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Préparation

La tête dans les bagages, je suis en plein préparatifs pour le grand départ.

 

J'ai la chance inouïe de partir pour Madagascar dans le cadre de la coopération régionale. C'est un grand honneur de partir pour promouvoir la francophonie et les valeurs républicaines françaises. Je prends cette mission très à coeur car cette opportunité est vraiment providentielle pour moi.

 

Certes, j'avais une opportunité ici, à la Réunion mais elle ne correspondait pas à mes attentes.

 

Je vais vers de nouvelles aventures tant personnelles que professionnelles. L'enseignement est pour moi un sacré défi. Ce métier contient beaucoup de responsabilités et j'espère vraiment atteindre mes objectifs.

 

Tous les papiers sont en ordre, les vaccins faits et de plus en plus d'éléments de la liste barrés. J'en profite pour faire un dernier tour dans les Hauts. Aujourd'hui, j'étais du côté de la Plaine-des-Palmistes et j'ai visité le Domaine des Tourelles. J'ai été conquise par le travail de Laurent Pantaléon; son image est magnifique !

 

J'ai tellement hâte d'être à Madagascar !

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A quelques heures du concret

Plus que quelques heures me séparent maintenant de Madagascar, de mes nouvelles missions, de ma nouvelle vie.

 

Je sais que certaines choses ne seront pas faciles. Je me souviens de la foule compacte de l'aéroport la dernière fois que j'ai atterri à Tananarive en 2006. Malgré l'heure tardive (22 heures), beaucoup de chauffeurs de taxi et autres vendeurs se pressaient à l'arrivée des passagers. Je me souviens aussi des mendiants en bas de l'hôtel. Mais je me souviens surtout de la terre rouge, des enfants qui jouaient au foot, qui couraient sur cette terre rouge, qui étaient heureux sur cette terre rouge.

 

Je n'étais restée que quelques jours à l'époque. Il y avait bien sûr la misère, la maladie, les injustices. Mais je voulais _humblement_ davantage ressentir le pouls de Tananarive. Bien sûr que quelques jours ne représentent rien pour se faire une vraie idée d'une ville et encore moins d'un pays. Mais il m'a semblé que j'avais eu un échange invisible avec la ville, avec l'air de la capitale; une histoire secrète entre elle et moi.

 

A demain Tananarive : nos retrouvailles après 10 ans !

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Premiers jours

Le voyage s’était plutôt bien passé, sans retard majeur, sans perte de bagages… Je suis vraiment contente de partir enfin à l’aventure. Après cette petite heure et demie de vol, je suis donc arrivée à Antananarivo (Tananarive) en mi-journée. J’ai revu l’étendue de Tana, sa terre rouge, ses collines depuis les airs.

Nous avons été installés dans une auberge de jeunesse, la Kaze des Volontaires dans le centre. La gérante était vraiment très gentille mais il est vrai que nous étions un peu tassés dans les chambres. Le premier soir, j’ai eu la chance de manger un mijoté de zébu et de boire une bonne THB (Three Horses Beer, la bière locale). J’étais contente de retrouver mes camarades de la coopération.

Il a ensuite fallu bien de l’énergie pour faire toutes les démarches car Tana est une ville dense, très polluée et assez anarchique.

 

Les démarches

 

Lorsque nous sommes arrivés, il a fallu nous inscrire au fokontany, une autorité morale de quartier et faire certifier la photocopie de notre passeport par la mairie en attendant notre carte de résident permanent. On m’avait dit que ça pouvait prendre beaucoup de temps mais je trouve que c’est assez relatif comparé à la CAF à la Réunion pour laquelle il fallait venir au moins à 7 heures du matin car avant l’ouverture à 7h30, on pouvait avoir la surprise de voir une vingtaine de personnes déjà faire la queue.

On peut avoir plus d’étapes dans le processus mais jusqu’à présent, j’ai trouvé les administrations malgaches efficaces.

Puis il a fallu faire des photos d’identité « à la malgache » pour la demande de visa de longue durée. Il faut alors comprendre un cadre plus large, avec le haut du buste.

Nous avons eu des réunions d’information concernant la sécurité et la santé. Celle sur la santé m’a plus inquiété que celle sur la sécurité car au final, hormis les consignes habituelles (respecter les habitants et leur fonctionnement, ne pas sortir la nuit et ne pas aller là où on nous dit de ne pas aller), rien de spécial. En revanche, concernant la santé, la doctoresse nous a fait une bonne liste des maladies auxquelles nous pourrions être exposées, surtout à Itaosy, là où nous vivons. Le paludisme, qui ne concerne pas car nous sommes dans une zone exempte de risques, est une peccadille à côté de la peste, la rage (rappelons que ces deux dernières sont mortelles si elles ne sont pas soignées à temps) et de la bilharziose. Ceci dit, dans mon cas, je pense que c’est davantage la pollution et la poussière qui peuvent être un problème.

 

Les transports

 

J’avais déjà pris les taxis malgaches lors de ma précédente venue sur Tana en 2006 et je connaissais déjà l’état du parc automobile mais je ne me suis vite replongée dans ce folklore très croustillant. Les taxis de Tana sont généralement vieux et ne rouleraient probablement jamais autre part qu’à Madagascar. En 2006, la Deux Chevaux de mon chauffeur s’était arrêtée en pleine course pour qu’il puisse remettre un peu d’essence dans le réservoir ; il avait attrapé une bouteille en plastique dans la portière et nous étions repartis comme en 40 ! Cette fois-ci, j’ai eu davantage le temps de détailler les différents types de taxis et leurs spécificités : taxis courant-d’air (un clin d’œil aux cars courant-d’air que nous avions à la Réunion et probablement dans d’autres pays africains et peut-être sud-américains), taxis châssis-en-béton… La ceinture de sécurité, quand il y en a une, est au mieux bloquée. Les phares, quand ils existent, éclairent souvent peu. Mais je n’ai jamais fait ma dernière prière car il émane comme une grande confiance en soi et/ou une certaine fatalité des chauffeurs de taxis.

J’ai aussi eu l’occasion de prendre le bus. C’est également très folklorique et j’avoue que j’ai bien aimé l’expérience. Le bus est un mini-bus avec une petite pancarte fichée sur le pare-brise avant pour indiquer sa destination. A l’arrière du bus, un receveur court derrière le bus lorsqu’il ralentit pour prendre de nouveaux voyageurs. Il faut alors monter rapidement car le bus peut être toujours en marche. Il faut ensuite se faufiler pour trouver une place. Les malgaches sont souvent petits et menus donc mes genoux touchent le siège de devant et il est parfois compliqué de sortir et descendre du bus (parfois toujours en marche !). Les passagers sont souvent bien tassés mais l’ambiance est tellement meilleure que dans n’importe quel moyen de transport parisien !

Puis il y a les autres usagers de la route : les charrettes à zébu. Je les trouve magnifiques ; les bêtes sont fières et le poil beau sans compter que leurs sabots claquent sur les pavés. Nous habitons dans un quartier en périphérie de Tananarive où la première route goudronnée a été faite.

Tana m’a rappelé Paris par sa densité, sa pollution (bien que je pense que la capitale malgache décroche largement la palme) et son étendue.

 

La fatigue

 

J’apprécie beaucoup mes premiers instants à Tananarive malgré une très grande fatigue. Nous avons du faire pas mal de démarches mais surtout, le temps n’a pas la même valeur ici. Les déplacements peuvent prendre des heures pour des distances faibles ; les embouteillages sont très importants sur la capitale et on va souvent aussi vite à pied qu’en voiture ou en bus. Les routes sont en mauvais état mais c’est surtout qu’il n’y a aucun itinéraire bis. La ville a été construite pour une capacité de 500 000 habitants, nous confiait un habitant. Aujourd’hui, elle en habite 3 millions.

Puis c’est le lot de l’expatriation. Les premiers temps sont épuisants : les papiers, la langue, les nouveaux repères (géographiques, culturels, climatiques avec le froid, le soleil et l’altitude). Physiquement, c’est assez éprouvant : on marche beaucoup (Tana et ses environs sont très vallonnés), on porte beaucoup de choses (car il faut bien s’équiper), il fait froid donc le corps brûle plus (nous n’avons pas de chauffage), on doit faire attention à ne pas ramener des puces donc on doit mettre en place certaines procédures avant d’entrer dans la maison, idem pour les légumes. Je suis peut-être aussi fatiguée à cause de la grippe récemment attrapée. Je suis sujette à un asthme d’effort et aux bronchites mais vu les grosses particules dans l’air, ça devrait aller. Je compte m’acheter un masque dès que possible. Nous avons marché une petite demi-heure pour aller faire quelques courses et j’étais vraiment essoufflée. Certes, l’excitation de l’arrivée retombée, les deux nuits en auberge de jeunesse et une vigilance accrue toute la journée, font que la fatigue physique me creuse.

Enfin, avec le temps, je prendrai le rythme.

 

Le quartier

 

Nous habitons à Itaosy, un quartier semi-rural. Nous avons fait un petit tour dans le coin. Il y a une rue principale pavée, une belle église, une petite carrière en fin d’exploitation, des tombeaux le long de la route, des enfants qui jouent à la luge dans une bassine sur une pente rocheuse, des champs de songe (des trous d’environ 50 cm de diamètre) et d’autres choses, des petites boutiques le long de la route où on peut se procurer des légumes, des œufs, de la viande… Au loin, on voit des montagnes. Il fait souvent très beau à partir de 8 heures : ciel bleu et soleil intense.

 

La mission

 

J’attends cependant avec impatience de travailler. Je devrais rencontrer mes employeurs cette semaine pour en savoir plus sur ma mission et mes horaires. Car je dois être de retour avant 17h pour des raisons de sécurité.

Je glane quelques notions de malgache mais j’ai aussi hâte de pouvoir vraiment apprendre à parler malgache et découvrir cette culture fascinante. Pour l’instant, je ne comprends pas un mot de ce que les marchands de fruits et légumes me racontent lorsque j’achète mon kilo de patates douces.

Mais j’aime ces premiers moments dans un pays étranger. Une nouvelle langue, une nouvelle monnaie, de nouveaux repères, une nouvelle culture… Je pense que ces nouveaux défis participent aux fameuses nouvelles connections neuronales qui empêchent le vieillissement.

Puis il y a le luxe d’être dans une résidence où on parle principalement malgache et d’avoir la possibilité d’avoir du lait frais (encore tiède !) tous les matins. En plus, cette résidence applique une politique de protection de l’environnement (réduction des déchets, bonne gestion de l’eau, panneau solaire) qui me sont chères.

L’autre chance inestimable est d’être en contact avec Charlotte Rabesahala, anthropologue malgache. Nous avons eu l’occasion de discuter un peu et je sais que c’est un sacré privilège.

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Deuxième semaine malgache

Je devrais être présentée mardi 19 juillet (demain) au Centre de presse Malagasy. Je suis enfin guérie d’une mauvaise grippe qui m’avait bien affaiblie à mon arrivée. Je m’accommode au climat et probablement à l’altitude. Pour la pollution, j’ai été moins exposée cette semaine et nous verrons donc par la suite.

 

Le sens de la coopération

 

Certains coopérants ont du rentrer et cela m’attriste pour eux car ils n’ont même pas vus la ville où ils devaient être affecté (en province). Les bénéficiaires de ce programme sont des bénéficiaires du RSA donc des minimas sociaux. Nous avons tous peu de moyens financiers derrière nous et pour certains une certaine vulnérabilité. Cependant, nous sommes tous animés par une très grande motivation, parfois même des missions personnelles.

A contrario, d’autres ont l’air de s’épanouir et c’est très agréable à voir.

La coopération, c’est le sens pour certains ; donner du sens à son travail et je dirais même plus, donner du sens à sa vie. Nous nous épaulons dans ce qui parfois être des difficultés. A mon sens, c’est aussi ça la coopération.

C’est aussi co-développer. Tout en respectant nos hôtes (en l’occurrence les malgaches), nous proposons nos services, d’amener une petite pièce à l’édifice.

 

François, mon conjoint, s’épanouit dans sa mission. Directeur technique de l’association Miaro (une association de malgaches pour les malgaches), il fait actuellement un état des lieux et parcourt les environs pour pouvoir mettre en place un plan d’action. Ses axes de travail sont l’assainissement, les pratiques agricoles et l’accès à l’eau potable. Il va mener des actions de sensibilisation. C’est un travail de terrain, des actions concrètes ; une mission palpitante !

 

En pratique

 

Cependant, la vie pratique nous rattrape et je vais devoir faire des choix par rapport à mes missions. J’habite actuellement à Itaosy mais je vais travailler dans deux structures en centre-ville. Faire la route tous les jours correspond à environ 2 heures de trajet, à moins de décaler les horaires (ce que j’envisage peut-être de faire). Ca ne me dérange pas de me lever tôt. A Paris, je me réveillais vers 4 heures du matin lorsque je faisais les revues de presse. A Adélaïde, j’avais de grosses journées ; je me réveillais vers 5 heures du matin, allais en vélo en cours de cuisine pour débuter vers 7 heures, finissais les cours vers 16h, commençais mon service au restaurant vers 19h et finissais généralement vers 22 à 23 heures.

 

Cet axe est le plus embouteillé de toute la ville. Autrement, il me faudra payer deux loyers et faire une colocation en ville, une suggestion qui m’a été soufflée…

Le temps de transport ne me gêne pas vraiment, surtout si j’ai un bon livre à lire. Je prenais autant de temps dans les transports parisiens quand j’habitais en banlieue. En revanche, la pollution est plus difficile à supporter ici.

 

Il y a quelques délestages de temps à autre et nous nous sommes retrouvés sans électricité pendant deux heures un soir. Mais c’est juste une question d’organisation ; nous avions été prévenus et avons acheté des bougies que nous avons disséminées dans l’appartement.

 

IMRA

 

Nous avons fait un saut à l’IMRA (Institut Malgache de Recherche Appliquée) qui est à deux pas de la résidence. Nous sommes passés à côté de rizières où des bandes de canards s’ébrouaient joyeusement. Ca faisait du bien d’avoir un peu plus d’espace, un horizon un peu plus lointain. C’est déjà ce qui me chagrinait grandement à Paris ; ne pas pouvoir voir plus loin qu’à quelques mètres. Il y a avait toujours un mur, du béton, des gens. Là, j’ai les trous dans la chaussée, les saletés, les poules et les potentiels drapeaux ou parasols (eh oui, je suis grande, surtout par rapport aux malgaches) en plus.

C’était bien agréable de sortir de la « fureur » de la rue principale.

Nous avons fait un tour au musée dédié à Albert Rakoto Ratsimamanga. C’était une visite très intéressante sur un grand personnage de l’Histoire malgache. Ce malgache a brillé sur la scène internationale pour ses talents scientifiques ; il a eu son baccalauréat à 16 ans, devient médecin à 22 et découvre l’acide ascorbique puis créé pas moins de 40 médicaments. Il a étudié puis a dirigé des travaux dirigés à l’Ecole de Médecine à Paris, s’est engagé pendant la Seconde guerre mondiale et a été membre honoraire à l’UNESCO. Un sacré exemple pour la jeunesse !

Le jardin de l’institut était très agréable bien que l’hiver ait mis en sommeil pas mal de plantes.

 

Soubresauts

 

Nous étions en ville pour trouver quelques bricoles après une réunion d’information. Au moment de rejoindre la gare routière pour rentrer à la maison, nous avons vu une foule au loin et entendu une clameur. Lorsque nous avons vu quelques personnes courir dans le sens opposé et des militaires, nous avons tout de suite pris le sens opposé à la foule. Malgré tout, nous étions obligés de passer devant la gare et nous avons vu une rangée de militaires. Nous avons tranquillement pris notre bus un peu plus loin.

Le soir, dans les journaux télévisés, on évoquait cette situation. Avant notre arrivée à Madagascar, je suivais les informations sur les médias malgaches qui évoquaient déjà des soucis concernant « le code de la communication » (je vous invite à lire les médias malgaches francophones à ce sujet). Des journalistes manifestaient et les forces de l’ordre sont intervenues. Il y a eu quelques jets de gaz lacrymogènes mais heureusement, pas plus. Du moins, pour l’instant.

 

La culture ici et ailleurs

 

Je me suis rendue à l’Alliance Française d’Antananarivo où j’ai eu plaisir à emprunter des livres malgaches écrits en français. Avant de partir, j’avais lu et apprécié un recueil de nouvelles malgaches écrites en français publiées par Courrier International (il me semble que ce sont les « Miniatures » et c’est une collection sur les auteurs de l’océan Indien). Une amie m’avait précédemment prêté la collection des auteurs mauriciens que j’avais aussi bien aimé.

J’ai emprunté « Chroniques de Madagascar », un recueil de nouvelles sélectionnées par Dominique Ranaivoson, « Madagascar ou le journal de Robert Drury » de Daniel Defoe, « Imerina » d’Eric Nonn et « Miangaly ou l’île en plainte » de Sylvia Hanitra Andriamampianina. Je débute actuellement « Chroniques de Madagascar ».

A la Réunion, j’avais fait un saut à la Bibliothèque Départementale de la Réunion où j’avais trouvé une bande dessinée très intéressante, « Vazahabe » de Denis Vierge et des ouvrages intéressants sur la littérature malgache. C’est une littérature foisonnante que j’ai hâte de découvrir plus en détail !

Ce tour à l’Alliance Française m’a fait me replonger au temps où nous fréquentions les bibliothèques d’Adélaïde. Nous avons habité dans le nord de la ville ; d’abord à North Adelaide, où la bibliothèque avait un petit fonds et un piano puis à Prospect, où la bibliothèque du coin recelait de grands trésors et d’activités. A Prospect, nous allions souvent à pied rendre et reprendre des ouvrages et des films. Nous avons eu la grande chance de voir des films sur et par des aborigènes mais aussi la flore et l’histoire locale. Puis de temps à autre, nous allions à la bibliothèque en centre ville. Elle venait d’être déménagée dans des locaux magnifiques, en haut d’un immeuble et offrait des contenus inédits dans beaucoup de langues différentes car il est vrai que beaucoup de communautés du monde entier convergeaient vers Adélaïde. La première fois que nous avions mis les pieds là-bas, j’étais émue aux larmes de voir une décente section de livres francophones.

C’est drôle le rapport que l’on a à sa propre culture lorsqu’on vit à l’étranger. A la Réunion, j’avoue que je fréquentais beaucoup moins les bibliothèques. Il faut dire qu’il m’était souvent difficile de me déplacer et que le fonds local de la Possession est assez misérable (hélas, trois fois hélas !).

En tous cas, je suis contente de voir que l’Alliance Française locale a un fonds intéressant (papier et numérique) et c’était appréciable de voir beaucoup de malgaches fréquenter la bibliothèque.

 

La musique de la langue

 

Je me suis rendue à l’Alliance en bus. C’est la première fois que je le prenais seule. D’habitude, nous allions mon compagnon, sa collaboratrice malgache, Prisca et moi. Prisca nous facilitait grandement la compréhension du processus.

Cette fois-ci, j’ai été totalement immergée dans la langue et j’avoue que je n’ai pas compris grand-chose à ce qu’il se disait autour de moi. Mais loin d’être désagréable, c’était une expérience intéressante. J’essayais d’identifier des mots que j’avais déjà « appris » et n’y arrivant pas, je me suis laissée totalement bercée par une conversation, la radio, les bruits de la route, des marchands sur le bord de la route…Je faisais partie de ce tout sans rien y comprendre et ça ne me dérangeait pas vraiment.

Au moment où je me suis assise (sur une planche de bois dans la « rangée centrale »), une dame s’est adressée à moi en malgache. J’ai supposé qu’elle me disait quelque chose comme « ça va, vous avez assez de place ? » ou «  pas trop serrée ? » et je n’ai pu répondre qu’en français (pour le moment) un petit « oui, ça va ».

Comme pour tout apprentissage d’une nouvelle langue, le rythme de discussion normal nous paraît incroyablement rapide et les mots tronçonnés mais j’ai cependant bon espoir. Il faut s’accrocher. Du coup, je potasse ma méthode Assimil et continue de demander à Prisca mais aussi à des personnes qui travaillent au sein de la résidence une correction de ma prononciation.

La langue est une musique. Je reconnais _à défaut du sens pour l’instant_ des accents maori et portugais. Pour les accents maori, c’est quelque chose d’assez logique compte-tenu de la migration d’Asie du Sud-Est vers Madagascar. Les racines mélanésiennes s’enfoncent dans le Pacifique, d’où les Maori. Ca me rappelle cette visite du musée d’Auckland où nous avions eu la chance d’assister à un petit spectacle de danse et de chant maori. Les mélodies et la langue étaient tellement douces et harmonieuses ! Puis il y a aussi que le malgache fait partie de cette catégorie de langues très anciennes, les langues austronésiennes (Pacifique, Papousie-Nouvelle-Guinée, Australie).

Pour le portugais, c’est un apport colonial. Bien entendu, il y a encore mille autres influences (africaines, notamment bantou, et autres).

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Mise en route

Ca y est, j’ai enfin pris mes fonctions au Centre de Presse Malagasy. Comme il est bon de sentir que l’on va être utile après tant d’attente !

 

Je vais finalement me charger de développement et d’animation pour le Centre : un programme très excitant ! Le Centre organise des animations (ateliers, conférences de presse, formations) et je suis très contente de prendre part à tout ça.

 

Le directeur du Centre a évoqué des valeurs qui me sont chères lors de notre première rencontre : savoir-faire, savoir-être et quête vers l’excellence. Je viens remplir ma mission en toute humilité et je vais apprendre beaucoup de cette expérience.

 

 

 

Les mandarines ondulantes

 

 

 

La Beauté est partout, en témoigne ce moment magique pour qui sait voir. Un matin, notre bus cahotait comme souvent sur les pavés irréguliers. La foule du marché était compacte autour de la carcasse métallique du véhicule. De loin, tout semblait anarchique et même absurde avec des marchands de tout et n’importe quoi. Les couleurs même semblaient mettre leur grain de sel et préférer la dissonance ce matin-là.

 

Mais l’espace de quelques secondes, une file de femmes de dos avec des paniers plein de mandarines juchés sur le crâne s’est mise à onduler comme ce mouvement d’herbe hypnotique dans le vent, ce moment où le terrestre imite à la perfection l’onde. C’était un beau moment que j’ai partagé avec François. Un moment simple et beau. Dans notre petit bus bondé du matin.

 

 

 

La misère

 

 

 

Je n’ai pas encore abordé ce point et pourtant, elle vous prend à la gorge dès la sortie de l’aéroport. Madagascar est l’un des pays les plus pauvres au monde.

 

Les haillons, la mauvaise santé de certains (un homme marchait avec un pied totalement à l’envers) et le dénuement de certains en témoignent.

 

C’est dur de voir ça mais j’ai toujours mis une certaine distance. Je ne pense pas être plus forte que quelqu’un d’autre mais l’argent n’est pas la meilleure réponse.

 

Bien que je n’ai jamais ni vécu dans l’opulence, ni consommé de façon frénétique auparavant, je me suis vraiment tournée vers la sobriété depuis que je suis partie en Australie. J’ai toujours été révoltée par le gâchis et ce que j’ai pu voir en Australie atteignait parfois des sommets. Il ne faut même pas essayer de comparer l’Australie à Madagascar sur ce point. Mais c’est dans ce pays d’abondance et de vie peu chère que je me suis tournée vers un mode de vie plus simple. Ca ne veut pas dire qu’on ne se fait pas plaisir de temps à autre : sobriété ne rime pas avec rigorisme. Mais c’est l’évidence du respect de ce qui nous entoure : la nature qui a fourni des efforts pour produire la nourriture, l’énergie, tout ce dont nous dépendons.

 

Je me souviens lors de mon passage en 2006 de cette misère déjà très présente, des enfants qui vous assaillent car vous êtes étrangers donc riches. Cependant, les enfants ne s’accrochaient pas trop à moi à l’époque car j’étais tout de même mal vêtue (en prévention). Aujourd’hui, je me balade avec François, un vahaza (prononcez « vaza ») et du coup, les mendiants sont plus insistants. En revanche, on m’a dit que je ressemblais à une karana (« karane ») donc ils gardent leur distance. Les karana sont une communauté venue d’Inde et font partie pour certains de la haute société malgache ; ils ont beaucoup de pouvoir et d’argent. Ils sont craints par les autres malgaches.

 

 

 

Les habits du moine

 

 

 

C’est drôle toutes les origines que l’on peut me prêter. A Nantes déjà, en CM2, des élèves faisaient la danse du ventre sur mon passage, croyant que j’étais d’Afrique du Nord. A Paris, j’étais clairement cataloguée maghrébine. Pour mon tout premier emploi, à l’ANPE de Villejuif en région parisienne, des demandeurs d’emploi me parlaient en arabe. Le contexte étant particulier (après le 11 septembre 2001), j’ai aussi été insultée.

 

Cependant, on a pu m’attribuer des origines plus exotiques telles que l’Inde, le Brésil, la Polynésie ou encore l’Espagne ou l’Italie.

 

 

 

Prendre ses marques

 

 

 

Je commence à prendre mes marques après deux semaines. Je sais maintenant où prendre le bus, quel bus et monter en marche. Nous sommes maintenant bien installés dans notre petit appartement.

 

Quand peut-on parler d’habitudes ? Faut-il attendre quelques jours, des semaines, des années ?

 

Je m’habitue à notre ami à plumes qui nous rend visite tous les matins vers 6h30.

 

Cependant, s’il y a une chose à laquelle je ne m’habitue pas, c’est bien la densité de la ville (dense cité !). Pour l’instant, je trouve toujours que ça me demande beaucoup d’énergie de faire face au soleil (ici très ardent _oui, ça paraît un thème léger sorti de nulle part mais pourtant, ce soleil est agressif pour les yeux et mes prunelles sont déjà bien fragiles_), faire attention à l’endroit où je pose mon pied, à la circulation, à mes poches, à ce moment drôle ou insolite que je viens de rater car je regardais attentivement où je posais mon pied et à je-ne-sais-quoi encore.

 

On m’avait dit « on vit plus [plus intensément] à Mada ». C’est vrai que certaines choses sont plus intenses. Le goût des légumes est clairement plus intense, les particules de pollution sont plus intenses, le désir et la volonté de certains humains sont plus intenses.

 

 

 

Taxi be

 

 

 

Je reviens encore sur les bus car finalement, le trajet dans ces « taxi be » est source de beaucoup d’anecdotes et occupe tout de même presque 3 heures de ma journée. Concernant les particules de pollution, il m’est tout de même arrivé de voir déferler à l’intérieur d’un taxi be, où nous étions plus tassés que des sardines, une fumée bleutée qui n’avait rien à voir avec un feu de bois ou une fumée de discothèque.

 

Prendre le « taxi be », c’est aussi partager des moments très intimes avec les autres passagers. Un matin, j’étais « assise » à côté d’une mère qui allaitait son enfant et ses petits pieds tapotaient de contentement ma cuisse.

 

Au passage, je me résigne un peu face à la pollution car même à l’intérieur des bâtiments (bureau et maison), on sent les pots d’échappement… La seule action que j’envisage, c’est d’utiliser régulièrement mon spray isotonique.

 

J’ai constaté qu’il existe deux types de taxi be ; les « grands » qui doivent probablement desservir des destinations plus lointaines, les campagnes et les « petits » qui doivent sans doute rester en ville. J’ai la chance d’avoir le grand format pour les trois quarts de mon trajet. Mais je suis toujours obligée d’être assise sur une fesse pendant presqu’une heure. Pour le petit format, c’est une autre histoire. Ces bus sont des mini-mini-bus : ils sont petits et bas. Lorsque je rentre dans ce bus (toujours en marche), j’ai l’impression qu’on bourre le tambour d’une machine à laver. Sauf que j’ai tout de même des os…

 

 

 

Suivi de lecture et médias

 

 

 

J’ai fini « Chroniques de Madagascar » et « Imerina » d’Eric Nonn. Les « Chroniques » étaient très intéressantes et variées. J’ai vraiment été saisie par la beauté de l’écriture de Lila Hanitra Ratsifandriahamanana (« Le kéré »). « Imerina » était bien aussi, sur la vie de Jean-Joseph Rabearivelo, grande figure littéraire malgache.

 

Je n’ai pas encore pu trouver de radio mais nous écoutons la radio sur le téléphone portable de François. Nous essayons d’écouter les journaux en malgache mais nous ne maîtrisons pas assez la langue pour ça ! Nous écoutons donc RFI et BBC Afrique.

 

Nous avons mis du temps à avoir internet car tout prend du temps ici, surtout depuis que je travaille.

 

 

 

ROI (Retour sur Intention)

 

 

 

Je sens que j’ai bien fait de me réinvestir dans l’écriture. J’écris parce que j’aime partager. Un point de vue, une expérience. Et je sens que mon objectif est atteint car je reçois des messages en privé de lecteurs qui me réchauffent le palpitant et je vous en remercie infiniment pour vos commentaires publics et privés.

 

Je sens que vous êtes là, avec moi, sur cette rue encombrée d’Itaosy ou en face de ce plat malgache dont je ne peux pas encore me souvenir du nom, que j’essaie timidement de prononcer, et même le soir, lorsque je m’endors sous cette moustiquaire aux airs de baldaquin.

 

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Sa place

C’est actuellement la période des cérémonies de circoncision.

 

Nous l’avons appris grâce au son lointain des fanfares. Depuis la fenêtre, nous avons vu une foule guidée par un homme tenant une canne à sucre et une bouteille de rhum.

 

 

 

Les bassines sanglantes

 

 

 

Il y a certaines images qui restent imprimées sur la rétine, comme la lumière dans l’obscurité. Beaucoup de petites échoppes se succèdent après le pont qui passe au-dessus de la rivière Ikopa. On peut voir de gros sacs de riz et autres céréales et grains, des légumes, des œufs mais aussi des bassines de viande.

 

Au début, cette vision était particulièrement crue pour mes yeux de privilégiée par leur abondance. Des tas de bassines, des tas de morceaux de viande entassés dans ces bassines. Non couvertes, parfois presque à même le sol. Et ce gros hachoir qui tombe sur ce nerf un peu coriace.

 

Mais au fond, avec du recul et après le choc visuel, je me dis que c’est une hypocrisie bien occidentale. Car les mêmes choses sont visibles en France, Australie ou autre pays florissant. C’est simplement qu’elles ne sont pas aussi accessibles. Bien sûr, l’hygiène n’est pas la même mais c’est surtout la vision qui est perturbante. Bon, il y a bien l’odeur de cru mais je m’arrête là car je crains de perdre quelques lecteurs dans cette description.

 

Ceci dit, quelques groupes tentent de montrer au grand public les conditions d’abattage déplorable des animaux en France et ailleurs et le public commence à avoir accès à cette vérité.

 

Des bassines de viande mais aussi d’abats. C’est moins difficile pour moi car j’ai dû détailler un demi-agneau (entre autres) et cuisiner des abats pendant mes études de cuisine en Australie. Puis les abats ne m’ont jamais vraiment dégoûté. L’odeur des rognons est un peu forte mais c’est tout.

 

 

 

Les entrailles de Tana

 

 

 

Je passe deux tunnels le matin. Nous avons passé l’un d’entre eux les premiers jours de notre arrivée, lorsque nous logions en ville. Il était redouté par les autres coopérants pour son insécurité, sa pollution et sa misère. Il m’avait fait l’effet d’un boyau.

 

Tananarive pourrait être une entité organique avec des constrictions et digestions de circulation, des crachats de sucs divers et variés, une pression artérielle de population.

 

 

 

Artisanat

 

 

 

Nous avons fait un tour au marché artisanal de la Digue, au nord de la ville. Il y avait de beaux articles mais comme dans tous les endroits touristiques, je n’aime pas les accroches trop pressantes. Et encore, les vendeurs étaient gentils et polis. Lors de mon séjour au Mexique, dans le Yucatan, les techniques commerciales étaient plus agressives.

 

Nous voulions simplement jeter un œil. Seule une petite boîte de dominos m’aurait intéressé. N’ayant pas la télé et la radio de façon limitée, nous aimerions bien avoir des jeux de société. Nous jouions pas mal au Scrabble à une époque et nous aimerions en faire faire un en bois (ou en récup’) ici. Les malgaches ont une bonne réputation concernant l’artisanat (sculpture, instruments de musique, broderie, etc).

 

 

 

Le pouls de la jeunesse

 

 

 

Je glane de plus en plus de mots et petites phrases malgaches. Je suis très fière de pouvoir enfin dire que je descends au receveur du bus (« Misy miala »). En revanche, je ne suis capable que de déduire ce qu’il se passe. Cette semaine, un receveur a essayé de ne pas me rendre la monnaie sur mon trajet. Il riait beaucoup, parlait beaucoup mais avant de descendre, je lui ai dit qu’il devait me rendre la monnaie. Il s’était alors platement excusé.

 

Ma collègue du Centre de Presse Malagasy m’avait prévenu sur ces receveurs qui ne font exprès de ne pas rendre la monnaie ou qui prétendent ne pas en avoir. Elle m’a dit que je parlerai couramment malgache d’ici la fin de mon contrat en avril 2017, ce serait pour moi un très grand accomplissement !

 

J’ai eu la grande chance d’échanger avec des étudiantes malgaches sur le pays, la jeunesse malgache et leurs aspirations. J’ai été éblouie par leur force ; elles veulent entreprendre des choses et surtout, elles font du bénévolat. Faire du bénévolat à Madagascar, alors que beaucoup peuvent avoir plusieurs boulots, c’est plus qu’admirable…

 

 

 

Ambiance au bureau

 

 

 

J’ai eu un accueil très chaleureux au Centre de Presse Malagasy. Les membres du Conseil d’administration, tous des journalistes, prennent le temps de venir me rencontrer et j’apprécie beaucoup ce geste, connaissant bien les contraintes du métier et la disponibilité limitée des professionnels.

 

Beaucoup de chantiers intéressants m’attendent, peut-être même le défi de la formation. Je trouve tout cela très exaltant !

 

 

 

Retour urbain

 

 

 

Je vais devoir venir vivre en ville. J’ai pensé à différentes options de transport : le vélo, le scooter, la voiture avec chauffeur… Mais finalement, c’est soit trop dangereux soit pas rentable donc il ne reste que l’option de vivre en ville.

 

La pollution est toujours très présente. Il y a quelques traces noires lorsque je me mouche. Comme à Paris. Je compare ces capitales et pourtant, elles différent sur un point essentiel : les malgaches sont bien plus gentils et sourient plus.

 

 

 

Avoir sa place

 

 

 

Je suis partie faire un peu de shopping dans l’espoir de me trouver quelques vêtements. On m’avait dit avant de partir de venir sans vêtements car je pourrais me rhabiller pour pas cher. En effet, les prix défient toute concurrence mais c’était sans compter que je suis vraiment grande pour les malgaches et les chinois (car pour beaucoup, ce sont des vêtements chinois). Du coup, ça a été compliqué de trouver un pantalon avec mes grandes jambes !

 

Je ne rentre pas vraiment dans les cases ici.

 

Il est toujours compliqué pour moi de rentrer dans les taxi be avec mes hanches larges. J’ai même eu des « remontrances » d’une dame dans un taxi be. Bien habillée, la moue boudeuse, cette dame m’a dit quelque chose en malgache qui ne devait pas être très sympathique vu son ton. Probablement quelque chose à propos de mon gabarit.

 

J’espère pouvoir trouver ma place…

 

C’est toujours difficile de trouver sa place, chez soi, lorsque l’on revient de l’étranger et à l’étranger. Parfois, il est d’ailleurs plus facile de la trouver à l’étranger.

 

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L'appel du son et des rizières

Saut en taxi-be

 

 

 

J’ai failli tomber deux fois du taxi-be en le prenant, ça devient sport. Le matin et maintenant l’après-midi, c’est un peu l’empoignade. Tout le monde se pousse pour pouvoir entrer dans le taxi-be. Je n’ose pas pousser les gens mais après une vingtaine de minutes, il le faut pourtant bien. Au moins 6 ou 7 taxis-be étaient soit pleins et ne s’arrêtaient pas soit il fallait être rapide et petit car j’étais carrément refusée.Deux fois, je m’étais accrochée au haut de la carlingue de l’appareil et un morceau de joint a failli se détacher. Les passagers de notre appareil ont eu poussé un petit cri de terreur mais j’ai réussi à m’en tirer sans mal finalement.

 

J’ai même des bleus aux jambes, à force d’acrobaties taxi-besques.

 

 

 

De l’absolue nécessité de l’escapade champêtre

 

 

 

Nous avons fait une balade à l’extrême ouest de Tananarive, plus loin qu’Itaosy. Ce bol d’oxygène _au sens littéral_ était aussi une découverte poétique des environs ruraux de Tananarive. Après avoir enfin quitté des rues poussiéreuses de villages, nous avons sillonné les chemins traversant les rizières pour passer non loin d’un endroit appelé la presqu’île. Durant la saison des pluies, l’endroit devient une petite île quasiment coupée du monde.

 

Nous sommes actuellement en hiver austral et le temps est très sec. Les rizières sont pour l’instant de vastes étendues de terre craquelées dont les gens font des briques. Cette terre semble argileuse, avec de la tourbe en dessous. Nous avons croisé quelques zébus sur ces chemins qui forment une sorte de colonne vertébrale de dinosaure dans ces champs. Nous sommes enfin arrivés près d’un bras de rivière couleur ocre avec quelques cultures maraîchères et une petite maison sur la rive d’en face. Nous nous sommes assis là, près de ce cours d’eau et j’ai retrouvé ma nature tant aimée. Les chants du cours d’eau et d’une brise s’harmonisaient en une musique douce, le soleil chaud une caresse. Je sentais mon horizon enfin dégagé ; je voyais enfin des maisons au loin, les collines de loin et les différentes couleurs des maisons former un patchwork.

 

Le temps commence à doucement se réchauffer, pour mon plus grand plaisir. Au soleil, il fait même chaud ! Cependant, beaucoup de personnes ont encore des toux grasses (liées peut-être plus à la pollution qu’à la température ?) et il faut faire attention.

 

 

 

Promiscuité

 

 

 

En passant par une rue de marché à Itaosy, j’ai eu peur de marcher sur une poule, un poisson ou un canard, de ne pas voir un trou et de mettre mon pied dans une eau saumâtre ou encore de sentir un rideau de tripes de zébu me caresser le visage.On doit toujours faire attention à milles choses ici, en milieu urbain. Les pickpockets, vols à la tire et autres menus larcins sont monnaie courante. Il faut toujours dispatcher l’argent sur soi, prendre soin d’avoir assez de liquide (car quasiment toutes les transactions se font en liquide) mais en même temps pas trop. Le problème, c’est que je peux parfois oublier où j’ai mis quoi. Ce sont des habitudes à prendre…

 

La promiscuité est quotidienne pour moi. Dans les taxis-be, je peux me retrouver avec les cuisses emboîtées dans celles de mes voisins, sentir l’haleine peu fraîche d’un receveur ou encore sentir le va et vient des côtes de mon voisin qui respire dans les taxis-be.

 

 

 

L’enveloppe du son

 

 

 

Notre seul lien avec l’extérieur à la maison, c’est la radio. A vrai dire, c’est mon média préféré. D’ailleurs, ça me manque d’en faire… J’ai été tenue en haleine par une émission sur RFI à propos d’un aveugle qui passe sa vie à voyager. C’est un thème qui m’a parlé pour des raisons personnelles. Le parcours de cet homme était tout simplement fascinant et je buvais consciencieusement ses paroles (1 heure d’émission tout de même !). J’aimerais d’ailleurs prendre des sons d’ambiance ici mais je dois le faire très discrètement car mon matériel peut attirer l’attention et les voleurs.

 

Ecouter et/ou faire de la musique me manque. Toujours pas eu le temps de trouver de petits haut-parleurs…

 

 

 

La houle des extrêmes

 

 

 

C’est compliqué de naviguer entre deux extrêmes. Extrême pauvreté. Extrême richesse. Le quotidien peut devenir un casse-tête vestimentaire. Comment venir au travail bien habillée et en même temps prendre le taxi be d’Itaosy sans attirer l’attention ? J’en suis à réfléchir à laisser une tenue correcte au travail et faire le trajet dans des vêtements moins habillés. La sensation d’accroc sur mon pantalon dans un taxi-be m’avait fait frémir une fois…

 

Il paraît que c’est une pratique assez répandue au Canada, le changement de tenue en arrivant au travail. Bon, après, je faisais ça aussi à Adélaïde. J’avais ma tenue pour faire du vélo et ma tenue de commis (eh oui, avec la blouse, le petit chapeau et le reste !).

 

 

 

Au revoir André

 

 

 

J’ai appris le décès d’André Pangrani et ça m’a beaucoup et me chagrine toujours. Je n’avais échangé que quelques emails avec le co-fondateur du Cri du Margouillat et créateur de la revue littéraire Kanyar. En Australie, je cherchais une revue réunionnaise et j’ai trouvé Kanyar. Je m’étais fait livrer un exemplaire au pays des kangourous. J’étais tellement heureuse et fière de cette revue, de pouvoir participer un peu à cette revue, avec ma petite participation financière. J’avais même osé lui demander si je pouvais envoyer un manuscrit et il m’avait gentiment répondu que c’était tout à fait possible. Je voulais écrire pour Kanyar. J’aurais voulu intégrer le cercle, discuter avec lui, avec eux. Je n’ai jamais osé vraiment écrire ; ça me paraît gravir l’Everest et être une activité trop noble pour moi. Et pourtant, finalement, une fois que mon chagrin se sera atténué, peut-être qu’il faut que je prenne à bras le corps l’écriture. Peut-être qu’André Pangrani m’aurait dit « mais si, vas-y »…

 

 

 

Nettoyage à sec

 

 

 

Il y a de plus en plus de militaires dans les rues en journée. Tous les petits marchands du pont d’Ikopa avaient disparus l’espace de la semaine des Jeux de l’océan Indien. Un étrange écho avec Rio… L’approche du Sommet de la Francophonie créé également des remous. Un village de la francophonie est actuellement en construction en proche périphérie de la ville mais les travaux ont pris beaucoup de retard et les organisateurs commencent à réfléchir à mettre toutes ces personnalités sous des tentes ! (article Midi Madagasikara)

 

 

 

Une nouvelle vie commence

 

 

 

Je vais finalement habiter la moitié de la semaine en ville. Je vais faire une colocation avec un couple de Français. Nous sommes plutôt tristes, François et moi, mais nous verrons bien comment ça se passera. Je vais peut-être devoir prendre un taxi-be mais je réfléchis à faire le trajet à pied. Mais encore une fois, la pollution pourrait entraver mes plans…Mais la bonne nouvelle, c’est que je vais pouvoir ramasser mes heures de travail et finir plus tôt dans la semaine.

 

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Plus d'un mois après l'arrivée

Objectif zéro déchets

 

A Itaosy, nous vivons avec une partie de nos déchets. N’ayant pas de vrai système de ramassage des ordures mais surtout de centre de conditionnement, nous ne pouvons pas décemment acheter et jeter sans bien réfléchir à la vie de nos déchets. Nous avons vu les détritus jonchés les environs, notamment les plastiques et nous ne pouvons pas participer à cette pollution. Nous essayons donc de réduire au maximum nos déchets. Evidemment, nous tentions déjà de le faire auparavant mais là, c’est encore autre chose lorsque vous sortez de chez vous et que vous voyez directement vos déchets.

Il existe bien des décharges aux alentours mais nous les avons visitées et c’est une telle désolation que ça nous pousse encore plus à être vigilants. Tout type d’ordure est brûlé, souvent pour tenter d’en récupérer quelque chose de valeur.

En ville, c’est encore une autre affaire. Autant en zone semi-rurale, nous avons un compost et nous pouvons donner certains déchets aux propriétaires de cochons, autant en ville, tout est pêle-mêle. Une nouvelle de « Chroniques de Madagascar » relate d’ailleurs assez bien la situation concernant le marché et la survie de certaines personnes grâce aux déchets. Un problème environnemental et social…

 

Ma nouvelle vie urbaine

 

Je vis maintenant en colocation avec un couple de Français du côté du lac Anosy. J’ai beaucoup de chance car ils sont adorables et nous avons beaucoup de points communs ; la piscine, la guitare et d’autres considérations et envies écologiques. Ils atténuent la tristesse que j’ai de vivre éloignée de mon compagnon.

J’ai une chambre qui donne sur une immense terrasse qui offre une grande vue sur le relief plein de collines de la ville. C’est agréable de voir loin. Il faut dire que c’est finalement un vrai luxe dans cette ville.

Ma première nuit s’est bien passée mais j’ai été réveillée par le début du trafic vers 4 heures du matin. Je peux maintenant marcher pour aller au travail. Je mets 45 minutes mais ça ne me dérange pas. Bien au contraire, j’ai toujours aimé marcher pour réfléchir ou faire le vide. Bien que ces deux activités soient opposées, cela fait pourtant sens. Lorsque je marche, je fais d’abord le vide dans ma tête. C’est une forme de méditation. Puis, je laisse vagabonder mon esprit et c’est comme ça que je trouve des idées ou l’inspiration.

Pendant la saison des pluies, je serais peut-être moins ravie…

J’ai essayé deux itinéraires ; l’un qui suit le tracé de mon second taxi-be, qui passe par deux tunnels très obscurs et très pollués et l’autre qui passe par de petits escaliers très abrupts, serrés entre les maisons et parfois très sales. Au final, dans les escaliers, j’ai croisé deux policiers qui m’ont dit qu’il y avait des voyous et d’éviter ce chemin. J’ai cru qu’ils allaient me demander autre chose mais finalement, non. Ce second itinéraire n’est pas non plus court donc adieu petit sport du matin (mais le premier itinéraire suffira, d’autant plus que j’ai l’impression que mon souffle est plus court ces derniers temps) et retour aux métaux lourds dans l’air.

 

Dureté urbaine

 

Revivre dans une grande ville réveille mes réflexes parisiens : visage fermé, démarche rigide, attitude dure. J’associe ces réflexes à la capitale française mais je me suis tout de même réconciliée avec Paris lors de mon dernier passage là-bas.

Mais c’est tout de même dans la capitale que j’avais construit cette carapace.

Du coup, ça me fait tout de même réfléchir sur mon expérience et mes attentes ici. Certes, je savais bien qu’Antananarivo serait bien loin du fruit de mes engagements qui avaient longuement mûri au fil de mes pérégrinations. Aspirer à une vie plus proche de la nature, vivre de façon respectueuse tant en vers la nature que l’humain, participer à une économie solidaire, apporter sa pierre à l’édifice du développement (modestement), tout cela est plutôt lointain. Pour des raisons de sécurité, je me dois de redevenir ce que j’étais auparavant.

 

Envie d’enseigner

 

Mon DAEFLE est plutôt lointain ces temps-ci. Mon envie d’enseigner est pourtant là.

Je crois en l’éducation comme levier pour un meilleur futur, que ce soit le français ou une autre discipline. Je conçois que le rapport à la langue française soit complexe dans une ancienne colonie française. Etant moi-même issue de deux anciennes colonies, je comprends l’envie de s’affranchir de cette Histoire. Et pourtant, c’est une langue magnifique et ceux qui ont su dépasser ces problématiques brillent pour moi au firmament. Aimé Césaire et Frantz Fanon pour ne citer qu’eux.

Frantz Fanon m’a particulièrement marquée. L’un de mes rédacteurs en chef en radio m’avait prêté « Peau noire, masque blanc » et ça a été un tournant dans ma pensée.

 

Lectures

 

Je lis actuellement « Vraie blonde et autres » de Jack Kerouac et « Les souvenirs » de David Foenkinos. J’ai beaucoup aimé « Je vais mieux » de ce dernier auteur. Je vis maintenant plus près de l’Alliance Française et je pourrais plus facilement emprunter et dévorer de nouveaux ouvrages.

J’ai littéralement engloutie « Les Rivières Pourpres » de Grangé que j’avais pioché à une loterie de prêt à l’Alliance française…

Heureusement qu’il me reste ma liseuse numérique à Itaosy, Kerouac étant resté en ville et « Les souvenirs » ayant eux aussi été avalés rapidement (ils étaient d’ailleurs fort goûtus). C’est le problème de ce dédoublement immobilier : la logistique.

 

Encore et toujours, pollution

 

Les locaux du Centre de Presse Malagasy sont à l’étage d’une entreprise spécialisée dans l’éradication de nuisibles (cafards, moustiques et autres créatures néfastes selon l’homme). Un midi, une odeur et _je suppose_ certaines substances ont embaumés l’air. Je ne savais plus si je devais retenir ou pas ma respiration.

Tous les matins, nous passons le balai au boulot avant de commencer à travailler, la poussière s’infiltrant partout.

Tous les jours où je travaille maintenant, je passe sous ses tunnels-boyaux (voir article précédent) et tous les jours, le matin, lorsque je me mouche, je retrouve ces traces noires.

J’ai eu une sorte de bronchite cette semaine. J’ai eu peur que ça se développe en vraie bronchite car ça m’aurait cloué au lit pour quelques semaines. Je ne sais pas trop si c’est du au temps ou à la pollution. L’avenir me le dira, je ne l’espère pas à mes dépens.

 

Frayeur toponymique

 

Je regardais récemment la carte de Tana et à ma grande surprise _et frayeur_, j’ai vu sur Google Maps, un chemin nommé « couloir de la mort ».

 

Souvenir numérique

 

Je me balade toujours avec une clé USB dans mon sac. Sur cette clé, j’ai redécouvert un document qui m’a ramené en Australie.

Pour notre demande de visa de résidence permanente, nous devions chacun écrire une version de l’histoire de notre rencontre pour les services d’immigration, n’étant ni mariés ni pacsés. Une demande tout de même assez intrusive dans notre vie privée mais pour avoir le visa, nous étions prêts à le faire.

J’ai relu l’histoire de François et j’ai eu l’impression d’ouvrir une boîte en fer blanc, comme dans « Le fabuleux destin d’Amélie Poulain ». Mais ça n’a pas réveillé que de bons souvenirs, comme dans le film. Ça m’a aussi rappelé que nous avions été boutés hors du pays un peu comme des malpropres, que j’ai été séparée de mes proches australiens, que mes nouvelles opportunités professionnelles devenaient caduques, que nous avions exposé notre vie privée et fournis je-ne-sais-plus combien de documents aux services d’immigration…Mais ça m’a aussi rappelé les bons moments que nous avions eu là-bas, notre vie simple, nos virées près de la mer le weekend (si le travail ne me tenait pas trop). C’est la vie.

 

Les Réunionnais vus par les malgaches

 

J’ai eu l’occasion d’assister à une formation en économie qui se tenait au Centre de Presse Malagasy. Le professeur présentait des auteurs des années 50 qui avaient des visions concernant l’économie des pays africains.

Il a abordé des problématiques communes aux deux îles, La Réunion et Madagascar, et pourtant, tout comme d’autres malgaches, son discours mettait une grande distance entre les deux îles. Certes, la Réunion est française mais elle reste un département d’outre-mer. Elle a été une colonie et des schémas coloniaux ont façonnés la Réunion d’aujourd’hui. De plus, l’indolence reprochée aux Réunionnais à cause d’un assistanat trouve un écho (minime mais tout de même) dans le comportement de certains malgaches avec les bailleurs de fonds internationaux.

La fuite des talents, la difficulté de ces derniers à décrocher les meilleurs postes dans leur pays et enfin, la diaspora, tout cela est similaire. Et quand j’entends parler des allocations « braguette » (on taxe les seuls réunionnais comme faisant des enfants pour obtenir des allocations familiales) reprochées aux Réunionnais, ça me fait tout de même bondir car c’est tout ce que j’ai fui et tout ce que je ne suis pas. Les bons et les mauvais existent partout.

On reproche aux réunionnais leur dédain pour les malgaches et malheureusement, je l’ai vu cet horrible dédain chez les réunionnais. Mais peut-on mettre tout le monde dans le même panier ? Et malheureusement, ce dédain existe également dans l’autre sens. Alors que les deux îles sont intimement liées, les premiers réunionnais étant des malgaches et que nous soyons tous cousins dans l’océan Indien.

 

Le développement en question

 

J’écoutais « Echos d’ici, échos d’ailleurs » sur RFI et mon attention a été captée par un économiste parlant de pays en voie de peuplement au lieu de pays en développement, notamment en Afrique. Ce monsieur se définit d’ailleurs comme « démo-économiste ».

C’était un invité assez rebelle, si ce n’est dire revêche parfois, avec certaines idées que je ne partage pas mais des concepts très intéressants sur le développement, ce qu’il est, devrait être et les conséquences de ses politiques au niveau de l’économie et de la vie.

J’étais d’accord avec lui sur le fait que la clé du « développement » est de faciliter la mobilité, l’inverse de ce qu’il se passe actuellement. Je partageais également son point de vue sur l’approche planétaire et non l’approche par pays, comme nous faisons actuellement.

Il rappelait, à juste titre, que les pays riches occidentaux avaient bâti leur richesse sur l’esclavage et la corvée alors qu’on demande aux pays en voie de développement de respecter nombres de normes internationales concernant les droits de l’homme et des contraintes environnementales strictes.

 

Le moringue du bout des rizières

 

Le moringue est un art martial, un peu similaire à la capoeira. On le retrouve dans l’océan Indien, notamment à Madagascar et à l’île de la Réunion.

Ce weekend, alors que François effectuait l’une de ses missions dans un village du bout d’Itaosy, nous avons assisté à une séance d’entraînement de moringue des jeunes du village. C’était un très beau moment.

Ce n’est pas facile pour ces jeunes d’agriculteurs, eux-mêmes déjà dans les champs, d’avoir des moments de divertissement et de formation en dehors des tâches quotidiennes. C’était beau de voir, garçons et filles, effectuer ces gestes ancestraux, s’inviter au combat, leurs dents blanches dans des rires francs de camaraderie.

Ca m’a fait penser aux entraînements de kalaripayattu avec mon ami Raveendran à la Réunion. Cet art martial indien ancestral est difficile mais François et moi nous étions accrochés (un peu plus moi que lui d’ailleurs) et la souplesse et les muscles étaient revenus.

 

Si j’ai le temps, j’aimerais peut-être bien faire du moringue ici…

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Clair-obscur de nouvelles

C’est la période du retournement des morts, le famadihana. Cette coutume funéraire malgache veut qu’on déterre le corps du défunt, qu’on le transport dans le village puis qu’on le ré-enterre. Je ne sais pas si c’est lié mais nous avions vu, au détour d’une rue, un énorme véhicule type 4x4, siglé d’un incroyable « Super Corbillard ».

En tous cas, j’ai vu un mini-bus surmonté d’un cercueil recouvert d’un linceul blanc en ville.

 

La tension monte

 

Les journalistes ont décidé de faire front face à la prochaine loi sur le « Code de la communication ». Nous avions eu la conférence de presse dans nos murs. (lien)

Les marchands à la sauvette se rebiffent également. Tous les endroits où les trottoirs n’existaient plus car étals de fortune, sont maintenant vides. (article de l'Express de Madagascar).

Toute la population semble en avoir assez de la situation actuelle.

La presse avait fait ses choux gras des potentiels affrontements du vendredi 19 août (articles de Midi Madagasikara et de l'Express de Madagascar) mais finalement, le meneur de la contestation a été cueilli chez lui (article de Midi Madagasikara)

Je me plaignais de mon second taxi-be, bondé le matin mais j’ai vu bien pire. Lorsque je rentre le soir, au sud du lac Anosy, je vois une file d’attente d’au moins 400 mètres pour prendre un taxi-be. J’ai vu des gens se ruer sur la toute petite porte (similaire à celle de mon second taxi-be) et même commencer à se pousser les uns les autres. Dans mon cas, le matin, peut-être que tout le monde n’était pas bien réveillé mais en fin de journée, ça me semble plus énergique.

Le meurtre d'un jeune couple de français défraye actuellement la chronique mais hélas, je ne pense pas que le crime, aussi horrible soit-il, soit spécialement liée à la nationalité des victimes (article de Midi Madagasiraka)

 

Pollution : épisode 1564

 

J’ai tenté le masque. On m’a offert un masque de chantier pour parer aux assauts atmosphériques mais l’expérience ne faut pas concluante. En marchant, je transpire et j’ai besoin de plus d’air. Le masque, étant fait d’un matériau friable, se désintègre sur ma peau et ne laissant pas entrer assez d’air, m’étourdit car m’étouffe un peu.

Je marche donc à nouveau sans masque, poumons offerts aux gaz en tout genre.

Mais une nouvelle donnée va changer mes pratiques. Le bail des locaux actuels du Centre de Presse Malagasy expire à la fin de ce mois et nous allons donc déménager. Deux lieux ont été sélectionnés : l’Institut d’Etudes Politiques (IEP) en ville, à 40 minutes de chez moi et l’Université d’Antananarivo, perchée sur une colline, bien trop loin pour que je puisse m’y rendre en marchant. Ce sera donc un retour au taxi-be pour cette seconde option.

 

La vie nocturne des chiens tananariviens (ou malgaches ?)

 

Tous les canidés de la capitale se mettent d’accord pour s’exprimer la nuit. A Itaosy ou en ville, les aboiements et autres hurlements ont lieu généralement autour de 22 heures et ça peut ressembler à un débat à l’Assemblée nationale en France.

Ils doivent se raconter des choses passionnantes pour aboyer de façon si intense…

Bon, je suis un peu dure car j’ai vu dans quelles conditions certains d’entre eux vivent : sur un mètre carré de balcon. Et je ne pense pas que les maîtres les promènent.

 

Les crachats

 

On crache et on se mouche avec les doigts à tout va. On est en période hivernale et ça accentue sans doute l’expectoration.

Ce crachat facile est d’abord un peu effrayant mais comme on dit, il vaut mieux que ça soit dehors que dedans. Pour le mouchage digital, au prix où sont les mouchoirs comparé au revenu moyen, c’est sûr que cette pratique se comprenne.

Je ne m’émeus plus vraiment du fait de sentir un postillon sur mon peau, d’attraper des microbes et croit très fort en mon système immunitaire.

 

Honte au système

 

Le commerce de denrées périssables périmées, c’est tout de même moche (article de Midi Madagasikara). En Australie, nous allions parfois dans des enseignes spécialisées (Rite Price) mais les denrées périssables étaient moindres et surtout, il y avait tout de même une bonne information du consommateur concernant les conditions d’achat et de péremption des produits.

Ici, je trouve ça tout simplement révoltant et dégradant.

 

Virée nocturne

 

Nous sortons très rarement en ville le soir mais nous avons tout de même fait une incursion nocturne avec mes colocataires. L’ambiance est tellement différente. Autant le brouhaha du jour est assourdissant, les stimulii visuels trop agressifs, autant la nuit paraît « plombée » face au jour. La nuit à Tananarive, tout est très sombre. Le clair-obscur est à son maximum.

Du coup, lorsqu’on passe dans les quartiers où il n’y qu’un éclairage public tous les kilomètres, les feux de déchets ressemblent à des chevelures dorées qui lèchent les ténèbres. Les filles sont adossées au mur, alignées, tellement sobres qu’elles ne paraissent pas être là pour le triste commerce de la chair.

Une virée la nuit, encore un nouvel univers pour mes sens habitués aux défis de la journée. Un univers où le taxi qui nous a ramené à bon port était un bateau ivre dans ce chemin proche de la piste, à l’image de la ville, vallonné.

 

Sortie (ratée) de la ville

 

Nous voulions aller à Ambohimanga ce weekend, une belle excursion touristique hors de la capitale polluée. Hélas, notre aventure s’est révélée d’une autre nature.

Nous avions voulu prendre un premier taxi-be du côté du marché d’Andravoaganhy mais en prenant plusieurs avis de chauffeurs, nous avons changé d’arrêt de bus et traversé le marché. C’était une version urbaine du marché d’Itaosy ; toujours des morceaux de viande, tripes et autres abats pendouillant aux échoppes mais un peu plus de poissons « frais » et séchés cette fois-ci. Il fallait toujours se frayer un chemin dans des ruelles étroites et dont le sol était aussi régulier qu’un cratère lunaire.

 

Concours National de la Chanson Française de l’Alliance Française d’Antananarivo

 

J’ai été membre du jury pour les sélections du Concours National de la Chanson Française à l’Alliance Française d’Antananarivo et c’était vraiment une bonne expérience. C’est la cinquième édition du concours et j’ai eu la chance d’entendre de sacrés talents.

C’était drôle et à la fois un peu effrayant de se mettre dans la peau d’un membre du jury. Le stress de certains candidats était intense et nous essayions de les détendre. En tous cas, j’ai été très fière de participer à un tel évènement.

La demi-finale aurait lieu le 3 septembre et la finale régionale le 10.

Les malgaches sont majoritairement de bons chanteurs et aiment tous le chant. Mon père m’avait d’ailleurs dit qu’à son humble avis, les malgaches étaient parmi les meilleurs musiciens de l’océan Indien. Ça me rappelle un taxi-be qui devait revenir d’une messe un dimanche. Tous les passagers chantaient en chœur et j’ai été très touchée par cette grâce vocale. Une fois de plus, j’ai eu l’impression d’entendre un écho du Pacifique dans ces chants malgaches.

 

Le sport, allié indispensable du voyageur

 

Nous allons tester une piscine avec Noémie, ma colocataire. Il fait encore frais et elle n’est pas chauffée mais nous avons tellement envie de nager que nous allons tenter l’expérience. J’ai beau marcher tous les jours (2 fois 45 minutes) mais je sens que mon corps a besoin de plus.

Noémie fait du futsal mais j’avoue que je préfèrerais le badminton ou la danse. J’ai vu une salle de sport en ville mais j’aimerais plutôt faire un sport qui m’apporte plus qu’un simple effort physique.

Je pense aussi que le sport est capital pour notre équilibre lorsqu’on voyage ou qu’on s’expatrie, surtout les premiers temps. Le moral peut varier, les conditions climatiques et les rythmes de vie sont différents et le sport peut aider à réguler tout ça.

 

Reprendre la radio

 

 

Une superbe opportunité pourrait s’offrir à moi dans les prochaines semaines. Le Centre de Presse Malagasy pourrait conclure un partenariat avec l’Université d’Antananarivo et dans ce partenariat est incluse ma participation en tant qu’animatrice radio pour une émission sur l’éducation aux médias et à l’information. L’émission serait diffusée sur la radio universitaire (Radio Universitaire Ambohitsaina 107FM). C’est terriblement excitant et j’ai hâte de commencer le projet !

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Echos et rencontres

Une tension toujours palpable

 

La situation paraît plus calme…au premier abord.

Les marchands de rue continuent malgré tout de protester (article de l’Express de Madagascar) et sont chassés (article de l'Express de Madagascar et de Midi Madagascar). 

Les journalistes continuent de clamer leur mécontentement concernant le prochain Code de la communication (article de Midi Madagasiraka).

Les affaires de meurtres et de rapt d’étrangers (double meurtre à Sainte-Marie, rapt d’un directeur administratif pour une marque internationale) mais aussi de malgaches gonflent les rubriques de faits divers mais pas sûr que les colonnes de la PQR (Presse Quotidienne Régionale) française ou pire, réunionnaise, n’en soient pas moins remplies.

 

La guitare

 

Nous avons acheté une guitare avec mes colocataires, une très jolie Valencia, qui sonne plutôt bien pour son bas prix. Nous avons donc maintenant une « co-guitare ». Nous avions vraiment besoin d’un instrument, Noémie et moi. Les choses se sont faites finalement assez vite et heureusement, car ces petits moments musicaux sont des petites soupapes de bien-être où nous nous retrouvons et partageons.

Noémie joue plusieurs types de chansons en français et en espagnol. Elle réinterprète les chansons à sa manière et c’est très beau !

 

Les rencontres ou l’éloge de la discussion

 

Mes expériences de colocation se sont toujours bien passées. J’avais fait un mois en Belgique et un autre à Adélaïde et ça a toujours été un plaisir de partager un logement mais surtout du temps avec autrui.

Cette fois-ci, mon expérience de la colocation va au-delà d’un simple partage immobilier. Nous partageons des affinités mais surtout des valeurs. Je me sens presqu’en famille. J’ai la chance inestimable d’avoir des discussions très riches et surtout enrichissantes autour du vivre ensemble et du management positif (entreprise libérée).

Je me suis rendue compte au cours de mes voyages, différentes expériences et exercices dans le cadre de la préparation à la coopération régionale, que j’accordais une place prépondérante à la discussion. Une bonne discussion vaut autant qu’une séance de shopping (du moins, j’imagine car il peut être orgasmique pour certains). Elle revigore, fait avancer et créé une faille spatio-temporelle. C’est un moment précieux.

Je me remémore avec plaisir les rencontres faites un peu partout avec des gens de tout horizon : une australienne rencontrée à Paris, un belge et un indien rencontré à la Réunion, des français en France, des réunionnais à la Réunion, des australiens en Australie, des français en Australie et d'autres personnes d'autres nationalités dans d'autres pays. J’ai eu beaucoup de chance de rencontrer ces personnes formidables.

 

L’Université

 

Je me réjouissais déjà de faire partie d’un projet d’émission radio à l’Université d’Antananarivo mais une dernière réunion avec le Conseil d’Administration du Centre de Presse Malagasy pourrait m’offrir des opportunités encore plus grandes.

On parle de créer un pont entre les universités d’Antananarivo et de la Réunion. C’est un gros projet à porter mais quel défi et surtout, quel chantier excitant !

 

BAOBad, le badminton avec une vision

 

Nous avons testé le badminton avec le club BAOBad. C’était tellement bien ! L’équipe est vraiment très sympathique et c’était un bon moment.

Johary, président du club, est une personne très avenante et très joyeuse. Le club a vraiment une dimension humaine forte. Le président nous a expliqué que nos cotisations mensuelles en tant qu’étranger servent à financer du matériel et les cours pour les enfants Malagasy qui ne peuvent pas se permettre de pratiquer le sport. De plus, les membres ramènent les enfants à domicile. C’est assez familial en fait. Le club est aussi impliqué dans des œuvres caritatives et fait des tournois pour soutenir des projets sociaux.

 

Plongeon

 

Nous avons tenté la piscine donc avec Noémie. Jusqu’au bout, nous avons été très courageuses. Il faisait pourtant beau ce jour-là et nous espérions de toutes nos forces que l’eau de la piscine aurait été chauffée par les rayons du soleil.

Cette piscine de 50 mètres, nous en parlions, nous en rêvions.

Nous nous sommes jetées à l’eau et l’onde était glaciale. Toujours courageuses, nous avons fait quelques longueurs. Noémie plus que moi car au bout de la troisième ou quatrième, mes oreilles me faisaient un mal de chien et j’ai eu peur de l’otite et du coup de froid. Noémie a finalement cédé lorsqu’elle ne sentait plus ses membres.

En sortant de ce bain où nous aurions pu croiser quelques glaçons et pingouins, nous étions vraiment sonnées.

Mais nous l’avions fait.

 

L’humanitaire à Madagascar : décadence et grandeur

 

Madagascar est, hélas, la terre de l’humanitaire par excellence. Comme en Afrique (car aussi part de l’Afrique malgré tout), tous les organismes humanitaires internationaux sont présents et chacun y va de sa plus grande exposition médiatique pour telle ou telle action. Tous les dons, toutes les actions, sont et doivent être présents. Ainsi, on peut deviner l’origine des dons (parfois détournés car revendus) grâce aux vêtements arborés dans la rue : France, Amérique du Nord, Australie, Suisse…

Il existe des dessous de l’humanitaire pas jolis jolis ; détournements et autres. Je ne vais m’étendre sur le sujet.

Mais, en discutant avec ma collègue Keshia et d’autres malgaches, je découvre le vrai bénéfice des programmes sociaux (je préfère sociaux à humanitaires). Madagascar, comme Maurice et bien d’autres, est indépendante et ne doit pas souffrir de nouvelles formes de colonisation ou de domination. Le pays ne jouit hélas pas du même contexte économique que Maurice mais à mon sens, ne devrait pas céder aux sirènes de l’humanitaire. Il existe des malgaches qui veulent s’investir dans leur pays, dans leur éducation, dans leur autonomie et c’est ces initiatives, ces bénévoles, ces travailleurs humbles qu’il faut soutenir. Certes, la pécune aide mais c’est d’autres moyens dont les malgaches ont besoin.

Ici, l’empowerment, notion à laquelle j’avais été exposée en Australie lors de mes études, est la clé. D’après quelques dires glanés, la confiance en soi n’étouffe pas les malgaches et je revois les mêmes schémas post-coloniaux se redessiner toujours et encore…

 

Lectures

 

Nous avons fait un tour à l’Alliance française et j’ai pris « Géotropiques » de Johary Ravaloson et « Mémoires d’un porc-épic » d’Alain Mabanckou.

J’ai pris « Géotropiques » à cause du nom de son auteur, dont j’avais déjà lu une nouvelle dans « Chroniques de Madagascar ». C’est assez étrange car j’ai pris ce livre sans vraiment lire son résumé et il s’avère que l’auteur parle de la Réunion, du milieu du surf réunionnais et des attaques de requin. Et ce weekend, j’avais appris qu’un squale avait à nouveau frappé du côté de Boucan, dans les eaux réunionnaises.

Mais ce livre parle d’autres choses encore plus intéressantes que je vous laisse découvrir. Il confirme mon idée que les îles de l’océan indien se font et sont des échos, se répondent les unes aux autres et comme je le disais précédemment, nous sommes tous cousins dans cet océan. Nous pouvons être très différents mais les mouvements, les histoires, l’Histoire, nous lient.

Ce saut à l’Alliance française était, il faut bien l’avouer, une bouffée d’oxygène. Le quotidien n’est tout de même pas facile. Côtoyer tous les jours des situations, des visions de détresse, de misère, n’est pas facile. Certes, nous avons un statut privilégié mais les sentiments d’impuissance, de frustration et d’injustice corrodent.

L’image d’enfants des rues buvant de l’eau à même le caniveau un matin sur le chemin du travail reste. L’insoutenable ne peut être la routine. J’essaie de ne le transformer en carburant pour tenter _bien modestement_ d’accomplir, de réaliser.

 

Enfin réunis

 

 

Mon compagnon va enfin pouvoir venir habiter avec nous à la fin du mois de septembre. C’est difficile d’être éloignés lorsque nous étions partis à deux pour vivre cette aventure. Il prendra donc le taxi-be le matin et sera dans le bon sens car rares sont ceux qui vont à Itaosy le matin et rentrent sur la ville le soir.

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Mouvements musicaux, planétaires et autres

Eclipse

 

 

 

Nous avons pu assister au magnifique spectacle d’une éclipse solaire cette semaine. Il y a eu beaucoup d’information à ce sujet, la précédente ayant apparemment surprise ou même fait peur à une partie de la population qui n’était pas au courant.

 

La veille, ma collègue et moi-même avions appris par un communiqué officiel que le jour serait chômé à partir de 10h et jusqu’à la fin de l’éclipse. Il y a eu beaucoup de controverses au sujet de ce jour de congé inopiné alors que les travailleurs sont astreints au rythme normal durant la saison des pluies. Le matin du phénomène, je suis allée à la pharmacie en bas de chez moi et il y avait une sacrée queue. Je pense que les consignes concernant le danger de brûlures et de cécité sont bien passées. Le temps était très couvert et même un peu pluvieux le matin mais malgré une couverture nuageuse, nous avons réussi à voir ce rendez-vous de la lune et du soleil. D’ailleurs, d’après un livre sur la société malgache, il était traditionnellement interdit de regarder l’éclipse car elle représentait l’accouplement des astres.

 

C’était beau et j’avoue que j’étais comme une petite fille !

 

Je trouvais ce moment tellement étrange. L’éclipse n’était pas totale mais assez importante pour que l’on que quelque chose était différent. C’est comme si l’on avait mis un gros filtre devant le soleil. Je m’attendais à entendre des hurlements de chiens et autres cris, je guettais les oiseaux, les chats et autres bestioles mais rien.

 

Hormis les ombres projetées et des rayons de soleil prenant des angles étranges, il n’y a pas eu de phénomène extraordinaire comme ma grande imagination pouvait le prévoir.

 

 

 

Lectures

 

 

 

J’ai mangé assez rapidement « Géotropiques » de Johary Ravaloson et bien qu’au premier abord, le milieu du surf réunionnais ne m’ait pas franchement emballée, le cœur du livre m’a vraiment plu. Je le recommande vivement !

 

« Mémoires d’un porc-épic » est assez drôle.

 

J’ai pris « Juillet au pays » de Michèle Rakotoson et « Mon teckel à roulettes est un philosophe » de Patricia Reznikof (j’avoue que c’est surtout le titre de ce dernier qui a motivé mon choix).

 

 

 

Scène étrange

 

 

 

J’ai assisté à une scène étrange en revenant du travail du côté du lac Anosy. Près du rond-point, il y a eu un mouvement autour de quelques personnes. Ça aurait pu être une bagarre ou autre chose. Une voiture Emmo Sécurité, toutes sirènes hurlantes, a déboulé et embarqué une ou deux personnes. Les badauds se sont très rapidement attroupés autour de la scène. Je ne me suis pas arrêté une minute, tourné la tête de temps en temps mais j’ai sagement suivi les consignes de l’Ambassade de France à ce sujet : fuir les attroupements.

 

Quelques minutes plus tard, la voiture passait vite à côté de moi pour aller à l’hôpital.

 

 

 

Emménagement

 

 

 

Nous avons donc déménagé les locaux du Centre de Presse Malagasy à l’Université d’Antananarivo. Ce fut une longue journée, avec trois voyages en camion. Nous avions des déménageurs et des extras pour nous aider mais nous avons tout de même mis la main à la pâte.

 

 

 

La population estudiantine

 

 

 

C’est drôle de revenir à la fac. J’ai quitté ses bancs il y a bien longtemps et c’est marrant de redécouvrir cette ambiance. Je trouve le campus très agréable, très aéré sur sa colline.

 

Il y a aussi beaucoup de pépées et de gravures de mode. Je me sens assez moche à côté de ces jeunes et jolies étudiantes toutes pimpantes.

 

 

 

Taxi-be, le retour

 

 

 

Je reprends donc le taxi-be pour aller là-haut, sur la colline d’Ambohitsaina, sur le campus.

 

Mais, à ma grande surprise et joie, je le prends maintenant à une sorte de station intermédiaire.

 

Les taxi-be ont des terminus mais aussi des sortes de relais au milieu de la ligne où des véhicules vides font le plein de passagers. Avec un grand soulagement, je n’ai pas à courir et à essayer de fourrer le grand échalas que je suis dans la version de poche du taxi-be. Ils sont toujours aussi petits mais je peux presque choisir ma place !

 

Et cerise sur le gâteau, l’Université est le terminus de deux lignes et je peux donc avoir une place correcte.

 

Le taxi-be reste un système très complexe qu’il faut connaître. C’est un peu comme le marché ; on stimule beaucoup de choses en même temps. On doit parler une autre langue, convertir des prix donnés en francs malgaches en ariary et se souvenir d’où on a mis quel billet et combien on a sur soi. Le paiement dans le taxi-be relève du mysticisme pour les néophytes non-malgachophones. Le trajet coûte 400 ariary. Mais j’ai découvert récemment qu’un court trajet (jusqu’à deux ou trois arrêts d’après ce que j’ai compris) ne coûte que 300 ariary.

 

Vous ne payez pas forcément au moment où vous mettez le pied dans le taxi-be. Le receveur dit beaucoup de choses que je ne saisis pas mais que je déduis (ou que j’invente dans ma tête) : « Merci de régler votre course s’il vous plaît. », « Est-ce que vous avez la monnaie ? » « A qui je dois rendre la monnaie sur 5000 ariary ? ». J’ai beaucoup observé pour essayer de comprendre ce qui se trame. J’ai compris que dans un taxi-be qui vient de faire le plein, on paie par rangée en commençant par celles de devant. Rendre la monnaie est aussi tout une procédure sibylline de prime abord. Parfois, votre voisin ou voisine vous donne le montant de sa course parce que vous avez une grosse coupure et pour que vous payiez pour deux personnes. Il y a encore beaucoup de confiance aussi car les règlements passent de main en main au-dessus des épaules et des têtes de tous les passagers sans que jamais personne n’essaie de chiper un billet au passage.

 

 

 

Savoir, c’est être responsable

 

 

 

Bien qu’un certain individualisme s’insinue dans cette société traditionnellement communautaire, je pense qu’on peut encore dire qu’il existe un certain civisme. Bien que certaines personnes ne fassent pas attention en restant au milieu du chemin dans certains passages étroits, en expectorant à tout va (et parfois presque sur vous), il y a encore des personnes qui font attention à leur environnement et aux humains qui le traversent.

 

On respecte encore autrui, quand on le peut. Je dis quand on le peut car entre le capitalisme dévorant et les jeunes générations postcoloniales un peu déboussolées, les bonnes habitudes peuvent se perdre.

 

C’est bien le nerf de la guerre ça d’ailleurs, les habitudes. Se poser, prendre du recul et réfléchir sur ses habitudes et surtout sur l’impact de celles-ci sur son environnement au sens large du terme (proche, humain, naturel), pas sûr que ce soit si répandu.

 

Et pourtant, ça donne le vertige de penser à ce que les choses pourraient être si chacun prenait ce temps et essayait de changer ses habitudes : peut-être moins de problèmes d’hygiène (pour soi et pour les autres, comme ces personnes qui portent un masque lorsqu’elles ont une grippe pour ne pas affecter les autres), économiques, sécuritaires et autres.

 

Rien que de penser à la sécurité alimentaire car c’est ce qui me vient le plus à l’esprit vu ma dernière formation en cuisine… Que seraient les cuisines du monde sans les ustensiles léchés ou retrempés dans la nourriture, les mains pas lavées, la vaisselle négligée et les glaires non arrêtés dans leur course folle ? Autant de risques qui peuvent être évités…

 

Oui, je mange dans les gargotes et je sais bien que les mauvaises pratiques y sont légion. Mais je me dis qu’avec un tout petit peu de formation, on pourrait éviter des drames (car oui, je pense qu’on peut avoir de très gros problèmes de santé ici).

 

Mes oreilles sifflent de ce qu’on pourrait me coller comme étiquette : « utopiste », « rêveuse ». Mais je crois sincèrement à cette idée que penser à autrui peut changer les choses et que comme dit le proverbe, « les petits ruisseaux font les grandes rivières ». Ainsi, bien que le désir de maternité ne m’étreigne pas, j’essaie d’agir et vivre pour laisser aux enfants, aux adultes de demain un monde a minima comme je l’ai connu et au mieux, en meilleur état. Ça passe par un environnement le moins abîmé possible mais aussi par des idées.

 

Du moins, c’est une aspiration.

 

Je peux parfois être révoltée par ceux qui ont eu la chance d’avoir eu une éducation, d’être capables de comprendre l’impact d’un acte (ou d’une négligence) et qui continuent sans vergogne à garder leurs habitudes et leur confort, engoncés dans leur paresse. C’est un mépris envers autrui à mon sens.

 

 

 

Rencontre avec Zamba, luthier et joueur de valiha

 

 

 

François a acheté un valiha, une sorte de lyre traditionnelle malgache cylindrique au son cristallin. Je confesse que j’ai toujours rêvé de jouer de la harpe. Je trouve cet instrument à cordes magnifique, imitant tellement bien les ondulations que peut avoir l’eau. Mais le valiha, c’est encore autre chose. Cet instrument de taille moyenne est facilement transportable, ce qui n’est pas négligeable pour la voyageuse que je suis.

 

Mais surtout, l’achat de ce valiha était bien plus car nous avons pris le temps de discuter avec Zamba, son créateur. Luthier, musicien, nous avons découvert un homme qui a changé le cours de sa vie. Travaillant dans l’exploitation forestière, cet homme a pris du recul sur son activité et a décidé d’arrêter de « tuer son pays » pour faire de la musique, d’exporter les bois rares de Madagascar pour façonner les instruments et les esprits. Zamba est reconnu à Madagascar par ses pairs, par les étrangers de passage qui cherchent à jouer du valiha, à la Réunion et ailleurs encore. Il avait interviewé par France O la veille de notre rencontre.

 

Nous avons eu la chance d’échanger avec lui et de faire nos premiers pas dans l’apprentissage du valiha. Nous avons échangé sur cette jeunesse malgache qui s’égare, comme tant d’autres (au Japon notamment selon ses élèves japonais), dans une uniformisation culturelle, ne répondant qu’à l’écrasante culture américaine. Tristement, il nous confiait que certains jeunes ici ne savaient même ce qu’est un valiha.

 

Nous faisons simplement des gammes pour l’instant et avons hâte d’apprendre des morceaux traditionnels.

 

A la sortie de l’Institut Français de Madagascar, nous avons entendu un trio d’enfants des rues exécuter un morceau traditionnel malgache avec des instruments traditionnels et c’était vraiment très beau. Nous ne pouvions pas rester longtemps car des vazahas statiques aussi discrets que des panneaux lumineux la nuit mais le peu que nous avions entendu était vraiment beau.

 

Nous avions d’ailleurs demandé à Zamba où écouter de la musique traditionnelle malgache sur la capitale et il nous avait répondu que cette musique était plutôt laissée de côté au profit de la fusion et autre.

 

 

 

L’Institut Français de Madagascar

 

 

 

Nous avons fait un saut à l’Institut Français de Madagascar et c’est un sacré espace. La médiathèque possède un fonds important et est un bon complément de l’Alliance Française d’Antananarivo. J’étais tellement heureuse de lire le dernier Fluide Glacial, moi grande lectrice de bandes dessinées et amatrice de l’humour grinçant, piquant et pertinent type Charlie Hebdo.

 

 

 

Le Concours de la Chanson Française de l’Alliance Française d’Antananarivo (suite)

 

 

 

Nous avons assisté à une toute petite partie de la demi-finale du Concours de la Chanson Française de l’Alliance Française d’Antananarivo. Comme précédemment lors des sélections, nous avons entendu des voix incroyables (soul, avec du coffre) et découvert un Johnny Hallyday malgache. Si nous fermions les yeux, on pouvait se méprendre.

 

Nous avons croisé le directeur de l’Alliance qui pensait que je participais. Bien que j’ai été tentée à un moment (pour les curieux, ma musique), je me suis dit que si par un incroyable miracle je gagnais, ça ne serait vraiment pas juste que je remporte le premier prix, une semaine à Paris.

 

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Vita Malagasy

Rapport hommes/femmes à la malgache

 

J’ai l’air d’être du goût de certains hommes malgaches qui me gratifient de « Bonjour chérie » ou encore « Salut beauté ». Au début, personne ne me disait rien car il faut dire que j’étais attifée pour le grand froid.

C’est encore gentil et drôle pour l’instant, ces accroches de mâle. Rien à voir avec le harcèlement de rue qui existe à Paris. Mais j’ai tout de même noté que l’humeur masculin peut parfois être tendancieux voire carrément douteux. Selon les dires et ma propre expérience, les blagues sur le viol ne sont pas rares.

 

Lectures

 

« Juillet au pays » de Michèle Rakotoson s’annonce également très prometteur, sans doute l’un de mes ouvrages préférés jusqu’à présent. J’aime sa pertinence et son dessin de la société malgache.

Nous avons une bibliothèque très fournie et pointue au Centre de Presse Malagasy. J’y ai lu en diagonale « Madagascar dans une crise interminable » de Toavina Ralambomahay, qui est un ouvrage fort intéressant sur les crises politiques qu’a subi le pays à partir de 2002. « Journalismes dans l’océan indien Espaces publics en questions », un ouvrage collectif sous la direction de Bernard Idelson, est également passé entre mes mains et me donne envie d’aller explorer le point de vue des voisins africains sur la presse malgache. Le Centre de Presse Malagasy a quelques ouvrages à ce sujet.

 

La radio

 

J’ai enregistré la première édition de l’émission radio Médias Dévoilés qui sera diffusée sur la Radio Université Ambohitsaina (107 FM) les lundis, mercredis et vendredis.

Je suis tellement heureuse d’écrire à nouveau pour la radio et de dire mes textes. L’écriture pour la radio est vraiment particulière et m’a changé. Très littéraire à la base, faisant de longues phrases, cette écriture synthétique, plus dense mais aussi plus « décousue » est plus poétique. J’avais peur de perdre mon écriture « littéraire » en prenant si bien le pli radio. Mais au final, c’est comme les muscles ; en stimuler des différents ne signifie pas que certains sont perdus à jamais. Mais cette façon d’écrire a aussi changé ma façon d’être à mon avis. Je pense avoir été plus dans l’action à partir de ce moment.

Dans nos nouveaux bureaux sur le campus d’Ankatso, je fais rire Keshia, ma collègue, lorsque je dis mes textes à voix haute. « On dirait que j’ai allumé la radio ! » m’a-t-elle dit.

J’aime tellement ce média mystérieux. Lorsque j’ai dû choisir ma spécialité en troisième année d’école de journalisme, j’ai choisi la radio car c’était le média qui me faisait le plus peur, le plus secret, le plus dangereux pour la grande timide que j’étais. Et j’ai bien choisi car l’écriture radio et la radio elle-même sont très lyriques.

Tout comme la musique et la danse, c’est un art éphémère qui fait peut-être écho à l’antique déclamation et à l’intemporel théâtre. Certes, nous enregistrons et rediffusons mais à quoi tient notre rencontre avec l’auditeur ? Le risque de rendez-vous manqué est grand. Qui n’a pas découvert une information, une voix charmante, une musique incroyable tout à fait par hasard, dans sa voiture ou dans sa cuisine, en tournant le bouton de la radio ?

 

Le badminton

 

Les séances de badminton de cette semaine (mercredi soir et dimanche midi) avec BAOBad ont été assez différentes et complémentaires. Les plus redoutables sont définitivement les enfants. C’est vraiment de la graine de champion ! Les plus petits vous donnent un vrai cours sur la façon de tenir la raquette, de se déplacer correctement…

Les volants ont fusé, les smashs fait vibrer nos oreilles. Ce sont de vrais artistes qui, pour certains, savent doser la puissance d’un coup et la douceur d’une balle.

C’est drôle de voir les similitudes entre certains déplacements en escrime (ma pratique remonte à plus de 10 ans mais j’ai été marquée par ce sport sublime).

 

Achat responsable

 

Je me suis fait faire une jupe. En France ou autre pays aisé, c’est vrai que je n’aurais jamais pensé me faire coudre des vêtements, trouvant ça hors de prix. Bien que j’aurais préféré contribuer au bonheur d’une couturière plutôt que de grandes chaînes de vêtements qui font travailler des enfants à l’autre bout du monde dans des conditions inhumaines.

Ici, j’ai réussi à allier utile et agréable en me faisant faire une jupe. J’ai rencontré Luciana et sa marque Afro & Stylée à l’occasion d’un article test pour un journal gratuit sur Madagascar, No Comment. Lorsque j’ai vu ses modèles et ma garde-robe très restreinte (rappelez-vous, on m’avait dit de ne rien amener et j’ai eu quelques mésaventures sur les marchés –relire l'épisode précédent à ce sujet-), je me suis dit que c’était l’occasion d’essayer. Et c’est à ma portée et vraiment extra !

Oui, ça peut paraître futile à certains ce petit paragraphe sur l’achat d’une jupe. Mais la démarche derrière est plus profonde. Que se passerait-il si nous essayions tous de faire des achats responsables ? De se dire qu’au lieu d’acheter bêtement dans des supermarchés aux néons illusoires, on pourrait contribuer à l’éducation d’un enfant, la santé d’une famille ou éviter un exode rural ? Ça nous semble « facile » d’aller vers le connu, le brillant. Mais en réfléchissant à la matière première prélevée, à la production, à l’acheminement d’un produit et à sa vente, on peut poser un autre regard sur ce qu’il y a dans son panier de courses. Je ne parle même pas de l’impact social, économique et environnemental autour du produit. J’ai oui dire que certains efforts seraient faits pour l’étiquetage de certains produits (origine, impact), notamment en grandes surfaces en Europe. Mais ne pouvons-nous pas aider d’abord ceux qui sont près de nous ?

 

Vita Malagasy

 

J’ai aussi commandé des chaussures chez un vrai artisan (Liberty Shoes). J’avais vu le profil d’un jeune entrepreneur malgache qui avait lancé sa marque de chaussures Vita Malagasy (« Made in Madagascar ») et j’étais très curieuse et surtout très fière de pouvoir participer à ce commerce.

Je n’ai pas été déçue. La boutique n’était pas facile à trouver mais ça valait vraiment le coup de se perdre un peu du côté d’Antaninandro. C’est un tout petit magasin avec majoritairement des modèles de chaussures de ville pour hommes, quelques modèles pour femme, en cuir ou en daim. Vous pouvez quasiment tout choisir : la matière, la couleur, le modèle. Ce qui m’a vraiment émerveillée, c’est de voir et d’entendre les artisans travailler derrière un rideau, presque dans le magasin. On est au cœur du savoir-faire, de l’authentique. Le rapport humain est complètement différent. On parle aux artisans ; on n’écoute pas simplement une soupe commerciale servie par des vendeurs ou vendeuses aux arguments affûtés dans le seul but de consommer comme un mouton.

Comme pour les vêtements, j’avais une image très bourgeoise de la confection sur-mesure. Mais ici, je pense surtout que c’est le meilleur moyen de soutenir dignement la population.

Puis il y a l’attente de la réalisation d’un produit qui sera le vôtre, unique.

 

Boire « à l’indienne », économique et solidaire

 

Il ne fait pas encore chaud mais les températures remontent franchement en milieu de journée. Bientôt, il faudra faire encore plus attention au quotidien aux moustiques et autres risques sanitaires.

Un ami indien à la Réunion m’a appris à ne plus boire à la bouteille. Il avait bien raison de me montrer cette technique car elle évite de partager ses microbes, tout en pensant aux autres qui pourront profiter à leur tour d’une bonne désaltération.

Il suffit simplement de tenir la bouteille plus haut et de faire couler l’eau sans toucher la bouteille avec ses lèvres.

Le coup n’est pas forcément facile à prendre (généralement, on s’en met partout _surtout si on est en voiture_) mais salutaire pour la communauté car au lieu d’acheter plusieurs bouteilles, on peut en partager une seule.

 

Les créols

 

J’entends parfois dans la rue des gens parler créol réunionnais et créol mauricien. J’avoue que ça me fait plaisir.

Ces derniers ne sont pas toujours bien vus apparemment. Comme partout, il y a des bons et des mauvais. Michèle Rakotoson évoque d’ailleurs l’Histoire et les différentes communautés qui se sont installées sur Tana…

 

Le civisme n’est pas mort

 

Le Salon de l’Etudiant avait ramené des déferlantes de jeunes bacheliers sur le campus la semaine dernière. Moi qui pouvait tranquillement prendre le taxi-be pas trop rempli, devait composer avec du monde, beaucoup de monde.

 

Cependant, ça n’avait rien à voir avec les bousculades du début (lien). Cette fois-ci, à l’aller comme au retour, tout le monde était extrêmement civique. De longues queues se formaient pour prendre les taxis-be et personne ne passait devant.

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Interrogations et souvenirs

Je repense de temps à autre à l’Australie. Je n’y peux rien, ça fait partie de mon parcours et je l’évoque lorsque je me présente, qu’on me demande d’où je viens.

J’en parlais avec Zamba, le luthier et musicien (voir lien). Il était curieux de ce pays. Il n’imaginait pas que les aborigènes étaient si mal traités et qu’il s’agit d’un génocide.

Mon père me demandait récemment si je ne voudrais pas retenter ma chance là-bas. Je n’ai pas réfléchi quand je lui ai répondu non car je pense que la blessure est encore trop fraîche et les politiques d’immigration encore trop bornées. Bien que j’ai « gobé » la nouvelle et ses conséquences pas si mal et rapidement, il me reste trop d’amertume par rapport à cette expérience. C’est comme un deuil, le deuil de ma vie en Australie.

J’ai laissé et ai dû renoncer à tellement d’opportunités. Et ce qui me crève bien plus le cœur, c’est d’avoir dû dire adieu/au revoir à la famille et aux amis. Je ne sais même pas comment j’ai survécu à ça.

 

Réflexion sur le statut de Tana et autres habitudes indécrottables

 

J’ai lu dans plusieurs ouvrages et articles qu’Antananarivo était partagée concernant son statut, qu’elle oscillait entre urbaine et paysanne. Compte-tenu de la très forte migration de paysans venant sur Tana, dans l’espoir d’avoir du travail, ça se comprend.

Du coup, certaines pratiques ou habitudes, ne sont pas adaptées à ce nouveau milieu. Mais comment blâmer des personnes qui ont des pratiques bien ancrées et surtout à qui ont à jamais appris à faire autrement ?

De façon plus générale, pour tous les humains, qu’ils soient de l’océan Indien ou ailleurs, comment défaire une habitude ? Comment certaines personnes acceptent-elles de changer leurs habitudes ?

Concernant l’hygiène (je reviens là-dessus car c’est une question de vie ou de mort ici) et le respect d’autrui, quel élément changera une habitude qui propage des germes ? Une campagne de sensibilisation suffira-t-elle ? Dire à une personne que ses pratiques sont lourdes de conséquences, lui mettre des textes, des icônes sous le nez, suffira-t-il à ce qu’elle se lave systématiquement les mains, qu’elle évite de toucher les aliments crus (ou même cuits) avec ses mains (même lavées), qu’elle utilise une cuillère pour goûter un plat et puis la remette dans le plat ? Mais ceci est un peu réducteur car il y a par exemple un parent qui ne voudra pas contaminer son enfant et comprendra de lui-même que lécher un couteau puis couper un morceau dans un plat commun est dangereux et que ce geste réduit la durée de conservation du produit, les germes se développant rapidement. Toujours et encore, je crois au respect d’autrui comme vecteur de « développement » (ce mot est trop galvaudé). Peut-être que ce parent se sent concerné par le bien-être de sa famille. On pourra me taxer d’idéaliste mais je crois aussi au fait de se sentir concerné par tout et par tous.

Quel a été le plus grand facteur de changement chez moi-même ? Je répondrais l’éducation et le choc (notamment lors de l’exercice du journalisme). Mais peut-être qu’il n’y a pas qu’une réponse et que le cheminement a été long, a mûri comme un fruit.

 

Le stage, épreuve du feu de la vie professionnelle débutante

 

Nous recrutons des stagiaires au Centre de Presse Malagasy. Certains d’entre eux étaient timides mais l’un d’entre eux était carrément terrorisé ! Ça m’a fait repenser à l’époque où je cherchais un stage en journalisme à Paris. C’était infernal ! Je me déplaçais et on me disait toujours que les gens étaient en réunion alors que je les voyais passer derrière l’accueil. Qui pouvait prendre le risque de recruter une jeune « potentielle maghrébine/pakistanaise/origine-inconnue mais pas européenne » d’une école de journalisme peu connue et qui n’était fille de personne ? Je me rappelle aussi à quel point j’étais tremblante au début de mes stages à RFO (maintenant connue sous le nom de Réunion Première). Il faut dire que certains « journalistes » ne me ménageaient pas… Je me souviendrais toujours d’un pigiste qui m’a dit le premier jour : « Ne crois pas que ce que tu feras sera diffusé, hein ». Manque de pot pour lui, tout ce que j’ai fait par la suite a été diffusé, même en national, pendant mon stage. Puis lors de mes autres stages ailleurs… Oui, ceci est un message à tous les stagiaires : ayez confiance en vous, ne vous laissez pas intimider par le personnel aigri et surtout, sachez apprécier le temps qu’un bon tuteur de stage prend avec vous.

 

Les grands principes

 

Je n’oublierai jamais lorsqu’un jour, quelqu’un m’a dit avec la plus grande candeur et franchise qu’il soit : « Mais en fait, tu fais vraiment ce que tu dis, toi ! »

A l’époque, je n’avais pas perçu la portée de cette remarque. En effet, être en accord avec ses principes n’est pas si répandu et pis encore, l’application des dits principes.

Je n’oublierai pas non plus une discussion avec un ami en Australie. Il déplorait que le fait d’avoir eu des enfants et que la vie quotidienne aient engloutis ses principes des années 70 : la révolution, la solidarité, l’écologie… On sait mais on est « empâté » dans la vie.

Encore une fois, je m’interroge sur l’origine de la détermination de certains. Dans une société où plus rien n’est grave, tout peut être remis à plus tard, où les adulescents (et grands enfants) sont légions et où la technologie sauvera de toute façon le monde, que se passe-t-il dans la tête de ces personnes qui défendent et vivent leurs valeurs ? Pourquoi ne se réfugient-ils pas derrière le manque de temps, la fatigue, la paresse, le fatalisme, comme tous les autres ? Pourquoi ne se laissent-ils pas happer par l’indolence générale ?

Pourquoi l’ivresse de faire des effets de manche, des effets d’annonces m’est-elle si étrangère ? En réalité, l’apathie m’indigne profondément. Et lorsqu’elle se généralise à un pays entier, c’est un enfer…

 

Retour aux révisions

 

Je reviens sérieusement aux révisions pour mon examen du DAEFLE. Je consulte maints forums et vais peut-être pouvoir profiter d’un parcours d’observation à l’Alliance Française d’Antananarivo. J’ai choisi l’option Adultes peu ou pas scolarisés ; la formation pour adultes m’intéresse beaucoup. On n’apprend pas de la même façon à différents âges. Sans compter la durée d’assimilation.

Je continue de prendre des cours de malgache avec un professeur particulier avec mes colocataires. Elle a une approche qui s’apparente à l’approche actionnelle que j’étudie en Français Langue Etrangère (FLE).

 

Musique maternelle

 

J’ai vu « Orfeu Negro » de Marcel Camus, un emprunt à l’Institut Français de Madagascar (IFM). Il y a longtemps que je voulais le voir.

Bien que je sois née à la Réunion, pur fruit de l’océan Indien avec une mère yab et un père mauricien, j’ai été élevée au son de la bossa nova. Mon père a toujours aimé, joué et m’a fait écouter cette musique depuis mon enfance. Mon oncle était un guitariste de bossa hors-pair. Lui non plus n’était pas un carioca mais aimait simplement cette musique. Son rêve était d’aller au Brésil, de rencontrer et de jouer avec des guitaristes là-bas. Hélas, il n’a pas pu accomplir son rêve. Il est décédé d’un cancer.

Mais cet amour de la guitare, des mélodies lascives et mélancoliques, m’a été transmis. Comme ma langue maternelle a été le français, la bossa nova a été ma musique maternelle. Je n’ai pas été bercée par la langue créole ni le maloya _hélas_ et l’explication de cette situation vaut un article entier, un thème que je développerais par la suite.

 

J’ai beaucoup aimé « Orfeu Negro » et sa fragile beauté. J’ai été très touchée d’être ramenée ainsi dans un univers que je connais et que je ne connais pas du tout.

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La beauté du geste et autres aigre-douceurs

Je discutais avec des coopérants de l’attitude de certains expats ici. Ça n’a fait que confirmer ce que je devinais.

Certains font des fêtes monstrueuses et présentent comme un super service le fait de pouvoir avoir quelqu’un qui fait le ménage le lendemain. Qui ne se souvient pas du champ de bataille qu’une soirée peut laisser ? Qui peut décemment laisser quelqu’un d’autre, quelqu’un qui n’a pas participé à cette fête, mettre les mains dans le vomi, la crasse, les surfaces collantes tout ça au parfum de la cigarette froide ? Nous étions d’accord avec ces coopérants sur la joie de pouvoir se dire qu’on « nettoie sa propre merde ».

 

La richesse partagée

 

J’ai eu l’occasion à plusieurs reprises d’échanger avec des étudiants malgaches et j’aime tellement ces discussions. J’ai l’impression de prendre le pouls de la jeunesse.

Beaucoup partagent l’envie de vouloir de changer les choses et le manque de motivation de leurs pairs comme un terrible frein à cette envie. Et ils ont tous deux ciblés les points faibles : la mentalité et les habitudes.

Je vois la grande implication des jeunes dans des associations. Mais je vois aussi les limites des systèmes. On sent le copier/coller de certaines associations de pays riches essayant de culpabiliser (bon, protéger aussi) concernant la pollution par exemple alors qu’en prenant un peu de recul, on voit que les donneurs de leçons sont à l’origine de certains problèmes (changement climatique) et de comportements (vie à l’occidentale).

On discutait de modèles d’organisation avec une étudiante. Je me disais qu’il ne fallait pas rester sous influence et dégager son propre modèle. S’inspirer sans se soumettre.

 

La beauté du geste

 

J’ai été témoin d’une scène magnifique dans un taxi-be. Il faisait un peu chaud cet après-midi-là. Comme d’habitude, tout le monde était tassé dans cette petite boîte de conserve. Ce petit format de taxi-be est rempli à ras-bord ; les passagers s’assoient à des endroits où on ne peut théoriquement pas mettre de passagers mais juste des pieds. J’ai moi-même déjà été assise à cet endroit (voir lien).

Une jeune fille, probablement une étudiante, s’est retrouvée à cet endroit, à côté de deux enfants des rues, probablement un grand frère et sa petite sœur.

Les deux petits étaient somnolents. C’était probablement l’heure de la sieste pour eux. Mais quelle sieste, quel répit lorsqu’on doit déjà faire mille choses pour vivre si jeune ?

Les deux enfants ont dessinés des sourires sur les visages des passagères leur faisant face. La chaleur et le ronron des embouteillages berçaient les deux petits qui s’affaissaient dans tous les sens.

La jeune inconnue a fini par les retenir avec son bras lorsqu’ils partaient vers l’avant et qu’ils étaient sur le point de tomber. Elle est restée comme ça jusqu’à ce qu’elle descende, soit au moins 30 minutes. Les deux enfants lui bavaient dessus et elle était imperturbable. J’admirais profondément ce geste d’amour pur, ce geste totalement désintéressé, plein de bienveillance, de protection, d’amour véritable envers des enfants inconnus.

Qui est vraiment capable de ce genre de geste ? Qui ne se dirait pas que c’est dégoûtant toute cette bave ruisselant sur mon bras, que ces enfants sont sales ? J’ai honte de l’avouer, terriblement honte, une honte brûlante mais je ne suis pas sûre que j’aurais eu le courage de le faire à sa place.

Cette honte m’a taraudé plusieurs jours et m’a menée à me questionner sur la compassion. Jusqu’à quel point sommes-nous compatissants ?

Cette jeune fille m’a beaucoup marqué, cette héroïne de l’ordinaire. Elle n’a pas changé la face du monde, elle n’a pas mené de révolution ni découvert un remède qui sauverait toute l’humanité. Elle a simplement été belle, sans artifices, sans calcul. Profondément humaine.

 

I’Trôtra

 

Nous avons eu la chance de voir des spectacles de danse contemporaine dans le cadre du festival I’Trôtra (festival de danse contemporaine international à Madagascar). J’ai beaucoup aimé les compagnies locales et surtout la compagnie Master Jah, avec un message très intéressant sur les déchets. Leur intention était vraiment claire et louable.

Pour moi, l’intention est plus importante que la technique.

Je me souviens de mon oncle, guitariste de bossa nova expert, qui échangeait avec moi à ce sujet. Il aimait mes mélodies simples alors que c’était un virtuose de l’arpège et des accords compliqués (que je ne pouvais reproduire, par paresse la plupart du temps, je dois le confesser).

J’aime l’émotion brute. J’apprécie bien sûr la technique mais j’aime « l’imparfait véritable ».

Ces spectacles étaient une bonne bouffée d’air frais dans un quotidien de pollution et de vigilance. J’ai essayé de me rappeler la dernière fois que j’ai vu un spectacle de danse contemporaine (en vain). Je la trouvais, comme beaucoup, hermétique, jusqu’à ce que j’aie la chance de rencontrer des chorégraphes par le biais de reportages. J’ai eu la chance de croiser Jean-Claude Gallotta à la Réunion. Son parcours de danseur démarré sur le tard m’avait beaucoup impressionnée. Sans parler de son « Vous dansez ? » au sortir de l’interview !

Mes stages dans des rédactions où je faisais du culturel m’ont vraiment permis d’avoir accès à la culture. A la Réunion, je n’étais jamais allée au théâtre de Champ-Fleuri avant de couvrir des spectacles. Trop cher, trop huppé. J’essayais avec mes sujets d’emmener tous ceux qui n’avaient pas les moyens avec moi, dans la salle, pour profiter de ces beautés, de ces richesses. Les politiques culturelles ont changé depuis et rendent peut-être la culture plus accessible aux Réunionnais. Je l’espère… Je me suis trop éloignée de l’île et de son quotidien pour le savoir.

Ici, du peu que j’hume du terrain, j’ai l’impression que la culture est tout de même accessible à la majorité. J’étais heureuse de voir que l’ouverture du festival I’Trôtra s’est fait en plein centre-ville, à Analakely, avec une troupe sud-africaine endiablée (Taxido Arts Production Company). C’était un festival gratuit.

Je discutais des problématiques du journalisme culturel à la Réunion avec une journaliste du CRAAM (Centre de Ressources des Arts Malgaches) et elle me confiait qu’elles étaient sensiblement les mêmes.

 

Karana

 

J’entends encore karana sur mon passage et même mon compagnon a remarqué qu’on me regarde bizarrement dans la rue. Ils doivent se demander si cette karana ne s’est pas perdu en marchant à pied car qu’apparemment, ils ne se déplacent pour la plupart en gros pick-up quasiment blindé aux vitres fumées.

Un midi, un coréen très curieux, m’a demandé si j’étais indienne.

C’est tout de même drôle. A la Réunion, un réunionnais m’avait sorti que je ne ressemblais pas à une réunionnaise. Et quand je lui ai dit que je venais du Port, ça avait fini de le convaincre que c’était une supercherie.

Je suis fière d’être née au Port. Cette ville réputée dangereuse pendant des années me laisse de bons souvenirs. Le ronron de la centrale thermique, le chocolat chaud venant d’une machine à café étant le Graal de mon enfance, ma tante et mon oncle, le retour de la pêche de mon père et la 4L que mon frère et moi adorions, une nature très sèche faite de savane et de galets.

Nous sommes parti quelques années à Nantes pendant mon enfance avant de revenir à Saint-Denis à la Réunion mais je me sens portoise et suis fière de le dire.

 

Déménagement

 

Nous avons fini de déménager la dernière partie de nos affaires d’Itaosy ; mon compagnon me rejoint enfin pour de bon en ville. C’est un soulagement car c’est difficile de vivre entre deux logements.

J’étais contente de revoir Itaosy, la campagne, le temps d’une journée. C’est agréable d’être _un peu plus_ loin de la pollution, d’avoir un horizon plus naturel (je ne dis pas vert car la nature est tout de même aride dans le coin !). C’est bien mieux que de passer son temps à se moucher noir. Mais nos missions nous mènent à être en ville… C’est comme ça.

Nous n’avons pas encore eu le temps de quitter la ville pour un weekend et attendons impatiemment cet instant (d’ici deux semaines probablement).

 

Lectures (et film)

 

J’ai achevé « La vie est ailleurs » de Milan Kundera mais surtout, j’ai enfin eu l’occasion de retrouver mon héros de la bulle, Riad Sattouf. J’adore Riad Sattouf. J’ai rapidement englouti « L’arabe du futur » 1 & 2. Je voudrais dire que c’est mon idole mais ce n’est pas bon d’idolâtrer des humains car nous avons tous nos travers. Mais quel coup de crayon ! Quel humour !

Mais j’ai surtout découvert un super concept de bande dessinée et d’enquête journalistique par le biais de « La revue dessinée ».

J’ai aussi lu une revue « XXI ». J’avais déjà entendu parler de cette revue mais je m’y suis plongée et j’ai bien fait car le numéro de cet été m’a fait lire un article très intéressant sur les nouveaux aventuriers Roland Jourdain et Corentin de Chatelperron (et ses histoires de poules sur un bateau).

J’ai aussi eu l’occasion de voir un film espagnol dans le cadre du premier festival de cinéma espagnol à Madagascar : « Blancanieves ». C’est un film récent, muet et en noir et blanc (non sans rappeler « The Artist », évidemment). Ce remake de Blanche Neige est très esthétique, très belle photo. Toutes les femmes de ce film sont magnifiques. La grand-mère de Blanche Neige avait beaucoup de charme.

 

La vie à Tana

 

Bien que la vigilance (sécurité, santé) soit toujours là, le quotidien commence à être un peu plus relax. Je me sens plus souple sur les jambes, comme en boxe. Je commence à prendre mes petites habitudes, à connaître un peu mieux les procédures (comme donner son paiement à son voisin dans le taxi-be si j’ai l’appoint et que lui non, qu’il n’a qu’un gros billet, tout cela dans un silence incroyable lorsque la radio n’éructe pas les tubes français des années 70), à me débrouiller kely kely (un petit peu) en malgache.

Ce n’est pas encore la routine. Dernièrement, lors d’un trajet matinal en taxi-be, notre véhicule s’est arrêté, une fumée est sortie de dessous le siège du conducteur et tout le monde est rapidement sorti.

Le peu que je commence à découvrir de la langue malgache, grâce aux cours mais aussi à mes collègues à la radio universitaire, me semble beau et poétique. Ainsi, je découvre que de l’eau brunâtre servie dans les gargotes, une eau qui a servi à déglacer un fond de riz caramélisé, est appelée « eau d’argent ». Mais c’est aussi une langue très imagée. Je pensais que la felaka n’était qu’une enveloppe distribuée lors des conférences de presse, un « défraiement » pour les journalistes. En réalité, felaka signifie gifler. Un étudiant m’a expliqué que les journalistes étaient « giflés », aveuglés par l’argent pour suivre un ordre.

J’ai beaucoup de chance de les côtoyer.

 

A 1000 à l’heure

 

Cette dernière semaine a été très lourde. Du coup, elle est passée très vite. J’ai eu l’impression d’avoir peu de prise sur le temps et pas du tout de temps à moi. Pas de sport, pas de publication d’article…

J’ai accueilli des stagiaires au Centre de Presse Malagasy, enregistré des interviews et des textes pour les futures émissions de « Médias Dévoilés » et fait mille autres choses.

Mes quatre jours de travail m’ont paru être deux semaines.

Mais j’ai encore beaucoup d’efforts à faire. Je bute encore honteusement sur la prononciation des noms malgaches (ils sont très longs !). Je m’y reprends à plusieurs fois et heureusement que mon collègue monteur de son est patient et pédagogue.

Physiquement, j’étais épuisée à la fin de ma semaine mais heureuse car très stimulée intellectuellement.

 

Journée du volontariat

 

Nous avons fait un tour à la journée du volontariat à l’Alliance française d’Antananarivo. C’était intéressant de faire un tour et voir toutes les initiatives.

Nous nous sommes arrêtés sur le stand du « Relais » et avons eu la chance de discuter un peu avec l’un des responsables du réseau malgache. La structure du « Relais » est liée à Emmaüs en France. J’ai trouvé cette initiative très saine car elle s’autofinance totalement et revendique cette indépendance des bailleurs de fonds. Elle réinsère des personnes par le travail dans des usines, des hôtels haut-de-gamme et d’autres activités. Je lisais d’ailleurs sur des initiatives similaires dans « La revue dessinée » au Mexique avec un jeune chef très connu, Gaston et en France avec Thierry Marx et son école Cuisine mode d’emploi(s).

Les questions de l’humanitaire et du développement se posent forcément à Madagascar. Nous y sommes finalement confrontés au quotidien lorsque l’on vit à Antananarivo.

 

Un dimanche à Antananarivo

 

Le dimanche est mon jour préféré de la semaine à Antananarivo. Tout est calme, apaisé. J’aime marcher dans les rues vides et profiter de cette sérénité retrouvée. Tout le monde est à la messe.

 

J’aimerais tellement que tous les autres jours soient comme celui-ci. Mais peut-être perdrait-il de sa saveur…

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Conférences et souffle (un peu) court

La semaine, bien remplie, est encore une fois passée très vite. Comme dans un manège, tout va vite et je commence à moins percevoir de détails. J’essaie de rester attentive mais la fatigue ne m’aide pas.

Je n’arrive toujours pas à faire de sport.

Puis j’ai dû avoir une sorte de blackout dimanche ; j’étais malade, alitée…entre bronchite et problèmes digestifs. J’ai beaucoup craint que ce soit une bronchite aiguë me grignotant ma capacité pulmonaire. J’ai toujours quelque chose dans les bronches mais il semble que le ravinstara (plante médicinale locale) soit assez efficace.

Les émissions s’enchaînent et on doit garder le rythme. Ce n’est pas rien 52 émissions.

 

Emportée par la foule

 

Mercredi, j’ai assisté à une descente de la police du côté de Mahamasima, là où je prends mon taxi-be le matin. Un petit fourgon (type taxi-be) de police roulait doucement et les agents à pied saisissaient au hasard les marchandises de ceux qui n’avaient pas été assez rapidement. Du coup, ça détalait dans tous les coins avec de gros ballots de bricoles.

Jeudi matin, quelqu’un m’a presque vomi dessus son petit-déjeuner. J’ai vu que c’était un petit-déjeuner car rien n’avait été digéré. Je n’étais vraiment pas ragoûtant mais pas sûr que cette personne soit encore debout aujourd’hui…

On assiste à des scènes de ce type dans la rue. Des silhouettes sur le sol qui semblent n’être plus que des coquilles vides. Nous avions vu une jeune fille allongée dans la rue, derrière un abri-bus du côté d’Ampefiloha et mon compagnon avait été très choqué, comme d’autres malgaches qui marchaient non loin de lui, de voir une mère et son nourrisson gisants sur un rond-point…

C’est d’autant plus choquant que notre statut de vazaha nous interdit d’intervenir. Pour des raisons de sécurité, nous avons été informés de rester au plus loin de tout ça (aider quelqu’un en difficulté dans la rue, secourir) et de continuer notre route.

C’est difficile de se réfréner, d’aller contre son instinct…

Jeudi, c’est jour de marché à Mahamasima, le jour que je redoute le plus car il est difficile d’avancer entre les clients et les marchands qui mettent en place leurs structures. Si le choléra traîne, je serais en première ligne et j’ai intérêt à faire attention…

Il y a maintenant moins de taxis-be suite à des régulations et contrôles techniques et ça devient à nouveau la bousculade, comme auparavant à Ampefiloha.

 

Les belles formules

 

Nous avons assisté à une conférence sur le Paiement des Services Eco-systémiques à l’Institut Français de Madagascar. C’était intéressant mais je ne suis pas convaincue par le système. Derrière ce terme un peu barbare de Paiement de Services Eco-systémiques, il faut comprendre payer une amende si on ne respecte pas la nature.

Les grandes entreprises ont des armées d’avocats et de juristes en tout genre qui trouve mille pirouettes pour échapper au fisc et aux amendes de ce type. Elles peuvent certes financer une bonne conscience mais elles ont déjà leurs propres fondations pour ça.

J’ai été un peu déçue qu’il n’y ait pas de solution plus locale et plus simple de proposer. Mais où va le monde, ma bonne dame ?

 

Crise de l’emploi chez les jeunes malgaches…

 

J’ai assisté à une autre conférence sur la crise de l’emploi des jeunes à Madagascar à l’antenne locale des Nations Unies. Les chiffres sont affolants ; 50% des jeunes sont sans emploi et ils travaillent à 95% dans le secteur informel.

400 000 jeunes diplômés se retrouvent sur le marché de l’emploi et beaucoup doivent accepter des emplois qui ne correspondent pas à leur qualification. Je m’en plaignais en France mais là, ce n’est pas comparable.

A ma grande surprise, le mot leadership est revenu plusieurs aux côtés des notions de civisme et citoyenneté.

 

Lecture

 

Je n’ai plus le temps de lire mais j’ai tout de même réussi à lire « Shenzen », une bande dessinée de Guy Delisle. J’aime beaucoup cet auteur. J’avais déjà lu ses albums et j’adore son humour et son observation du monde.

 

Madajazzcar – Guillaume  Perret

 

Nous avons eu l’occasion d’assister à un concert du festival Madajazzcar, un festival de jazz (comme son nom l’indique) international à Madagascar. C’est l’un des plus longs au monde avec une durée de 14 jours !

Nous avons eu la grande chance de voir un concert de PHB Tana Quintet et de Guillaume Perret. PHB Tana Quintet restait plus prêt du jazz traditionnel mais l’un des musiciens utilisait un « ewi » (eh oui !) qui donnait une couleur très originale aux morceaux. Ils étaient vraiment tous bons !

Guillaume Perret nous avait amené dans une autre sphère avec un spectacle son et lumière. Ce saxophoniste seul sur scène (mais avec un technicien son et un artiste lumière balèzes) mêle électro et jazz. Il me faisait penser un peu à Ibrahim Maalouf sur certains aspects ; ces deux-là donnent une autre dimension aux cuivres.

J’ai beaucoup aimé l’univers (assez onirique) de Guillaume Perret, qui était sombre à souhait sur l’un des morceaux. C’est vrai qu’il y a parfois un peu trop de basses mais difficile d’échapper à l’électro de nos jours…

 

Nous avons entendu d’autres artistes de la scène jazz malgache dans le très beau théâtre de verdure d’Antsahamanitra. Ils ont tous un sacré niveau…

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Première pluie et air pur

Ce n’est rien de dire que la semaine dernière fut mouvementée !

 

L’air pur d’Antananarivo

 

Ma semaine a été difficile sur le plan respiratoire. Le jeudi d’avant, j’avais déjà du mal à respirer, au point de devoir m’assoir quelques instants.

Lundi après-midi, je me suis sentie vraiment mal sur le plan général avec une sacrée douleur au ventre.

Mardi et mercredi, je m’étais vraiment traînée au travail et j’avais totalement perdue ma voix, ce qui est embêtant lorsqu’on fait de la radio. Jeudi, j’ai cédé et je suis restée couchée. Les quintes de toux m’ont tellement secouée que j’avais mal entre les côtes.

Je n’ai pas de problème respiratoire notoire. Une bronchite aiguë mémorable m’avait collé au fond de mon lit pendant quasiment trois semaines à Melbourne. Je n’en étais pas là cette fois-ci mais depuis, je redoute l’infection aux moindres signes.

Entre la pollution due aux voitures et autres véhicules et les feux de brousse des environs qui créent une sorte d’effet de serre au-dessus de la ville, l’air n’est vraiment pur. Depuis mercredi matin et avant les pluies, la brume du matin nous permettait de voir distinctement le cercle solaire.

 

Première pluie

 

Nous avons vécu notre première vraie pluie, avant-goût de la saison des pluies. Il avait un peu plu vendredi en fin de journée mais rien de bien méchant. En revanche, samedi après-midi fut un aperçu de ce qui nous attend pour les prochains mois.

Le ciel était devenu noir et il faisait plus sombre que pendant l’éclipse. Par chance, « grâce » à ma bronchite, nous étions restés à la maison. Le temps était très lourd et très chaud. Mon compagnon travaillait à Itaosy et est revenu juste à temps. Depuis notre fenêtre, nous avons vu une tornade se créer puis la pluie est tombée en trombes et enfin, la grêle s’en est mêlée.

La terrasse est devenue une vraie piscine et le chemin devant notre immeuble, des rapides avec beaucoup de courant. L’eau montait assez vite et nous étions soulagés d’habiter au deuxième étage. Hormis quelques fuites au niveau des fenêtres et des portes, nous n’avons pas dire que nous avons subi des dégâts.

Par contre, le chemin, le terrain de foot sauvage et le parking côté Est étaient totalement sous les eaux. L’eau arrivait au-dessus des jantes des voitures. Le terrain de foot était toujours une mare lundi matin. Côté Ouest, le marché aux fleurs et la route passant devant un hôpital étaient également sous l’eau.

Il y avait tellement de courant à un moment que je me suis dit qu’un animal ou un enfant pourrait facilement se noyer.

Si cette fois-ci nous a donné l’impression d’une crue-éclair, les tananariviens semblent eux habitués. On sent qu’il se passe quelque chose d’imminent quand on voit les gens courir dans la rue.

Nos colocataires ont subi la pluie et sont rentrés trempés. La différence de température entre l’intérieur et l’extérieur de l’appartement était bien d’une dizaine de degrés.

 

Après la tempête

 

Les malgaches qui me lisent doivent se dire que je dramatise un peu cette petite averse. Nous avons ce type de temps à la Réunion mais c’est généralement un temps cyclonique.

Le lendemain, nous avons vu les chaussures abandonnées (car tout le monde marchait pieds nus pour rejoindre sa destination), les déchets emportés et la boue charriée.

Je cherche désespérément des bottes de pluie mais ça semble être une vraie mission. Un chauffeur de taxi nous a regardés avec des yeux ronds lorsqu’on lui a demandé où est-ce qu’on pouvait en trouver.

 

On m’a aussi prévenu des risques d’éboulements après les pluies. Ils concernent les pentes des collines mais aussi l’un des tunnels que j’emprunte tous les jours pour me rendre au travail. Il y aurait déjà eu des morts…

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Mauvaise pioche

La pluie a lavé les arbres et les plantes. On a l’impression de redécouvrir la nature en ville. Cette dernière était couverte d’une épaisse couche de poussière jusqu’à présent.

 

Retour au travail

 

Je suis de retour au travail et je dois avouer que j’aime vraiment ce que je fais. J’ai l’opportunité de monter des projets, de faire de la radio, de rencontrer du monde et j’ai l’impression que ça serait bien plus difficile, voire impossible à la Réunion et en France. J’espère me tromper mais jusqu’à présent, je n’ai pas eu de signes allant dans ce sens. Peut-être que je suis trop difficile…

Oui, ma santé va sans doute en prendre un coup. Oui, la vie au quotidien n’est pas facile. Mais pour une fois que j’ai un poste où je me sens en accord avec mes valeurs tout en accomplissant des tâches que j’aime réaliser…

 

Préparation des sommets

 

La ville se prépare à accueillir le beau monde pour les différents sommets. Le Sommet de la Francophonie aura lieu dans moins d’un mois maintenant et on commence à voir les préparatifs se faire.

Ainsi, un marquage au sol tout neuf a fait son apparition sur les grands axes routiers du centre-ville. C’est à la fois triste d’attendre que le beau monde international vienne pour discuter et manger des petits fours pour que les infrastructures s’améliorent mais si elles bénéficient à toute la population, c’est aussi une bonne chose.

 

Rencontre avec Emmanuel Genvrin

 

Nous avons eu la grande chance de discuter avec Emmanuel Genvrin, auteur-dramaturge vivant à la Réunion depuis très longtemps. Cet auteur très prolifique, ami de feu André Pangrani (fondateur de la revue Kanyar), nous a fait part de sa vision concernant la vie et politique culturelles de la Réunion. J’étais très heureuse de le revoir (nous nous étions croisés au Salon du Livre de Saint-Pierre à la Réunion) et de discuter avec lui. Il était de passage à Antananarivo pour la sortie de son dernier livre, « Rock Sakay », sur le projet de colonisation « réunionnaise » (orchestrée par la France) ratée à Madagascar. Je ne l’ai hélas pas encore lu car il m’a été offert pour mon anniversaire mais est actuellement à la Réunion (et il ne faut apparemment pas compter sur la Poste malgache pour recevoir son courrier, sans compter sur le fait que nous n’avons tout simplement pas de boîte aux lettres).

C’est toujours compliqué pour moi, la culture réunionnaise. Je l’aime, je la désire mais c’est comme si elle jouait à l’allumeuse avec moi. J’ai l’impression que je ne pourrais jamais « l’avoir », que je ne ferais jamais partie de cette culture. J’ai peut-être du mal à m’assimiler à cette île, qui pourtant m’a vu naître et où j’ai vécu un bon moment.

Je lisais dans un livre de Michèle Rakotoson le terme « acculturé » et j’en suis peut-être.

 

Film, à défaut de lecture

 

Je n’ai plus de lectures pour l’instant, étant trop fatiguée pour lire le soir et n’ayant rien repris encore à l’Alliance Française et à l’IFM.

Cependant, nous avons vu « The Lobster » à l’IFM qui propose des séances de cinéma gratuites. C’était un film dément sur les relations amoureuses et la société.

 

Mauvaise pioche

 

Nous habitons du côté d’Anosy, le quartier des ministères, pas loin du lac Anosy. C’est généralement un quartier pas trop mal famé.

Nous avions hébergé une amie coopérante comme nous, de passage sur la capitale. Vendredi soir, nous l’avions accompagné pour qu’elle prenne un taxi, juste au coin de la rue, en face d’un hôtel. Une centaine de mètres nous séparaient de notre domicile. Il était entre 20 heures et 20 heures 30 lorsque nous nous sommes fait braquer par un groupe de 6 à 8 personnes. L’un d’entre eux avait un pistolet (authentique ou jouet, nous ne nous sommes pas posés la question à ce moment), plusieurs d’entre eux des couteaux (ceux-là avaient l’air bien vrais). Ils nous ont demandé de l’argent et tout ce qui avait de la valeur, tout en procédant à une fouille minutieuse de nos corps. Ils savent que certains touristes gardent de l’argent dans leurs sous-vêtements et nous avons donc tous deux eu droit à des palpations de plusieurs personnes. Mon compagnon a tout de même demandé à récupérer ses papiers et ils leur ont rendu.

Nous avons suivi les consignes délivrées par l’Ambassade lors d’une réunion avec un colonel chargé de la sécurité des Français dans tout l’Océan Indien organisée à notre arrivée : pas de résistance et donner tout ce que nous avions. Nos agresseurs devaient être un peu déçus car nous n’avions que nos téléphones et très peu de liquide sur nous.

Par chance, nous n’avons pas subi de violences physiques. Lorsqu’ils procédaient à la fouille, je craignais pour mon entrejambe mais surtout pour mon compagnon vers lequel étaient pointés les couteaux. Sans communiquer entre nous, nous pensions la même chose : ils ne feront pas usage de l’arme à feu car ça ferait trop de bruit (sans compter tous les désagréments de meurtre de vazahas et de karanas) mais une plaie causée par un couteau (probablement sale ou pouvant nous mener dans un hôpital local) serait vraiment un gros problème.

Les policiers et gendarmes (c’était compliqué de savoir où aller exactement, même pour un malgache) qui ont pris nos dépositions étaient très surpris de savoir que ce type d’agression avait eu lieu à cet endroit et à cette heure.

Sans que ce soit habituel, le risque d’agression reste apparemment fréquent et concerne également les malgaches. Au fond, ce qui m’inquiète le plus, c’est davantage la non-assistance à personne en danger dont m’ont déjà parlé plusieurs personnes.

Evidemment, depuis cet évènement, sans sombrer dans la paranoïa, nous ne voyons plus notre environnement de la même façon. Car une agression près de son domicile laisse penser qu’il y a eu une surveillance des allers et venues.

 

Chacun y va de son « explication », de la « justification » de tels actes : extrême pauvreté, désespoir… Je ne cherche pas de réponses. Avant l’agression, je voyais bien les schémas et la frustration auxquels est soumise la population. Bien sûr que je comprends l’exaspération, que ce soit par rapport à l’argent ou aux femmes. Ce weekend, je voyais encore un touriste glisser un billet dans le décolleté d’une danseuse traditionnelle dans un restaurant lors d’un spectacle et je me demandais comment ça serait pris s’il faisait la même chose avec une danseuse de bourrée traditionnelle dans l’Est de la France par exemple…

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Doute

L’après-coup

 

 

 

Nous avons demandé à être rapatriés vers la Réunion et à être renvoyé vers un autre pays plus sûr.

 

C’est la première fois dans ma vie professionnelle que je pense à quitter une mission si exaltante. Tout était parfait : je faisais une émission radio avec une équipe aux liens forts, j’accomplissais des projets intéressants, je liais des contacts. Bien que je n’aie pas été là depuis longtemps, certains collègues sont devenus pour moi des amis et nous avions plein de projets, de visites, de choses à faire ensemble à côté du travail. Ce serait un vrai sacrifice de partir mais rester, c’est accepter des risques. J’ai beaucoup de mal à me concentrer totalement sur ma mission.

 

Il y a la crainte d’être surveillée, qu’une autre attaque arrive à nouveau.

 

J’ai appris à écouter les signes. En Australie, en une semaine, les choses ne se passaient pas bien au travail, mon visa de résidence permanente a été refusé, mon compagnon a eu un accident de voiture et sa grand-mère est morte. Parfois, il faut savoir accepter qu’un chemin ne soit pas le bon et qu’il faille changer de voie.

 

Nous sommes intimement convaincus des principes de coopération régionale. Nous soutenons toujours qu’il s’agit d’une vraie opportunité pour les réunionnais et pour les pays qui accueillent le programme. Simplement, nous n’avons pas eu de chance.

 

 

 

Hésitation

 

 

 

Nous hésitons. Nous aimerions rester, faire face, aller jusqu’au bout. Ce n’est peut-être pas salutaire de fuir vers d’autres horizons. Peut-être qu’en changeant quelques paramètres, nous pourrions aller au moins au bout de la mission et ne pas laisser nos structures d’accueil et nos missions en plant.

 

 

 

Bien sûr, il a toujours des craintes et des angoisses en croisant des bandes de jeunes, dans les lieux où il y a plus de monde (marchés, rues) et surtout dans le chemin où nous nous sommes faits agressés (en bas de chez nous, ce qui devient problématique).

 

 

 

Suivi

 

 

 

Nous bénéficions d’un suivi de notre employeur, le Département de la Réunion et je dois avouer que nous nous sentons vraiment à l’écoute.

 

Nous sentons bien que du point de vue des autorités locales, ce n’est pas une situation dramatique, bien que peu commune à cet endroit (voir l’article précédent). En France, j’ai déjà eu à faire face à l’impassibilité des autorités et en effet, personne ne s’affole tant qu’on n’a pas un couteau entre les omoplates. Ce que je peux comprendre car la masse de papiers engendrés par de « petits » évènements est le labeur quotidien de ces agents qui doivent en voir passer des vertes et des pas mûres.

 

Mais il reste que nous sommes à l’étranger et que ce n’est jamais simple d’être vulnérable loin de ses repères.

 

 

 

Ambohimanga

 

 

 

Nous avons fait une escapade à Ambohimanga et ça nous a fait le plus grand bien. Situé à environ 20 kms au nord d’Antananarivo, le hameau d’Ambohimanga a comblé nos envies d’air pur et de nature.

 

Le Rova (palais) et les portes et murs d’enceinte, site archéologique, sont classés au patrimoine mondial de l’UNESCO. Etre loin de la pollution et de la promiscuité nous a fait revivre.

 

Il est encore très difficile pour nous de sortir car nous sommes épuisés tant physiquement (10 à 12 heures de sommeil minimum avec une fatigue persistante la journée) que moralement. La moindre sortie nous paraît être un effort surhumain. De plus, les circuits tout compris n’existent pas vraiment à Madagascar. Les agences de voyages ne proposent que des locations de voiture avec chauffeur donc pour l’instant, nous faisons une croix sur les weekends à Tamatave ou Mahajanga (sur la côte, près de la mer). D’ailleurs, ces destinations prennent des heures de trajet donc ce n’est pas vraiment jouable sur un weekend de toute façon.

 

 

 

Vie quotidienne

 

 

 

Mon compagnon a beaucoup maigri depuis l’agression. Nous essayons de nous reposer et de retrouver un équilibre.

 

Nous avons mis nos missions en suspens pour réfléchir à la suite.

 

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Flou

Should I stay or should I go now ?

 

 

 

Quelque soit la décision finale, ce sera difficile. Rester ou partir, telle est la question. J’ai revu mes collègues et travailler sur le montage d’une émission. C’est crève-cœur d’imaginer de quitter ça et le sentiment de désertion lourd à porter mais nous verrons plus loin que ce n’est pas le seul facteur à prendre en compte.

 

Après nous être arrachés des cheveux pendant plusieurs jours sur notre situation, à jauger toutes les conséquences des choix et sur l’issue à donner à celle-ci, nous nous sommes octroyés une petite pause. Nous avons _finalement_ réussi à aller un peu plus loin qu’Ambohimanga (voir épisode précédent). Nous sommes partis à Mantasoa, à 2 heures et demi d’Antananarivo, un endroit réputé pour sa grande quiétude et son air pur. Nous n’avons pas été déçus ; c’était en effet un véritable havre de paix, loin du vrombissement incessant des voitures et de la rumeur de la ville. Les eaux sereines du lac artificiel de Mantasoa n’étaient troublées que par quelques poissons sautant hors de l’eau pour gober des insectes. Des nénuphars se laissaient balancer par le vent. Une vraie carte postale si le disque solaire apparaissant si nettement en fin de journée à travers la brume des feux de brousse n’était pas si inquiétant. Même jusque là, l’air n’était pas si pur…

 

Hélas, cette tentative de changement d’air fut ruinée par un retour très difficile sur la capitale. Les feux de brousse étaient très importants et c’était très impressionnant de voir cette brume blanchir le ciel jusqu’à cacher totalement le soleil sur la majorité du trajet. La quiétude acquise fut balayée par une attente très longue (3 changements de taxis-brousse et 4 heures d’attente !), une promiscuité retrouvée (un véhicule blindé), une conduite hasardeuse sur des pistes aux nids de poule de la taille de cratères et à nouveau, ce regard sur moi que je ne comprends pas.

 

 

 

Regard de travers et travers de regard

 

 

 

Suis-je trop grande, trop vazaha, trop karana ? Une petite fille s’était plantée devant mon compagnon lorsque nous attendions le départ du taxi-brousse et c’était clairement de la curiosité envers mon compagnon vazaha. Mais pour moi, je ne saisis toujours pas les intentions derrière ces regards à Antananarivo. Je décrypte parfois du mépris. Un dimanche matin, je l’ai bien senti de la part d’un homme qui nettoyait une voiture lorsque je montais dans un taxi. Mais pour le reste, je ne veux pas croire que ce soit toujours ça, je ne veux pas céder à la paranoïa mais je finis tout de même par supposer qu’il y a quelque chose comme ça. Mon compagnon remarque d’ailleurs plus ces regards que moi désormais. Bon, il y a eu l’agression bien sûr qui nous rend plus vigilant. Mais les regards étaient là avant cet évènement.

 

Autre chose me laisse penser qu’il existe bien une discrimination. Lorsque nous avons pris le taxi-brousse pour rentrer, nous étions parmi les premiers et nous pouvions choisir nos places. Nous voulions nous assoir devant (pour enfin avoir un peu plus de place !) mais on nous a dit qu’elles étaient déjà réservées. Par la suite, nous avons vu qu’elles ne l’étaient pas du tout…

 

Une voiture ratatinée vue sur la route de l’aller nous a « rassurés » sur nos places à l’arrière du taxi-brousse (quoique…).

 

 

 

Confiance mise à mal

 

 

 

J’ai toujours confiance envers ceux que je considère comme mes amis mais quelque chose est vraiment cassé avec Madagascar. Dans la rue, nous restons des étrangers et nous le sentons bien. Bien sûr, nous sommes des étrangers mais la langue malgache possède un mot pour désigner des étrangers acceptés et respectés : vahiny. Nous ne sommes pas juste dans la rue mais vazaha (ou karana) marchant dans la rue à Tana.

 

J’ai déjà été agressée à Paris. J’ai mis des années à retourner dans certains endroits et la peur est toujours encore là. Mais j’avoue que je sens plus de confiance envers les autorités françaises.

 

A Antananarivo, on demande des « cafés ». Il faut alors se délester de quelques milliers d’ariary (ou montrer les dents en disant qu’on peut contacter le Consulat de France mais cette stratégie n’est pas toujours payante selon les dires).

 

 

 

Adaptation

 

 

 

La question ne s’est pas posée tout de suite car j’ai voulu faire face et me sentir forte comme un roc. Puis, comme de l’eau, elle s’est insinuée et a creusé une rigole dans la roche : suis-je encore capable de m’adapter à la vie à l’étranger ? L’interrogation vient grossir ma forêt de questions.

 

J’y crois encore mais la fatigue et la fragilité psychologique me font douter.

 

Nous ne pouvons pas et ne voulons pas vivre comme des expatriés. Ce statut très envié ne nous a jamais séduit car trop éloigné de la vie réelle mais n’est aussi pas prévu par notre contrat.

 

Partis avec un maigre pécule, laissant une situation précaire et une grosse déprime, il nous a fallu surmonter le choc de l’arrivée et savourer _pour ma part_ l’accomplissement et les réalisations professionnelles. Mais les conditions de vie au quotidien deviennent insurmontables.

 

Nous essayons d’utiliser des outils « froids » pour prendre du recul ; nous faisons des tableaux avec des pour et contre avec une liste de critères (possibilité de trouver du travail, épanouissement dans celui-ci, pollution, sécurité, relations sociales, etc.).

 

 

 

Retour à la réalité

 

 

 

Mantasoa a été une parenthèse enchantée de très courte durée. Le retour à la réalité et à la violence du quotidien tananarivien a été brutal, comme attendu.

 

La violence, notamment de la misère, est partout et tapie dans les moindres recoins. Elle saute à la gorge lorsqu’on boit un verre dans un bar et qu’au hasard d’un regard par la fenêtre, on voit une famille entière glaner quelque chose pour le repas du soir. La pollution et la misère sont permanentes, visuelles, sonores et éthiques.

 

On pourrait me dire de me « protéger », de ne pas me laisser submerger par l’empathie, d’aller dans des endroits où cette misère n’est plus visible mais quelle hypocrisie ! Non, je ne suis pas une sainte, une martyre ou quelque chose comme ça. Non, je ne pourrais pas changer tout ça. Je le sais bien mais vivre avec ça, comme ça, reste très difficile.

 

Heureusement, nous avons été invités par des collègues, devenus amis. Ces malgaches nous ont appris à jouer au fanorona (jeu traditionnel malgache), quelques mots malgaches (mlai, super), un peu d’Histoire malgache et un peu plus sur le contexte socioculturel. Le racisme est très important. La rivalité entre merinas et côtiers est féroce et donne lieu à des règlements de compte graves (incendies de bâtiments historiques !).

 

 

 

Les lumières internationales

 

 

 

L’approche du Sommet de la Francophonie se fait sentir, la ville se transforme et les mesures vont bon train. Les élèves bénéficieront de vacances durant l’évènement et une rumeur sur l’extension de jours chômés pour tous se propage (cette situation rappelle celle de l’éclipse). Certains disent que cette mesure viserait à limiter les embouteillages durant le séjour des officiels.

On se demande tout de même quels sont les bénéfices réels du Sommet pour la population. Le français est certes langue officielle du pays mais au quotidien, on constate que c’est une langue pas totalement maîtrisée et parfois oubliée (sciemment ou pas). Elle demeure présente lorsqu’aucune traduction n’existe ou être plus précis.

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Retour à la Réunion

 

Sur le retour

 

 

 

Ca y est, notre décision est finalement prise. Nous rentrons à la Réunion.

 

Après trois semaines de mille réflexions, tentatives de se dire que « ça passera », cauchemars horribles où je voyais mon compagnon mourir, nous avons choisi la « moins pire » des options.

 

Il reste que sortir deux fois dans la journée nous paraît gravir l’Everest, tant à cause de la fatigue physique qu’à cause de la peur de passer par le chemin en bas de chez nous.

 

Nous sommes tiraillés entre le regret de laisser nos missions et nos amis ici et le soulagement de rentrer « à la maison ». Je mets « à la maison » entre guillemets car mon compagnon a des racines en métropole et je me sens des racines entre l’Australie et le Pacifique. Reste que cette situation me peine ; la « moins pire ».

 

 

 

Coquille

 

 

 

Nous sortons peu, restons dans notre coquille. Evidemment, nous culpabilisons tous deux de laisser nos missions en suspens, les chantiers en plan. Mais l’idée de sortir seul(e), sans l’un l’autre, nous angoisse carrément.

 

Nous comptons tous deux consulter un psy pour pouvoir dépasser nos craintes des foules, des bandes de jeunes, qui, nous l’espérons, ne s’étendra pas trop.

 

 

 

Le bonheur du partage

 

 

 

En prévision de notre départ, nous avons passé un moment avec des amis malgaches ce weekend et c’était un vrai baume au cœur. Bien que je sois vraiment très triste de quitter mes amis, nous avons passé un moment plein de gaieté et de partage (j’en ai encore appris sur la culture malgache). Je pense que les souvenirs sont tout ce qu’il nous reste à la fin et mes amis me font un immense cadeau de passer du temps avec moi, de la plus petite promenade à la soirée à la maison, n’importe où, dans n’importe quelles conditions, juste passer du temps ensemble.

 

Bien sûr que la tristesse m’étreint, que je vais pleurer comme une madeleine à l’aéroport de savoir que je ne les reverrai pas avant un moment mais la joie d’avoir eu la chance de les connaître et de faire un tout petit bout de chemin avec eux est plus grande et je préfère garder cette saveur là en bouche.

 

Des différents échos que j’ai autour de moi (coopérants et autres, étrangers au sens large du terme), il n’est apparemment pas si facile de se lier d’amitié ici. Certains s’isolent à cause du racisme, d’autres vivent dans un monde irréel de vazahas. J’apprécie donc encore plus ma rencontre avec mes amis.

 

Ils nous ont fait le plaisir de jouer de la musique traditionnelle et de chanter ensemble. C’était magnifique et puissant ! On sentait un lien familial et culturel très fort dans ces harmonies délicates. On nous a expliqué le sens des paroles ; tristes, elles reflètent une réalité dure.

 

 

 

Examen en perspective

 

 

 

L’examen final du DAEFLE (Diplôme d’Aptitude à l’Enseignement du Français Langue Etrangère) se rapproche à grands pas. Le 7 décembre n’est que dans quelques semaines et j’ai un mal fou à me concentrer sur mes révisions. J’espère vraiment pouvoir me reposer et me consacrer  mes révisions à la Réunion.

 

 

 

Mémoire

 

 

 

Dimanche a été un jour de recueillement. Il y a un an, Lola, 17 ans, tombait sous les balles des terroristes au Bataclan à Paris. La mort de la fille de mon ami m’a profondément ébranlée et je pense et continue de rêver d’elle. Elle était tellement belle et nous avions tellement de choses à partager.

 

Ma visite sur sa tombe demeure toujours pour moi quelque chose de tellement irréaliste. Je refuse de croire à ce cauchemar.

 

 

 

Soutien

 

 

 

Merci à tous de me lire, je vois votre nombre grandir. Merci pour les commentaires, les emails et les messages privés. Votre soutien me touche beaucoup et me réchauffe le cœur dans ces moments très troublés.

 

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Epilogue

Le retour est en demi-teinte. Il était très attendu et redouté. J’ai quitté des amis, dont nos colocataires (et c’est quelque chose de ne plus voir les personnes avec lesquelles nous vivions tous les jours).

 

Jusqu’aux derniers instants, la demi-teinte a été là. Sur le pas de la porte, alors que nous quittions notre colocataire, deux enfants mendiants nous demandaient de l’argent. Nous n’avons rien donné, refusant de soutenir le système et l’un des enfants nous a fait un doigt d’honneur lorsque nous nous éloignions dans notre taxi. Jusqu’à ce que nous arrivions à l’aéroport, je craignais que le chauffeur de taxi ne nous emmène dans un coup fourré.

 

 

 

Recul

 

 

 

C’est vrai, il y a l’avant et l’après Madagascar. Ca change en mieux et en moins bien. Ca change tout court. La violence est partout, s’insinue comme la poussière de la ville et crisse sous la dent.

 

Nous sommes soulagés d’être rentrés. Antananarivo m’a fait penser à une plante carnivore géante, la Dionée, qui a refermé ses pétales acérées sur les humains.

 

L’arrivée à la Réunion m’a fait l’effet d’un rêve. Il y avait quelque chose de très surréaliste ; tout était propre, dégagé, l’air sain. Je voyais l’horizon et la mer et les sons étaient bien plus doux.

 

 

 

Violences : toujours, encore, partout

 

 

 

J’ai quitté des formes de violences, dont la violence sournoise. Le Sommet de la Francophonie, bulldozer de l’argent, est une pression insoutenable et méprisante et méprisable sur la population locale. J’ose à peine imaginer ce que pense la classe moyenne et les pauvres qui voient des bus flambants neufs, des mesures, du matériel fleurir alors que ces efforts pour le bien commun ne leur ont jamais été octroyés auparavant.

 

Je lutte contre la culpabilité d’être partie mais je ne suis pas indispensable.

 

C’est « drôle » car une autre forme de violence m’assaille ici. La violence d’un retour dans un système plus riche où la conscience est moindre. Du coup, la responsabilité non-assumée dans un pays où tout est encore préservé, mis à côté de ce que pourrait être, le scénario catastrophe avec la ville d’Antananarivo…

 

La verrue de la lâcheté est encore plus visible sur le visage de notre société. Personne ne se soucie de la politique, chacun préfère s’occuper de sa petite vie, de ses prochains achats de Noël, et qu’est-ce qu’on va mettre comme décoration sur la table, et quelle nouvelle voiture je vais m’acheter et est-ce que mon prochain smartphone sera rouge ou tigré…

 

 

 

Examen en ligne de mire

 

 

 

Je vais pouvoir passer mon DAEFLE (Diplôme d’Aptitude d’Enseignement du Français Langue Etrangère). Je craignais qu’il ne soit trop tard mais finalement, il a été possible que je m’inscrive pour l’examen final. Je suis toujours un peu fatiguée mais trop motivée pour laisser passer ma chance.

 

 

 

La réussite

 

 

 

Des stagiaires me remercient encore pour ce que j’ai transmis et ça me touche profondément. Je dis ça avec une sincère satisfaction et non pour gonfler mon ego. Si j’arrive à insuffler un peu de confiance en soi à d’autres personnes, c’est un grand pas ! J’ai mis beaucoup de temps à moi-même prendre confiance. Je me souviens des professeurs et autres personnes qui m’ont guidé là où je suis aujourd’hui et je leur suis très reconnaissante.

 

C’est la plus grande réussite dans nos voyages : voir que ceux qui sont devenus nos amis ont réussi et si nous avons pu participer à leur avancée, c’est encore mieux.

 

 

 

Retour

 

 

 

Je commence à me détendre et à retrouver mes repères. Nous étions toujours sous tension les premiers jours, ayant toujours nos réflexes et l’empreinte du quotidien tananarivien en nous. C’était bon de revoir la famille et les amis. Nous n’avons pas encore vu tout le monde ; nous y allons au fur et à mesure.

 

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