Deuxième semaine malgache

Je devrais être présentée mardi 19 juillet (demain) au Centre de presse Malagasy. Je suis enfin guérie d’une mauvaise grippe qui m’avait bien affaiblie à mon arrivée. Je m’accommode au climat et probablement à l’altitude. Pour la pollution, j’ai été moins exposée cette semaine et nous verrons donc par la suite.

 

Le sens de la coopération

 

Certains coopérants ont du rentrer et cela m’attriste pour eux car ils n’ont même pas vus la ville où ils devaient être affecté (en province). Les bénéficiaires de ce programme sont des bénéficiaires du RSA donc des minimas sociaux. Nous avons tous peu de moyens financiers derrière nous et pour certains une certaine vulnérabilité. Cependant, nous sommes tous animés par une très grande motivation, parfois même des missions personnelles.

A contrario, d’autres ont l’air de s’épanouir et c’est très agréable à voir.

La coopération, c’est le sens pour certains ; donner du sens à son travail et je dirais même plus, donner du sens à sa vie. Nous nous épaulons dans ce qui parfois être des difficultés. A mon sens, c’est aussi ça la coopération.

C’est aussi co-développer. Tout en respectant nos hôtes (en l’occurrence les malgaches), nous proposons nos services, d’amener une petite pièce à l’édifice.

 

François, mon conjoint, s’épanouit dans sa mission. Directeur technique de l’association Miaro (une association de malgaches pour les malgaches), il fait actuellement un état des lieux et parcourt les environs pour pouvoir mettre en place un plan d’action. Ses axes de travail sont l’assainissement, les pratiques agricoles et l’accès à l’eau potable. Il va mener des actions de sensibilisation. C’est un travail de terrain, des actions concrètes ; une mission palpitante !

 

En pratique

 

Cependant, la vie pratique nous rattrape et je vais devoir faire des choix par rapport à mes missions. J’habite actuellement à Itaosy mais je vais travailler dans deux structures en centre-ville. Faire la route tous les jours correspond à environ 2 heures de trajet, à moins de décaler les horaires (ce que j’envisage peut-être de faire). Ca ne me dérange pas de me lever tôt. A Paris, je me réveillais vers 4 heures du matin lorsque je faisais les revues de presse. A Adélaïde, j’avais de grosses journées ; je me réveillais vers 5 heures du matin, allais en vélo en cours de cuisine pour débuter vers 7 heures, finissais les cours vers 16h, commençais mon service au restaurant vers 19h et finissais généralement vers 22 à 23 heures.

 

Cet axe est le plus embouteillé de toute la ville. Autrement, il me faudra payer deux loyers et faire une colocation en ville, une suggestion qui m’a été soufflée…

Le temps de transport ne me gêne pas vraiment, surtout si j’ai un bon livre à lire. Je prenais autant de temps dans les transports parisiens quand j’habitais en banlieue. En revanche, la pollution est plus difficile à supporter ici.

 

Il y a quelques délestages de temps à autre et nous nous sommes retrouvés sans électricité pendant deux heures un soir. Mais c’est juste une question d’organisation ; nous avions été prévenus et avons acheté des bougies que nous avons disséminées dans l’appartement.

 

IMRA

 

Nous avons fait un saut à l’IMRA (Institut Malgache de Recherche Appliquée) qui est à deux pas de la résidence. Nous sommes passés à côté de rizières où des bandes de canards s’ébrouaient joyeusement. Ca faisait du bien d’avoir un peu plus d’espace, un horizon un peu plus lointain. C’est déjà ce qui me chagrinait grandement à Paris ; ne pas pouvoir voir plus loin qu’à quelques mètres. Il y a avait toujours un mur, du béton, des gens. Là, j’ai les trous dans la chaussée, les saletés, les poules et les potentiels drapeaux ou parasols (eh oui, je suis grande, surtout par rapport aux malgaches) en plus.

C’était bien agréable de sortir de la « fureur » de la rue principale.

Nous avons fait un tour au musée dédié à Albert Rakoto Ratsimamanga. C’était une visite très intéressante sur un grand personnage de l’Histoire malgache. Ce malgache a brillé sur la scène internationale pour ses talents scientifiques ; il a eu son baccalauréat à 16 ans, devient médecin à 22 et découvre l’acide ascorbique puis créé pas moins de 40 médicaments. Il a étudié puis a dirigé des travaux dirigés à l’Ecole de Médecine à Paris, s’est engagé pendant la Seconde guerre mondiale et a été membre honoraire à l’UNESCO. Un sacré exemple pour la jeunesse !

Le jardin de l’institut était très agréable bien que l’hiver ait mis en sommeil pas mal de plantes.

 

Soubresauts

 

Nous étions en ville pour trouver quelques bricoles après une réunion d’information. Au moment de rejoindre la gare routière pour rentrer à la maison, nous avons vu une foule au loin et entendu une clameur. Lorsque nous avons vu quelques personnes courir dans le sens opposé et des militaires, nous avons tout de suite pris le sens opposé à la foule. Malgré tout, nous étions obligés de passer devant la gare et nous avons vu une rangée de militaires. Nous avons tranquillement pris notre bus un peu plus loin.

Le soir, dans les journaux télévisés, on évoquait cette situation. Avant notre arrivée à Madagascar, je suivais les informations sur les médias malgaches qui évoquaient déjà des soucis concernant « le code de la communication » (je vous invite à lire les médias malgaches francophones à ce sujet). Des journalistes manifestaient et les forces de l’ordre sont intervenues. Il y a eu quelques jets de gaz lacrymogènes mais heureusement, pas plus. Du moins, pour l’instant.

 

La culture ici et ailleurs

 

Je me suis rendue à l’Alliance Française d’Antananarivo où j’ai eu plaisir à emprunter des livres malgaches écrits en français. Avant de partir, j’avais lu et apprécié un recueil de nouvelles malgaches écrites en français publiées par Courrier International (il me semble que ce sont les « Miniatures » et c’est une collection sur les auteurs de l’océan Indien). Une amie m’avait précédemment prêté la collection des auteurs mauriciens que j’avais aussi bien aimé.

J’ai emprunté « Chroniques de Madagascar », un recueil de nouvelles sélectionnées par Dominique Ranaivoson, « Madagascar ou le journal de Robert Drury » de Daniel Defoe, « Imerina » d’Eric Nonn et « Miangaly ou l’île en plainte » de Sylvia Hanitra Andriamampianina. Je débute actuellement « Chroniques de Madagascar ».

A la Réunion, j’avais fait un saut à la Bibliothèque Départementale de la Réunion où j’avais trouvé une bande dessinée très intéressante, « Vazahabe » de Denis Vierge et des ouvrages intéressants sur la littérature malgache. C’est une littérature foisonnante que j’ai hâte de découvrir plus en détail !

Ce tour à l’Alliance Française m’a fait me replonger au temps où nous fréquentions les bibliothèques d’Adélaïde. Nous avons habité dans le nord de la ville ; d’abord à North Adelaide, où la bibliothèque avait un petit fonds et un piano puis à Prospect, où la bibliothèque du coin recelait de grands trésors et d’activités. A Prospect, nous allions souvent à pied rendre et reprendre des ouvrages et des films. Nous avons eu la grande chance de voir des films sur et par des aborigènes mais aussi la flore et l’histoire locale. Puis de temps à autre, nous allions à la bibliothèque en centre ville. Elle venait d’être déménagée dans des locaux magnifiques, en haut d’un immeuble et offrait des contenus inédits dans beaucoup de langues différentes car il est vrai que beaucoup de communautés du monde entier convergeaient vers Adélaïde. La première fois que nous avions mis les pieds là-bas, j’étais émue aux larmes de voir une décente section de livres francophones.

C’est drôle le rapport que l’on a à sa propre culture lorsqu’on vit à l’étranger. A la Réunion, j’avoue que je fréquentais beaucoup moins les bibliothèques. Il faut dire qu’il m’était souvent difficile de me déplacer et que le fonds local de la Possession est assez misérable (hélas, trois fois hélas !).

En tous cas, je suis contente de voir que l’Alliance Française locale a un fonds intéressant (papier et numérique) et c’était appréciable de voir beaucoup de malgaches fréquenter la bibliothèque.

 

La musique de la langue

 

Je me suis rendue à l’Alliance en bus. C’est la première fois que je le prenais seule. D’habitude, nous allions mon compagnon, sa collaboratrice malgache, Prisca et moi. Prisca nous facilitait grandement la compréhension du processus.

Cette fois-ci, j’ai été totalement immergée dans la langue et j’avoue que je n’ai pas compris grand-chose à ce qu’il se disait autour de moi. Mais loin d’être désagréable, c’était une expérience intéressante. J’essayais d’identifier des mots que j’avais déjà « appris » et n’y arrivant pas, je me suis laissée totalement bercée par une conversation, la radio, les bruits de la route, des marchands sur le bord de la route…Je faisais partie de ce tout sans rien y comprendre et ça ne me dérangeait pas vraiment.

Au moment où je me suis assise (sur une planche de bois dans la « rangée centrale »), une dame s’est adressée à moi en malgache. J’ai supposé qu’elle me disait quelque chose comme « ça va, vous avez assez de place ? » ou «  pas trop serrée ? » et je n’ai pu répondre qu’en français (pour le moment) un petit « oui, ça va ».

Comme pour tout apprentissage d’une nouvelle langue, le rythme de discussion normal nous paraît incroyablement rapide et les mots tronçonnés mais j’ai cependant bon espoir. Il faut s’accrocher. Du coup, je potasse ma méthode Assimil et continue de demander à Prisca mais aussi à des personnes qui travaillent au sein de la résidence une correction de ma prononciation.

La langue est une musique. Je reconnais _à défaut du sens pour l’instant_ des accents maori et portugais. Pour les accents maori, c’est quelque chose d’assez logique compte-tenu de la migration d’Asie du Sud-Est vers Madagascar. Les racines mélanésiennes s’enfoncent dans le Pacifique, d’où les Maori. Ca me rappelle cette visite du musée d’Auckland où nous avions eu la chance d’assister à un petit spectacle de danse et de chant maori. Les mélodies et la langue étaient tellement douces et harmonieuses ! Puis il y a aussi que le malgache fait partie de cette catégorie de langues très anciennes, les langues austronésiennes (Pacifique, Papousie-Nouvelle-Guinée, Australie).

Pour le portugais, c’est un apport colonial. Bien entendu, il y a encore mille autres influences (africaines, notamment bantou, et autres).

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