Mauvaise pioche

La pluie a lavé les arbres et les plantes. On a l’impression de redécouvrir la nature en ville. Cette dernière était couverte d’une épaisse couche de poussière jusqu’à présent.

 

Retour au travail

 

Je suis de retour au travail et je dois avouer que j’aime vraiment ce que je fais. J’ai l’opportunité de monter des projets, de faire de la radio, de rencontrer du monde et j’ai l’impression que ça serait bien plus difficile, voire impossible à la Réunion et en France. J’espère me tromper mais jusqu’à présent, je n’ai pas eu de signes allant dans ce sens. Peut-être que je suis trop difficile…

Oui, ma santé va sans doute en prendre un coup. Oui, la vie au quotidien n’est pas facile. Mais pour une fois que j’ai un poste où je me sens en accord avec mes valeurs tout en accomplissant des tâches que j’aime réaliser…

 

Préparation des sommets

 

La ville se prépare à accueillir le beau monde pour les différents sommets. Le Sommet de la Francophonie aura lieu dans moins d’un mois maintenant et on commence à voir les préparatifs se faire.

Ainsi, un marquage au sol tout neuf a fait son apparition sur les grands axes routiers du centre-ville. C’est à la fois triste d’attendre que le beau monde international vienne pour discuter et manger des petits fours pour que les infrastructures s’améliorent mais si elles bénéficient à toute la population, c’est aussi une bonne chose.

 

Rencontre avec Emmanuel Genvrin

 

Nous avons eu la grande chance de discuter avec Emmanuel Genvrin, auteur-dramaturge vivant à la Réunion depuis très longtemps. Cet auteur très prolifique, ami de feu André Pangrani (fondateur de la revue Kanyar), nous a fait part de sa vision concernant la vie et politique culturelles de la Réunion. J’étais très heureuse de le revoir (nous nous étions croisés au Salon du Livre de Saint-Pierre à la Réunion) et de discuter avec lui. Il était de passage à Antananarivo pour la sortie de son dernier livre, « Rock Sakay », sur le projet de colonisation « réunionnaise » (orchestrée par la France) ratée à Madagascar. Je ne l’ai hélas pas encore lu car il m’a été offert pour mon anniversaire mais est actuellement à la Réunion (et il ne faut apparemment pas compter sur la Poste malgache pour recevoir son courrier, sans compter sur le fait que nous n’avons tout simplement pas de boîte aux lettres).

C’est toujours compliqué pour moi, la culture réunionnaise. Je l’aime, je la désire mais c’est comme si elle jouait à l’allumeuse avec moi. J’ai l’impression que je ne pourrais jamais « l’avoir », que je ne ferais jamais partie de cette culture. J’ai peut-être du mal à m’assimiler à cette île, qui pourtant m’a vu naître et où j’ai vécu un bon moment.

Je lisais dans un livre de Michèle Rakotoson le terme « acculturé » et j’en suis peut-être.

 

Film, à défaut de lecture

 

Je n’ai plus de lectures pour l’instant, étant trop fatiguée pour lire le soir et n’ayant rien repris encore à l’Alliance Française et à l’IFM.

Cependant, nous avons vu « The Lobster » à l’IFM qui propose des séances de cinéma gratuites. C’était un film dément sur les relations amoureuses et la société.

 

Mauvaise pioche

 

Nous habitons du côté d’Anosy, le quartier des ministères, pas loin du lac Anosy. C’est généralement un quartier pas trop mal famé.

Nous avions hébergé une amie coopérante comme nous, de passage sur la capitale. Vendredi soir, nous l’avions accompagné pour qu’elle prenne un taxi, juste au coin de la rue, en face d’un hôtel. Une centaine de mètres nous séparaient de notre domicile. Il était entre 20 heures et 20 heures 30 lorsque nous nous sommes fait braquer par un groupe de 6 à 8 personnes. L’un d’entre eux avait un pistolet (authentique ou jouet, nous ne nous sommes pas posés la question à ce moment), plusieurs d’entre eux des couteaux (ceux-là avaient l’air bien vrais). Ils nous ont demandé de l’argent et tout ce qui avait de la valeur, tout en procédant à une fouille minutieuse de nos corps. Ils savent que certains touristes gardent de l’argent dans leurs sous-vêtements et nous avons donc tous deux eu droit à des palpations de plusieurs personnes. Mon compagnon a tout de même demandé à récupérer ses papiers et ils leur ont rendu.

Nous avons suivi les consignes délivrées par l’Ambassade lors d’une réunion avec un colonel chargé de la sécurité des Français dans tout l’Océan Indien organisée à notre arrivée : pas de résistance et donner tout ce que nous avions. Nos agresseurs devaient être un peu déçus car nous n’avions que nos téléphones et très peu de liquide sur nous.

Par chance, nous n’avons pas subi de violences physiques. Lorsqu’ils procédaient à la fouille, je craignais pour mon entrejambe mais surtout pour mon compagnon vers lequel étaient pointés les couteaux. Sans communiquer entre nous, nous pensions la même chose : ils ne feront pas usage de l’arme à feu car ça ferait trop de bruit (sans compter tous les désagréments de meurtre de vazahas et de karanas) mais une plaie causée par un couteau (probablement sale ou pouvant nous mener dans un hôpital local) serait vraiment un gros problème.

Les policiers et gendarmes (c’était compliqué de savoir où aller exactement, même pour un malgache) qui ont pris nos dépositions étaient très surpris de savoir que ce type d’agression avait eu lieu à cet endroit et à cette heure.

Sans que ce soit habituel, le risque d’agression reste apparemment fréquent et concerne également les malgaches. Au fond, ce qui m’inquiète le plus, c’est davantage la non-assistance à personne en danger dont m’ont déjà parlé plusieurs personnes.

Evidemment, depuis cet évènement, sans sombrer dans la paranoïa, nous ne voyons plus notre environnement de la même façon. Car une agression près de son domicile laisse penser qu’il y a eu une surveillance des allers et venues.

 

Chacun y va de son « explication », de la « justification » de tels actes : extrême pauvreté, désespoir… Je ne cherche pas de réponses. Avant l’agression, je voyais bien les schémas et la frustration auxquels est soumise la population. Bien sûr que je comprends l’exaspération, que ce soit par rapport à l’argent ou aux femmes. Ce weekend, je voyais encore un touriste glisser un billet dans le décolleté d’une danseuse traditionnelle dans un restaurant lors d’un spectacle et je me demandais comment ça serait pris s’il faisait la même chose avec une danseuse de bourrée traditionnelle dans l’Est de la France par exemple…

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