Vita Malagasy

Rapport hommes/femmes à la malgache

 

J’ai l’air d’être du goût de certains hommes malgaches qui me gratifient de « Bonjour chérie » ou encore « Salut beauté ». Au début, personne ne me disait rien car il faut dire que j’étais attifée pour le grand froid.

C’est encore gentil et drôle pour l’instant, ces accroches de mâle. Rien à voir avec le harcèlement de rue qui existe à Paris. Mais j’ai tout de même noté que l’humeur masculin peut parfois être tendancieux voire carrément douteux. Selon les dires et ma propre expérience, les blagues sur le viol ne sont pas rares.

 

Lectures

 

« Juillet au pays » de Michèle Rakotoson s’annonce également très prometteur, sans doute l’un de mes ouvrages préférés jusqu’à présent. J’aime sa pertinence et son dessin de la société malgache.

Nous avons une bibliothèque très fournie et pointue au Centre de Presse Malagasy. J’y ai lu en diagonale « Madagascar dans une crise interminable » de Toavina Ralambomahay, qui est un ouvrage fort intéressant sur les crises politiques qu’a subi le pays à partir de 2002. « Journalismes dans l’océan indien Espaces publics en questions », un ouvrage collectif sous la direction de Bernard Idelson, est également passé entre mes mains et me donne envie d’aller explorer le point de vue des voisins africains sur la presse malgache. Le Centre de Presse Malagasy a quelques ouvrages à ce sujet.

 

La radio

 

J’ai enregistré la première édition de l’émission radio Médias Dévoilés qui sera diffusée sur la Radio Université Ambohitsaina (107 FM) les lundis, mercredis et vendredis.

Je suis tellement heureuse d’écrire à nouveau pour la radio et de dire mes textes. L’écriture pour la radio est vraiment particulière et m’a changé. Très littéraire à la base, faisant de longues phrases, cette écriture synthétique, plus dense mais aussi plus « décousue » est plus poétique. J’avais peur de perdre mon écriture « littéraire » en prenant si bien le pli radio. Mais au final, c’est comme les muscles ; en stimuler des différents ne signifie pas que certains sont perdus à jamais. Mais cette façon d’écrire a aussi changé ma façon d’être à mon avis. Je pense avoir été plus dans l’action à partir de ce moment.

Dans nos nouveaux bureaux sur le campus d’Ankatso, je fais rire Keshia, ma collègue, lorsque je dis mes textes à voix haute. « On dirait que j’ai allumé la radio ! » m’a-t-elle dit.

J’aime tellement ce média mystérieux. Lorsque j’ai dû choisir ma spécialité en troisième année d’école de journalisme, j’ai choisi la radio car c’était le média qui me faisait le plus peur, le plus secret, le plus dangereux pour la grande timide que j’étais. Et j’ai bien choisi car l’écriture radio et la radio elle-même sont très lyriques.

Tout comme la musique et la danse, c’est un art éphémère qui fait peut-être écho à l’antique déclamation et à l’intemporel théâtre. Certes, nous enregistrons et rediffusons mais à quoi tient notre rencontre avec l’auditeur ? Le risque de rendez-vous manqué est grand. Qui n’a pas découvert une information, une voix charmante, une musique incroyable tout à fait par hasard, dans sa voiture ou dans sa cuisine, en tournant le bouton de la radio ?

 

Le badminton

 

Les séances de badminton de cette semaine (mercredi soir et dimanche midi) avec BAOBad ont été assez différentes et complémentaires. Les plus redoutables sont définitivement les enfants. C’est vraiment de la graine de champion ! Les plus petits vous donnent un vrai cours sur la façon de tenir la raquette, de se déplacer correctement…

Les volants ont fusé, les smashs fait vibrer nos oreilles. Ce sont de vrais artistes qui, pour certains, savent doser la puissance d’un coup et la douceur d’une balle.

C’est drôle de voir les similitudes entre certains déplacements en escrime (ma pratique remonte à plus de 10 ans mais j’ai été marquée par ce sport sublime).

 

Achat responsable

 

Je me suis fait faire une jupe. En France ou autre pays aisé, c’est vrai que je n’aurais jamais pensé me faire coudre des vêtements, trouvant ça hors de prix. Bien que j’aurais préféré contribuer au bonheur d’une couturière plutôt que de grandes chaînes de vêtements qui font travailler des enfants à l’autre bout du monde dans des conditions inhumaines.

Ici, j’ai réussi à allier utile et agréable en me faisant faire une jupe. J’ai rencontré Luciana et sa marque Afro & Stylée à l’occasion d’un article test pour un journal gratuit sur Madagascar, No Comment. Lorsque j’ai vu ses modèles et ma garde-robe très restreinte (rappelez-vous, on m’avait dit de ne rien amener et j’ai eu quelques mésaventures sur les marchés –relire l'épisode précédent à ce sujet-), je me suis dit que c’était l’occasion d’essayer. Et c’est à ma portée et vraiment extra !

Oui, ça peut paraître futile à certains ce petit paragraphe sur l’achat d’une jupe. Mais la démarche derrière est plus profonde. Que se passerait-il si nous essayions tous de faire des achats responsables ? De se dire qu’au lieu d’acheter bêtement dans des supermarchés aux néons illusoires, on pourrait contribuer à l’éducation d’un enfant, la santé d’une famille ou éviter un exode rural ? Ça nous semble « facile » d’aller vers le connu, le brillant. Mais en réfléchissant à la matière première prélevée, à la production, à l’acheminement d’un produit et à sa vente, on peut poser un autre regard sur ce qu’il y a dans son panier de courses. Je ne parle même pas de l’impact social, économique et environnemental autour du produit. J’ai oui dire que certains efforts seraient faits pour l’étiquetage de certains produits (origine, impact), notamment en grandes surfaces en Europe. Mais ne pouvons-nous pas aider d’abord ceux qui sont près de nous ?

 

Vita Malagasy

 

J’ai aussi commandé des chaussures chez un vrai artisan (Liberty Shoes). J’avais vu le profil d’un jeune entrepreneur malgache qui avait lancé sa marque de chaussures Vita Malagasy (« Made in Madagascar ») et j’étais très curieuse et surtout très fière de pouvoir participer à ce commerce.

Je n’ai pas été déçue. La boutique n’était pas facile à trouver mais ça valait vraiment le coup de se perdre un peu du côté d’Antaninandro. C’est un tout petit magasin avec majoritairement des modèles de chaussures de ville pour hommes, quelques modèles pour femme, en cuir ou en daim. Vous pouvez quasiment tout choisir : la matière, la couleur, le modèle. Ce qui m’a vraiment émerveillée, c’est de voir et d’entendre les artisans travailler derrière un rideau, presque dans le magasin. On est au cœur du savoir-faire, de l’authentique. Le rapport humain est complètement différent. On parle aux artisans ; on n’écoute pas simplement une soupe commerciale servie par des vendeurs ou vendeuses aux arguments affûtés dans le seul but de consommer comme un mouton.

Comme pour les vêtements, j’avais une image très bourgeoise de la confection sur-mesure. Mais ici, je pense surtout que c’est le meilleur moyen de soutenir dignement la population.

Puis il y a l’attente de la réalisation d’un produit qui sera le vôtre, unique.

 

Boire « à l’indienne », économique et solidaire

 

Il ne fait pas encore chaud mais les températures remontent franchement en milieu de journée. Bientôt, il faudra faire encore plus attention au quotidien aux moustiques et autres risques sanitaires.

Un ami indien à la Réunion m’a appris à ne plus boire à la bouteille. Il avait bien raison de me montrer cette technique car elle évite de partager ses microbes, tout en pensant aux autres qui pourront profiter à leur tour d’une bonne désaltération.

Il suffit simplement de tenir la bouteille plus haut et de faire couler l’eau sans toucher la bouteille avec ses lèvres.

Le coup n’est pas forcément facile à prendre (généralement, on s’en met partout _surtout si on est en voiture_) mais salutaire pour la communauté car au lieu d’acheter plusieurs bouteilles, on peut en partager une seule.

 

Les créols

 

J’entends parfois dans la rue des gens parler créol réunionnais et créol mauricien. J’avoue que ça me fait plaisir.

Ces derniers ne sont pas toujours bien vus apparemment. Comme partout, il y a des bons et des mauvais. Michèle Rakotoson évoque d’ailleurs l’Histoire et les différentes communautés qui se sont installées sur Tana…

 

Le civisme n’est pas mort

 

Le Salon de l’Etudiant avait ramené des déferlantes de jeunes bacheliers sur le campus la semaine dernière. Moi qui pouvait tranquillement prendre le taxi-be pas trop rempli, devait composer avec du monde, beaucoup de monde.

 

Cependant, ça n’avait rien à voir avec les bousculades du début (lien). Cette fois-ci, à l’aller comme au retour, tout le monde était extrêmement civique. De longues queues se formaient pour prendre les taxis-be et personne ne passait devant.

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