Doute

L’après-coup

 

 

 

Nous avons demandé à être rapatriés vers la Réunion et à être renvoyé vers un autre pays plus sûr.

 

C’est la première fois dans ma vie professionnelle que je pense à quitter une mission si exaltante. Tout était parfait : je faisais une émission radio avec une équipe aux liens forts, j’accomplissais des projets intéressants, je liais des contacts. Bien que je n’aie pas été là depuis longtemps, certains collègues sont devenus pour moi des amis et nous avions plein de projets, de visites, de choses à faire ensemble à côté du travail. Ce serait un vrai sacrifice de partir mais rester, c’est accepter des risques. J’ai beaucoup de mal à me concentrer totalement sur ma mission.

 

Il y a la crainte d’être surveillée, qu’une autre attaque arrive à nouveau.

 

J’ai appris à écouter les signes. En Australie, en une semaine, les choses ne se passaient pas bien au travail, mon visa de résidence permanente a été refusé, mon compagnon a eu un accident de voiture et sa grand-mère est morte. Parfois, il faut savoir accepter qu’un chemin ne soit pas le bon et qu’il faille changer de voie.

 

Nous sommes intimement convaincus des principes de coopération régionale. Nous soutenons toujours qu’il s’agit d’une vraie opportunité pour les réunionnais et pour les pays qui accueillent le programme. Simplement, nous n’avons pas eu de chance.

 

 

 

Hésitation

 

 

 

Nous hésitons. Nous aimerions rester, faire face, aller jusqu’au bout. Ce n’est peut-être pas salutaire de fuir vers d’autres horizons. Peut-être qu’en changeant quelques paramètres, nous pourrions aller au moins au bout de la mission et ne pas laisser nos structures d’accueil et nos missions en plant.

 

 

 

Bien sûr, il a toujours des craintes et des angoisses en croisant des bandes de jeunes, dans les lieux où il y a plus de monde (marchés, rues) et surtout dans le chemin où nous nous sommes faits agressés (en bas de chez nous, ce qui devient problématique).

 

 

 

Suivi

 

 

 

Nous bénéficions d’un suivi de notre employeur, le Département de la Réunion et je dois avouer que nous nous sentons vraiment à l’écoute.

 

Nous sentons bien que du point de vue des autorités locales, ce n’est pas une situation dramatique, bien que peu commune à cet endroit (voir l’article précédent). En France, j’ai déjà eu à faire face à l’impassibilité des autorités et en effet, personne ne s’affole tant qu’on n’a pas un couteau entre les omoplates. Ce que je peux comprendre car la masse de papiers engendrés par de « petits » évènements est le labeur quotidien de ces agents qui doivent en voir passer des vertes et des pas mûres.

 

Mais il reste que nous sommes à l’étranger et que ce n’est jamais simple d’être vulnérable loin de ses repères.

 

 

 

Ambohimanga

 

 

 

Nous avons fait une escapade à Ambohimanga et ça nous a fait le plus grand bien. Situé à environ 20 kms au nord d’Antananarivo, le hameau d’Ambohimanga a comblé nos envies d’air pur et de nature.

 

Le Rova (palais) et les portes et murs d’enceinte, site archéologique, sont classés au patrimoine mondial de l’UNESCO. Etre loin de la pollution et de la promiscuité nous a fait revivre.

 

Il est encore très difficile pour nous de sortir car nous sommes épuisés tant physiquement (10 à 12 heures de sommeil minimum avec une fatigue persistante la journée) que moralement. La moindre sortie nous paraît être un effort surhumain. De plus, les circuits tout compris n’existent pas vraiment à Madagascar. Les agences de voyages ne proposent que des locations de voiture avec chauffeur donc pour l’instant, nous faisons une croix sur les weekends à Tamatave ou Mahajanga (sur la côte, près de la mer). D’ailleurs, ces destinations prennent des heures de trajet donc ce n’est pas vraiment jouable sur un weekend de toute façon.

 

 

 

Vie quotidienne

 

 

 

Mon compagnon a beaucoup maigri depuis l’agression. Nous essayons de nous reposer et de retrouver un équilibre.

 

Nous avons mis nos missions en suspens pour réfléchir à la suite.

 

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Commentaires : 2
  • #1

    Boyer Frédéric (vendredi, 04 novembre 2016 17:07)

    Une heure de protection vaut mieux qu'une vie de travail,
    Armez-vous et faites face à vos responsabilités ... et trouvez une sécurité pour vos déplacements ( 2 gardes du corps d'après mes contacts celà coute environ 12€50 pour 8 heures de protection rapprochée).
    Bien à vous.
    Frédéric BOYER.

  • #2

    Sarah (samedi, 05 novembre 2016 09:55)

    Oh Nat - ca m a fait des frissons de te lire- vous avez besoin de vous ressourcer. Je comprends totalement tes doutes et ton / votre envi d aller jusqu au bout mais il y a des fois je pense qu il faut savoir s arrêter a tant et dire stop- ça peut aussi être une marque de courage- l autodestruction de rendra pas la mission accomplie- je pense à vous et vous envoie pleins de courage