Une nouvelle perspective artistique

"De la plume à la scène" - Photo de La Boussole
"De la plume à la scène" - Photo de La Boussole

La pandémie a finalement bien stimulé mon activité artistique : deux représentations théâtrales dont une incluant l’une de mes chansons et la mise en musique d’un poème qui n’est pas de moi. J’avoue que je suis la première surprise ! Et apparemment, ce n’est que le début...

 

De la plume à la scène - un voyage en temps de pandémie

 

Ce projet de mise en scène d’échanges épistolaires entre adultes francophones vivant des situations difficiles et élèves apprenant le français dans une école de Vancouver (sous couvert de l’anonymat) m’a mené à incarner une mauricienne, à jouer ma propre musique, à mettre en musique les mots de quelqu’un d’autre et à assister dans la mise en scène. C’était incroyablement intéressant et je dirais même que je me suis carrément dépassée. Je ne m’attendais pas à faire tout ça et surtout à être tout simplement capable de le faire !

 

Magda Ochoa, notre metteuse en scène, est comme une chef d’orchestre et nous sommes les cordes et les touches qu’elles actionnent pour créer une symphonie. C’est magnifique ! Pour moi, c’est une personne qui veut révéler le meilleur de ce qu’il y a en nous, le meilleur pour pouvoir incarner une émotion juste.

 

Nous avons fait salle comble pour notre unique date, le 31 mars, avec 100 spectateurs, au Studio 16 de la Maison de la Francophonie. Je suis très heureuse que ce projet ait été porté par La Boussole, un organisme que je chéris beaucoup pour ses actions destinées à la communauté.

 

Je me souviens d’avoir cherché des accords pour mettre le poème de cette personne, sur mon canapé. Le défi était qu’il s’agir de prose et donc, pour la ligne de chant, elle n’était pas évidente à dégager. Sur scène, j’avoue que j’ai perdu le fil à un moment et qu’il m’était difficile d’entendre l’autre musicien. Mais ce sont les aléas du métier, de la scène et apparemment, ça ne s’est pas trop entendu.

 

J’étais contente de sentir ma voix enfin « ouverte ». Depuis que je suis arrivée à Vancouver, j’avais l’impression que j’avais perdu de la voix, qu’elle était un peu recroquevillée, qu’elle sonnait moins. Mais depuis que je fais du yoga, j’ai l’impression qu’elle « coule » plus facilement. Il faut dire qu’on ouvre physiquement la poitrine et que ça doit aider la respiration par exemple. Je le remarque au « Om » qu’on chante en début et en fin de séance. Parfois, j’ai même l’impression de sentir des « dimensions » dans le chant. Je les sentais pour mes propres chansons lorsque j’expérimentais des sons plus gutturaux. Je pense que certains de mes lecteurs ne vont pas vraiment m’imaginer en tant de faire des sons gutturaux mais ça ne veut pas dire que je chante du heavy metal !

 

J’ai senti une communion avec les autres comédiens et toute l’équipe. Pour la technique, chapeau bas à l’éclairagiste qui nous a aidé deux jours avant et qui a accompli ce que nous souhaitions sur scène.

 

J’ai rencontré la personne que j’ai incarné sur scène et encore une fois, j’étais submergée d’émotion. C’est encore plus troublant car nous sommes reliées, un peu comme des soeurs, par la même racine, l’île Maurice. Une fois de plus, j’ai vraiment veillé à essayer de respecter au maximum la personne que j’ai incarné, à ne pas caricaturer quelqu’un pour reprendre les mots de notre premier rôle, Nunamata (Macy en vrai), bénévole de l’année à La Boussole.

 

Je me suis aussi prêtée au jeu de l’interview pour la chaîne WebOuest qui a fait un documentaire sur le projet. Ça me fera très bizarre de me voir en interview : d’habitude, c’est moi qui pose les questions !

 

J’étais épuisée sur plusieurs jours après la représentation mais tellement heureuse. C’est quelque chose d’intense, la scène. Le jeu et la musique sur la même scène, c’est encore une autre dimension.

 

Les reportages de Radio Canada sont en ligne pour la télé et en podcast.

 

L’ appel de la scène ?

 

C’est drôle comme les choses s’enchaînent parfois. Le jour de la représentation de « De la plus à la scène », j’attendais devant la salle de spectacle et il m’est arrivé quelque chose d’assez incroyable. Un restaurant est partage les locaux de la Maison de la Francophonie, au même titre que le Studio 16 où nous avons joué. Une famille est sortie du restaurant, la dame m’a souri et je lui ai souri. Nous avons alors engagé la conversation. Elle a remarqué ma guitare et m’a demandé si je serai intéressée d’être artiste solo pour un mariage sur l’île de Galiano ! Affaire à suivre...

 

Depuis ce spectacle, la personne que j’ai incarné s’est dite inspirée par le fait de me voir chanter sur scène et souhaiterait développer un projet de chorale. Après la pandémie, nous avons tous soif de rencontres et de partage dans le monde réel. Ce sera un projet sur les différentes communautés linguistiques de Vancouver (et du Canada) et je vais m’exercer à l’art difficile de l’écriture. Il faut bien commencer quelque part !

 

J’ai été contactée pour un autre projet dans une autre langue que le français et l’anglais. Ça a l’air très intéressant mais je ne peux pas trop en dévoiler pour l’instant !

 

J’ai aussi joué de la guitare avec un ami dans un parc, une pratique très vancouvéroise dès qu’il ne pleut plus (notez bien que j’aurais pu dire à l’approche des beaux jours mais un beau jour à Vancouver est un jour sans pluie, même si le temps est couvert et qu’il fait froid). C’était un très beau moment et nous allons essayer d’écrire ensemble des chansons en français.

 

Juge d’un concours oratoire

 

Je serai bientôt juge bénévole pour le concours d’art oratoire du Canadian Parents for French pour la région de la Colombie-Britannique et du Yukon. J’avoue que j’ai hâte d’être à nouveau en contact avec l’enseignement du français, même si c’est de façon indirecte.

 

J’ai rencontré une dame fort sympathique au Festival du Bois sur leur stand et j’étais heureuse de voir la littérature jeunesse francophone, me rappelant la mienne (notamment lorsque je vois des albums Glénat, me remémorant mes longues lectures absorbées à la bibliothèque lorsque ma mère prenait le temps de choisir ses livres). J’ai toujours aimé les bandes dessinées et je trouve qu’elles sont un médium parfois sous-évalué et sous-exploité dans le monde éducatif. En tant qu’adulte, je continue de me gaver de bandes dessinées et de graphic novels. Ce n’est pas pour rien qu’on nomme la bande dessinée le neuvième art.

 

Le plurilinguisme, une constante dans ma vie

 

Bien que j'ai été élevée dans une seule langue, le français, j'ai toujours été attirée par les autres langues très jeune. Bien que je n'y comprenais absolument rien, je chantais "en yaourt" sur les chansons auxquelles j'étais exposée à la maison (en anglais et en brésilien). Par la suite, j'ai eu la chance (on l'oublie trop en France) d'apprendre d'autres langues à l'école : l'anglais, l'espagnol et même un tout petit peu d'allemand.

 

À Paris, j'avais des amis bilingues. Puis quand j'ai commencé à voyager, les compétences de mes amis se sont aussi élargies. J'ai commencé à rencontrer des personnes capables de parler des langues très exotiques pour moi mais aussi à avoir la capacité à en parler trois ou plus...

 

Ça me fascine et j'espère bientôt m'enrichir moi-même en apprenant d'autres langues. C'est pour ça que l'un de mes prochains projets artistiques portera précisément sur cette thématique. Il faut montrer cette beauté !

 

Le Festival du Bois

 

J’ai fait un tour au Festival du Bois, un festival de musique francophone avec des artistes québécois. C’était une belle expérience après deux ans sans évènement de cette ampleur. J’admets que j’ai eu de la chance car en temps de pandémie, j’ai réussi à jouer dans deux pièces et à faire un festival ! Je sais que beaucoup de personnes vivent un confinement total et je ne les oublie pas.

 

Qui dit québécois dit forcément poutine, le deuxième amour de mon compagnon. J’avoue qu’elle était bonne. Il y avait aussi plus de plats traditionnels mais j’étais tellement pleine de poutine que je n’ai pas pu goûter le reste : une prochaine fois !

 

Je représentais le journal La Source lors de mon passage mais je suis bien sûr allée voir mes amis de La Boussole sur leur stand. C’était un dimanche très pluvieux et froid et ils étaient bien courageux sous cette tente. Heureusement, ils ont pu s’abriter sous le chapiteau principal par la suite.

 

Lancement du recueil « Autour d’Elles : Récits de vie »

 

Le mois dernier, j’ai aussi participé au lancement du recueil « Autour d’Elles : Récits de vie » aux côtés de quinze autres femmes francophones issues de l’immigration au Canada. C’était un très beau moment et les parcours étaient très variés. 

 

J’étais très heureuse de recevoir le recueil par la poste et de lire les témoignages de mes comparses.

 

Il est disponible en ligne : https://affc.ca/publications/autour-delles-recits-de-femmes/

 

La nature-refuge

 

Récemment, nous sommes allés faire un petit tour sur Bowen Island. J’aime beaucoup cette petite île, facilement accessible depuis Vancouver, avec un petit trajet en ferry.

 

Nous étions du côté de Fairy Fen Nature Reserve. Le chemin n’est pas spécialement différent de ce que nous avions fait jusqu’à présent, la nature printanière était encore endormie, les bourgeons recroquevillés. Mais à un moment, nous nous sommes arrêtés, frappés par la beauté d’un endroit, près d’un petit étang. Tout était tellement beau à cet instant : la caresse du vent sur la surface de cet étang, une caresse qui faisait scintiller sa surface et semblait révéler un chemin pour les fées, le reflet des arbres à travers ce miroir aquatique déformant, totalement irrégulier et très régulier en un sens et surtout ces arbres (peut-être des bouleaux) dont les branches formaient des bras invitant à l’étreinte. Le soleil du printemps nous chauffait doucement au bord de ce havre de paix. Seuls quelques oiseaux s’interpellaient et les feuillages bruissaient.

 

J’avais aussi écrit un peu de prose sur des nuages embrasés la nuit au-dessus de Grouse Mountain mais mon téléphone étant cassé, je ne suis pas sûre de pouvoir récupérer ce petit fragment...

 

La collaboration, la compassion et l’entraide

 

Ces trois valeurs font partie de mon quotidien et imprègnent mes relations actuelles. Ca me fait un bien fou d’être aux côtés de personnes qui partagent ces valeurs et ont une véritable éthique. Par le passé, je m’étais forcée à rester auprès de personnes adhérant à d’autres idéaux, très éloignés des miens (notamment sur la possession, le matériel) et je pense que ça m’a fait beaucoup de mal, de façon invisible.

 

J’ai besoin de vrai, d’intégrité et je suis heureuse aujourd’hui d’avoir un entourage qui me soutient et qui est en accord avec ce que je suis au plus profond de moi.

 

Gagarine ou le ré-enchantement du monde

 

J’ai eu la chance de voir « Gagarine » dans le cadre du VIFF et c’est une vraie pépite ! Un délice imaginaire, une photographie absolument superbe, une perspective extraordinaire. Beaucoup de qualificatifs qui n’étaient pas au goût de tout le monde. En fin de séance, alors que j’étais encore dans le film, prise par l’émotion, j’ai entendu quelqu’un éructer un : « Mouais, beau mais ennuyeux. » Un commentaire d’une tristesse et d’une platitude totale. Certes, on peut avoir un avis et ne pas aimer mais franchement, qu’il aille faire un film celui-là et on en reparlera, qu’il aille parler de rêve, d’amour et faire vibrer des gens et on verra.

 

Enfin, j’essaie de rester sur la plus belle note : celle du rêve...