peu plus de poissons « frais » et séchés cette fois-ci. Il fallait toujours se frayer un chemin dans des ruelles étroites et dont le sol était aussi régulier qu’un cratère lunaire.

 

Concours National de la Chanson Française de l’Alliance Française d’Antananarivo

 

J’ai été membre du jury pour les sélections du Concours National de la Chanson Française à l’Alliance Française d’Antananarivo et c’était vraiment une bonne expérience. C’est la cinquième édition du concours et j’ai eu la chance d’entendre de sacrés talents.

C’était drôle et à la fois un peu effrayant de se mettre dans la peau d’un membre du jury. Le stress de certains candidats était intense et nous essayions de les détendre. En tous cas, j’ai été très fière de participer à un tel évènement.

La demi-finale aurait lieu le 3 septembre et la finale régionale le 10.

Les malgaches sont majoritairement de bons chanteurs et aiment tous le chant. Mon père m’avait d’ailleurs dit qu’à son humble avis, les malgaches étaient parmi les meilleurs musiciens de l’océan Indien. Ça me rappelle un taxi-be qui devait revenir d’une messe un dimanche. Tous les passagers chantaient en chœur et j’ai été très touchée par cette grâce vocale. Une fois de plus, j’ai eu l’impression d’entendre un écho du Pacifique dans ces chants malgaches.

 

Le sport, allié indispensable du voyageur

 

Nous allons tester une piscine avec Noémie, ma colocataire. Il fait encore frais et elle n’est pas chauffée mais nous avons tellement envie de nager que nous allons tenter l’expérience. J’ai beau marcher tous les jours (2 fois 45 minutes) mais je sens que mon corps a besoin de plus.

Noémie fait du futsal mais j’avoue que je préfèrerais le badminton ou la danse. J’ai vu une salle de sport en ville mais j’aimerais plutôt faire un sport qui m’apporte plus qu’un simple effort physique.

Je pense aussi que le sport est capital pour notre équilibre lorsqu’on voyage ou qu’on s’expatrie, surtout les premiers temps. Le moral peut varier, les conditions climatiques et les rythmes de vie sont différents et le sport peut aider à réguler tout ça.

 

Reprendre la radio

 

 

Une superbe opportunité pourrait s’offrir à moi dans les prochaines semaines. Le Centre de Presse Malagasy pourrait conclure un partenariat avec l’Université d’Antananarivo et dans ce partenariat est incluse ma participation en tant qu’animatrice radio pour une émission sur l’éducation aux médias et à l’information. L’émission serait diffusée sur la radio universitaire (Radio Universitaire Ambohitsaina 107FM). C’est terriblement excitant et j’ai hâte de commencer le projet !

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Plus d'un mois après l'arrivée

Objectif zéro déchets

 

A Itaosy, nous vivons avec une partie de nos déchets. N’ayant pas de vrai système de ramassage des ordures mais surtout de centre de conditionnement, nous ne pouvons pas décemment acheter et jeter sans bien réfléchir à la vie de nos déchets. Nous avons vu les détritus jonchés les environs, notamment les plastiques et nous ne pouvons pas participer à cette pollution. Nous essayons donc de réduire au maximum nos déchets. Evidemment, nous tentions déjà de le faire auparavant mais là, c’est encore autre chose lorsque vous sortez de chez vous et que vous voyez directement vos déchets.

Il existe bien des décharges aux alentours mais nous les avons visitées et c’est une telle désolation que ça nous pousse encore plus à être vigilants. Tout type d’ordure est brûlé, souvent pour tenter d’en récupérer quelque chose de valeur.

En ville, c’est encore une autre affaire. Autant en zone semi-rurale, nous avons un compost et nous pouvons donner certains déchets aux propriétaires de cochons, autant en ville, tout est pêle-mêle. Une nouvelle de « Chroniques de Madagascar » relate d’ailleurs assez bien la situation concernant le marché et la survie de certaines personnes grâce aux déchets. Un problème environnemental et social…

 

Ma nouvelle vie urbaine

 

Je vis maintenant en colocation avec un couple de Français du côté du lac Anosy. J’ai beaucoup de chance car ils sont adorables et nous avons beaucoup de points communs ; la piscine, la guitare et d’autres considérations et envies écologiques. Ils atténuent la tristesse que j’ai de vivre éloignée de mon compagnon.

J’ai une chambre qui donne sur une immense terrasse qui offre une grande vue sur le relief plein de collines de la ville. C’est agréable de voir loin. Il faut dire que c’est finalement un vrai luxe dans cette ville.

Ma première nuit s’est bien passée mais j’ai été réveillée par le début du trafic vers 4 heures du matin. Je peux maintenant marcher pour aller au travail. Je mets 45 minutes mais ça ne me dérange pas. Bien au contraire, j’ai toujours aimé marcher pour réfléchir ou faire le vide. Bien que ces deux activités soient opposées, cela fait pourtant sens. Lorsque je marche, je fais d’abord le vide dans ma tête. C’est une forme de méditation. Puis, je laisse vagabonder mon esprit et c’est comme ça que je trouve des idées ou l’inspiration.

Pendant la saison des pluies, je serais peut-être moins ravie…

J’ai essayé deux itinéraires ; l’un qui suit le tracé de mon second taxi-be, qui passe par deux tunnels très obscurs et très pollués et l’autre qui passe par de petits escaliers très abrupts, serrés entre les maisons et parfois très sales. Au final, dans les escaliers, j’ai croisé deux policiers qui m’ont dit qu’il y avait des voyous et d’éviter ce chemin. J’ai cru qu’ils allaient me demander autre chose mais finalement, non. Ce second itinéraire n’est pas non plus court donc adieu petit sport du matin (mais le premier itinéraire suffira, d’autant plus que j’ai l’impression que mon souffle est plus court ces derniers temps) et retour aux métaux lourds dans l’air.

 

Dureté urbaine

 

Revivre dans une grande ville réveille mes réflexes parisiens : visage fermé, démarche rigide, attitude dure. J’associe ces réflexes à la capitale française mais je me suis tout de même réconciliée avec Paris lors de mon dernier passage là-bas.

Mais c’est tout de même dans la capitale que j’avais construit cette carapace.

Du coup, ça me fait tout de même réfléchir sur mon expérience et mes attentes ici. Certes, je savais bien qu’Antananarivo serait bien loin du fruit de mes engagements qui avaient longuement mûri au fil de mes pérégrinations. Aspirer à une vie plus proche de la nature, vivre de façon respectueuse tant en vers la nature que l’humain, participer à une économie solidaire, apporter sa pierre à l’édifice du développement (modestement), tout cela est plutôt lointain. Pour des raisons de sécurité, je me dois de redevenir ce que j’étais auparavant.

 

Envie d’enseigner

 

Mon DAEFLE est plutôt lointain ces temps-ci. Mon envie d’enseigner est pourtant là.

Je crois en l’éducation comme levier pour un meilleur futur, que ce soit le français ou une autre discipline. Je conçois que le rapport à la langue française soit complexe dans une ancienne colonie française. Etant moi-même issue de deux anciennes colonies, je comprends l’envie de s’affranchir de cette Histoire. Et pourtant, c’est une langue magnifique et ceux qui ont su dépasser ces problématiques brillent pour moi au firmament. Aimé Césaire et Frantz Fanon pour ne citer qu’eux.

Frantz Fanon m’a particulièrement marquée. L’un de mes rédacteurs en chef en radio m’avait prêté « Peau noire, masque blanc » et ça a été un tournant dans ma pensée.

 

Lectures

 

Je lis actuellement « Vraie blonde et autres » de Jack Kerouac et « Les souvenirs » de David Foenkinos. J’ai beaucoup aimé « Je vais mieux » de ce dernier auteur. Je vis maintenant plus près de l’Alliance Française et je pourrais plus facilement emprunter et dévorer de nouveaux ouvrages.

J’ai littéralement engloutie « Les Rivières Pourpres » de Grangé que j’avais pioché à une loterie de prêt à l’Alliance française…

Heureusement qu’il me reste ma liseuse numérique à Itaosy, Kerouac étant resté en ville et « Les souvenirs » ayant eux aussi été avalés rapidement (ils étaient d’ailleurs fort goûtus). C’est le problème de ce dédoublement immobilier : la logistique.

 

Encore et toujours, pollution

 

Les locaux du Centre de Presse Malagasy sont à l’étage d’une entreprise spécialisée dans l’éradication de nuisibles (cafards, moustiques et autres créatures néfastes selon l’homme). Un midi, une odeur et _je suppose_ certaines substances ont embaumés l’air. Je ne savais plus si je devais retenir ou pas ma respiration.

Tous les matins, nous passons le balai au boulot avant de commencer à travailler, la poussière s’infiltrant partout.

Tous les jours où je travaille maintenant, je passe sous ses tunnels-boyaux (voir article précédent) et tous les jours, le matin, lorsque je me mouche, je retrouve ces traces noires.

J’ai eu une sorte de bronchite cette semaine. J’ai eu peur que ça se développe en vraie bronchite car ça m’aurait cloué au lit pour quelques semaines. Je ne sais pas trop si c’est du au temps ou à la pollution. L’avenir me le dira, je ne l’espère pas à mes dépens.

 

Frayeur toponymique

 

Je regardais récemment la carte de Tana et à ma grande surprise _et frayeur_, j’ai vu sur Google Maps, un chemin nommé « couloir de la mort ».

 

Souvenir numérique

 

Je me balade toujours avec une clé USB dans mon sac. Sur cette clé, j’ai redécouvert un document qui m’a ramené en Australie.

Pour notre demande de visa de résidence permanente, nous devions chacun écrire une version de l’histoire de notre rencontre pour les services d’immigration, n’étant ni mariés ni pacsés. Une demande tout de même assez intrusive dans notre vie privée mais pour avoir le visa, nous étions prêts à le faire.

J’ai relu l’histoire de François et j’ai eu l’impression d’ouvrir une boîte en fer blanc, comme dans « Le fabuleux destin d’Amélie Poulain ». Mais ça n’a pas réveillé que de bons souvenirs, comme dans le film. Ça m’a aussi rappelé que nous avions été boutés hors du pays un peu comme des malpropres, que j’ai été séparée de mes proches australiens, que mes nouvelles opportunités professionnelles devenaient caduques, que nous avions exposé notre vie privée et fournis je-ne-sais-plus combien de documents aux services d’immigration…Mais ça m’a aussi rappelé les bons moments que nous avions eu là-bas, notre vie simple, nos virées près de la mer le weekend (si le travail ne me tenait pas trop). C’est la vie.

 

Les Réunionnais vus par les malgaches

 

J’ai eu l’occasion d’assister à une formation en économie qui se tenait au Centre de Presse Malagasy. Le professeur présentait des auteurs des années 50 qui avaient des visions concernant l’économie des pays africains.

Il a abordé des problématiques communes aux deux îles, La Réunion et Madagascar, et pourtant, tout comme d’autres malgaches, son discours mettait une grande distance entre les deux îles. Certes, la Réunion est française mais elle reste un département d’outre-mer. Elle a été une colonie et des schémas coloniaux ont façonnés la Réunion d’aujourd’hui. De plus, l’indolence reprochée aux Réunionnais à cause d’un assistanat trouve un écho (minime mais tout de même) dans le comportement de certains malgaches avec les bailleurs de fonds internationaux.

La fuite des talents, la difficulté de ces derniers à décrocher les meilleurs postes dans leur pays et enfin, la diaspora, tout cela est similaire. Et quand j’entends parler des allocations « braguette » (on taxe les seuls réunionnais comme faisant des enfants pour obtenir des allocations familiales) reprochées aux Réunionnais, ça me fait tout de même bondir car c’est tout ce que j’ai fui et tout ce que je ne suis pas. Les bons et les mauvais existent partout.

On reproche aux réunionnais leur dédain pour les malgaches et malheureusement, je l’ai vu cet horrible dédain chez les réunionnais. Mais peut-on mettre tout le monde dans le même panier ? Et malheureusement, ce dédain existe également dans l’autre sens. Alors que les deux îles sont intimement liées, les premiers réunionnais étant des malgaches et que nous soyons tous cousins dans l’océan Indien.

 

Le développement en question

 

J’écoutais « Echos d’ici, échos d’ailleurs » sur RFI et mon attention a été captée par un économiste parlant de pays en voie de peuplement au lieu de pays en développement, notamment en Afrique. Ce monsieur se définit d’ailleurs comme « démo-économiste ».

C’était un invité assez rebelle, si ce n’est dire revêche parfois, avec certaines idées que je ne partage pas mais des concepts très intéressants sur le développement, ce qu’il est, devrait être et les conséquences de ses politiques au niveau de l’économie et de la vie.

J’étais d’accord avec lui sur le fait que la clé du « développement » est de faciliter la mobilité, l’inverse de ce qu’il se passe actuellement. Je partageais également son point de vue sur l’approche planétaire et non l’approche par pays, comme nous faisons actuellement.

Il rappelait, à juste titre, que les pays riches occidentaux avaient bâti leur richesse sur l’esclavage et la corvée alors qu’on demande aux pays en voie de développement de respecter nombres de normes internationales concernant les droits de l’homme et des contraintes environnementales strictes.

 

Le moringue du bout des rizières

 

Le moringue est un art martial, un peu similaire à la capoeira. On le retrouve dans l’océan Indien, notamment à Madagascar et à l’île de la Réunion.

Ce weekend, alors que François effectuait l’une de ses missions dans un village du bout d’Itaosy, nous avons assisté à une séance d’entraînement de moringue des jeunes du village. C’était un très beau moment.

Ce n’est pas facile pour ces jeunes d’agriculteurs, eux-mêmes déjà dans les champs, d’avoir des moments de divertissement et de formation en dehors des tâches quotidiennes. C’était beau de voir, garçons et filles, effectuer ces gestes ancestraux, s’inviter au combat, leurs dents blanches dans des rires francs de camaraderie.

Ca m’a fait penser aux entraînements de kalaripayattu avec mon ami Raveendran à la Réunion. Cet art martial indien ancestral est difficile mais François et moi nous étions accrochés (un peu plus moi que lui d’ailleurs) et la souplesse et les muscles étaient revenus.

 

Si j’ai le temps, j’aimerais peut-être bien faire du moringue ici…

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L'appel du son et des rizières

Saut en taxi-be

 

 

 

J’ai failli tomber deux fois du taxi-be en le prenant, ça devient sport. Le matin et maintenant l’après-midi, c’est un peu l’empoignade. Tout le monde se pousse pour pouvoir entrer dans le taxi-be. Je n’ose pas pousser les gens mais après une vingtaine de minutes, il le faut pourtant bien. Au moins 6 ou 7 taxis-be étaient soit pleins et ne s’arrêtaient pas soit il fallait être rapide et petit car j’étais carrément refusée.Deux fois, je m’étais accrochée au haut de la carlingue de l’appareil et un morceau de joint a failli se détacher. Les passagers de notre appareil ont eu poussé un petit cri de terreur mais j’ai réussi à m’en tirer sans mal finalement.

 

J’ai même des bleus aux jambes, à force d’acrobaties taxi-besques.

 

 

 

De l’absolue nécessité de l’escapade champêtre

 

 

 

Nous avons fait une balade à l’extrême ouest de Tananarive, plus loin qu’Itaosy. Ce bol d’oxygène _au sens littéral_ était aussi une découverte poétique des environs ruraux de Tananarive. Après avoir enfin quitté des rues poussiéreuses de villages, nous avons sillonné les chemins traversant les rizières pour passer non loin d’un endroit appelé la presqu’île. Durant la saison des pluies, l’endroit devient une petite île quasiment coupée du monde.

 

Nous sommes actuellement en hiver austral et le temps est très sec. Les rizières sont pour l’instant de vastes étendues de terre craquelées dont les gens font des briques. Cette terre semble argileuse, avec de la tourbe en dessous. Nous avons croisé quelques zébus sur ces chemins qui forment une sorte de colonne vertébrale de dinosaure dans ces champs. Nous sommes enfin arrivés près d’un bras de rivière couleur ocre avec quelques cultures maraîchères et une petite maison sur la rive d’en face. Nous nous sommes assis là, près de ce cours d’eau et j’ai retrouvé ma nature tant aimée. Les chants du cours d’eau et d’une brise s’harmonisaient en une musique douce, le soleil chaud une caresse. Je sentais mon horizon enfin dégagé ; je voyais enfin des maisons au loin, les collines de loin et les différentes couleurs des maisons former un patchwork.

 

Le temps commence à doucement se réchauffer, pour mon plus grand plaisir. Au soleil, il fait même chaud ! Cependant, beaucoup de personnes ont encore des toux grasses (liées peut-être plus à la pollution qu’à la température ?) et il faut faire attention.

 

 

 

Promiscuité

 

 

 

En passant par une rue de marché à Itaosy, j’ai eu peur de marcher sur une poule, un poisson ou un canard, de ne pas voir un trou et de mettre mon pied dans une eau saumâtre ou encore de sentir un rideau de tripes de zébu me caresser le visage.On doit toujours faire attention à milles choses ici, en milieu urbain. Les pickpockets, vols à la tire et autres menus larcins sont monnaie courante. Il faut toujours dispatcher l’argent sur soi, prendre soin d’avoir assez de liquide (car quasiment toutes les transactions se font en liquide) mais en même temps pas trop. Le problème, c’est que je peux parfois oublier où j’ai mis quoi. Ce sont des habitudes à prendre…

 

La promiscuité est quotidienne pour moi. Dans les taxis-be, je peux me retrouver avec les cuisses emboîtées dans celles de mes voisins, sentir l’haleine peu fraîche d’un receveur ou encore sentir le va et vient des côtes de mon voisin qui respire dans les taxis-be.

 

 

 

L’enveloppe du son

 

 

 

Notre seul lien avec l’extérieur à la maison, c’est la radio. A vrai dire, c’est mon média préféré. D’ailleurs, ça me manque d’en faire… J’ai été tenue en haleine par une émission sur RFI à propos d’un aveugle qui passe sa vie à voyager. C’est un thème qui m’a parlé pour des raisons personnelles. Le parcours de cet homme était tout simplement fascinant et je buvais consciencieusement ses paroles (1 heure d’émission tout de même !). J’aimerais d’ailleurs prendre des sons d’ambiance ici mais je dois le faire très discrètement car mon matériel peut attirer l’attention et les voleurs.

 

Ecouter et/ou faire de la musique me manque. Toujours pas eu le temps de trouver de petits haut-parleurs…

 

 

 

La houle des extrêmes

 

 

 

C’est compliqué de naviguer entre deux extrêmes. Extrême pauvreté. Extrême richesse. Le quotidien peut devenir un casse-tête vestimentaire. Comment venir au travail bien habillée et en même temps prendre le taxi be d’Itaosy sans attirer l’attention ? J’en suis à réfléchir à laisser une tenue correcte au travail et faire le trajet dans des vêtements moins habillés. La sensation d’accroc sur mon pantalon dans un taxi-be m’avait fait frémir une fois…

 

Il paraît que c’est une pratique assez répandue au Canada, le changement de tenue en arrivant au travail. Bon, après, je faisais ça aussi à Adélaïde. J’avais ma tenue pour faire du vélo et ma tenue de commis (eh oui, avec la blouse, le petit chapeau et le reste !).

 

 

 

Au revoir André

 

 

 

J’ai appris le décès d’André Pangrani et ça m’a beaucoup et me chagrine toujours. Je n’avais échangé que quelques emails avec le co-fondateur du Cri du Margouillat et créateur de la revue littéraire Kanyar. En Australie, je cherchais une revue réunionnaise et j’ai trouvé Kanyar. Je m’étais fait livrer un exemplaire au pays des kangourous. J’étais tellement heureuse et fière de cette revue, de pouvoir participer un peu à cette revue, avec ma petite participation financière. J’avais même osé lui demander si je pouvais envoyer un manuscrit et il m’avait gentiment répondu que c’était tout à fait possible. Je voulais écrire pour Kanyar. J’aurais voulu intégrer le cercle, discuter avec lui, avec eux. Je n’ai jamais osé vraiment écrire ; ça me paraît gravir l’Everest et être une activité trop noble pour moi. Et pourtant, finalement, une fois que mon chagrin se sera atténué, peut-être qu’il faut que je prenne à bras le corps l’écriture. Peut-être qu’André Pangrani m’aurait dit « mais si, vas-y »…

 

 

 

Nettoyage à sec

 

 

 

Il y a de plus en plus de militaires dans les rues en journée. Tous les petits marchands du pont d’Ikopa avaient disparus l’espace de la semaine des Jeux de l’océan Indien. Un étrange écho avec Rio… L’approche du Sommet de la Francophonie créé également des remous. Un village de la francophonie est actuellement en construction en proche périphérie de la ville mais les travaux ont pris beaucoup de retard et les organisateurs commencent à réfléchir à mettre toutes ces personnalités sous des tentes ! (article Midi Madagasikara)

 

 

 

Une nouvelle vie commence

 

 

 

Je vais finalement habiter la moitié de la semaine en ville. Je vais faire une colocation avec un couple de Français. Nous sommes plutôt tristes, François et moi, mais nous verrons bien comment ça se passera. Je vais peut-être devoir prendre un taxi-be mais je réfléchis à faire le trajet à pied. Mais encore une fois, la pollution pourrait entraver mes plans…Mais la bonne nouvelle, c’est que je vais pouvoir ramasser mes heures de travail et finir plus tôt dans la semaine.

 

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Sa place

C’est actuellement la période des cérémonies de circoncision.

 

Nous l’avons appris grâce au son lointain des fanfares. Depuis la fenêtre, nous avons vu une foule guidée par un homme tenant une canne à sucre et une bouteille de rhum.

 

 

 

Les bassines sanglantes

 

 

 

Il y a certaines images qui restent imprimées sur la rétine, comme la lumière dans l’obscurité. Beaucoup de petites échoppes se succèdent après le pont qui passe au-dessus de la rivière Ikopa. On peut voir de gros sacs de riz et autres céréales et grains, des légumes, des œufs mais aussi des bassines de viande.

 

Au début, cette vision était particulièrement crue pour mes yeux de privilégiée par leur abondance. Des tas de bassines, des tas de morceaux de viande entassés dans ces bassines. Non couvertes, parfois presque à même le sol. Et ce gros hachoir qui tombe sur ce nerf un peu coriace.

 

Mais au fond, avec du recul et après le choc visuel, je me dis que c’est une hypocrisie bien occidentale. Car les mêmes choses sont visibles en France, Australie ou autre pays florissant. C’est simplement qu’elles ne sont pas aussi accessibles. Bien sûr, l’hygiène n’est pas la même mais c’est surtout la vision qui est perturbante. Bon, il y a bien l’odeur de cru mais je m’arrête là car je crains de perdre quelques lecteurs dans cette description.

 

Ceci dit, quelques groupes tentent de montrer au grand public les conditions d’abattage déplorable des animaux en France et ailleurs et le public commence à avoir accès à cette vérité.

 

Des bassines de viande mais aussi d’abats. C’est moins difficile pour moi car j’ai dû détailler un demi-agneau (entre autres) et cuisiner des abats pendant mes études de cuisine en Australie. Puis les abats ne m’ont jamais vraiment dégoûté. L’odeur des rognons est un peu forte mais c’est tout.

 

 

 

Les entrailles de Tana

 

 

 

Je passe deux tunnels le matin. Nous avons passé l’un d’entre eux les premiers jours de notre arrivée, lorsque nous logions en ville. Il était redouté par les autres coopérants pour son insécurité, sa pollution et sa misère. Il m’avait fait l’effet d’un boyau.

 

Tananarive pourrait être une entité organique avec des constrictions et digestions de circulation, des crachats de sucs divers et variés, une pression artérielle de population.

 

 

 

Artisanat

 

 

 

Nous avons fait un tour au marché artisanal de la Digue, au nord de la ville. Il y avait de beaux articles mais comme dans tous les endroits touristiques, je n’aime pas les accroches trop pressantes. Et encore, les vendeurs étaient gentils et polis. Lors de mon séjour au Mexique, dans le Yucatan, les techniques commerciales étaient plus agressives.

 

Nous voulions simplement jeter un œil. Seule une petite boîte de dominos m’aurait intéressé. N’ayant pas la télé et la radio de façon limitée, nous aimerions bien avoir des jeux de société. Nous jouions pas mal au Scrabble à une époque et nous aimerions en faire faire un en bois (ou en récup’) ici. Les malgaches ont une bonne réputation concernant l’artisanat (sculpture, instruments de musique, broderie, etc).

 

 

 

Le pouls de la jeunesse

 

 

 

Je glane de plus en plus de mots et petites phrases malgaches. Je suis très fière de pouvoir enfin dire que je descends au receveur du bus (« Misy miala »). En revanche, je ne suis capable que de déduire ce qu’il se passe. Cette semaine, un receveur a essayé de ne pas me rendre la monnaie sur mon trajet. Il riait beaucoup, parlait beaucoup mais avant de descendre, je lui ai dit qu’il devait me rendre la monnaie. Il s’était alors platement excusé.

 

Ma collègue du Centre de Presse Malagasy m’avait prévenu sur ces receveurs qui ne font exprès de ne pas rendre la monnaie ou qui prétendent ne pas en avoir. Elle m’a dit que je parlerai couramment malgache d’ici la fin de mon contrat en avril 2017, ce serait pour moi un très grand accomplissement !

 

J’ai eu la grande chance d’échanger avec des étudiantes malgaches sur le pays, la jeunesse malgache et leurs aspirations. J’ai été éblouie par leur force ; elles veulent entreprendre des choses et surtout, elles font du bénévolat. Faire du bénévolat à Madagascar, alors que beaucoup peuvent avoir plusieurs boulots, c’est plus qu’admirable…

 

 

 

Ambiance au bureau

 

 

 

J’ai eu un accueil très chaleureux au Centre de Presse Malagasy. Les membres du Conseil d’administration, tous des journalistes, prennent le temps de venir me rencontrer et j’apprécie beaucoup ce geste, connaissant bien les contraintes du métier et la disponibilité limitée des professionnels.

 

Beaucoup de chantiers intéressants m’attendent, peut-être même le défi de la formation. Je trouve tout cela très exaltant !

 

 

 

Retour urbain

 

 

 

Je vais devoir venir vivre en ville. J’ai pensé à différentes options de transport : le vélo, le scooter, la voiture avec chauffeur… Mais finalement, c’est soit trop dangereux soit pas rentable donc il ne reste que l’option de vivre en ville.

 

La pollution est toujours très présente. Il y a quelques traces noires lorsque je me mouche. Comme à Paris. Je compare ces capitales et pourtant, elles différent sur un point essentiel : les malgaches sont bien plus gentils et sourient plus.

 

 

 

Avoir sa place

 

 

 

Je suis partie faire un peu de shopping dans l’espoir de me trouver quelques vêtements. On m’avait dit avant de partir de venir sans vêtements car je pourrais me rhabiller pour pas cher. En effet, les prix défient toute concurrence mais c’était sans compter que je suis vraiment grande pour les malgaches et les chinois (car pour beaucoup, ce sont des vêtements chinois). Du coup, ça a été compliqué de trouver un pantalon avec mes grandes jambes !

 

Je ne rentre pas vraiment dans les cases ici.

 

Il est toujours compliqué pour moi de rentrer dans les taxi be avec mes hanches larges. J’ai même eu des « remontrances » d’une dame dans un taxi be. Bien habillée, la moue boudeuse, cette dame m’a dit quelque chose en malgache qui ne devait pas être très sympathique vu son ton. Probablement quelque chose à propos de mon gabarit.

 

J’espère pouvoir trouver ma place…

 

C’est toujours difficile de trouver sa place, chez soi, lorsque l’on revient de l’étranger et à l’étranger. Parfois, il est d’ailleurs plus facile de la trouver à l’étranger.

 

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Mise en route

Ca y est, j’ai enfin pris mes fonctions au Centre de Presse Malagasy. Comme il est bon de sentir que l’on va être utile après tant d’attente !

 

Je vais finalement me charger de développement et d’animation pour le Centre : un programme très excitant ! Le Centre organise des animations (ateliers, conférences de presse, formations) et je suis très contente de prendre part à tout ça.

 

Le directeur du Centre a évoqué des valeurs qui me sont chères lors de notre première rencontre : savoir-faire, savoir-être et quête vers l’excellence. Je viens remplir ma mission en toute humilité et je vais apprendre beaucoup de cette expérience.

 

 

 

Les mandarines ondulantes

 

 

 

La Beauté est partout, en témoigne ce moment magique pour qui sait voir. Un matin, notre bus cahotait comme souvent sur les pavés irréguliers. La foule du marché était compacte autour de la carcasse métallique du véhicule. De loin, tout semblait anarchique et même absurde avec des marchands de tout et n’importe quoi. Les couleurs même semblaient mettre leur grain de sel et préférer la dissonance ce matin-là.

 

Mais l’espace de quelques secondes, une file de femmes de dos avec des paniers plein de mandarines juchés sur le crâne s’est mise à onduler comme ce mouvement d’herbe hypnotique dans le vent, ce moment où le terrestre imite à la perfection l’onde. C’était un beau moment que j’ai partagé avec François. Un moment simple et beau. Dans notre petit bus bondé du matin.

 

 

 

La misère

 

 

 

Je n’ai pas encore abordé ce point et pourtant, elle vous prend à la gorge dès la sortie de l’aéroport. Madagascar est l’un des pays les plus pauvres au monde.

 

Les haillons, la mauvaise santé de certains (un homme marchait avec un pied totalement à l’envers) et le dénuement de certains en témoignent.

 

C’est dur de voir ça mais j’ai toujours mis une certaine distance. Je ne pense pas être plus forte que quelqu’un d’autre mais l’argent n’est pas la meilleure réponse.

 

Bien que je n’ai jamais ni vécu dans l’opulence, ni consommé de façon frénétique auparavant, je me suis vraiment tournée vers la sobriété depuis que je suis partie en Australie. J’ai toujours été révoltée par le gâchis et ce que j’ai pu voir en Australie atteignait parfois des sommets. Il ne faut même pas essayer de comparer l’Australie à Madagascar sur ce point. Mais c’est dans ce pays d’abondance et de vie peu chère que je me suis tournée vers un mode de vie plus simple. Ca ne veut pas dire qu’on ne se fait pas plaisir de temps à autre : sobriété ne rime pas avec rigorisme. Mais c’est l’évidence du respect de ce qui nous entoure : la nature qui a fourni des efforts pour produire la nourriture, l’énergie, tout ce dont nous dépendons.

 

Je me souviens lors de mon passage en 2006 de cette misère déjà très présente, des enfants qui vous assaillent car vous êtes étrangers donc riches. Cependant, les enfants ne s’accrochaient pas trop à moi à l’époque car j’étais tout de même mal vêtue (en prévention). Aujourd’hui, je me balade avec François, un vahaza (prononcez « vaza ») et du coup, les mendiants sont plus insistants. En revanche, on m’a dit que je ressemblais à une karana (« karane ») donc ils gardent leur distance. Les karana sont une communauté venue d’Inde et font partie pour certains de la haute société malgache ; ils ont beaucoup de pouvoir et d’argent. Ils sont craints par les autres malgaches.

 

 

 

Les habits du moine

 

 

 

C’est drôle toutes les origines que l’on peut me prêter. A Nantes déjà, en CM2, des élèves faisaient la danse du ventre sur mon passage, croyant que j’étais d’Afrique du Nord. A Paris, j’étais clairement cataloguée maghrébine. Pour mon tout premier emploi, à l’ANPE de Villejuif en région parisienne, des demandeurs d’emploi me parlaient en arabe. Le contexte étant particulier (après le 11 septembre 2001), j’ai aussi été insultée.

 

Cependant, on a pu m’attribuer des origines plus exotiques telles que l’Inde, le Brésil, la Polynésie ou encore l’Espagne ou l’Italie.

 

 

 

Prendre ses marques

 

 

 

Je commence à prendre mes marques après deux semaines. Je sais maintenant où prendre le bus, quel bus et monter en marche. Nous sommes maintenant bien installés dans notre petit appartement.

 

Quand peut-on parler d’habitudes ? Faut-il attendre quelques jours, des semaines, des années ?

 

Je m’habitue à notre ami à plumes qui nous rend visite tous les matins vers 6h30.

 

Cependant, s’il y a une chose à laquelle je ne m’habitue pas, c’est bien la densité de la ville (dense cité !). Pour l’instant, je trouve toujours que ça me demande beaucoup d’énergie de faire face au soleil (ici très ardent _oui, ça paraît un thème léger sorti de nulle part mais pourtant, ce soleil est agressif pour les yeux et mes prunelles sont déjà bien fragiles_), faire attention à l’endroit où je pose mon pied, à la circulation, à mes poches, à ce moment drôle ou insolite que je viens de rater car je regardais attentivement où je posais mon pied et à je-ne-sais-quoi encore.

 

On m’avait dit « on vit plus [plus intensément] à Mada ». C’est vrai que certaines choses sont plus intenses. Le goût des légumes est clairement plus intense, les particules de pollution sont plus intenses, le désir et la volonté de certains humains sont plus intenses.

 

 

 

Taxi be

 

 

 

Je reviens encore sur les bus car finalement, le trajet dans ces « taxi be » est source de beaucoup d’anecdotes et occupe tout de même presque 3 heures de ma journée. Concernant les particules de pollution, il m’est tout de même arrivé de voir déferler à l’intérieur d’un taxi be, où nous étions plus tassés que des sardines, une fumée bleutée qui n’avait rien à voir avec un feu de bois ou une fumée de discothèque.

 

Prendre le « taxi be », c’est aussi partager des moments très intimes avec les autres passagers. Un matin, j’étais « assise » à côté d’une mère qui allaitait son enfant et ses petits pieds tapotaient de contentement ma cuisse.

 

Au passage, je me résigne un peu face à la pollution car même à l’intérieur des bâtiments (bureau et maison), on sent les pots d’échappement… La seule action que j’envisage, c’est d’utiliser régulièrement mon spray isotonique.

 

J’ai constaté qu’il existe deux types de taxi be ; les « grands » qui doivent probablement desservir des destinations plus lointaines, les campagnes et les « petits » qui doivent sans doute rester en ville. J’ai la chance d’avoir le grand format pour les trois quarts de mon trajet. Mais je suis toujours obligée d’être assise sur une fesse pendant presqu’une heure. Pour le petit format, c’est une autre histoire. Ces bus sont des mini-mini-bus : ils sont petits et bas. Lorsque je rentre dans ce bus (toujours en marche), j’ai l’impression qu’on bourre le tambour d’une machine à laver. Sauf que j’ai tout de même des os…

 

 

 

Suivi de lecture et médias

 

 

 

J’ai fini « Chroniques de Madagascar » et « Imerina » d’Eric Nonn. Les « Chroniques » étaient très intéressantes et variées. J’ai vraiment été saisie par la beauté de l’écriture de Lila Hanitra Ratsifandriahamanana (« Le kéré »). « Imerina » était bien aussi, sur la vie de Jean-Joseph Rabearivelo, grande figure littéraire malgache.

 

Je n’ai pas encore pu trouver de radio mais nous écoutons la radio sur le téléphone portable de François. Nous essayons d’écouter les journaux en malgache mais nous ne maîtrisons pas assez la langue pour ça ! Nous écoutons donc RFI et BBC Afrique.

 

Nous avons mis du temps à avoir internet car tout prend du temps ici, surtout depuis que je travaille.

 

 

 

ROI (Retour sur Intention)

 

 

 

Je sens que j’ai bien fait de me réinvestir dans l’écriture. J’écris parce que j’aime partager. Un point de vue, une expérience. Et je sens que mon objectif est atteint car je reçois des messages en privé de lecteurs qui me réchauffent le palpitant et je vous en remercie infiniment pour vos commentaires publics et privés.

 

Je sens que vous êtes là, avec moi, sur cette rue encombrée d’Itaosy ou en face de ce plat malgache dont je ne peux pas encore me souvenir du nom, que j’essaie timidement de prononcer, et même le soir, lorsque je m’endors sous cette moustiquaire aux airs de baldaquin.

 

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Deuxième semaine malgache

Je devrais être présentée mardi 19 juillet (demain) au Centre de presse Malagasy. Je suis enfin guérie d’une mauvaise grippe qui m’avait bien affaiblie à mon arrivée. Je m’accommode au climat et probablement à l’altitude. Pour la pollution, j’ai été moins exposée cette semaine et nous verrons donc par la suite.

 

Le sens de la coopération

 

Certains coopérants ont du rentrer et cela m’attriste pour eux car ils n’ont même pas vus la ville où ils devaient être affecté (en province). Les bénéficiaires de ce programme sont des bénéficiaires du RSA donc des minimas sociaux. Nous avons tous peu de moyens financiers derrière nous et pour certains une certaine vulnérabilité. Cependant, nous sommes tous animés par une très grande motivation, parfois même des missions personnelles.

A contrario, d’autres ont l’air de s’épanouir et c’est très agréable à voir.

La coopération, c’est le sens pour certains ; donner du sens à son travail et je dirais même plus, donner du sens à sa vie. Nous nous épaulons dans ce qui parfois être des difficultés. A mon sens, c’est aussi ça la coopération.

C’est aussi co-développer. Tout en respectant nos hôtes (en l’occurrence les malgaches), nous proposons nos services, d’amener une petite pièce à l’édifice.

 

François, mon conjoint, s’épanouit dans sa mission. Directeur technique de l’association Miaro (une association de malgaches pour les malgaches), il fait actuellement un état des lieux et parcourt les environs pour pouvoir mettre en place un plan d’action. Ses axes de travail sont l’assainissement, les pratiques agricoles et l’accès à l’eau potable. Il va mener des actions de sensibilisation. C’est un travail de terrain, des actions concrètes ; une mission palpitante !

 

En pratique

 

Cependant, la vie pratique nous rattrape et je vais devoir faire des choix par rapport à mes missions. J’habite actuellement à Itaosy mais je vais travailler dans deux structures en centre-ville. Faire la route tous les jours correspond à environ 2 heures de trajet, à moins de décaler les horaires (ce que j’envisage peut-être de faire). Ca ne me dérange pas de me lever tôt. A Paris, je me réveillais vers 4 heures du matin lorsque je faisais les revues de presse. A Adélaïde, j’avais de grosses journées ; je me réveillais vers 5 heures du matin, allais en vélo en cours de cuisine pour débuter vers 7 heures, finissais les cours vers 16h, commençais mon service au restaurant vers 19h et finissais généralement vers 22 à 23 heures.

 

Cet axe est le plus embouteillé de toute la ville. Autrement, il me faudra payer deux loyers et faire une colocation en ville, une suggestion qui m’a été soufflée…

Le temps de transport ne me gêne pas vraiment, surtout si j’ai un bon livre à lire. Je prenais autant de temps dans les transports parisiens quand j’habitais en banlieue. En revanche, la pollution est plus difficile à supporter ici.

 

Il y a quelques délestages de temps à autre et nous nous sommes retrouvés sans électricité pendant deux heures un soir. Mais c’est juste une question d’organisation ; nous avions été prévenus et avons acheté des bougies que nous avons disséminées dans l’appartement.

 

IMRA

 

Nous avons fait un saut à l’IMRA (Institut Malgache de Recherche Appliquée) qui est à deux pas de la résidence. Nous sommes passés à côté de rizières où des bandes de canards s’ébrouaient joyeusement. Ca faisait du bien d’avoir un peu plus d’espace, un horizon un peu plus lointain. C’est déjà ce qui me chagrinait grandement à Paris ; ne pas pouvoir voir plus loin qu’à quelques mètres. Il y a avait toujours un mur, du béton, des gens. Là, j’ai les trous dans la chaussée, les saletés, les poules et les potentiels drapeaux ou parasols (eh oui, je suis grande, surtout par rapport aux malgaches) en plus.

C’était bien agréable de sortir de la « fureur » de la rue principale.

Nous avons fait un tour au musée dédié à Albert Rakoto Ratsimamanga. C’était une visite très intéressante sur un grand personnage de l’Histoire malgache. Ce malgache a brillé sur la scène internationale pour ses talents scientifiques ; il a eu son baccalauréat à 16 ans, devient médecin à 22 et découvre l’acide ascorbique puis créé pas moins de 40 médicaments. Il a étudié puis a dirigé des travaux dirigés à l’Ecole de Médecine à Paris, s’est engagé pendant la Seconde guerre mondiale et a été membre honoraire à l’UNESCO. Un sacré exemple pour la jeunesse !

Le jardin de l’institut était très agréable bien que l’hiver ait mis en sommeil pas mal de plantes.

 

Soubresauts

 

Nous étions en ville pour trouver quelques bricoles après une réunion d’information. Au moment de rejoindre la gare routière pour rentrer à la maison, nous avons vu une foule au loin et entendu une clameur. Lorsque nous avons vu quelques personnes courir dans le sens opposé et des militaires, nous avons tout de suite pris le sens opposé à la foule. Malgré tout, nous étions obligés de passer devant la gare et nous avons vu une rangée de militaires. Nous avons tranquillement pris notre bus un peu plus loin.

Le soir, dans les journaux télévisés, on évoquait cette situation. Avant notre arrivée à Madagascar, je suivais les informations sur les médias malgaches qui évoquaient déjà des soucis concernant « le code de la communication » (je vous invite à lire les médias malgaches francophones à ce sujet). Des journalistes manifestaient et les forces de l’ordre sont intervenues. Il y a eu quelques jets de gaz lacrymogènes mais heureusement, pas plus. Du moins, pour l’instant.

 

La culture ici et ailleurs

 

Je me suis rendue à l’Alliance Française d’Antananarivo où j’ai eu plaisir à emprunter des livres malgaches écrits en français. Avant de partir, j’avais lu et apprécié un recueil de nouvelles malgaches écrites en français publiées par Courrier International (il me semble que ce sont les « Miniatures » et c’est une collection sur les auteurs de l’océan Indien). Une amie m’avait précédemment prêté la collection des auteurs mauriciens que j’avais aussi bien aimé.

J’ai emprunté « Chroniques de Madagascar », un recueil de nouvelles sélectionnées par Dominique Ranaivoson, « Madagascar ou le journal de Robert Drury » de Daniel Defoe, « Imerina » d’Eric Nonn et « Miangaly ou l’île en plainte » de Sylvia Hanitra Andriamampianina. Je débute actuellement « Chroniques de Madagascar ».

A la Réunion, j’avais fait un saut à la Bibliothèque Départementale de la Réunion où j’avais trouvé une bande dessinée très intéressante, « Vazahabe » de Denis Vierge et des ouvrages intéressants sur la littérature malgache. C’est une littérature foisonnante que j’ai hâte de découvrir plus en détail !

Ce tour à l’Alliance Française m’a fait me replonger au temps où nous fréquentions les bibliothèques d’Adélaïde. Nous avons habité dans le nord de la ville ; d’abord à North Adelaide, où la bibliothèque avait un petit fonds et un piano puis à Prospect, où la bibliothèque du coin recelait de grands trésors et d’activités. A Prospect, nous allions souvent à pied rendre et reprendre des ouvrages et des films. Nous avons eu la grande chance de voir des films sur et par des aborigènes mais aussi la flore et l’histoire locale. Puis de temps à autre, nous allions à la bibliothèque en centre ville. Elle venait d’être déménagée dans des locaux magnifiques, en haut d’un immeuble et offrait des contenus inédits dans beaucoup de langues différentes car il est vrai que beaucoup de communautés du monde entier convergeaient vers Adélaïde. La première fois que nous avions mis les pieds là-bas, j’étais émue aux larmes de voir une décente section de livres francophones.

C’est drôle le rapport que l’on a à sa propre culture lorsqu’on vit à l’étranger. A la Réunion, j’avoue que je fréquentais beaucoup moins les bibliothèques. Il faut dire qu’il m’était souvent difficile de me déplacer et que le fonds local de la Possession est assez misérable (hélas, trois fois hélas !).

En tous cas, je suis contente de voir que l’Alliance Française locale a un fonds intéressant (papier et numérique) et c’était appréciable de voir beaucoup de malgaches fréquenter la bibliothèque.

 

La musique de la langue

 

Je me suis rendue à l’Alliance en bus. C’est la première fois que je le prenais seule. D’habitude, nous allions mon compagnon, sa collaboratrice malgache, Prisca et moi. Prisca nous facilitait grandement la compréhension du processus.

Cette fois-ci, j’ai été totalement immergée dans la langue et j’avoue que je n’ai pas compris grand-chose à ce qu’il se disait autour de moi. Mais loin d’être désagréable, c’était une expérience intéressante. J’essayais d’identifier des mots que j’avais déjà « appris » et n’y arrivant pas, je me suis laissée totalement bercée par une conversation, la radio, les bruits de la route, des marchands sur le bord de la route…Je faisais partie de ce tout sans rien y comprendre et ça ne me dérangeait pas vraiment.

Au moment où je me suis assise (sur une planche de bois dans la « rangée centrale »), une dame s’est adressée à moi en malgache. J’ai supposé qu’elle me disait quelque chose comme « ça va, vous avez assez de place ? » ou «  pas trop serrée ? » et je n’ai pu répondre qu’en français (pour le moment) un petit « oui, ça va ».

Comme pour tout apprentissage d’une nouvelle langue, le rythme de discussion normal nous paraît incroyablement rapide et les mots tronçonnés mais j’ai cependant bon espoir. Il faut s’accrocher. Du coup, je potasse ma méthode Assimil et continue de demander à Prisca mais aussi à des personnes qui travaillent au sein de la résidence une correction de ma prononciation.

La langue est une musique. Je reconnais _à défaut du sens pour l’instant_ des accents maori et portugais. Pour les accents maori, c’est quelque chose d’assez logique compte-tenu de la migration d’Asie du Sud-Est vers Madagascar. Les racines mélanésiennes s’enfoncent dans le Pacifique, d’où les Maori. Ca me rappelle cette visite du musée d’Auckland où nous avions eu la chance d’assister à un petit spectacle de danse et de chant maori. Les mélodies et la langue étaient tellement douces et harmonieuses ! Puis il y a aussi que le malgache fait partie de cette catégorie de langues très anciennes, les langues austronésiennes (Pacifique, Papousie-Nouvelle-Guinée, Australie).

Pour le portugais, c’est un apport colonial. Bien entendu, il y a encore mille autres influences (africaines, notamment bantou, et autres).

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Premiers jours

Le voyage s’était plutôt bien passé, sans retard majeur, sans perte de bagages… Je suis vraiment contente de partir enfin à l’aventure. Après cette petite heure et demie de vol, je suis donc arrivée à Antananarivo (Tananarive) en mi-journée. J’ai revu l’étendue de Tana, sa terre rouge, ses collines depuis les airs.

Nous avons été installés dans une auberge de jeunesse, la Kaze des Volontaires dans le centre. La gérante était vraiment très gentille mais il est vrai que nous étions un peu tassés dans les chambres. Le premier soir, j’ai eu la chance de manger un mijoté de zébu et de boire une bonne THB (Three Horses Beer, la bière locale). J’étais contente de retrouver mes camarades de la coopération.

Il a ensuite fallu bien de l’énergie pour faire toutes les démarches car Tana est une ville dense, très polluée et assez anarchique.

 

Les démarches

 

Lorsque nous sommes arrivés, il a fallu nous inscrire au fokontany, une autorité morale de quartier et faire certifier la photocopie de notre passeport par la mairie en attendant notre carte de résident permanent. On m’avait dit que ça pouvait prendre beaucoup de temps mais je trouve que c’est assez relatif comparé à la CAF à la Réunion pour laquelle il fallait venir au moins à 7 heures du matin car avant l’ouverture à 7h30, on pouvait avoir la surprise de voir une vingtaine de personnes déjà faire la queue.

On peut avoir plus d’étapes dans le processus mais jusqu’à présent, j’ai trouvé les administrations malgaches efficaces.

Puis il a fallu faire des photos d’identité « à la malgache » pour la demande de visa de longue durée. Il faut alors comprendre un cadre plus large, avec le haut du buste.

Nous avons eu des réunions d’information concernant la sécurité et la santé. Celle sur la santé m’a plus inquiété que celle sur la sécurité car au final, hormis les consignes habituelles (respecter les habitants et leur fonctionnement, ne pas sortir la nuit et ne pas aller là où on nous dit de ne pas aller), rien de spécial. En revanche, concernant la santé, la doctoresse nous a fait une bonne liste des maladies auxquelles nous pourrions être exposées, surtout à Itaosy, là où nous vivons. Le paludisme, qui ne concerne pas car nous sommes dans une zone exempte de risques, est une peccadille à côté de la peste, la rage (rappelons que ces deux dernières sont mortelles si elles ne sont pas soignées à temps) et de la bilharziose. Ceci dit, dans mon cas, je pense que c’est davantage la pollution et la poussière qui peuvent être un problème.

 

Les transports

 

J’avais déjà pris les taxis malgaches lors de ma précédente venue sur Tana en 2006 et je connaissais déjà l’état du parc automobile mais je ne me suis vite replongée dans ce folklore très croustillant. Les taxis de Tana sont généralement vieux et ne rouleraient probablement jamais autre part qu’à Madagascar. En 2006, la Deux Chevaux de mon chauffeur s’était arrêtée en pleine course pour qu’il puisse remettre un peu d’essence dans le réservoir ; il avait attrapé une bouteille en plastique dans la portière et nous étions repartis comme en 40 ! Cette fois-ci, j’ai eu davantage le temps de détailler les différents types de taxis et leurs spécificités : taxis courant-d’air (un clin d’œil aux cars courant-d’air que nous avions à la Réunion et probablement dans d’autres pays africains et peut-être sud-américains), taxis châssis-en-béton… La ceinture de sécurité, quand il y en a une, est au mieux bloquée. Les phares, quand ils existent, éclairent souvent peu. Mais je n’ai jamais fait ma dernière prière car il émane comme une grande confiance en soi et/ou une certaine fatalité des chauffeurs de taxis.

J’ai aussi eu l’occasion de prendre le bus. C’est également très folklorique et j’avoue que j’ai bien aimé l’expérience. Le bus est un mini-bus avec une petite pancarte fichée sur le pare-brise avant pour indiquer sa destination. A l’arrière du bus, un receveur court derrière le bus lorsqu’il ralentit pour prendre de nouveaux voyageurs. Il faut alors monter rapidement car le bus peut être toujours en marche. Il faut ensuite se faufiler pour trouver une place. Les malgaches sont souvent petits et menus donc mes genoux touchent le siège de devant et il est parfois compliqué de sortir et descendre du bus (parfois toujours en marche !). Les passagers sont souvent bien tassés mais l’ambiance est tellement meilleure que dans n’importe quel moyen de transport parisien !

Puis il y a les autres usagers de la route : les charrettes à zébu. Je les trouve magnifiques ; les bêtes sont fières et le poil beau sans compter que leurs sabots claquent sur les pavés. Nous habitons dans un quartier en périphérie de Tananarive où la première route goudronnée a été faite.

Tana m’a rappelé Paris par sa densité, sa pollution (bien que je pense que la capitale malgache décroche largement la palme) et son étendue.

 

La fatigue

 

J’apprécie beaucoup mes premiers instants à Tananarive malgré une très grande fatigue. Nous avons du faire pas mal de démarches mais surtout, le temps n’a pas la même valeur ici. Les déplacements peuvent prendre des heures pour des distances faibles ; les embouteillages sont très importants sur la capitale et on va souvent aussi vite à pied qu’en voiture ou en bus. Les routes sont en mauvais état mais c’est surtout qu’il n’y a aucun itinéraire bis. La ville a été construite pour une capacité de 500 000 habitants, nous confiait un habitant. Aujourd’hui, elle en habite 3 millions.

Puis c’est le lot de l’expatriation. Les premiers temps sont épuisants : les papiers, la langue, les nouveaux repères (géographiques, culturels, climatiques avec le froid, le soleil et l’altitude). Physiquement, c’est assez éprouvant : on marche beaucoup (Tana et ses environs sont très vallonnés), on porte beaucoup de choses (car il faut bien s’équiper), il fait froid donc le corps brûle plus (nous n’avons pas de chauffage), on doit faire attention à ne pas ramener des puces donc on doit mettre en place certaines procédures avant d’entrer dans la maison, idem pour les légumes. Je suis peut-être aussi fatiguée à cause de la grippe récemment attrapée. Je suis sujette à un asthme d’effort et aux bronchites mais vu les grosses particules dans l’air, ça devrait aller. Je compte m’acheter un masque dès que possible. Nous avons marché une petite demi-heure pour aller faire quelques courses et j’étais vraiment essoufflée. Certes, l’excitation de l’arrivée retombée, les deux nuits en auberge de jeunesse et une vigilance accrue toute la journée, font que la fatigue physique me creuse.

Enfin, avec le temps, je prendrai le rythme.

 

Le quartier

 

Nous habitons à Itaosy, un quartier semi-rural. Nous avons fait un petit tour dans le coin. Il y a une rue principale pavée, une belle église, une petite carrière en fin d’exploitation, des tombeaux le long de la route, des enfants qui jouent à la luge dans une bassine sur une pente rocheuse, des champs de songe (des trous d’environ 50 cm de diamètre) et d’autres choses, des petites boutiques le long de la route où on peut se procurer des légumes, des œufs, de la viande… Au loin, on voit des montagnes. Il fait souvent très beau à partir de 8 heures : ciel bleu et soleil intense.

 

La mission

 

J’attends cependant avec impatience de travailler. Je devrais rencontrer mes employeurs cette semaine pour en savoir plus sur ma mission et mes horaires. Car je dois être de retour avant 17h pour des raisons de sécurité.

Je glane quelques notions de malgache mais j’ai aussi hâte de pouvoir vraiment apprendre à parler malgache et découvrir cette culture fascinante. Pour l’instant, je ne comprends pas un mot de ce que les marchands de fruits et légumes me racontent lorsque j’achète mon kilo de patates douces.

Mais j’aime ces premiers moments dans un pays étranger. Une nouvelle langue, une nouvelle monnaie, de nouveaux repères, une nouvelle culture… Je pense que ces nouveaux défis participent aux fameuses nouvelles connections neuronales qui empêchent le vieillissement.

Puis il y a le luxe d’être dans une résidence où on parle principalement malgache et d’avoir la possibilité d’avoir du lait frais (encore tiède !) tous les matins. En plus, cette résidence applique une politique de protection de l’environnement (réduction des déchets, bonne gestion de l’eau, panneau solaire) qui me sont chères.

L’autre chance inestimable est d’être en contact avec Charlotte Rabesahala, anthropologue malgache. Nous avons eu l’occasion de discuter un peu et je sais que c’est un sacré privilège.

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A quelques heures du concret

Plus que quelques heures me séparent maintenant de Madagascar, de mes nouvelles missions, de ma nouvelle vie.

 

Je sais que certaines choses ne seront pas faciles. Je me souviens de la foule compacte de l'aéroport la dernière fois que j'ai atterri à Tananarive en 2006. Malgré l'heure tardive (22 heures), beaucoup de chauffeurs de taxi et autres vendeurs se pressaient à l'arrivée des passagers. Je me souviens aussi des mendiants en bas de l'hôtel. Mais je me souviens surtout de la terre rouge, des enfants qui jouaient au foot, qui couraient sur cette terre rouge, qui étaient heureux sur cette terre rouge.

 

Je n'étais restée que quelques jours à l'époque. Il y avait bien sûr la misère, la maladie, les injustices. Mais je voulais _humblement_ davantage ressentir le pouls de Tananarive. Bien sûr que quelques jours ne représentent rien pour se faire une vraie idée d'une ville et encore moins d'un pays. Mais il m'a semblé que j'avais eu un échange invisible avec la ville, avec l'air de la capitale; une histoire secrète entre elle et moi.

 

A demain Tananarive : nos retrouvailles après 10 ans !

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Préparation

La tête dans les bagages, je suis en plein préparatifs pour le grand départ.

 

J'ai la chance inouïe de partir pour Madagascar dans le cadre de la coopération régionale. C'est un grand honneur de partir pour promouvoir la francophonie et les valeurs républicaines françaises. Je prends cette mission très à coeur car cette opportunité est vraiment providentielle pour moi.

 

Certes, j'avais une opportunité ici, à la Réunion mais elle ne correspondait pas à mes attentes.

 

Je vais vers de nouvelles aventures tant personnelles que professionnelles. L'enseignement est pour moi un sacré défi. Ce métier contient beaucoup de responsabilités et j'espère vraiment atteindre mes objectifs.

 

Tous les papiers sont en ordre, les vaccins faits et de plus en plus d'éléments de la liste barrés. J'en profite pour faire un dernier tour dans les Hauts. Aujourd'hui, j'étais du côté de la Plaine-des-Palmistes et j'ai visité le Domaine des Tourelles. J'ai été conquise par le travail de Laurent Pantaléon; son image est magnifique !

 

J'ai tellement hâte d'être à Madagascar !

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Interviews

J’ai été contactée pour une interview pour le site internet « Aux cinq coins du monde » (www.aux-cinq-coins-du-monde.com). Cet exercice a été très intéressant et drôle, surtout pour la journaliste que je suis. Ça m’a rappelé celle que j’avais faite pour le site « Réunionnais du Monde » (www.reunionnaisdumonde.com).

 

Mais la plus impressionnante reste celle faite en 2011 avec 3Z Radio, une radio communautaire mauricienne à Melbourne. Tendre le micro et se retrouver sur la sellette sont deux expériences bien distinctes. J’ai pu voir à quel point cette position pouvait être inconfortable et stressante. Mais j’ai tout de même eu le culot de chanter en direct, à la radio !

 

Mon interview avec “Aux cinq coins du monde”: http://www.aux-cinq-coins-du-monde.com/2014/01/interview-nathalie-australie/

 

Mon interview avec “Réunionnais du Monde”: http://www.reunionnaisdumonde.com/spip.php?article11446

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Plaisirs et souvenirs

Je me remets à écrire de façon beaucoup plus intensive et ça me fait un bien fou. Je n’avais malheureusement pas le temps de m’y consacrer ces derniers mois pour cause d’un emploi du temps très chargé. Mais c’est un plaisir de revenir à ce premier amour.

 

D’ailleurs, plus qu’un premier amour, c’est une composante de ce que je suis. Je dois beaucoup à mon enseignante du primaire qui nous faisait tenir un journal. J’ai aujourd’hui oublié son nom mais son visage et sa douceur sont encore dans ma mémoire. En revanche, je n’oublierais jamais ce petit cahier simple avec une couverture en plastique bleu.

 

Parmi mes mille projets, j’écris sur la Tasmanie. J’aime profondément cette île. C’est vrai qu’elle ressemble un peu à la Réunion par son côté sauvage. Mais la Réunion est aujourd’hui bien plus peuplée que la Tasmanie. J’ai tellement apprécié le contact avec la nature. La première nuit passée près d’une plage quasiment déserte, avec le seul bruit du vent dans le feuillage et ce sentiment de grandeur de la Nature était extrêmement romantique pour moi. Moi qui suis très frileuse, je n’ai pas tant souffert que ça des douches fraîches dans les campings.

 

Bref, je me sentais bien et en harmonie avec la nature. Même si je ne suis pas en pleine brousse, j’apprécie le nouvel appart dans lequel j’ai emménagé. Un arbre à quelques mètres de la fenêtre de ma cuisine accueille un ou plusieurs nids et le chant des oiseaux constitue une très belle musique d’ambiance !

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Chevalier de l'Ordinaire

Une mauvaise nouvelle a assombri mon ciel.

 

Mon compagnon, François, étudie actuellement l’Environnement au TAFE d’Urrbrae, au sud d’Adélaïde.

 

Au moment où nous planifions nos études l’année dernière, on lui avait dit que ce cursus n’était pas ouvert aux étudiants étrangers. Il a donc choisi une autre formation, dans le Management, même si ce n’était pas son premier choix. Il apprendrait tout de même quelque chose de différent, voire complémentaire.

 

Ce cursus s’est finalement ouvert aux étudiants étrangers et il s’est inscrit en juillet 2013. Il était très heureux d’enfin pourvoir faire ce qu’il souhaitait vraiment. La formation était très intéressante et il avait hâte d’en apprendre plus.

 

Les rumeurs ont été confirmées par un courrier du TAFE. Ils vont arrêter la formation. François devrait pouvoir terminer le Diploma. C’est ce que dit la lettre. Les formateurs lui ont dit qu’un seul formateur sera en charge de tous les cours l’année prochaine. Comment un seul et unique formateur peut se charger de l’enseignement de toutes les matières et des corrections de copies pour une promotion entière ? Quelle sera la qualité de cet enseignement ? Je ne parle pas de compétences mais uniquement du temps consacré.

 

François aura-t-il une formation au rabais et surtout, de quel oeil les employeurs verront cette formation ?

 

Le pire des cas est que François ne soit pas capable de rester en Australie. Comment arrivera-t-on à le gérer, à gérer le loyer du bail d’un an que nous venons de signer, et la voiture et surtout, comment vais-je faire loin de lui ? Devrais-je tout lâcher, mes études et les incroyables opportunités professionnelles qui s’offrent enfin à moi ?

 

J’ai toujours senti l’épée de Damoclès flirter mon cuir chevelu. Aujourd’hui plus que jamais. Serai-je capable de décrocher un visa de résidence permanente après mes études ? Les métiers de l’hôtellerie-restauration ont été retiré de la liste des métiers demandés en Australie. J’essaie de trouver des informations pour pouvoir ouvrir mon entreprise mais c’est une longue quête. Je sens un peu comme un Chevalier de la Table Ronde avec ma quête du Saint-Graal. Bien que pour l’instant, je n’ai pas table, ronde ou carrée, ni même de frigo. J’apprécie le minimalisme monastique.

 

Ca me briserait le coeur de devoir quitter l’Australie. Mon destin ne semble pas être entre mes mains pour l’instant. Je dois essayer de retrouver mon motto épicurien, égaré depuis bien trop longtemps.

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Documentaire pour la TV et projet de guide sur l'Australie

Je reviens d’une semaine de tournage d’un documentaire à Brisbane. C’était une expérience incroyable.

 

Ce documentaire de 52 minutes, tourné par une équipe française, suit des secouristes australiens. Pendant des mois, j’ai expérimenté le système administratif australien, pas si éloigné du français en un sens.

 

J’ai été régisseuse sur ce tournage. J’ai donc réglé les procédures administratives, contacté tous les protagonistes, organisé les rendez-vous et rempli d’autres tâches liées a la régie.

 

J’ai aussi réalisé les traductions des interviews. C’était un beau moment car ça prolonge l’expérience.

 

J’ai eu la chance de rencontrer des gens formidables.

 

J’ai tellement hâte de prolonger l’expérience avec cette entreprise française !

 

J’ai eu l’agréable surprise d’être contactée pour l’écriture d’un guide sur l’Australie !

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Dans les cuisines

J’ai fini mes cours et j’ai commencé mon stage. Je dois effectuer 600 heures. Ca fait beaucoup. Et ce n’est pas vraiment juste qu’il y ait tant de différences entre les étudiants au statut national ou international.

 

Les étudiants ayant la nationalité ou la résidence permanente doivent effectuer 160 heures de stage après leur Certificat de niveau III. Mais au final, s’ils veulent pousser jusqu’à l’ “Advanced Diploma”, ils devront aussi effectuer ces 600 heures de stage. Mais en théorie, ça veut dire que les employeurs (ceux qui acceptent de rémunerer leurs stagiaires!) emploieront des étudiants internationaux “moins qualifiés”. Car il est obligatoire pour les étudiants internationaux d’effectuer toutes ces heures avant de pouvoir accéder au Certificat de niveau IV puis à l'”Advanced Diploma”.

 

Peu importe, je suis contente d’avoir eu un très bon formateur. Ivan Livera est un professeur passionné et professionnel. Sa volonté de partager et de pousser ses pupilles à l’excellence est très précieuse. Après l’enseignement des bases et techniques, il nous a ouvert les yeux sur l’essence même de la cuisine : les sentiments. Je le savais mais il l’a confirmé avec son statut de professionnel.

 

J’effectue mon stage au restaurant SAH Modern Mediterranean (www.sahmediterranean.com.au) avec les excellents chefs Alex Fry et Andy Lean. Je suis chanceuse de travailler avec eux car ils aiment partager leur savoir et sont créatifs. Je pense que c’est bien de maîtriser les techniques de cuisine et de bien les appliquer mais etre créatif, c’est une autre paire de manches. Tout le monde n’est pas capable d’y arriver.

 

Par exemple, ils vont lancer la seconde édition de leur “Beergustation” (dégustation de bières) ce 28 juillet. Ils vont cuisiner avec la bière ! Excellent ! Je veux dire, hormis le fameux Lapin à la Bière belge, je n’aurais pas osé. Et là, Alex et Andy vont cuisiner tout un menu ! J’ai hâte d’être le cobaye !

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Amour - Michael Haneke

J’ai eu la chance d’assister à la première d'”Amour” de Michael Haneke hier soir. J’ai beaucoup pleuré pour diverses raisons.

 

Globalement, ce film m’a rappelé beaucoup de choses que j’ai vécu. Ca m’a rappelé Paris, mon expérience d’auxiliaire de vie pour les personnes âgées dans la capitale, la détresse de certains et la maladie de mon oncle.

 

A un moment, ils évoquent le souvenir et le fait que seule l’émotion puisse subsister. Je me demandais si les mauvais souvenirs pouvaient vraiment se radoucir avec le temps. Mais je ne pense pas…

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Prendre le rythme

J’ai démarré mes cours de cuisine et j’ai même passé mes premiers tests. Ca s’est bien passé pour la pratique et ça a frôlé la réussite totale avec 99% de bonnes réponses !

 

Je me suis coupée sur trois doigts au cours de la première semaine mais maintenant, ça va mieux : plus de pansements bleus ! (car ils sont requis dans les cuisines pour pouvoir les identifier facilement s’ils tombent dans la nourriture)

 

Je pensais avoir quelques bases de cuisine et il faut quand même dire que ma nationalité fait que j’ai quelques facilités. Les cours m’ont confirmé tout ça.

 

J’apprécie vraiment cet apprentissage car ça dépasse l’enseignement et la connaissance : c’est un vrai partage et de l’amour que l’on sert dans l’assiette. Ca me permet aussi d’apprécier encore plus la culture française à sa juste valeur. J’avais déjà ressenti ça avec la langue française lorsque je l’enseignais modestement en 2011 à Melbourne.

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A bicyclette...

Cet air de Queen me trotte dans la tête depuis que je suis arrivée à Adélaïde et que j’ai découvert la popularité de ce deux-roues ici. Il faut dire que je suis aussi arrivée au moment du Santos Down Under Tour et qu’il s’agit d’un grand évènement cycliste comparable au Tour de France.

 

Du coup, j’ai voulu moi aussi expérimenté une petite balade en vélo en ville. Et Adélaïde, ce n’est pas aussi plat qu’on le dit ! Ou alors, je ne suis vraiment plus en forme, ce qui est honnêtement sans doute le cas.

 

Ce qui me chagrine un peu, c’est qu’un très bon vélo m’attend à Paris dans une cave et le rapatrier me coûterait sans doute un bras. J’ai donc acheté un nouveau vélo ici en attendant de me décider sur son sort.

 

Par contre, les cyclistes locaux ne sont pas des rigolos. Un soir, nous étions en terrasse et un professionnel a carrément éclaté son vélo. Ca a fait un bruit de bouteille en plastique écrasée.

 

Un point intéressant : un cadenas dit U est appelé ici un D. Au final, c’est logique quand on y pense car un D est fermé !

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Continuité culturelle

Les choses se profilent plutôt bien. Après avoir trouvé un appart très sympa du côté de North Adélaïde, je me prépare maintenant à ma période d’essai de serveuse samedi. J’espère vraiment avoir ce boulot car j’aime beaucoup conseiller les clients sur les plats, le vin et leurs petites histoires.

 

J’ai aussi rencontré le directeur de l’Alliance française et ça a l’air intéressant. Ils vont organiser le French Film Festival en mars et plein d’autres évènements. J’ai acheté quelques livres là-bas pour quelques sous.

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Journée d'orientation

C’était la première journée d’orientation aujourd’hui. J’ai eu l’occasion d’apprécier la qualité de service du TAFE (centre de formation pour adultes) et je suppose que c’est la manière australienne d’agir. Ils ont une façon très intelligente de dire les choses; sympa et à l’écoute mais en même temps, ils font bien comprendre qu’on a intérêt rester dans les clous.

 

J’ai craint un moment de sentir le poids de l’âge en reprenant mes études. J’ai même lu une expression à ce sujet : ”mature student” qui pourrait se traduire par ”étudiant de seconde jeunesse” ou ”vieil étudiant” en poussant le bouchon. Mais lorsque j’ai vu la variété des autres étudiants internationaux tant en âge qu’en parcours, je me suis sentie délivrée de ce sentiment qui me semble assez français (je ne connais pas assez les autres pays pour pouvoir tenir la comparaison).

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L'eau à la bouche

Je ne peux pas dire qu’Adélaïde soit une terre promise (petit clin d’oeil au grand nombre d’églises) mais ça y ressemble fortement pour moi. Quel plaisir d’avoir été accueilli par Sana, un étudiant afghan résidant en Australie depuis plus de 10 ans via MYSA (un organisme d’accueil des étudiants étrangers en Australie méridionale). Ils font vraiment du bon boulot. Quelques jours plus tard, nous avons rencontré Sumati qui nous a donné plus de renseignements sur la vie en général à Adélaïde. C’est aussi agréable ici de ne pas être jugé sur l’âge pour notre reprise d’études comme on le fait en France.

 

Nous étions un peu stressé par le logement avec des visites en ville et dans la banlieue nord de Prospect mais bonne nouvelle : nous allons signer un bail vendredi pour un appart dans le nord de la ville !

 

La prochaine étape est le boulot mais je ne suis pas si inquiète que ça puisque le domaine recrute et que j’ai une précédente expérience melbournienne.

 

C’est bon de retrouver l’Australie. J’ai remis mes papiers australiens en place et ranger les français pour l’instant. C’est un brin schizophrène mais ce n’est pas désagréable !

 

J’ai vu mon campus et les ateliers de boucherie, pâtisserie et oenologie donnent envie de commencer au plus vite !

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Nouvelle vie

Adélaïde est une ville très agréable. J’aime beaucoup Melbourne mais Adélaïde correspond davantage à mes attentes : une taille humaine et une nature à promixité.

 

Ma famille et mes amis sont à Melbourne mais au final, c’est seulement à une heure de vol de là.

 

Le voyage depuis la Réunion fut long : 24 heures de voyage dont 5 heures d’escale à Perth ! Mais ça valait bien ce périple.

 

Le premier jour a démarré sur les chapeaux de roue avec la gestion de plusieurs détails administratifs, de banque, etc. avec une température extérieure de 41 degrés tout de même ! J’avais l’impression de me balader dans un four…

 

Le souci maintenant reste le logement. Je me sens un peu prise en sandwich entre les quelques nuits restantes à l’auberge de jeunesse et une rentrée qui va bientôt démarrer. Mais l’Australie est fondée sur l’optimisme et je dois maintenant suivre ce nouveau chemin !

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Départ

Je pars, une fois de plus. C’est toujours un moment mitigé, un départ.

 

J’ai passé de bons moments avec mes amis sur la plage de l’Ermitage même si la chaleur et l’ensoleillement était vraiment à leurs combles. François, mon petit ami, a même eu des coups de soleil. Nous avons rendu une petite visite aux poissons du lagon puis apprécié un pique-nique. Tout comme les nombreuses familles ce samedi-là.

 

Un sentiment étrange m’a traversé cet après-midi lorsque je me suis rendue sur la tombe de mon oncle au Port. Je suis née là, dans cette ville aux températures brûlantes toute l’année. J’ai vécu mon enfance près de la centrale thermique. “Le début est la fin et la fin le commencement.”

 

J’ai finalement réussi à fermer ma valise. Je vais rester au moins 2 ans en Australie. J’ai rangé tout ce que j’ai pu. Mes amis vont me manquer. Une nouvelle vie m’attend et ça va démarrer fort avec la recherche d’un logement !

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Passion

Il me faudrait plusieurs vies. C’est ce que je me disais lors de ce merveilleux concert d’Ibrahim Maalouf hier soir.

 

Je me laissais porter par la musique et par mes pensées. De ce voyage intérieur remontèrent des questions, flottant à la surface ; pourquoi est-ce que je n’ai pas accompli plus de choses dans mes projets artistiques ? Pourquoi ai-je envie de choses passionnantes et qui ne sont pas rentables (musique, écriture, vidéo, cuisine_bien que cette dernière catégorie le soit plus_)?

 

Si je voulais me flatter, je dirais que la passion m’anime. Oui, remarque, sans prétention, c’est vrai : la passion est mon moteur. J’ai besoin de vibrer, de faire vibrer, d’émotion.

 

Ces temps-ci, j’ai été au four et au moulin pour des besoins bassement matériels.

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Jeune et heureuse : quoi d'autre ?

Bon, finalement, ça n’est pas si mal de revenir à mes activités de “commerce de proximité”. Ca me rappelle “mes jeunes années” parisiennes d’hôtesse d’accueil. J’avais d’ailleurs commençé une chanson à ce sujet…

 

D’ailleurs, ça m’a tellement rajeunie que les regards compatissants de certains clients accompagnés du “C’est pour payer vos études ?” s’étendaient souvent au “Oh mais vous devez avoir 25 ans ou un truc comme ça.” Une coquetterie qui fait toujours plaisir…

 

Cependant, les gens étaient majoritairement très sympas comparés au public parisien. Je n’ai eu que 2 ou 3 visages fermés sans bonjour.

 

C’est toujours moyen pour ma circulation sanguine de rester debout si longtemps mais le contact avec la clientèle est toujours aussi agréable pour moi. Quand je repense à mon tout premier emploi qui était celui d’agent d’accueil à l’ANPE (maintenant Pôle Emploi) à 18 ans à Villejuif…

 

En fait, le seul élément déplaisant a été un étrange voyeurisme de la part de gens que je connais et qui m’épiaient. Ils passaient au moins 6 à 7 fois par trop loin de moi, me regardant du coin de l’oeil, sans jamais me dire bonjour, avec une sorte de dédain pour mon activité professionnelle. Mais messieurs, je vous avoue que je m’en fous totalement. Je n’ai pas de problème à être animatrice commerciale dans une grande surface.

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Le chocolat créol

Ca a toujours été là, ma destination de vacances quand j’étais petite mais maintenant, c’est plus clair : je suis aussi mauricienne. Ma carte d’identité du pays des Dodos est venue confirmer cette appartenance.

 

Mon père est mauricien. Mes souvenirs d’enfance sont idylliques; plages de sable blanc fin, colliers d’algues, bons moments avec les cousins et cousines, le camion de glaces et ses musiques kitsch que mes jeunes oreilles reconnaissaient des kilomètres à la ronde, ma grand-mère et ses chocolats chauds divins, l’accent mauricien d’une grande saveur et douceur… Je sais que j’ai une grande chance d’avoir vécu tout ça et de le vivre encore.

 

Bon, parfois, je fronçais les sourcils quand d’un côté, j’étais trop réunionnaise ou trop mauricienne. On parle de “l’île soeur” quand on parle de Maurice à la Réunion et vice versa. Mais j’ai déjà essuyé des critiques des deux côtés. Mais qu’importe. Je suis contente d’avoir ces belles racines que je réactive maintenant, avant de m’en aller sous d’autres cieux. Ceci-dit, je compte revenir autant que possible dans l’Océan indien car j’ai besoin des montagnes, des bouchons (les friandises, pas les encombrements routiers!) et du secret de la Réunion autant que j’ai besoin du charme de la campagne, de la culture marquée et des havres de nature de Maurice. J’aime mes deux îles.

 

Lors de mon dernier séjour, j’avoue que j’ai particulièrement adoré entendre parler le créol mauricien. Plus lointain que le créol réunionnais car j’y suis moins exposé, je le comprends moins bien mais il est tout aussi charmant. Les créols sont pour moi comme une réalité parallèle. Ayant été élevée uniquement dans la langue française, ils relèvent pour moi d’un certain monde imaginaire. Ils ont acquis le statut du chocolat noir qu’on prend le temps de déguster tout seul dans une ambiance tamisée avec un verre de vin rouge accordé.

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Enfin libre ! (Enfin presque...)

J’ai enfin mon permis de conduire français ! Quelle libération ! Après quasiment dix ans de leçons interminables, d’examens ratés en raison de ma mobilité trop importante, j’ai enfin obtenu le fameux sésame !

 

Bon, j’avais déjà mon permis de conduire australien (en automatique) et ça m’a mis en confiance pour obtenir le français. Je n’étais vraiment pas sûre en sortant de l’examen. Je n’avais certes pas commis d’erreur fatale mais je ne savais tout simplement pas quoi penser, je n’avais pas d’indices m’indiquant une quelconque issue. Ma monitrice avait aussi semé le doute avec un : “Ce n’était pas top mais ce n’était pas catastrophique.”

 

Enfin. C’est fait ! Permis en poche, ça roule !

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Aïe

La journée avait pourtant bien commencée avec des compliments de marchands au marché et une bonne séance d’aquagym tonique.

 

Mais la suite a été moins sympathique.

 

Première déception : un poste d’attachée de presse inaccessible car je ne suis pas assez dans la mouise. Je m’explique : ce poste n’est conçu que pour des personnes éligibles au CUI-CAE (Contrat Unique d’Insertion – Contrat d’Accompagnement dans l’Emploi). Pour avoir ce statut, il faut être inscrit au RSA ou à l’ASS (Allocation de Solidarité Spécifique) depuis 12 mois.

 

Et moi, inscrite depuis seulement le mois de février, je ne fais évidemment pas le poids mais c’est bien dommage car mon profil collait complètement à l’annonce. Ce qui est dommage, c’est que je ne peux même pas contacter directement cette entreprise car c’est une offre du Pôle Emploi sans les coordonnées de l’entreprise.

 

Deuxième coup de bâton : un poste d’assistante de production audiovisuelle. Bon, il a été honnête au téléphone et mon profil ne pouvait pas concurrencer les autres (c’était leur formation). Il garde mon CV au cas où il aurait besoin de quelqu’un pour la communication.

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Retrouvailles charnelles dans l'écriture

Bien. Ma période d’essai avec Antenne est terminée et j’attends donc maintenant un coup de fil du rédacteur en chef pour savoir si je reste. Quoiqu’il arrive, j’ai été heureuse d’avoir été à nouveau journaliste pendant deux jours et de me prouver à moi-même que j’étais encore capable de faire ce boulot. Mais surtout que je ne devais pas lâcher l’écriture.

 

J’ai vécu les mots. Humblement car je n’étais pas sur le terrain. Mais même cette usurpation a été un plaisir. Comme des retrouvailles charnelles.

 

Pourtant, j’avais fait un rêve terrible d’une araignée ENORME sous mon pied la nuit d’avant (mais il paraît que c’est bon signe!) et j’ai vu le cadavre d’un petit chat aujourd’hui. Mais il faisait beau ce matin et je pouvais voir mes montages bien aimées découvertes. Les matins à la Réunion sont d’une beauté sans pareille.

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Le pouls d'une ville

Première journée, le pied à nouveau à l’étrier. Enfin plutôt la plume !

 

Ca m’a fait un bien fou de réécrire des articles aujourd’hui ! Bon, je n’étais pas très rassurée en commençant mon premier article par du sport; je n’excelle pas vraiment dans cette discipline. Mais on était content de mon article et ça m’a donné de l’énergie pour la suite. J’ai du écrire 4 ou 5 articles.

 

Je me suis surtout sentie bien car j’ai senti l’effervescence d’une rédaction. Le pouls d’une ville, d’un pays, est là, dans une rédaction. Je n’étais pas en terre inconnue car je connaissais déjà certaines collègues.

 

Je saurai mercredi si on me retient. Je croise les doigts !

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Une belle journée de samedi

C’était une journée très très agréable. Tellement agréable qu’elle mérite d’être relatée.

 

C’était un vrai samedi comme je n’en avais pas eu depuis un moment. Car un samedi n’a pas le même goût que les autres jours, vous en conviendrez avec moi. Il flotte comme un petit air de fête en ce jour de fin de semaine. C’est le début du repos, on se permet un peu tout car on sait qu’on pourra récupérer le jour suivant. Je ne parle pas du samedi soir, uniquement de la journée du samedi qui a ce goût de vacances. Le samedi soir est couvert de paillettes mais il n’a pas la splendeur et la jeunesse de la journée du samedi.

 

Nous étions, mes parents et moi, chez des amis de la famille du côté du Brûlé, sur les hauteurs de Saint-Denis. Nous avons mangé un bon coq à la créole, bu du bon vin et abordé les sujets d’actualité comme les dernières “émeutes”. Puis nous nous sommes perdus dans leur jardin entre barbadines, chouchous et autres arbres endémiques.

 

Légèrement grisée par l’alcool, j’ai fermé mes yeux sur le chemin du retour, anticipant une potentielle cécité (je continue des séances de laser afin de rabibocher mes rétines trouées). Je me suis laissée guidée par tous mes autres sens : le vent sur mes joues et dans mes cheveux, les odeurs de verdure fraîche et les mouvements de la conduite brusque de mon père. A droite, braquage à gauche, hop, on évite une voiture sur le bas-côté. Et un dernier frisson grâce au crépitement de la guitare électrique de Supertramp.

 

J’ouvre à nouveau mes paupières et les silhouettes des vacoas se découpent au crépuscule.

 

J’aime la journée du samedi.

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Je respire !

Enfin !! Je respire !!!

 

J’ai rencontré le rédacteur en chef d’un média local, Antenne Réunion. Je commence lundi à l’essai pour leur édition web !! Je suis tellement heureuse !!!!! Enfin un peu de lumière au bout du tunnel ! Bon, j’avoue que j’ai un peu d’appréhension car ça fait un moment que je n’ai pas repris la plume de façon professionnelle. Mais ça devrait aller, je suis tellement motivée !

 

Reste à régler mon souci de permis (j’ai une date de passage pour la mi-avril) et je pourrais refaire de la radio !

 

Je sens que j’ai enfin de l’énergie pour me remettre aussi à l’écriture de façon globale ! Je crée toujours mieux quand je suis occupée.

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Le chômage : montagnes russes quotidiennes

Le chômage n’est jamais une période facile pour qui que ce soit.

 

Tout devient extrêmement exaspérant : les personnes en poste qui font mal leur travail ou qui n’ont clairement pas les qualifications, le gaspillage des autres, l’enfermement, la dépendance.

 

Ce sont des montagnes russes quotidiennes : où est-ce que ça cloche ? Pas assez d’expériences, de qualifications ? Serais-je capable de travailler correctement si j’ai un nouveau boulot ? On m’a tant vanté le réseau mais combien de coups de main donnés en retour ? Puis, on se débat. Non, tout ira bien, je vais continuer de faire des demandes. Et on replonge : on surveille ses finances au centime près et les pâtes au thon deviennent un plat de fête (période parisienne).

 

Et on retourne chez ses parents (déjà une chance en soi!) et on s’infantilise du fait de la dépendance financière (car le Pôle Emploi est clair là-dessus : “Non mais en fait, vous n’avez droit à rien. Tentez peut-être la CAF.”).

 

On revoit alors ses prétentions à la baisse. Mais une faille spacio-temporelle s’ouvre sous vos pieds et vous ramène à 10 ans en arrière; il faut passer le permis de conduire. En réalité, je l’ai déjà mais il n’est pas compatible avec les voitures locales. C’est un permis australien, valable pour les voitures automatiques et à la Réunion, il y a majoritairement des manuelles. Une fois de plus, la dépendance financière repointe le bout de son nez.

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Eclaircie

Finalement, cette journée ne fut pas si sombre malgré le “Après examen attentif de votre candidature par le service RH, nous ne pouvons réserver une suite favorable à votre demande.” de l’IRT (Ile de la Réunion Tourisme).

 

J’avais commencé cette journée avec un goût amer de dépendance, me rendant chez le médecin et voyant ma mère payer toutes les dépenses.

 

Puis j’ai revu un ami, Raveendran. Nous nous étions rencontrés lorsque Raveendran faisait partie d’un spectacle de la troupe Taliipot, “KOR, Maison du Vent” en 2005. J’étais alors jeune stagiaire chez Radio Première (ex-RFO). J’essayais alors naïvement d’oeuvrer comme je pouvais pour la culture locale et l’actualité culturelle de façon globale.

 

Depuis, mon ami a eu une très jolie petite fille. Il est maître d’une discipline martiale peu connue, le kalarippayattu. Les Anglais ont eu tellement peur de cet art précédant le kung-fu qu’ils ont massacrés quasiment tous ses adeptes. C’est aussi un expert en ayurvéda, la médecine indienne.

 

Il m’a indirectement un peu remis sur les rails car je lui ai proposé de m’occuper de son site et de sa communication. Enfin un peu de stimulation intellectuelle !

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Le choc des générations

J’attendais mon tour aujourd’hui chez le médecin et j’ai été témoin d’une scène aussi incroyable que banale. Un petit garçon frappait _je m’exagère pas, il frappait vraiment et à plusieurs reprises_ sa grand-mère chargée de le surveiller alors que sa mère se faisait ausculter et la seule réaction de la vénérable dame a été de rire sous les coups du petit morveux.

 

Cette scène m’a vraiment choquée et pourtant, j’ai déjà été confrontée à cette violence et ma mère, institutrice en maternelle, m’a déjà rapporté des cas similaires de violences entre enfants.

 

Pour remettre les choses dans leur contexte, la Réunion est une société qui a connu une avancée spectaculaire sur le plan de la technologie en très peu de temps mais donc les mentalités n’ont pas évoluées aussi vite.

 

Ma mère a vécu dans une case en tôle sans eau courante ni électricité, a fait partie d’une fratrie de 10 enfants et n’a pas connu que de bons temps. Mais elle s’est battue dans la vie pour arriver là où elle en est. Des informations que je grapille, j’ai compris qu’il était assez répandu d’avoir une éducation “musclée” et “sévère” dans les familles réunionnaises. Mais en à peine deux générations, c’est aujourd’hui l’enfant-roi qui prime. La violence est donc partout car un enfant-roi non-satisfait _et sa patience est extrêmement limitée_ a très rapidement et facilement recours à la violence.

 

Enfin, il se pourrait que je fasse face à ces deux feux, des enfants-rois terribles et des parents à la poigne de fer, plus tôt que prévu car un poste de prof d’anglais m’intéresse en bas de chez moi !

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Le chômage et les sirènes de Marine

Nous sommes allés aujourd’hui chez la coiffeuse _Non, pas pour moi, je ne me coupe plus les cheveux_. Elle nous a confié qu’elle cherchait quelqu’un depuis le mois de novembre et qu’elle n’avait trouvé personne. Elle avait planifié une journée entière pour quatre entretiens et personne n’est venu ! J’ai été très choquée par cette nouvelle. Elle n’a pas mauvaise réputation mais, il faut le dire, certaines personnes sont vraiment très paresseuses ici. Je me suis battue _ et je me bats encore_ contre cette idée que les Réunionnais sont des sangsues qui pompent le sang de la métropole.

 

Marine Le Pen est arrivée ce matin à la Réunion. Même si certains manifestants sont venus l’accueillir à l’aéroport, je suis sûre qu’elle séduit de plus en plus de monde ici. En métropole, son slogan (celui de son père à l’origine) “La France aux français” a rassemblé des personnes de tout horizon social à cause de la crise financière. Il fallait trouver un bouc émissaire et l’habituel refrain d’extrême droite a trouvé son public en temps de crise.

 

Mais son slogan retranscrit à la Réunion pourrait faire mouche; “La Réunion aux réunionnais” n’est pas dénué de sens pour certains. Même si les raisons sont différentes, le succès pourrait être au bout du chemin politique. La Réunion n’offre pas beaucoup d’opportunités aux jeunes diplômés locaux; la plupart du temps, ils sont en concurrence avec des candidats de métropole _pas vraiment de façon égalitaire, ni même avec les mêmes compétences_ et pire, certaines offres d’emploi ne leur arrivent même pas car coincées dans des réseaux occultes. Donc ces jeunes diplômes doivent songer à rester hors de l’île ou à partir pour un meilleur avenir _quand ils le peuvent_.

 

Donc à mon avis, certaines personnes de cette population peuvent céder au chant des sirènes de Marine. Ils peuvent penser que oui, je veux un boulot "chez moi" et je vais voter pour elle. Et c’est là toute la tragédie de la politique à la Réunion. Ni la gauche, ni la droite (déçus par Sarkozy) ni les communistes ne vont obtenir les faveurs du public.

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Retour à la Réunion

Le retour a la Réunion a été un vrai déchirement. Je suis partie au milieu de la nuit de la banlieue de Melbourne pour m’avancer vers un aéroport perdu au milieu de la brousse, non loin de Geelong. Il n’y avait même plus d’éclairage public sur l’autoroute ! Nous sommes passés à travers des trombles d’eau en passant près du centre-ville.

 

Ma famille a été habile et a fait un bon choix en prétendant devoir partir à cause des 5 minutes autorisées sur le parking; c’était tellement dur que c’était mieux d’écourter ce douloureux au-revoir.

 

Le vol a été plutôt fatiguant même s’il était aussi long qu’un Réunion-Paris. Mais c’est surtout qu’un homme se descendait plusieurs whisky-cocas à côté de moi et ses relents alcoolisés me parvenaient.

 

Ceci-dit, ma première journée a été agréable: nous avons déjeuné à la plage de l’Ermitage et j’ai pris un bon bain d’eau salée. J’ai cuisiné un petit cari crevettes le soir et c’était bien agréable !

 

Le deuxième jour a été plus sportif mais tout aussi agréable. Nous avons marché à Dos d’Ane, un coin pas bien loin de chez moi. C’était une marche plutôt facile sur la première partie, avec un panorama à couper le souffle et que je déconseille d’ailleurs si vous êtes sujets au vertige ! Depuis le Cap noir, on voit bien le cirque de Mafate. Par contre, sur la seconde partie, on monte des échelles et on fait le cabri ! Et on termine sur une crête où d’un côté, le cirque de Mafate s’ouvre, magnifique et de l’autre, le plateau de Dos d’Ane apparaît tranquille.

 

Le lendemain, nous avons eu une journée complète avec mer et montagne. L’escapade dans le sentier botanique de la forêt de Mare-Longue a été enchanteresse avec ses bois endémiques; “Joli Coeur”, “Bois de Rempart” et autres fougères. Nous avons mangé un excellent “Chou de Vacoas au boucané” à midi au Cap Méchant, une avancée de roches volcaniques dans une mer du Sud sauvage. Et en fin de journée, un petit bain à la plage de l’Ermitage!

 

Je suis aussi passée voir ma “Mère Courage”, ma tante. Je l’admire beaucoup pour son courage, je l’aime beaucoup. J’ai revu mon guitariste d’oncle, fatigué par un cancer du poumon. Nous avons joué un peu ensemble et je dois lui écrire des paroles.

 

J’apprécie mon retour au pays et je continue de penser à ma famille et à mes amis en Australie et en Nouvelle-Zélande.

 

Pour jeter un coup d’oeil sur les photos de Dos d’Ane, voici le lien :

https://plus.google.com/photos/102339934478119978092/albums/5705136237096465345?authkey=CI6N9Njiq_HFqgE

 

Pour voir les photos de Mare-Longue et de Cap Méchant, cliquez sur ce lien :

https://plus.google.com/photos/102339934478119978092/albums/5705302830638186209?authkey=CJL736WJofKObg

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2012 : année de l'espoir

2012 semble être une bonne année.

 

J’ai laissé mes soucis en 2011 pour être une battante. Quelques minutes seulement avant les douze coups de minuit, nous étions en train de jouer aux cartes et j’ai eu 3 jokers dans ma main : pas le choix, 2012 sera l’année de la chance.

 

J’ai passé de bonnes fêtes en famille à Moss Vale dans le New South Wales (non loin de Sydney). Nous avons vu Canberra en rentrant vers Melbourne et ses 40 degrés.

 

Mais tout peut changer car j’ai une potentielle bonne opportunité à la Réunion !

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De retour en "ville"

Je suis de retour ‘en ville’.

 

Je me suis sentie vraiment bizarre à l’aéroport de Melbourne et sur le chemin vers la maison. Vous en saurez bientôt plus sur mon séjour en Tasmanie dans l’article que je prépare.

 

Je reviens juste sur cette sensation bizarre.

 

Je suis clairement tombée amoureuse de la Tasmanie, malgré les températures fraîches. En fait, il ne faisait pas froid (sauf à Cradle Mountain) mais le vent du Pôle Sud, lui, était froid. Mais la nature était tellement belle, divine, enchanteresse que moi, lézard-né, amoureuse de la chaleur, je n’ai pas eu de soucis avec les températures. Je suis tombée amoureuse de la quiétude et du côté sauvage de la Tasmanie. Bien entendu, l’hiver doit être difficile. Je me suis sentie en paix en Tasmanie. Mon portable ne passait pas, pas l’espoir de trouver un cyber café; j’en avais besoin. Peut-être que j’en ai besoin.

 

La sortie de l’aéroport a été un déversement de gens partout, d’urbanité et de pollution. Tout ce mouvement m’a fait bizarre. Je me suis sentie bizarre quelques jours. D’ailleurs, je ne me suis pas encore rendue en ville…Je me suis sentie bien au milieu de la nature, comme sa progéniture.

 

Grâce à cette expérience, je continue mon travail personnel sur ce que je veux dans la vie. Je veux vivre proche de la nature. J’ai même commencé à regarder à des opportunités professionnelles dans ce sens.

 

J’ai été très touchée par un ami qui a essayé de me convaincre de revenir en France, à Paris, pour faire mes études. J’apprécie beaucoup cette attention. Mais j’ai trop souffert de cette atmosphère sulfurique. Je n’ai pas de place, d’armes, rien dans ce monde. J’ai eu de la chance de rencontrer mes amis mais je n’ai aucun espoir pour une vie professionnelle à Paris, je dirais presque ni même en France. J’ai continué de postuler et lorsque j’ai eu des réponses, c’était toujours ‘Oh, comme c’est dommage, on a trouvé quelqu’un mieux que vous’ ou ‘Quel dommage ! Vous n’êtes pas sur le territoire actuellement et nous n’allons pas vous attendre.’

 

Travailler avec la nature me semble pour l’instant plus noble.

 

J’ai pris mon vol pour aller à Wellington en Nouvelle-Zélande. Je compte chercher un travail et avoir un visa permanent.

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Radio Nostalgie

Je suis nostalgique de la radio.

 

J’aimais tellement travailler le son, écrire pour la radio, créer des ambiances. La vidéo et l’écriture sont bien différents pour moi. D’ailleurs, ce n’est pas la même écriture. Les images parlent d’elles-même en vidéo et on utilise donc moins de mots, c’est une structure beaucoup moins travaillée. Je trouve beaucoup de plaisir et d”espace’ dans l’écriture mais j’aime aussi utiliser ma voix. C’est quelque chose de très intime. Comme l’écriture.

 

J’aime la radio car c’est un défi d’écriture et une scène. Mots et intonation, musique et construction littéraire. Bien sûr, je pourrais continuer d’alimenter mon audioblog. Mais ce n’est pas la même chose… Le son n’a pas la même dimension sur le web. C’était d’ailleurs ma crainte à la fin de mes études (j’ai fait une spécialité radio) : quel avenir pour la radio ? Du moins la radio que nous avions connu jusque-là : un certain format et une instantanéité. Et encore, parlant de format, j’aurais voulu connaître les histoires radiophoniques avec bruitages et tout ! Il me semble que ma mère a connu cette époque. La Réunion a longtemps été en retard en matière de média et de culture mais a connu un bond phénoménal ces dix (environ) dernières années. Ces romans radiophoniques étaient pour le coup un bijou d’écriture et de jeu d’acteurs !

 

Je craignais que le numérique ne mette le son en conserve et que les journalistes radio n’aient plus jamais ce frisson de l’antenne. Vu que je suis un peu déconnectée du milieu, il est difficile pour moi de savoir si cette crainte est avérée ou pas.

 

Arte Radio semble faire des choses plus ou moins intéressantes mais comme d’autres, ils s’érigent en forteresse imprenable, refoulant les requêtes comme des manants pouilleux. Puis, en terme d’écoute, ma crainte s’est avérée juste. Perdu dans la galaxie internet, le son n’attire que la petite population d’amoureux du son et ne peut pas draguer de nouveaux auditeurs curieux.

 

J’espère que mes demandes en radio seront positives, la dernière en date étant dans une contrée lointaine…

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L'humour des conducteurs de train

Je suis allée dîner chez une amie hier soir du côté de Prahan. En prenant le train, j’ai une fois de plus eu droit à une petite pépite d’humour de la part du personnel de gare.

 

Ce sont des gens vraiment marrants en fait ! Derrière leurs gilets fluos estampillés "Metro" se cache l’âme d’un humoriste, j’en suis quasiment sûre. C’est maintenant la troisième fois que j’assiste à ce petit spectacle qui détend au passage les zygomatiques des passagers et crée une atmosphère bon enfant sur les quais et dans les wagons.

 

Ces amuseurs de gallerie sont souvent autour de la gare de Richmond. La première fois, juste avant d’entrer en gare, le conducteur nous a raconté une anecdote à propos de son grand-père (que je n’ai pas complètement saisi, la qualité audio ne permet pas une compréhension correcte à la francophone que je suis, ceci doublé d’un fort accent australien). C’est sympathique et les regards échangés entre passagers surpris par cette bonhommie sont tellement plus agréables que les regards soit bovins soit aigres des usagers parisiens (eh oui, je ne peux pas trop faire de comparaison avec la Réunion, le réseau de transports en commun étant sous-développé).

 

La deuxième fois, notre train quittait la gare de Richmond. "Bonjour chers voyageurs, il semblerait que nous ayions pris la mauvaise voie." Quoi ?! "Nous pouvons encore rattraper la bonne voie à une intersection mais il faut que le feu soit vert. Croisons les doigts !" QUOI ?! "Ca a marché, nous sommes maintenant sur la bonne voie. Merci !" Euhhm… Bien. Ils aiment aussi l’action ces conducteurs de train !

 

Et enfin, la dernière fois était hier. Le train était en retard (toujours à la même gare) et la personne chargée des annonces sur le quai essayait de détendre les passagers qui auraient pû être énervés (oui parce que bon, on est quand même en Australie, pays du ‘No worries’, "Pas de souci" en français). Il s’amusait à faire des comptes-à-rebours de quelques secondes.

 

Enfin…

 

J’ai donc passé la soirée avec cette amie rencontrée dans un contexte particulier. C’est assez étrange la vie quand même. J’ai appris le concept de ‘serendipity’ (pas de traduction en français mais j’explique ensuite) en Australie. ‘Serendipity’ est un concept à mi-chemin entre ‘heureux hasard’ et ‘c’était écrit’. Et j’ai eu pas mal d’épisodes de ce genre ici !

 

J’ai rencontré Helen lors d’une collaboration qui a mal-tournée. J’ai été exploitée, je me suis sentie insultée et j’ai l’impression d’avoir perdu du temps mais j’ai trouvé une amie. Ca m’a fait penser à tous les gens que j’estime sur Melbourne (oui, je pense à tout ça dans le train, vu que j’ai en général une bonne heure de trajet !). Ma famille et mes amis de tous horizons.

 

En parlant avec Helen de mille choses, nous avons évoqué nos rapports aux grandes villes et nous nous disions qu’ils étaient finalement assez proches de ceux avec des humains. Si ça se passe mal depuis le début, ça reste ancré. Je me dis que je ne suis pas faite pour les grandes villes. Même si mon rapport à Melbourne est incomparable à Paris. Je suis étrangère mais je suis beaucoup moins secouée par la froideur urbaine qu’il pourrait y avoir. Les rapports coloniaux étant exclus, ça aide forcément !

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Araignée du soir

Hier soir, alors que je me rendais à l’avant-première de "Die Knef" (que je recommande à tous les Melbourniens !), j’ai croisé une ancienne "camarade de classe" (de l’école de journalisme) dans le train.

 

J’ai mis du temps à mettre un nom et un contexte sur ce visage. Elle m’a fait un signe de la main et le temps que mes neurones se connectent, j’avais déjà dépassé le temps de réponse.

 

Cette fille a été major de notre promo. Au début, je m’entendais bien avec elle. Puis, on a eu des différents. Nous n’avions pas non plus le même âge, bien que pour moi, ça ne soit pas tant être un critère.

 

Je me suis demandée si elle était là en vacances ("Dis donc, elle doit avoir de l’argent…") ou en études ("Dis donc, elle doit avoir ENCORE plus d’argent !"). Quelque chose me disait qu’elle n’était pas là en Working Holiday Visa.

 

Puis je me suis dit "Rho, Nathalie, quelle vilaine jalousie ! Pense à ceux qui sont encore plus dans la panade que toi…". Oui, et puis, j’essayais de me dire qu’à ma place, les autres ne s’en sortiraient peut-être pas mieux. On a pas tous les mêmes chances et c’est comme ça.

 

Tout ça m’a fait me sentir comme un combattant contre l’adversité. Oui, enfin, revenons un cran en-dessous : un combattant du quotidien. A Paris, cette expression aurait pris une connotation péjorative alors qu’ici, elle est davantage porteuse d’espoir.

 

Et avec toutes les araignées que je croise ici le soir…

 

"Araignée du soir, espoir".

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Les bienfaits des gens désagréables

On devrait toujours remercier les gens qui sont horribles avec nous.

 

Oui, finalement, ça aide à aller de l’avant.

 

J’ai récemment reçu une demande d’interview au sujet d’Internet en Australie de la part d’un bloggeur (avec un tas de certifications dans sa signature). J’étais assez surprise par cette demande, n’étant pas qualifiée dans le domaine, surtout pour parler des données techniques mais j’ai tout de même proposé mon simple point de vue d’utilisatrice lambda. Cet homme m’a répondu qu’il pensait que j’étais ‘internet-minded’ (en anglais dans son mail) et que désolé, non merci. Je me suis d’abord sentie vexée; que faisais-je donc à utiliser les réseaux sociaux, le CMS, etc. ? Mais ça m’a apporté au final.

 

Cette petite histoire et mes deux réponses négatives pour des postes de journaliste m’ont poussé à me concentrer sur l’essentiel. Est-ce que je veux rester dans ce monde et souffrir des egos des autres, des luttes pour le pouvoir et des batailles superficielles ? La réponse est non. Non, je ne veux respirer seulement selon le bon vouloir de quelques décideurs. Non, je ne veux pas rentrer dans un pays où un président dit à sa population de se serrer la ceinture et de payer plus d’impôts en réduisant dans le même temps l’impôt sur la fortune. J’ai récemment entendu que la France avait plus de 2 millions et demi de millionnaires sur son sol.

 

Puis j’ai pensé : ‘Qu’est-ce que je veux ? Qu’est-ce que j’aime quand je travaille ?’

 

J’aime beaucoup de choses mais deux points principaux ont émergé.

 

Tout d’abord, j’aime l’aventure humaine. Je l’ai vraiment appréciée en tant que journaliste; je pouvais en avoir plusieurs dans une seule journée, étant parfois aussi proche qu’une amie ! Ca pouvait être de la joie, de la tristesse, de la colère. Je l’ai aussi appréciée lors de ma petite expérience dans le social : aider et partager. Des mots, des actes et parfois juste une présence.

 

Et puis, j’aime la langue. Française et anglaise. Espagnole aussi mais j’y reviendrais plus tard, je suis un peu occupée ces temps-ci ! Oui, j’aime la langue française. J’écris des journaux intimes depuis l’école primaire. L’écriture est pour moi un procédé magique qui permet d’insuffler la vie aux mots (humblement), d’allumer un feu dans les ténèbres glacées d’une page blanche. J’ai détesté la grammaire pendant très longtemps. Pourquoi chercher un ordre dans ce flux ? Je pensais qu’elle essayait de capturer la vie dans les mots pour la tuer et la disséquer. Quand j’ai étudié la grammaire en Sorbonne, ça m’a rappelé ces peintures de leçons d’anatomie. Tous ces docteurs autour d’un corps mort (ou à moitié-mort) qui a vécu (comme eux) parlant du processus de digestion ou autre. Pour sûr, ça été très utile mais je suis sentimentale.

 

Mais l’enseignement du français, surtout de la grammaire française, m’a donné un nouveau point de vue. Tout comme ma nouvelle relation avec les maths et mon usage quotidien de l’anglais. Je la considère davantage comme une structure et une façon de penser.

 

C’est vraiment dommage que l’éducation prenne une si mauvaise voie en France. C’est pourquoi j’envisage vraiment l’enseignement du français à l’étranger. La France doit gérer de gros problèmes sociaux et économiques et elle perd la qualité de son éducation. Même avec une bonne politique, ça prendra du temps de changer les programmes et de réconcilier enseignants et élèves.

 

J’ai été très chanceuse d’avoir une bonne éducation grâce à mes parents, mes professeurs et mes rencontres. Et je voudrais apporter la même chose aux autres.

 

Et la bonne nouvelle, c’est que je pense à une version plus courte du master car je ne pense pas rester longtemps à la Réunion (liée économiquement à la France). C’est une formation sur 10 mois et une première étape pour l’enseignement du français à l’étranger. Je pourrais toujours faire un master plus tard.

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C'est reparti pour un tour

Je me suis remis activement à la recherche d’emploi, sur la Réunion pour l’instant et je sais que ce ne sera pas facile _comme d’habitude_.

 

On pourrait se dire que j’ai l’avantage d’être locale d’un point de vue extérieur mais en réalité, ça ne change rien.

 

J’ai postulé pour un poste dans une radio très écoutée et ma candidature n’a pas été retenue car ‘il faut être disponible immédiatement’ alors que l’annonce précisait que le billet d’avion (mais de métropole!) était pris en charge. Et au passage, je ne travaille pas vraiment ici mais peu importe, on m’a dit que je pourrais ‘être reçue’ lors de mon arrivée. Affaire à suivre sur place donc…

 

Pour les sociétés de production, je sais bien que c’est un petit monde. Ceci dit, les radios, les médias de façon générale, c’est pareil.

 

Je ne sais plus vraiment vers quoi m’orienter. Un autre endroit, une autre voie… Car je pense à ‘abandonner’ le journalisme, voire même la communication et tenter plus l’aventure du côté des cours à domicile et/ou du social (écrivain public, cours d’alphabétisation).

 

J’avoue que j’ai la chance d’avoir de la ressource et d’essayer de faire de nouvelles choses, d’essayer d’étendre mes compétences à d’autres domaines mais au final, je me demande quand même où je vais et surtout à quoi tout cela me sert.

 

J’ai eu une discussion très intéressante avec une Australienne, jeune entrepreneuse hier. Comme d’autres personnes croisées ici, elle me souhaite de réussir à obtenir un visa permanent et de pouvoir apporter à l’Australie. Mais les choses sont loin d’être faciles. Même après mes deux ans de master (si j’y suis autorisée, une incertitude), il me faudra toujours débourser environ 20 000 dollars pour un diplôme d’enseignement valide en Australie. Et je ne sais vraiment pas où les trouver…

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Melbourne Cup, l'enseignement et à la française

C’était la Melbourne Cup aujourd’hui. Quasiment tout était fermé, tout le monde avait mis ses beaux habits et les fascinateurs ont fleuri par cette _soi-disante_ journée de printemps.

 

C’était assez cocasse de voir des gens habillés en costard avec une glacière (appelée ‘Esky’ en Australie) et d’autres divers accessoires. Je ne juge pas, ayant moi-même été victime de la pression sociale française, surtout à Paris. Vous ne pouvez pas sortir sans être bien habillée, maquillée, etc. On pense que les françaises sont classes mais c’est qu’elles en ont l’obligation ! Non, je blague. Elles le sont sans doute.

 

Je suis plus ‘relax’. C’est un des points qui m’a plu en Australie. Mais en même temps, je réalise par cette expérience, que je ne suis pas si ‘relax’ que ça.

 

J’ai été élevée à la française. Même si je revendique mes racines et ma façon d’être anglo-saxonne innée, j’ai pris conscience de cette empreinte en moi. J’ai besoin de plus ou moins prévoir, avoir une vision à moyen-terme. Je ne peux pas vivre avec une vision à trop court-terme.

 

Ou bien je vieillis…

 

Enfin.

 

Je continue d’apprécier mon apprentissage de l’enseignement avec une seconde élève. Elle est en 3ème. Vu que je pars en Tasmanie, je n’aurais malheureusement pas l’occasion de la voir beaucoup mais je vais essayer de lui donner des clés et des méthodes de travail pour la suite.

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Busy-ness

On ne peut pas dire que je m’ennuie en ce moment.

 

Je fais toujours mes petites créations (bijoux, fascinators) et bonne nouvelle : je me suis aujourd’hui rendue à la boutique The Pixie Collective (http://www.thepixiecollective.com) et j’ai signé un contrat pour pouvoir vendre mes créations chez eux ! Je pense à déposer mon stock la semaine prochaine. C’est une très jolie boutique pleine de petits trésors !

 

C’est une très bonne amie, Jessielea Skillicorn (fondatrice de la marque Pweky) qui m’a mis la puce à l’oreille. Nous avons d’ailleurs discuté d’un prochain spectacle au club Abode le 4 novembre prochain; quelque chose sur les thèmes de la comédie et de la mode. Elle voudrait que je joue l’une de mes chansons. Je pense à ‘Hot’. Ca va me faire du bien de reprendre un peu le chemin de la scène !

 

Je continue de promouvoir le spectacle "Die Knef", même si des soucis internet entravent un peu le chemin.

 

J’ai une nouvelle élève pour des cours de français, avant de partir en Tasmanie. Je crois que l’enseignement me plaît vraiment. Lors de mon dernier cours, je commençais à parler de littérature et ça a été une bouffée de plaisir. Les Lettres me manquent. Je pense même à étudier des modules de littérature (même non-diplômants) hors de mon master. Puis j’ai surtout la grande chance de côtoyer un extraordinaire pédagogue. Le cousin de mon père, qui m’accueille gentillement chez lui, a été professeur de maths à Oxford et ici, à Melbourne. Il a rédigé des méthodes de maths. Patient, ayant un don inné pour captiver les étudiants, il sait faire et je bois ses paroles.

 

Puis, nouvelle aventure : j’ai l’honneur de réaliser une coiffure de mariage pour une amie !

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Coup de fil, Die Knef et Tasmanie

Aujourd’hui était une bonne journée malgré une pluie incessante. J’ai eu un coup de fil aussi réconfortant qu’un chocolat chaud onctueux en cette humide et fraîche journée de ‘printemps’. Il faut savoir que le temps de Melbourne, pour ceux qui ne le savent pas, est très capricieux. On peut ici avoir un temps d’hiver en été et vice versa. Oui, bon, c’est vrai, l’hiver n’est pas aussi rude qu’en Europe ! Mais avec cette humidité, le froid perce les vêtements.

 

Mes journées sont assez calmes ces temps-ci. Je prépare des bijoux que je compte aller vendre dans des boutiques et sur des marchés pour avoir quelques sous, je continue d’enseigner le français, toujours en contact avec la ABC Radio et j’aide une amie pour la communication d’un spectacle sur une actrice allemande à la vie sulfureuse, Hildegard Knef. ‘Die Knef’ sera joué du 1er au 4 décembre au Butterfly Club. Si vous souhaitez en savoir plus, faites donc un tour sur le site officiel du spectacle : www.dieknef.com. Une histoire vraiment intéressante sur la condition des artistes allemands (notamment allemandes) à Hollywood. Non seulement le sujet est très intéressant mais le boulot en lui-même l’est grandement; je ‘circule’ sur des sites en allemand. Oui, je dis ‘circule’ car je n’ai fait qu’un an d’allemand en troisième langue, que j’aurais bien voulu continuer d’ailleurs car cette langue m’attire beaucoup ! J’y reviendrais sans doute un jour, parmi mes mille projets ! J’écume donc actuellement les sites des communautés allemandes, autrichiennes et germanophones de tout poil dans le Victoria. Heureusement pour moi, ‘Kontact’ n’est éloigné ni du français ni de l’anglais !

 

Je suis aussi heureuse de retrouver un peu ma créativité. J’ai des fantasmes de nature inquiétante et enchanteresse grâce à la préparation du voyage en Tasmanie. Ce que j’ai lu m’a inspiré une variation au piano (que je posterais bientôt).

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Aller de l'avant

Je me sens beaucoup mieux. Mais également étrange.

 

Je ne suis pas encore une touriste mais mon statut de ‘résidente’ va bientôt arriver à terme. Le point positif est que dans quelques semaines, je vais vraiment apprécier l’Australie et sa nature (ce pour quoi j’étais aussi venue). Je pense déjà à planifier mon budget pour mes voyages autour de Cairns et en Tasmanie.

 

Je prépare aussi dès maintenant mon retour à la Réunion : j’actualise mon site internet et mon CV. J’ai plus de recul maintenant pour voir que j’ai fait plus que ce que j’espérais. Partir à l’étranger est déjà une expérience en soi mais je savoure mes efforts maintenant. J’espère que les employeurs réunionnais apprécieront.

 

Je dois avouer que j’aime cette position : pas encore dans une potentielle routine. Je me sens libre et bien, confiante en moi avec mon dernier succès (permis de conduire).

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Décisions et bonnes nouvelles

J’ai pris de grandes décisions.

 

J’ai démissionné de la pâtisserie. J’ai été très énervée concernant des décisions managériales. C’était une décision difficile à prendre mais au final, je me sens vraiment mieux.

 

Je rentrerais à la Réunion à la fin janvier. Je ne suis pas prête à mettre 25 000 dollars dans des études. Je préfèrerais les mettre dans une affaire. Mon plan est de rentrer, d’étudier pour être prof de français et puis, de revenir en Australie. Je vais essayer de trouver un boulot en communication, dans le tourisme ou l’enseignement.

 

La bonne nouvelle est qu’après 10 ans de galère, j’ai enfin eu mon permis ! Je n’y crois toujours pas ! J’ai commencé à la Réunion, changé mille fois d’auto-école parce que je déménageais une fois par an pendant 10 ans et je n’avais pas le temps de m’y consacrer. Mais ici, en Australie, je l’ai eu !!!

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Bile douce

L’amertume qui m’étreignait ces derniers temps a été atténuée par les clients. Deux clientes sont revenues me voir pour me remercier des conseils prodigués. Ca fait toujours plaisir !

 

Je réfléchis toujours à mon avenir, aux formations que je pourrais faire et je me demande si je ne vais pas rentrer un peu à la Réunion pour une pause mais aussi profiter (j’avoue) du système français et surtout des formations bien moins chères.

 

Pour la suite, j’hésite entre revenir à la Réunion, revenir en Australie ou partir vers une autre destination telle que l’Argentine.

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Stimulation

Ca me fait beaucoup de bien d’avoir un peu de stimulation intellectuelle. J’en avais tellement besoin !

 

Aller à Monash et participer à cette formation courte m’a montré le bon chemin : celui des études. Je me demande toujours quelle voie choisir parce que la gestion d’évènements me va bien aussi. Et je sais que l’enseignement sera un peu plus statique. J’aime sortir, expérimenter et j’ai vraiment adoré faire ça quand j’étais reporter radio.

 

Des amis m’encouragent à faire des reportages radio dans mon coin mais c’est trop dur. Notamment parce que je n’ai pas beaucoup de retour dessus. Je pense que j’ai besoin de travailler avec d’autres personnes mais je n’ai pas trouvé de partenaires ici.

 

La seconde partie de la formation était assez intéressante.

 

L’intervenant a souligné l’importance du "retour sur le projet" et ça m’a fait sourire. Je n’en ai jamais eu un seul parmi toutes mes expériences. J’aurais bien aimé mais ça n’est jamais arrivé. C’est dommage pour les gens qui planifient d’autres évènements. Mais une fois de plus, c’était un soulagement de voir que j’étais dans le vrai.

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Refuge musical

J’écoutais "Airbag" de Radiohead hier dans le train. J’ai été immédiatement transportée à mes 17 ans avec ma meilleure amie. Cette période de ma vie a acquis un statut mythique.

 

J’étais en train d’oublier à quel point la musique est un refuge intemporel. Surtout avec la musique classique. J’ai eu la chair de poule en écoutant la version magique de Klaus Nomi de "Samson et Dalila". Sa voix est tellement particulière et c’était un tel personnage.

 

Ca m’a rappelé à quel point ça me manque d’être secouée de sanglots après un opéra grandiose à l’Opéra Bastille. Même ces terribles consommateurs quittant rapidement la salle, pressés de prendre leur taxi et de reprendre le cours d’une routine ordinaire au plus vite, incapables de savourer le moment et tous les sentiments puissants en découlant, ceux-là me manquent.

 

Oui, je devrais penser au positif. Hier, au boulot, j’ai servi et j’ai discuté peu avec un client et j’ai peut-être un boulot pour quelqu’un d’autre via ce contact.

 

J’aurais apprécié que mon aide en école de journalisme pour certaines personnes m’ait été profitable. Je ne peux pas dire que je regrette mais dans la majorité des cas, les gens ont souvent la mémoire courte. Mais je ne suis dans des rapports calculés…

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Boule de poils

Quelle journée intéressante !

 

Je suis actuellement une formation courte à l’Université de Monash, "Gestion évènementielle". Ca a été un soulagement parce que l’intervenant a mentionné beaucoup de choses que je faisais de moi-même, sans aucune formation. J’ai aimé quand il a aussi évoqué le fait qu’il fallait ‘honorer son équipe’. Je me demandais pourquoi je ne trouvais pas l’énergie nécessaire pour postuler dans la communication ou être impliquée dans des projets artistiques mais j’ai une bonne mémoire sélective. Refuser de voir ce qui est vraiment emmerdant.

 

Mais parfois, ça saute aux yeux.

 

Deux fois, j’ai été bénévole, fait un bon boulot en communication (selon les professionnels) et au final, je m’entends dire "Bon, on va payer un professionnel maintenant" et on a même osé me donner leurs salaires.

 

Comment suis-je censée me sentir après ça ? Et deux fois avec peu de temps entre les deux ?

 

Revenons à nos moutons. En même temps, c’était bizarre de faire face au prosélytisme. Et on ne peut pas penser un instant que je suis assez bête pour ne pas cerner ça, la séduction et des mots comme "Uniting church" (en Australie, un agglomérat de plusieurs églises chrétiennes), "spiritualité" et "life coach".

 

Il a aussi évoqué un autre truc "marrant". Il a dit que dans les cinq prochaines années, tout sera question de communautés. Je me disais que je n’appartiens à aucune communauté et que je suis bien comme ça, sans étiquette.

 

Enfin, c’était quand même intéressant parce que j’ai appris quelques trucs. Puis, je me suis rendue au bâtiment Enseignement pour avoir plus d’infos sur le Master d’enseignement. Mais j’ai d’abord besoin d’obtenir l’IELTS, le test d’anglais…Mais je me suis sentie bien aujourd’hui, moins décérébrée.

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Humain

J’ai pris un verre avec des amis et une jeune handicapée dont elle s’occupe. C’était un bon moment ! Ca m’a montré autre chose, plus proche de ce que je suis, de mes convictions, loin des peurs stupides de tous les jours, des râles ordinaires de gens riches et en bonne santé.

 

Je pense que je suis encline à la compassion. Oublions la référence religieuse. Prenons-la pure.

 

J’aime aider. J’aime rendre la vie des autres meilleure si je le peux.

 

Sortir, être amis, simplement danser, la musique. Elle m’a montré ces choses simples.

 

Ca fait écho à l’enseignement : le partage. Et plus encore avec l’enseignement, la transmission.

 

Je crois en autrui (parfois à mes dépens). Je crois en son bonheur.

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Sauce amère

Terrible de voir certaines choses…

 

Est-ce que Melbourne et mes choix artistiques ont été judicieux ? 3 expériences, fort intéressantes mais au final, on arrive à la même conclusion.

 

J’ai vu "Yes Man" hier soir et ça m’a fait sourire. Bon, déjà, Jim Carrey est l’un de mes acteurs favoris. Mais ensuite, ce truc de dire oui à tout bout de champ a fait écho à ma propre histoire. Quelle bonne poire ce mec ! Surtout que même ses amis savent et veulent en profiter.

 

Un peu mon parcours en somme. Sauf que de mon côté, je dois vérifier que mon travail ne soit pas "volé". Comment vole-t-on un travail ? On ne met plus de nom dessus ou on le dégrade et du coup, il acquiert un nouveau propriétaire. Mais la vengeance est un plat qui se mange froid.

 

J’ai eu des nouvelles du monde radiophonique. C’est intéressant de voir qu’un ancien de RFI, travaillant maintenant à la SBS, va travailler également pour Radio Première dans le Pacifique depuis Melbourne. J’avais fait ma demande il y a quelques mois et le rédacteur en chef m’avait sorti qu’il avait déjà des correspondants à Sydney et Brisbane (bien que Melbourne soit vraiment éloignée et ne partage pas du tout la même actualité !) et qu’il n’avait besoin de personne d’autre.

 

Oui, je sais ! J’entends déjà les vipères du fond : "Oui, mais tu sais bien comment fonctionne ce milieu, bla bla bla…" Oui mais ça ne m’avance à rien, au contraire, ça recule tout d’un plan; je me sens encore moins valorisable (si je ne l’ai été).

 

Pas terrible d’attirer la pitié non plus. Je n’ose plus vraiment expliquer ma situation. Pis un ami m’a dit récemment : “Mais il faut parler de tout ça” en évoquant une situation antérieure aussi glorieuse que celle d’aujourd’hui. Mais je sais bien que chacun a sa petite vie, que c’est normal, que chacun a ses préoccupations. C’est la vie !

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Créative ou dispersée

Hier soir (enfin hier soir pas trop tard, cette bronchite continue de me tuer), j’ai eu une conversation intéressante sur ma façon de penser.

 

J’expliquais à ma famille que je peux aller assez loin et comment mon entourage peut appréhender cette démarche.

 

Vu que je m’informe sur les formations et les études en ce moment, je regarde dans des directions assez différentes telles que la serrurerie, les relations internationales, l’enseignement, le journalisme (mais pas convaincue par ce choix car je sais comment ça fonctionne et quelles sont les opportunités dans le domaine) et le cinéma (technique).

 

Mes amis se divisent généralement en deux catégories : ceux que ça enchante et ceux que ça désespère.

 

Je dois admettre que j’ai beaucoup moins d’amis dans la première catégorie mais quel pied d’en parler avec eux ! Je pense tout spécialement à une amie, Fanny.

 

Nous passions des après-midis à développer des concepts inédits, à monter des plans incroyables, à réfléchir à leur réalisation et aux détails… Nous étions libres et puissantes en un sens ! Pleine de vie et de motivation ! A cause de cette précarité (marché du journalisme à Paris) et grâce à cette façon de penser, nous avions des brainstormings riches et je lui suis reconnaissante à vie pour m’avoir montrée que je n’étais pas seule et que ça pouvait même être une qualité. Bon, nous étions une équipe et cette démarche est une composante d’une équipe. Seule, on peut se perdre, exactement ce qui m’arrive. Hm, je voulais dire, ce qui pourrait m’arriver.

 

La seconde catégorie a un point de vue totalement différent sur ma façon de penser. Pour eux, je suis simplement dispersée. Je ne sais pas ce que je veux dans la vie (sans doute un peu vrai mais qui sait vraiment ce qu’il veut ? Et on ne sait jamais ce qu’il peut arriver) et je dois me concentrer sur une chose à la fois. Je ne peux rien accomplir parce que je mets trop d’énergie dans différentes choses.

 

Mes parents n’ont pas arrêter de me seriner toute ma jeunesse que je devais passer des concours de la fonction publique. Pour moi, c’était une voie toute tracée vers la mort. "Morte d’ennui"; j’avais même pensé à mon épitaphe.

 

Bien sûr, j’ai compris plus tard, en apprenant plus sur leurs passés, pourquoi ils ne voulaient pas que je souffre de problèmes financiers. Mais c’était dur pour moi de tuer mes quelques rêves restants.

 

Oui, bon, c’est vrai, il y a une part de vérité. Juste une part parce qu’il n’existe plus aujourd’hui de sécurité de l’emploi. Dans le journalisme, j’étais grillée parce que je n’avais pas de réseau dans ce monde clos. Mais au fond, c’est un peu la même rengaine dans les autres boulots. C’est difficile pour moi de penser autrement en Australie à cause des restrictions liées au visa temporaire. Et si je rentre en France ou à la Réunion, pour quel genre de boulot je pourrais postuler ?

 

Je "rêve" d’être simple…

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Des bougies d'anniversaire depuis mon lit

Mon anniversaire aurait pu être un flop. J’étais malade comme un chien; je n’avais du mal à respirer, un peu de fièvre et du mal à me mouvoir.

 

J’ai appris à mes dépens à quel point le temps est tordu à Melbourne. Vous devez avoir dans votre sac une écharpe, des lunettes de soleil et un parapluie. C’est une question de survie !

 

Je n’ai pas eu le droit de boire à cause des antibiotiques.

 

Mon anniversaire me rappelle que je vieillis, ce qui est toujours difficile pour les femmes, avec ces foutaises sur le fait d’être moins séduisante, etc. Maintenant, je ne me sens plus concernée. Non, mon principal souci pour l’instant est mon avenir. J’ai passé une nuit entière à réfléchir au bon choix.

 

Cette année est particulière. Ca fait dix ans que j’ai quitté la Réunion. Je repensais à Paris et à mes débuts. Mais les choses vont peut-être changer maintenant et je serais peut-être plus poursuivie par ce fantôme.

 

Enfin, c’était un bon anniversaire car j’ai eu beaucoup d’amour venant de partout. Des messages de personnes que j’aime et c’était le plus beau cadeau que je pouvais avoir !

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Chez moi

On doit penser à toutes les éventualités quand on prend une décision.

 

Rentrer chez moi est l’une de ces éventualités. Mais le sens de ‘chez moi’ a beaucoup évolué pour moi.

 

Pendant longtemps, ça a été la Réunion, mon lieu de naissance, mon enfance et ma jeunesse. Mon climat, mon décor et mon univers créatif.

 

Puis, vivant plus à Paris qu’à la Réunion, ce lien s’est un peu étiolé. Je partageais moins de choses, je ratais le train-train quotidien là-bas.

 

Mais est-ce que je pouvais dire que j’étais "chez moi" à Paris ?

 

Puis, l’Australie. Je suis ici ‘chez moi’ avec la famille mais mes ‘chez moi’ réunionnais et parisien subsistent. A Paris, j’avais (j’ai) des refuges : des endroits et des gens. A la Réunion, des endroits mais ça va au-delà. C’est plus une question d’ondes.

 

Bien sûr, je devrais dire que ‘chez moi’ est dans mon coeur, dans ma tête ou un truc comme ça.

 

En fait, quand j’y pense vraiment, ce qui me ramène ‘chez moi’, c’est la nourriture. Cuisiner (surtout pour mes amis) et manger. Quel estomac sur pattes !

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Le bon choix

Je me sens plutôt anxieuse à propos de cette prise de décision pour les études, Ca pourrait changer beaucoup de choses.

 

Trois filières m’intéressent : les relations internationales, l’enseignement (prof de français pour le secondaire) ou un mélange de sciences humaines, nouvelles technologies et communications.

 

Le programme des Relations internationales est juste magique pour la ‘journaliste’ que je suis (étais, je ne sais plus vraiment aujourd’hui). Ca ouvre des perspectives d’emploi à l’international.

 

J’ai eu une bonne expérience en donnant des cours de français à un étudiant. Mais est-ce que ce sera la même chose dans une classe avec certains élèves qui n’auront pas vraiment envie d’être là ? Celui-là adore la France, sa culture et la langue et il travaille dur. Je ne sais pas vraiment. Et puis, c’est un métier qui est dans la liste des métiers recherchés en Australie.

 

Et le dernier mélange parce que j’ai commencé avec le journalisme et ce serait peut-être bien de ne pas perdre cette base.

 

Je sais que j’ai la chance d’avoir ce choix et cette aide financière de mes parents. Mais j’ai peur de ne pas faire le bon choix.

 

Je me suis plantée en Sorbonne et j’ai réussi dans le journalisme selon certains professionnels mais au final, je ne suis nulle part. Et encore mettre beaucoup d’énergie et d’espoir est risqué pour moi. Je n’aurais pas la force d’essuyer un autre échec.

 

Je dois choisir : visa et sécurité financière, quelque chose qui m’intéresse…

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Le bon choix (2)

Prendre une décision est un sacré truc.

 

Je pense qu’il est trop tard mais si j’avais 16 ans, je ne ferais pas les mêmes choix. Vraiment pas. J’aurais choisi la serrurerie je pense.

 

Un ami m’a dit récemment qu’il avait fait un BTS et qu’il pouvait toucher les Assedics après ses études. C’est peut-être possible pour les apprentis.

 

Peu importe, j’aurais travaillé plus tôt, peut-être monté ma boîte et je n’aurais eu aucun problèmes à migrer en Australie grâce à mes compétences.

 

J’ai besoin de nourriture intellectuelle mais j’aurais dû garder ça comme hobby.

 

Peu importe, les choix ont été faits.

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A l'autre bout du monde

C’est marrant d’écouter les gens parler de la distance.

 

J’ai quitté mes parents, ma maison, mon premier amour et mon île à 17 ans. Je suis techniquement arrivée à 18 ans à Paris. J’y ai vécu 10 ans et maintenant, je vis à Melbourne en Australie.

 

Mes amis me manquent, ça, c’est sûr ! BEAUCOUP ! Mon île me manque, la mer, la cuisine, les montagnes et les cascades.

 

C’est aussi marrant de remarquer le comportement de certains français à l’étranger. D’habitude, en France métropolitaine, venir de la Réunion fait une sacrée différence. Vous venez de l’autre bout de la planète et vous avez la nationalité française mais certains doutent du fait que les Réunionnais aient des voitures et la télévision.

 

En Australie, vous devenez un français de pure souche. Certains français se croient, tout comme en métropole, fins de me parler avec un accent antillais. Sauf que ce n’est pas du tout situé dans la même région et que ce n’est pas la même culture.

 

Essayez de parler à quelqu’un qui vient du Sud de la France du Maroilles ou des moules-frites, vous ne serez pas déçu !

 

De ses 10 ans loin de chez moi, j’en sais un peu sur les anniversaires, Noël, l’amour à distance, être malade, etc.

 

Un jour, à Paris, une camarade de classe est venue me voir, en pleurs. ‘ C’est trop dur, je n’ai pas vu ma famille depuis une semaine !’ Et sa famille vivait en banlieue parisienne. Je ne pouvais faire ma méchante et lui rappeler que je devais prendre un avion pour voir ma famille à 10 000 kilomètres de là.

 

Mais en un sens, c’était plus facile pour moi parce que je n’étais pas si proche de mes parents. Maintenant, en Australie, je vis avec mes cousins et je me sens chez moi.

 

Et si je rentre en France ou si je pars ailleurs, chez moi me manquera beaucoup.

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