L'appel du son et des rizières

Saut en taxi-be

 

 

 

J’ai failli tomber deux fois du taxi-be en le prenant, ça devient sport. Le matin et maintenant l’après-midi, c’est un peu l’empoignade. Tout le monde se pousse pour pouvoir entrer dans le taxi-be. Je n’ose pas pousser les gens mais après une vingtaine de minutes, il le faut pourtant bien. Au moins 6 ou 7 taxis-be étaient soit pleins et ne s’arrêtaient pas soit il fallait être rapide et petit car j’étais carrément refusée.Deux fois, je m’étais accrochée au haut de la carlingue de l’appareil et un morceau de joint a failli se détacher. Les passagers de notre appareil ont eu poussé un petit cri de terreur mais j’ai réussi à m’en tirer sans mal finalement.

 

J’ai même des bleus aux jambes, à force d’acrobaties taxi-besques.

 

 

 

De l’absolue nécessité de l’escapade champêtre

 

 

 

Nous avons fait une balade à l’extrême ouest de Tananarive, plus loin qu’Itaosy. Ce bol d’oxygène _au sens littéral_ était aussi une découverte poétique des environs ruraux de Tananarive. Après avoir enfin quitté des rues poussiéreuses de villages, nous avons sillonné les chemins traversant les rizières pour passer non loin d’un endroit appelé la presqu’île. Durant la saison des pluies, l’endroit devient une petite île quasiment coupée du monde.

 

Nous sommes actuellement en hiver austral et le temps est très sec. Les rizières sont pour l’instant de vastes étendues de terre craquelées dont les gens font des briques. Cette terre semble argileuse, avec de la tourbe en dessous. Nous avons croisé quelques zébus sur ces chemins qui forment une sorte de colonne vertébrale de dinosaure dans ces champs. Nous sommes enfin arrivés près d’un bras de rivière couleur ocre avec quelques cultures maraîchères et une petite maison sur la rive d’en face. Nous nous sommes assis là, près de ce cours d’eau et j’ai retrouvé ma nature tant aimée. Les chants du cours d’eau et d’une brise s’harmonisaient en une musique douce, le soleil chaud une caresse. Je sentais mon horizon enfin dégagé ; je voyais enfin des maisons au loin, les collines de loin et les différentes couleurs des maisons former un patchwork.

 

Le temps commence à doucement se réchauffer, pour mon plus grand plaisir. Au soleil, il fait même chaud ! Cependant, beaucoup de personnes ont encore des toux grasses (liées peut-être plus à la pollution qu’à la température ?) et il faut faire attention.

 

 

 

Promiscuité

 

 

 

En passant par une rue de marché à Itaosy, j’ai eu peur de marcher sur une poule, un poisson ou un canard, de ne pas voir un trou et de mettre mon pied dans une eau saumâtre ou encore de sentir un rideau de tripes de zébu me caresser le visage.On doit toujours faire attention à milles choses ici, en milieu urbain. Les pickpockets, vols à la tire et autres menus larcins sont monnaie courante. Il faut toujours dispatcher l’argent sur soi, prendre soin d’avoir assez de liquide (car quasiment toutes les transactions se font en liquide) mais en même temps pas trop. Le problème, c’est que je peux parfois oublier où j’ai mis quoi. Ce sont des habitudes à prendre…

 

La promiscuité est quotidienne pour moi. Dans les taxis-be, je peux me retrouver avec les cuisses emboîtées dans celles de mes voisins, sentir l’haleine peu fraîche d’un receveur ou encore sentir le va et vient des côtes de mon voisin qui respire dans les taxis-be.

 

 

 

L’enveloppe du son

 

 

 

Notre seul lien avec l’extérieur à la maison, c’est la radio. A vrai dire, c’est mon média préféré. D’ailleurs, ça me manque d’en faire… J’ai été tenue en haleine par une émission sur RFI à propos d’un aveugle qui passe sa vie à voyager. C’est un thème qui m’a parlé pour des raisons personnelles. Le parcours de cet homme était tout simplement fascinant et je buvais consciencieusement ses paroles (1 heure d’émission tout de même !). J’aimerais d’ailleurs prendre des sons d’ambiance ici mais je dois le faire très discrètement car mon matériel peut attirer l’attention et les voleurs.

 

Ecouter et/ou faire de la musique me manque. Toujours pas eu le temps de trouver de petits haut-parleurs…

 

 

 

La houle des extrêmes

 

 

 

C’est compliqué de naviguer entre deux extrêmes. Extrême pauvreté. Extrême richesse. Le quotidien peut devenir un casse-tête vestimentaire. Comment venir au travail bien habillée et en même temps prendre le taxi be d’Itaosy sans attirer l’attention ? J’en suis à réfléchir à laisser une tenue correcte au travail et faire le trajet dans des vêtements moins habillés. La sensation d’accroc sur mon pantalon dans un taxi-be m’avait fait frémir une fois…

 

Il paraît que c’est une pratique assez répandue au Canada, le changement de tenue en arrivant au travail. Bon, après, je faisais ça aussi à Adélaïde. J’avais ma tenue pour faire du vélo et ma tenue de commis (eh oui, avec la blouse, le petit chapeau et le reste !).

 

 

 

Au revoir André

 

 

 

J’ai appris le décès d’André Pangrani et ça m’a beaucoup et me chagrine toujours. Je n’avais échangé que quelques emails avec le co-fondateur du Cri du Margouillat et créateur de la revue littéraire Kanyar. En Australie, je cherchais une revue réunionnaise et j’ai trouvé Kanyar. Je m’étais fait livrer un exemplaire au pays des kangourous. J’étais tellement heureuse et fière de cette revue, de pouvoir participer un peu à cette revue, avec ma petite participation financière. J’avais même osé lui demander si je pouvais envoyer un manuscrit et il m’avait gentiment répondu que c’était tout à fait possible. Je voulais écrire pour Kanyar. J’aurais voulu intégrer le cercle, discuter avec lui, avec eux. Je n’ai jamais osé vraiment écrire ; ça me paraît gravir l’Everest et être une activité trop noble pour moi. Et pourtant, finalement, une fois que mon chagrin se sera atténué, peut-être qu’il faut que je prenne à bras le corps l’écriture. Peut-être qu’André Pangrani m’aurait dit « mais si, vas-y »…

 

 

 

Nettoyage à sec

 

 

 

Il y a de plus en plus de militaires dans les rues en journée. Tous les petits marchands du pont d’Ikopa avaient disparus l’espace de la semaine des Jeux de l’océan Indien. Un étrange écho avec Rio… L’approche du Sommet de la Francophonie créé également des remous. Un village de la francophonie est actuellement en construction en proche périphérie de la ville mais les travaux ont pris beaucoup de retard et les organisateurs commencent à réfléchir à mettre toutes ces personnalités sous des tentes ! (article Midi Madagasikara)

 

 

 

Une nouvelle vie commence

 

 

 

Je vais finalement habiter la moitié de la semaine en ville. Je vais faire une colocation avec un couple de Français. Nous sommes plutôt tristes, François et moi, mais nous verrons bien comment ça se passera. Je vais peut-être devoir prendre un taxi-be mais je réfléchis à faire le trajet à pied. Mais encore une fois, la pollution pourrait entraver mes plans…Mais la bonne nouvelle, c’est que je vais pouvoir ramasser mes heures de travail et finir plus tôt dans la semaine.

 

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