Plus d'un mois après l'arrivée

Objectif zéro déchets

 

A Itaosy, nous vivons avec une partie de nos déchets. N’ayant pas de vrai système de ramassage des ordures mais surtout de centre de conditionnement, nous ne pouvons pas décemment acheter et jeter sans bien réfléchir à la vie de nos déchets. Nous avons vu les détritus jonchés les environs, notamment les plastiques et nous ne pouvons pas participer à cette pollution. Nous essayons donc de réduire au maximum nos déchets. Evidemment, nous tentions déjà de le faire auparavant mais là, c’est encore autre chose lorsque vous sortez de chez vous et que vous voyez directement vos déchets.

Il existe bien des décharges aux alentours mais nous les avons visitées et c’est une telle désolation que ça nous pousse encore plus à être vigilants. Tout type d’ordure est brûlé, souvent pour tenter d’en récupérer quelque chose de valeur.

En ville, c’est encore une autre affaire. Autant en zone semi-rurale, nous avons un compost et nous pouvons donner certains déchets aux propriétaires de cochons, autant en ville, tout est pêle-mêle. Une nouvelle de « Chroniques de Madagascar » relate d’ailleurs assez bien la situation concernant le marché et la survie de certaines personnes grâce aux déchets. Un problème environnemental et social…

 

Ma nouvelle vie urbaine

 

Je vis maintenant en colocation avec un couple de Français du côté du lac Anosy. J’ai beaucoup de chance car ils sont adorables et nous avons beaucoup de points communs ; la piscine, la guitare et d’autres considérations et envies écologiques. Ils atténuent la tristesse que j’ai de vivre éloignée de mon compagnon.

J’ai une chambre qui donne sur une immense terrasse qui offre une grande vue sur le relief plein de collines de la ville. C’est agréable de voir loin. Il faut dire que c’est finalement un vrai luxe dans cette ville.

Ma première nuit s’est bien passée mais j’ai été réveillée par le début du trafic vers 4 heures du matin. Je peux maintenant marcher pour aller au travail. Je mets 45 minutes mais ça ne me dérange pas. Bien au contraire, j’ai toujours aimé marcher pour réfléchir ou faire le vide. Bien que ces deux activités soient opposées, cela fait pourtant sens. Lorsque je marche, je fais d’abord le vide dans ma tête. C’est une forme de méditation. Puis, je laisse vagabonder mon esprit et c’est comme ça que je trouve des idées ou l’inspiration.

Pendant la saison des pluies, je serais peut-être moins ravie…

J’ai essayé deux itinéraires ; l’un qui suit le tracé de mon second taxi-be, qui passe par deux tunnels très obscurs et très pollués et l’autre qui passe par de petits escaliers très abrupts, serrés entre les maisons et parfois très sales. Au final, dans les escaliers, j’ai croisé deux policiers qui m’ont dit qu’il y avait des voyous et d’éviter ce chemin. J’ai cru qu’ils allaient me demander autre chose mais finalement, non. Ce second itinéraire n’est pas non plus court donc adieu petit sport du matin (mais le premier itinéraire suffira, d’autant plus que j’ai l’impression que mon souffle est plus court ces derniers temps) et retour aux métaux lourds dans l’air.

 

Dureté urbaine

 

Revivre dans une grande ville réveille mes réflexes parisiens : visage fermé, démarche rigide, attitude dure. J’associe ces réflexes à la capitale française mais je me suis tout de même réconciliée avec Paris lors de mon dernier passage là-bas.

Mais c’est tout de même dans la capitale que j’avais construit cette carapace.

Du coup, ça me fait tout de même réfléchir sur mon expérience et mes attentes ici. Certes, je savais bien qu’Antananarivo serait bien loin du fruit de mes engagements qui avaient longuement mûri au fil de mes pérégrinations. Aspirer à une vie plus proche de la nature, vivre de façon respectueuse tant en vers la nature que l’humain, participer à une économie solidaire, apporter sa pierre à l’édifice du développement (modestement), tout cela est plutôt lointain. Pour des raisons de sécurité, je me dois de redevenir ce que j’étais auparavant.

 

Envie d’enseigner

 

Mon DAEFLE est plutôt lointain ces temps-ci. Mon envie d’enseigner est pourtant là.

Je crois en l’éducation comme levier pour un meilleur futur, que ce soit le français ou une autre discipline. Je conçois que le rapport à la langue française soit complexe dans une ancienne colonie française. Etant moi-même issue de deux anciennes colonies, je comprends l’envie de s’affranchir de cette Histoire. Et pourtant, c’est une langue magnifique et ceux qui ont su dépasser ces problématiques brillent pour moi au firmament. Aimé Césaire et Frantz Fanon pour ne citer qu’eux.

Frantz Fanon m’a particulièrement marquée. L’un de mes rédacteurs en chef en radio m’avait prêté « Peau noire, masque blanc » et ça a été un tournant dans ma pensée.

 

Lectures

 

Je lis actuellement « Vraie blonde et autres » de Jack Kerouac et « Les souvenirs » de David Foenkinos. J’ai beaucoup aimé « Je vais mieux » de ce dernier auteur. Je vis maintenant plus près de l’Alliance Française et je pourrais plus facilement emprunter et dévorer de nouveaux ouvrages.

J’ai littéralement engloutie « Les Rivières Pourpres » de Grangé que j’avais pioché à une loterie de prêt à l’Alliance française…

Heureusement qu’il me reste ma liseuse numérique à Itaosy, Kerouac étant resté en ville et « Les souvenirs » ayant eux aussi été avalés rapidement (ils étaient d’ailleurs fort goûtus). C’est le problème de ce dédoublement immobilier : la logistique.

 

Encore et toujours, pollution

 

Les locaux du Centre de Presse Malagasy sont à l’étage d’une entreprise spécialisée dans l’éradication de nuisibles (cafards, moustiques et autres créatures néfastes selon l’homme). Un midi, une odeur et _je suppose_ certaines substances ont embaumés l’air. Je ne savais plus si je devais retenir ou pas ma respiration.

Tous les matins, nous passons le balai au boulot avant de commencer à travailler, la poussière s’infiltrant partout.

Tous les jours où je travaille maintenant, je passe sous ses tunnels-boyaux (voir article précédent) et tous les jours, le matin, lorsque je me mouche, je retrouve ces traces noires.

J’ai eu une sorte de bronchite cette semaine. J’ai eu peur que ça se développe en vraie bronchite car ça m’aurait cloué au lit pour quelques semaines. Je ne sais pas trop si c’est du au temps ou à la pollution. L’avenir me le dira, je ne l’espère pas à mes dépens.

 

Frayeur toponymique

 

Je regardais récemment la carte de Tana et à ma grande surprise _et frayeur_, j’ai vu sur Google Maps, un chemin nommé « couloir de la mort ».

 

Souvenir numérique

 

Je me balade toujours avec une clé USB dans mon sac. Sur cette clé, j’ai redécouvert un document qui m’a ramené en Australie.

Pour notre demande de visa de résidence permanente, nous devions chacun écrire une version de l’histoire de notre rencontre pour les services d’immigration, n’étant ni mariés ni pacsés. Une demande tout de même assez intrusive dans notre vie privée mais pour avoir le visa, nous étions prêts à le faire.

J’ai relu l’histoire de François et j’ai eu l’impression d’ouvrir une boîte en fer blanc, comme dans « Le fabuleux destin d’Amélie Poulain ». Mais ça n’a pas réveillé que de bons souvenirs, comme dans le film. Ça m’a aussi rappelé que nous avions été boutés hors du pays un peu comme des malpropres, que j’ai été séparée de mes proches australiens, que mes nouvelles opportunités professionnelles devenaient caduques, que nous avions exposé notre vie privée et fournis je-ne-sais-plus combien de documents aux services d’immigration…Mais ça m’a aussi rappelé les bons moments que nous avions eu là-bas, notre vie simple, nos virées près de la mer le weekend (si le travail ne me tenait pas trop). C’est la vie.

 

Les Réunionnais vus par les malgaches

 

J’ai eu l’occasion d’assister à une formation en économie qui se tenait au Centre de Presse Malagasy. Le professeur présentait des auteurs des années 50 qui avaient des visions concernant l’économie des pays africains.

Il a abordé des problématiques communes aux deux îles, La Réunion et Madagascar, et pourtant, tout comme d’autres malgaches, son discours mettait une grande distance entre les deux îles. Certes, la Réunion est française mais elle reste un département d’outre-mer. Elle a été une colonie et des schémas coloniaux ont façonnés la Réunion d’aujourd’hui. De plus, l’indolence reprochée aux Réunionnais à cause d’un assistanat trouve un écho (minime mais tout de même) dans le comportement de certains malgaches avec les bailleurs de fonds internationaux.

La fuite des talents, la difficulté de ces derniers à décrocher les meilleurs postes dans leur pays et enfin, la diaspora, tout cela est similaire. Et quand j’entends parler des allocations « braguette » (on taxe les seuls réunionnais comme faisant des enfants pour obtenir des allocations familiales) reprochées aux Réunionnais, ça me fait tout de même bondir car c’est tout ce que j’ai fui et tout ce que je ne suis pas. Les bons et les mauvais existent partout.

On reproche aux réunionnais leur dédain pour les malgaches et malheureusement, je l’ai vu cet horrible dédain chez les réunionnais. Mais peut-on mettre tout le monde dans le même panier ? Et malheureusement, ce dédain existe également dans l’autre sens. Alors que les deux îles sont intimement liées, les premiers réunionnais étant des malgaches et que nous soyons tous cousins dans l’océan Indien.

 

Le développement en question

 

J’écoutais « Echos d’ici, échos d’ailleurs » sur RFI et mon attention a été captée par un économiste parlant de pays en voie de peuplement au lieu de pays en développement, notamment en Afrique. Ce monsieur se définit d’ailleurs comme « démo-économiste ».

C’était un invité assez rebelle, si ce n’est dire revêche parfois, avec certaines idées que je ne partage pas mais des concepts très intéressants sur le développement, ce qu’il est, devrait être et les conséquences de ses politiques au niveau de l’économie et de la vie.

J’étais d’accord avec lui sur le fait que la clé du « développement » est de faciliter la mobilité, l’inverse de ce qu’il se passe actuellement. Je partageais également son point de vue sur l’approche planétaire et non l’approche par pays, comme nous faisons actuellement.

Il rappelait, à juste titre, que les pays riches occidentaux avaient bâti leur richesse sur l’esclavage et la corvée alors qu’on demande aux pays en voie de développement de respecter nombres de normes internationales concernant les droits de l’homme et des contraintes environnementales strictes.

 

Le moringue du bout des rizières

 

Le moringue est un art martial, un peu similaire à la capoeira. On le retrouve dans l’océan Indien, notamment à Madagascar et à l’île de la Réunion.

Ce weekend, alors que François effectuait l’une de ses missions dans un village du bout d’Itaosy, nous avons assisté à une séance d’entraînement de moringue des jeunes du village. C’était un très beau moment.

Ce n’est pas facile pour ces jeunes d’agriculteurs, eux-mêmes déjà dans les champs, d’avoir des moments de divertissement et de formation en dehors des tâches quotidiennes. C’était beau de voir, garçons et filles, effectuer ces gestes ancestraux, s’inviter au combat, leurs dents blanches dans des rires francs de camaraderie.

Ca m’a fait penser aux entraînements de kalaripayattu avec mon ami Raveendran à la Réunion. Cet art martial indien ancestral est difficile mais François et moi nous étions accrochés (un peu plus moi que lui d’ailleurs) et la souplesse et les muscles étaient revenus.

 

Si j’ai le temps, j’aimerais peut-être bien faire du moringue ici…

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