Mouvements musicaux, planétaires et autres

Eclipse

 

 

 

Nous avons pu assister au magnifique spectacle d’une éclipse solaire cette semaine. Il y a eu beaucoup d’information à ce sujet, la précédente ayant apparemment surprise ou même fait peur à une partie de la population qui n’était pas au courant.

 

La veille, ma collègue et moi-même avions appris par un communiqué officiel que le jour serait chômé à partir de 10h et jusqu’à la fin de l’éclipse. Il y a eu beaucoup de controverses au sujet de ce jour de congé inopiné alors que les travailleurs sont astreints au rythme normal durant la saison des pluies. Le matin du phénomène, je suis allée à la pharmacie en bas de chez moi et il y avait une sacrée queue. Je pense que les consignes concernant le danger de brûlures et de cécité sont bien passées. Le temps était très couvert et même un peu pluvieux le matin mais malgré une couverture nuageuse, nous avons réussi à voir ce rendez-vous de la lune et du soleil. D’ailleurs, d’après un livre sur la société malgache, il était traditionnellement interdit de regarder l’éclipse car elle représentait l’accouplement des astres.

 

C’était beau et j’avoue que j’étais comme une petite fille !

 

Je trouvais ce moment tellement étrange. L’éclipse n’était pas totale mais assez importante pour que l’on que quelque chose était différent. C’est comme si l’on avait mis un gros filtre devant le soleil. Je m’attendais à entendre des hurlements de chiens et autres cris, je guettais les oiseaux, les chats et autres bestioles mais rien.

 

Hormis les ombres projetées et des rayons de soleil prenant des angles étranges, il n’y a pas eu de phénomène extraordinaire comme ma grande imagination pouvait le prévoir.

 

 

 

Lectures

 

 

 

J’ai mangé assez rapidement « Géotropiques » de Johary Ravaloson et bien qu’au premier abord, le milieu du surf réunionnais ne m’ait pas franchement emballée, le cœur du livre m’a vraiment plu. Je le recommande vivement !

 

« Mémoires d’un porc-épic » est assez drôle.

 

J’ai pris « Juillet au pays » de Michèle Rakotoson et « Mon teckel à roulettes est un philosophe » de Patricia Reznikof (j’avoue que c’est surtout le titre de ce dernier qui a motivé mon choix).

 

 

 

Scène étrange

 

 

 

J’ai assisté à une scène étrange en revenant du travail du côté du lac Anosy. Près du rond-point, il y a eu un mouvement autour de quelques personnes. Ça aurait pu être une bagarre ou autre chose. Une voiture Emmo Sécurité, toutes sirènes hurlantes, a déboulé et embarqué une ou deux personnes. Les badauds se sont très rapidement attroupés autour de la scène. Je ne me suis pas arrêté une minute, tourné la tête de temps en temps mais j’ai sagement suivi les consignes de l’Ambassade de France à ce sujet : fuir les attroupements.

 

Quelques minutes plus tard, la voiture passait vite à côté de moi pour aller à l’hôpital.

 

 

 

Emménagement

 

 

 

Nous avons donc déménagé les locaux du Centre de Presse Malagasy à l’Université d’Antananarivo. Ce fut une longue journée, avec trois voyages en camion. Nous avions des déménageurs et des extras pour nous aider mais nous avons tout de même mis la main à la pâte.

 

 

 

La population estudiantine

 

 

 

C’est drôle de revenir à la fac. J’ai quitté ses bancs il y a bien longtemps et c’est marrant de redécouvrir cette ambiance. Je trouve le campus très agréable, très aéré sur sa colline.

 

Il y a aussi beaucoup de pépées et de gravures de mode. Je me sens assez moche à côté de ces jeunes et jolies étudiantes toutes pimpantes.

 

 

 

Taxi-be, le retour

 

 

 

Je reprends donc le taxi-be pour aller là-haut, sur la colline d’Ambohitsaina, sur le campus.

 

Mais, à ma grande surprise et joie, je le prends maintenant à une sorte de station intermédiaire.

 

Les taxi-be ont des terminus mais aussi des sortes de relais au milieu de la ligne où des véhicules vides font le plein de passagers. Avec un grand soulagement, je n’ai pas à courir et à essayer de fourrer le grand échalas que je suis dans la version de poche du taxi-be. Ils sont toujours aussi petits mais je peux presque choisir ma place !

 

Et cerise sur le gâteau, l’Université est le terminus de deux lignes et je peux donc avoir une place correcte.

 

Le taxi-be reste un système très complexe qu’il faut connaître. C’est un peu comme le marché ; on stimule beaucoup de choses en même temps. On doit parler une autre langue, convertir des prix donnés en francs malgaches en ariary et se souvenir d’où on a mis quel billet et combien on a sur soi. Le paiement dans le taxi-be relève du mysticisme pour les néophytes non-malgachophones. Le trajet coûte 400 ariary. Mais j’ai découvert récemment qu’un court trajet (jusqu’à deux ou trois arrêts d’après ce que j’ai compris) ne coûte que 300 ariary.

 

Vous ne payez pas forcément au moment où vous mettez le pied dans le taxi-be. Le receveur dit beaucoup de choses que je ne saisis pas mais que je déduis (ou que j’invente dans ma tête) : « Merci de régler votre course s’il vous plaît. », « Est-ce que vous avez la monnaie ? » « A qui je dois rendre la monnaie sur 5000 ariary ? ». J’ai beaucoup observé pour essayer de comprendre ce qui se trame. J’ai compris que dans un taxi-be qui vient de faire le plein, on paie par rangée en commençant par celles de devant. Rendre la monnaie est aussi tout une procédure sibylline de prime abord. Parfois, votre voisin ou voisine vous donne le montant de sa course parce que vous avez une grosse coupure et pour que vous payiez pour deux personnes. Il y a encore beaucoup de confiance aussi car les règlements passent de main en main au-dessus des épaules et des têtes de tous les passagers sans que jamais personne n’essaie de chiper un billet au passage.

 

 

 

Savoir, c’est être responsable

 

 

 

Bien qu’un certain individualisme s’insinue dans cette société traditionnellement communautaire, je pense qu’on peut encore dire qu’il existe un certain civisme. Bien que certaines personnes ne fassent pas attention en restant au milieu du chemin dans certains passages étroits, en expectorant à tout va (et parfois presque sur vous), il y a encore des personnes qui font attention à leur environnement et aux humains qui le traversent.

 

On respecte encore autrui, quand on le peut. Je dis quand on le peut car entre le capitalisme dévorant et les jeunes générations postcoloniales un peu déboussolées, les bonnes habitudes peuvent se perdre.

 

C’est bien le nerf de la guerre ça d’ailleurs, les habitudes. Se poser, prendre du recul et réfléchir sur ses habitudes et surtout sur l’impact de celles-ci sur son environnement au sens large du terme (proche, humain, naturel), pas sûr que ce soit si répandu.

 

Et pourtant, ça donne le vertige de penser à ce que les choses pourraient être si chacun prenait ce temps et essayait de changer ses habitudes : peut-être moins de problèmes d’hygiène (pour soi et pour les autres, comme ces personnes qui portent un masque lorsqu’elles ont une grippe pour ne pas affecter les autres), économiques, sécuritaires et autres.

 

Rien que de penser à la sécurité alimentaire car c’est ce qui me vient le plus à l’esprit vu ma dernière formation en cuisine… Que seraient les cuisines du monde sans les ustensiles léchés ou retrempés dans la nourriture, les mains pas lavées, la vaisselle négligée et les glaires non arrêtés dans leur course folle ? Autant de risques qui peuvent être évités…

 

Oui, je mange dans les gargotes et je sais bien que les mauvaises pratiques y sont légion. Mais je me dis qu’avec un tout petit peu de formation, on pourrait éviter des drames (car oui, je pense qu’on peut avoir de très gros problèmes de santé ici).

 

Mes oreilles sifflent de ce qu’on pourrait me coller comme étiquette : « utopiste », « rêveuse ». Mais je crois sincèrement à cette idée que penser à autrui peut changer les choses et que comme dit le proverbe, « les petits ruisseaux font les grandes rivières ». Ainsi, bien que le désir de maternité ne m’étreigne pas, j’essaie d’agir et vivre pour laisser aux enfants, aux adultes de demain un monde a minima comme je l’ai connu et au mieux, en meilleur état. Ça passe par un environnement le moins abîmé possible mais aussi par des idées.

 

Du moins, c’est une aspiration.

 

Je peux parfois être révoltée par ceux qui ont eu la chance d’avoir eu une éducation, d’être capables de comprendre l’impact d’un acte (ou d’une négligence) et qui continuent sans vergogne à garder leurs habitudes et leur confort, engoncés dans leur paresse. C’est un mépris envers autrui à mon sens.

 

 

 

Rencontre avec Zamba, luthier et joueur de valiha

 

 

 

François a acheté un valiha, une sorte de lyre traditionnelle malgache cylindrique au son cristallin. Je confesse que j’ai toujours rêvé de jouer de la harpe. Je trouve cet instrument à cordes magnifique, imitant tellement bien les ondulations que peut avoir l’eau. Mais le valiha, c’est encore autre chose. Cet instrument de taille moyenne est facilement transportable, ce qui n’est pas négligeable pour la voyageuse que je suis.

 

Mais surtout, l’achat de ce valiha était bien plus car nous avons pris le temps de discuter avec Zamba, son créateur. Luthier, musicien, nous avons découvert un homme qui a changé le cours de sa vie. Travaillant dans l’exploitation forestière, cet homme a pris du recul sur son activité et a décidé d’arrêter de « tuer son pays » pour faire de la musique, d’exporter les bois rares de Madagascar pour façonner les instruments et les esprits. Zamba est reconnu à Madagascar par ses pairs, par les étrangers de passage qui cherchent à jouer du valiha, à la Réunion et ailleurs encore. Il avait interviewé par France O la veille de notre rencontre.

 

Nous avons eu la chance d’échanger avec lui et de faire nos premiers pas dans l’apprentissage du valiha. Nous avons échangé sur cette jeunesse malgache qui s’égare, comme tant d’autres (au Japon notamment selon ses élèves japonais), dans une uniformisation culturelle, ne répondant qu’à l’écrasante culture américaine. Tristement, il nous confiait que certains jeunes ici ne savaient même ce qu’est un valiha.

 

Nous faisons simplement des gammes pour l’instant et avons hâte d’apprendre des morceaux traditionnels.

 

A la sortie de l’Institut Français de Madagascar, nous avons entendu un trio d’enfants des rues exécuter un morceau traditionnel malgache avec des instruments traditionnels et c’était vraiment très beau. Nous ne pouvions pas rester longtemps car des vazahas statiques aussi discrets que des panneaux lumineux la nuit mais le peu que nous avions entendu était vraiment beau.

 

Nous avions d’ailleurs demandé à Zamba où écouter de la musique traditionnelle malgache sur la capitale et il nous avait répondu que cette musique était plutôt laissée de côté au profit de la fusion et autre.

 

 

 

L’Institut Français de Madagascar

 

 

 

Nous avons fait un saut à l’Institut Français de Madagascar et c’est un sacré espace. La médiathèque possède un fonds important et est un bon complément de l’Alliance Française d’Antananarivo. J’étais tellement heureuse de lire le dernier Fluide Glacial, moi grande lectrice de bandes dessinées et amatrice de l’humour grinçant, piquant et pertinent type Charlie Hebdo.

 

 

 

Le Concours de la Chanson Française de l’Alliance Française d’Antananarivo (suite)

 

 

 

Nous avons assisté à une toute petite partie de la demi-finale du Concours de la Chanson Française de l’Alliance Française d’Antananarivo. Comme précédemment lors des sélections, nous avons entendu des voix incroyables (soul, avec du coffre) et découvert un Johnny Hallyday malgache. Si nous fermions les yeux, on pouvait se méprendre.

 

Nous avons croisé le directeur de l’Alliance qui pensait que je participais. Bien que j’ai été tentée à un moment (pour les curieux, ma musique), je me suis dit que si par un incroyable miracle je gagnais, ça ne serait vraiment pas juste que je remporte le premier prix, une semaine à Paris.

 

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