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C'est reparti pour un tour !

Bonne année 2022 ! Mes meilleurs voeux de paix et de sens commun. Ce début d’année commence avec un air de déjà-vu : une pandémie qui n’en finit pas, des cas en hausse, une météo rebelle...

 

Le temps, toujours extrême en Colombie-Britannique

 

Ce début d’année n’a pas été de tout repos pour la province. Les importantes chutes de neige ont été accompagnées de pluies verglaçantes. C’était beau de voir des fleurs emprisonnées dans la glace comme dans du verre, on se serait cru à Murano mais on ne peut pas s’empêcher de penser aux gens qui dorment dans la rue. Des centres d’urgence étaient ouverts mais tout de même. Certains refusent d’y aller pour des raisons de sécurité, de même qu’une potentielle exposition au Covid.

 

J’ai appris par le biais d’une amie qui a habité au Québec, que certaines personnes restaient dehors jusqu’à -15 degrés.

 

Nous avons aussi eu une grande marée à Vancouver, qui a immergé une partie des berges de la ville. Et nous subissons maintenant notre deuxième rivière atmosphérique. Certains résidents des zones à risques expliquaient qu’ils avaient été évacués jusqu’à 6 fois. 

 

Les francophones du Canada

 

Sur un ton plus léger, avant de savoir que je viendrais vivre au Canada, j’ai dévoré les bandes dessinées de Guy Delisle. Je pense que je suis tombée pour la première fois sur l’une de ses bandes dessinées à Madagascar ou en Australie, ce n’est plus très clair maintenant, dans une Alliance française, un Institut français ou une bibliothèque publique.

 

Les cultures francophones du Canada sont variées et j’ai hâte de toutes les découvrir. Il y a les québécois bien sûr mais aussi tous les autres francophones. En Colombie-Britannique, j’ai trouvé les livres de Pauline Johnson Tekahionwake sur un marché de Noël à Vancouver.

 

Ça passe aussi par les séries télévisées, la culture populaire. C’est un format si commun qu’on oublie qu’il est la porte d’entrée sur une culture. J’ai regardé « M’entends-tu ? », qui se déroule au Québec et m’aide à travailler mon oreille. J’ai aussi vu « La Bolduc » et entendu l’accent gaspésien pour la première fois.

 

J’ai aussi lu récemment un livre de Michel Tremblay et de Matthieu Simard, des auteurs canadiens. Comme d’habitude, je m’arrange pour choisir au hasard des livres qui collent à l’actualité; ainsi, « Une fille pas trop poussiéreuse » parle de la fin du monde. Michel Tremblay était un peu moins sombre. Je démarre « Poisson d’or » de J.M.-Le Clézio, un auteur que j’aime beaucoup.

 

L’unité

 

Je cherchais des cours de danse sur Vancouver et je ne sais pas vraiment vers quoi me tourner. Je me sens plus proche de la danse orientale et de la samba. Je suis tombée sur un haka (danse guerrière maori néo-zélandaise) et ça me fait toujours le même effet, le même effet que lorsque je l’ai vu et entendu pour la première fois : ça me donne des frissons d’admiration. L’unité qui existe dans cette danse, que ce soit pour un enterrement ou un mariage, est puissante. Elle m’émeut toujours aux larmes.

 

Les percussions, surtout graves, accompagnées de voix résonnent fortement en moi, comme un appel cosmique. Beaucoup de choses, sinon tout, se résument à des vibrations. Celles des peaux tendues m’hypnotisent et je me sens absorbée en elles.

 

L’intangibilité

 

Je re-regardais le film « Le Parfum, histoire d’un meurtrier » (adaptation de 2006) et ça m’a ramené sur mon projet de podcast sur l’intangibilité. Je suis sur mon premier épisode sur le courage et il m’en faut pour continuer ce projet. Ce n’est pas toujours facile de se motiver sur un tel projet seule.

 

La mort d’Anne Rice

 

Anne Rice, génitrice d’un renouveau du genre fantastique et surtout de la figure du vampire avec sa Chronique des Vampires et autres cycles du même genre, n’est plus et ça me désole terriblement. J’ai découvert son oeuvre adolescente, alors que je devais faire une fiche de lecture au lycée pour mon cours d’anglais renforcé. J’avais commandé le livre en version originale et je dormais avec mon dictionnaire bilingue pour comprendre les expressions idiomatiques et l’argot américain. Je n’ai pas lâché et j’avais choisi « Le voleur de corps ». C’était un travail très ardu mais tellement intéressant. Je m’endormais comme ça, avec le livre d’Anne Rice et le dictionnaire bilingue ouverts et les écouteurs sur les oreilles, avec le premier album de Muse, « Showbiz ». C’est un très beau souvenir.

 

Le solstice d’hiver

 

Bien sûr, il y a eu les fêtes de fin d’année, Noël et la nouvelle année. Mais ce qui m’a vraiment rendue heureuse, c’est le solstice d’hiver : se dire que la lumière va revenir, qu’on est au début du cycle allant vers des jours plus longs, ça, c’est un vrai cadeau ! Sans jeu de mots, je vois la lumière au bout du chemin.

 

Cette bonne nouvelle vient atténuer le fait qu’un compte-à-rebours a commencé pour moi. Mon permis de travail et donc mon sésame pour rester au Canada expirera dans une dizaine de mois. Il faut que je retrouve impérativement un emploi pour maintenir mon statut et pouvoir rester dans le même pays que mon compagnon. La pression commence à revenir petit à petit. J’essaie de ne pas y céder et de garder la tête froide.

 

L’isolement

 

« Oui mais on vit tous la même chose, tu sais. » Bien que cette phrase parte d’une bonne intention, j’ai du mal à l’entendre sans cesse. Peu ont trouvé d’autres mots plus empreints d’empathie. Épauler quelqu’un pendant un moment difficile, même si on ne l’a pas vécu soi-même, avec quelques mots réconfortants est devenu une chose rare.

 

Après l’épisode de l’aéroport de Montréal, je ne peux pas me risquer à sortir du pays et donc, toute idée de revoir ma famille et mes amis disséminés autour du monde est aussi lointain que l’horizon. J’ai peu d’amis _mais heureusement, de bons_ ici, étant arrivée quelques mois avant la pandémie et ayant tout mon être rivé sur le fait de trouver un emploi en Mobilité francophone, une étape que j’avais clairement sous-estimée, bien vendue par ses promoteurs et si peu attrayante aux yeux des employeurs.

 

Mais voilà, les relations à distance, c’est toujours compliqué. Ma famille et mes amis me manquent. Je croyais pourtant être aguerrie dans ce domaine, ayant gardé des relations épistolaires jusqu’à présent et ce depuis des années. Mais d’un coup, tout le monde a décidé de se refermer sur son cercle, ne prenant même pas la peine de répondre à un message, même virtuel. Étant toujours trop pressé, trop débordé. Et pourtant, les coups de main, les aides aux déménagements, le soutien psychologique, la présence dans des moments difficiles (dangereux ou émotionnellement très éprouvants), rien ne suffit pour garder contact. Je suis vieux jeu: un mot est un mot, une promesse est une promesse et la gratitude se joue du temps pour moi. J’appartiens à un autre monde et je doute souvent de ma place ici.

 

Fort heureusement, le tableau n’est pas si noir et je suis encore en contact de temps à autre avec des amis (es) d’il y a des années. Je ne devrais pas être si déçue, j’entends la phrase résonner... « On naît seul et on meurt seul. » Mais entre les deux, ne devrions-nous pas profiter un peu des liens humains ?

 

Bannir le plastique, un chemin de croix mondial

 

Assez anecdotique : presque tous les pays où j’ai vécu ont adopté l’interdiction de l’usage de sacs plastiques lorsque j’y séjournais. Ainsi, aux Seychelles en 2017, en Malaisie en 2019 et maintenant au Canada. Je ne comprends pas qu’un pays comme le Canada ait attendu si longtemps pour prendre une telle décision.

 

L’interdiction des sacs en plastiques est entrée en vigueur le 1er janvier à Vancouver (article de Radio Canada).

 

La pandémie d’égoïsme

 

Le sujet que je vais aborder risque peut-être d’en froisser quelques uns. Mais j’ai du mal à contenir ma tristesse et ma déception, du mal à voir qu’il faut attendre que la situation atteigne certains dans les remparts de leur intimité pour qu’ils se décident à revoir des positions égocentriques. Il faut attendre de voir, non plus l’ami d’un ami, mais directement son ami, disparaître sous les tubes des respirateurs pour prendre conscience de la situation. Cette pandémie divise et s’insinue dans les relations mais le marasme ambiant m’étouffe trop pour que je reste muette.

 

J’aimerais me tromper lorsque j’ai l’impression que cette situation devient une bataille de la liberté individuelle contre le bien commun. Mais où est la décence, l’humanité ? Quand on pense aux pays qui n’ont pas les labos capables de produire les vaccins, les structures capables d’absorber les malades, le personnel suffisant pour faire face au tsunami de patients, aux malades qui ne peuvent pas payer les frais d’hospitalisation ? Sans regarder plus loin que son propre pays, dit « développé » ou « émergent », on élevait le personnel hospitalier au titre de héros lors des premiers mois de la pandémie et il a suffi de quelques mois supplémentaires pour que tout retombe comme un soufflé. Le Capitole a été piétiné il y a un an, au nom de la liberté individuelle. La démocratie serait-elle sa propre ennemie, discréditée, utilisée comme bouclier de conscience au profit d’un ?

 

Au nom de la liberté de disposer de son corps, peut-on mettre en danger les plus faibles ? Je sais que j’ai déjà évoqué cette information mais elle ne cesse de me travailler : une famille de touristes français avait réintroduit la rougeole au Costa Rica en 2019 (article du Monde). L’affaire n’a pas fait beaucoup de vagues mais je la trouve d’un cynisme effroyable. La famille avait décidé de ne pas se faire vacciner, ni de vacciner ses enfants et voilà qu’un pays entier est à la merci d’une maladie qui avait été éradiquée. Mais dans quel monde vivons-nous ? Comment peut-on croire que les soignants se croisaient les bras avant la pandémie ?

 

Au Québec, les soignants atteints du Covid sont rappelés au travail. Non seulement, ils sont au front depuis 2 ans, n’ont peut-être pas eu de vacances, n’ont pas beaucoup de repos, voient leur vie familiale dégradée mais là, en raison du nombre de cas croissants et de manque de personnel, ils doivent continuer à travailler. Décemment, je pense qu’on ne peut pas décider, car oui, dans les pays développés, nous décidons, par nos choix, du sort de ces personnes. Je ne connais aucune de ces personnes, je n’ai pas de famille ni d’amis travaillant directement à l’hôpital et je pense que nous n’avons pas besoin d’être dans ce cas pour se mettre à leur place.

 

Dernièrement, un bus qui avait été aménagé pour pouvoir vacciner la population à la Réunion a été vandalisé. La honte n’a plus de limites. Ça me rappelle les ambulances et les pompiers agressés, sur lesquels on a jeté des frigos depuis le toit des immeubles, lorsqu’ils se rendaient dans certaines banlieues. Comment peut-on agresser des services publics qui viennent en aide à la population ? Comment ?

 

J’ai trouvé ce beau proverbe arabe dans « Poisson d’or » de Le Clézio : «  La santé est une couronne sur la tête des gens bien portants, que seuls voient les malades. »

Émotions fortes et créations

© Réseau-Femmes Colombie Britannique
© Réseau-Femmes Colombie Britannique

Ces derniers jours ont été tellement intenses que ça méritait bien un article.

 

Le théâtre forum

 

J’avoue que c’est un plaisir de revenir sur scène. Je n’ai pas une expérience professionnelle ni même régulière de la scène. La scène est une métaphore puissante : c’est la vie elle-même. Nous vivons tous les jours un rôle et là, nous vivons une scène dans la grande scène. C’est aussi la caverne de Platon : mais sommes-nous les ombres ou les acteurs dont les ombres sont projetées ?

 

J’ai été intriguée par la forme du théâtre forum (apparemment plus commune ici) et je suis très fière de faire partie d’un tel projet pour sa dimension sociale et psychologique. Le théâtre forum est une forme théâtrale visant à rendre la société meilleure en mettant en lumière les relations oppresseur-opprimé. Individuellement, voir ces scènes si réalistes, c’est pouvoir prendre conscience de sa position mais surtout, avoir l’opportunité de trouver une issue, de confronter son oppresseur et d’enfin sortir de la peur, de cette boule au ventre, de cette paralysie incontrôlable. On donne le pouvoir à tous pour cesser ces comportements toxiques, changer le regard de tous : oppresseur, opprimé et témoin (passif). Nous avons probablement tous et toutes été dans ce cas un jour.

 

"Les Éloquentes" ont présenté six saynètes montrant des situations de sexisme, d'agression (et de micro-agressions) et de racisme. Après une première représentation, les comédiens ont rejoué la scène pour donner l'opportunité au public de remplacer la victime et de proposer une autre issue. Différentes personnes du public ont pu intervenir. Ce jeu de rôles s'est passé sous la grande bienveillance de la meneuse de jeu.

 

Je suis aussi heureuse d’avoir rencontré les autres comédiens, pro et amateurs : Sonia Assier, Maxime Barbier de La Boussole, Ingrid Broussillon des Griottes Polyglottes, Lucie Couhailler, Marion Gailet, Gabriel Jalbert, David Prière et Slim Rouissi, l’excellente meneuse de jeu, Emmanuelle Bertrand, l’extraordinaire menteuse en scène, Nathalie Lopez-Gutierrez (également comédienne) et l’impressionnante Maryse Beaujean Weppenaar de Réseau Femmes et toutes les organisatrices de ce projet. J’ai vraiment eu le sentiment d’appartenir à un groupe portant des valeurs, réfléchissant vraiment à la pertinence des attitudes, des gestes, à la réception du public. 

 

Les acteurs, femmes et hommes, se sont mis en position de vulnérabilité et de dominant (pas facile non plus car ce n’est pas leur nature, mais elles sont courageuses d’accepter de se mettre dans ces personnages pour dénoncer ces comportements).

 

Les deux représentations ont été fortes en émotions. Rentrer dans mon personnage était à la fois facile et difficile. Facile car je suis déjà allée signaler des faits à la police et je me suis heurtée à leur indifférence et condescendance. Difficile car je ne porte pas le voile et que je ne suis pas musulmane. J’étais très stressée d’incarner au mieux ce personnage, d’autant plus que lors de la seconde représentation, l’impressionnante Nour Elnayeh, est venue me voir. C’est son histoire et je voulais l’interpréter de la façon la plus juste possible.

 

Le public a été extraordinaire. Il a joué le jeu et des personnes sont venues sur scène pour donner la réplique, pour confronter les oppresseurs. Je trouve ça très courageux et tellement fort : ce geste est une avancée pour soi mais la dimension sociale résonne encore plus forte. Ces différentes propositions d’issues, de formulations, d’arguments plantent des graines de courage et de réflexion pour tous. Les deux représentations ont fait salle comble.

 

L’ironie du sort a voulu que nous allions dans un bar après la première représentation et qu’un homme s’approche de notre tablée (de près d’une dizaine de personnes tout de même !) pour aborder l’une des personnes qui a participé à l’écriture du projet. Ce grand chauve bedonnant insistant lui a sorti la ritournelle habituelle et toute notre équipe a fait corps. J’étais prête à lui sauter à la gorge. Mais comme notre chère meneuse de jeu le rappelle en début de représentation, la violence n’est pas une solution. Mais c’est tout de même incroyable que nous ayons eu des travaux pratiques après les ateliers !

 

Je discutais avec Nathalie Lopez-Gutierrez, du fait que j’avais déjà eu une superbe collaboration avec une autre Natalie (Vella), australienne rencontrée à Paris. Ce qui est drôle, c’est que je rencontre une autre Nathalie, d’une origine différente que dans le pays où nous résidons et qui est elle aussi réalisatrice de film. Et Nathalie Lopez-Gutierrez, de m’expliquer qu’elle aussi a collaboré avec une autre Nathalie. Le monde des Nathalie est plus petit qu’on ne le croit... 

 

Les sensations boomerang

 

Lorsqu’on attend, c’est meilleur. On dit ça de beaucoup de choses. Ce n’est pas faux dans le fond...

 

Mener un atelier de façon générale est terriblement enrichissant, autant pour les bénéficiaires que pour la personne qui l’anime. Mais là, un atelier d’écriture, d’autant plus théâtrale, pour la Boussole est un vrai bonheur. C’est très touchant d’entendre les autres parler de leurs expériences, de leurs valeurs. Bien sûr, je le fais toujours dans le cadre du journalisme mais ici, je guide et j’aide à construire.

 

En parlant d’écriture, j’ai enfin rencontré en personne Daniel Viragh, que j’avais interviewé pour La Source.  Je parle de lui un peu plus loin dans cet article.

 

J’ai aussi assisté au concert de Louis-Jean Cormier dans le cadre du Coup de Coeur Francophone. C’était tellement bon de pouvoir enfin être à nouveau témoins d’art vivant que j’en ai pleuré. Bon, il y a aussi que je suis totalement tombée raide dingue amoureuse de la musique de Louis-Jean Cormier, de ses textes profonds et de sa musique stellaire. On sentait que c’était un spectacle prévu pour une plus grande salle et plus dansant, comme Louis-Jean Cormier l’a lui-même dit. Nous étions tous bien espacés à cause du Covid mais c’était une grande chance pour pouvoir enfin assister à un spectacle en personne.

 

Je discutais avec plusieurs personnes, artistes ou en devenir, de ce sentiment de congestion créative. La pandémie et surtout ses dommages collatéraux ont entrainé un repli sur soi, sur son espace; il a pu être bénéfique pour l’introspection mais aussi étouffant. Je pense qu’on a eu l’impression de tourner en rond comme un lion en cage. Ce qui m’a vraiment fait reprendre la plume de façon créative, qui m’a fait reprendre ma guitare et essayer de chanter, qui m’a fait prendre mon crayon pour esquisser, c’est la rencontre dans le monde réel avec autrui. Ça a toujours été mon moteur. « L’enfer, c’est les autres » disait Sartre mais je ne peux pas m’y résoudre. 

On m’a souvent taxée d’idéaliste mais cette étiquette n’est pas péjorative pour moi. Que serait le monde sans les idéaux ? Que serait-il sans les idéalistes, ces fous qui bâtissent des cathédrales humaines ? Le fait de me saisir par le collet et de me forcer à m’engager dans des projets humains (ce que j’ai toujours aimé) a été mon salut pour sortir du marasme de mon apathie et je le recommande grandement.

 

Je pense qu’on doit se rendre physiquement _tant que possible avec le Covid_ dans des lieux propices à des échanges de qualité avec d’autres humains.

 

La pandémie et le confinement nous a mis dans des bulles, des petits cadres et le retour à l’unité, à la communauté, pousse certains à de beaux projets. Nous sommes comme des gouttes, formant au fur et à mesure une rivière d’individus, restés seuls, coulant le long des pentes et des vallées pour nous retrouver dans l’océan de l’humanité. Espérons que nous puissions former des vagues positives. Du moins, j’aimerais le croire.

 

La poésie

 

Je rencontre enfin en personne certaines personnes que j’ai interviewé pour La Source. J’ai eu la chance de prendre un café avec Daniel Viragh et j’ai été extrêmement touchée qu’il m’offre une version de son recueil de poèmes, « La ballade des gens libres » disponible sur Amazon. C’est un homme impressionnant, parlant tant de langues. C’est sa première publication en français. J’ai été très touchée par tous les poèmes mais ceux que je préfère sont « Juge-moi pas » et « Tout comme je suis, comme tu es ».

 

La poésie revient dans ma vie sous différentes formes, parfois assez extravagantes. Je me souviens d’un jour dans le métro à Paris où un poète déclamait. Je le regardais et je lui ai souris. Il l’a vu et m’a apostrophé, m’a remercié dans cette petite rame de métro bondée. Je ne savais plus où me mettre car je cherchais juste à me fondre dans le décor, dans les murs si possible à cette époque.

 

Une autre fois, j’étais à la Réunion. Je faisais visiter la Réunion à des amis anglais et nous étions sur la plage de l’Ermitage après un vol d’hélicoptère soufflant. Un homme âgé se baignait avec une autre personne. En sortant de l’eau et après s’être séché, il s’est approché de nous et nous a offert une copie de ses poèmes.

 

Une journée ensoleillée en automne

 

Le soleil d’automne vancouvérois est exceptionnel parce que rare, et généralement, il faut se ruer dehors pour pouvoir prendre sa dose de vitamine D. Tout est prétexte à sortir; des courses non-urgentes, un écureuil à suivre, vérifier une boîte aux lettres désespérément vide : trouver n’importe quoi pour ouvrir cette porte et vous jeter dans la rue. Tout est si calme après la tempête et si beau. Sans vent, cette journée a eu un goût de printemps. Les sommets légèrement saupoudrés de neige annoncent la festivité de l’hiver.

 

Mais malgré les rares rayons de soleil, novembre est LE mois de la pluie à Vancouver. Cependant, certaines personnes n’ont pas vu ça depuis au moins 15 à 20 ans. Hélas, on annonce toujours plus de victimes des inondations et encore d’autres crues de cette rivière atmosphérique. Les accalmies sont de courte durée et l’eau n’a pas encore le temps de se retirer que les fortes précipitations tombent à nouveau.

 

Il faut dire que quand il pleut dans la région à cette période de l’année, c’est le déluge. Au début, je pensais que c’était un peu exagéré de voir certaines personnes avoir un parapluie ET une capuche. Jusqu’au jour où la pluie a détrempé mon parapluie au point qu’il pleuve sous mon parapluie ! Depuis, j’ai adopté cette tenue très vancouvéroise.

Les remous de la tempête automnale

Entre remous du changement climatique en provenance du Pacifique, indécence des anti-vaxx et projets francophones palpitants, les saisons se suivent et ne se ressemblent pas à Vancouver. Bon épisode automnal !

 

Les inondations en Colombie-Britannique

 

Après un dôme de chaleur et des températures au-delà des 40 degrés, la province connaît maintenant des épisodes d’inondations-records, au point que l’état d’urgence ait été enclenchée. Une véritable « rivière atmosphérique » a dévasté des routes, englouti des maisons et poussé des éleveurs à secourir des veaux dans leurs bras, bravant des courants. Si le nom du phénomène météorologique à l’origine de ce déluge prête à sourire et fait davantage penser au nom d’un cocktail (le « Pineapple Express » soit ananas express), ce courant chargé d’air très humide hawaiien montre bien que le changement climatique est pour aujourd’hui.

 

Les images sont choquantes, les témoignages glaçants. De nombreuses personnes se sont retrouvées bloquées dans ou sur leur voiture, quand celle-ci n’avait pas été emportée par les eaux ou les coulées de boue. Les glissements de terre vont bon train : la terre n’est plus retenue par les racines des arbres qui ont brûlés cet été. Sans compter sur l’assèchement d’un lac il y a une centaine d’année du lac de Sumas; de nombreuses exploitations agricoles et surtout de l’élevage se sont développés sur ces terres mais la nature reprend aujourd’hui ses droits. 

 

On ne déplore aujourd’hui qu’un décès dans une coulée de boue mais la situation à moyen et long-terme est dramatique pour des familles sans toit, dans des régions où les températures sont déjà négatives. Fort heureusement, dans tout ce chaos, on entend aussi des nouvelles plus réconfortantes : des voisins ou même des étrangers accueillent les rescapés, leur offrent un toit, de la nourriture et du soutien.

 

La Source me ressource

 

Dans quelques semaines, cela fera deux ans que j’écris pour la section française du journal La Source, étendard de la diversité et du bilinguisme à Vancouver. J’écris des articles et je gère bénévolement les réseaux sociaux du média.

 

Deux ans qui m’ont permis de rencontrer des artistes, francophones ou pas, des acteurs remarquables de la communauté, au service de la diversité. Je suis arrivée quelques mois seulement avant la pandémie et le journal m’a permis de rester à flot. Beaucoup m’ont inspiré, sinon tous.

 

J’ai été très touchée de recevoir un message récemment, d’une artiste que j’avais interviewée, me disant qu’elle trouvait l’article très beau et qu’il lui donnait « des ailes ». J’ai failli ne pas finir mes études en journalisme; j’avais été effrayée par la puissance de ce pouvoir et je ne voulais pas heurter qui que ce soit car nous sommes humains et donc soumis à l’imperfection. Heureusement, un enseignant a changé ma perspective et m’a expliqué que les bénéfices que nous pouvions apporter à la société en tant que journaliste, les bonnes initiatives qu’il nous faut mettre en lumière. Je lui suis toujours très reconnaissante de m’avoir rattrapée à ce moment.

 

Tout comme pour l’enseignement, j’essaie de toujours être vigilante par rapport aux conséquences sur l’humain. C’est d’ailleurs pour cette raison que j’ai décidé de reprendre les études, de me former correctement pour pouvoir transmettre correctement. Je ne trouvais pas la bonne volonté suffisante. 

 

Je crois aussi à l’apprentissage en continu. Nous apprenons de tout le monde, jusqu’à la fin de notre vie. Ça sonne un peu comme une vérité de Lapalice mais combien de fois avons-nous entendu des personnes rechigner à se former ou re-former ? À douter ou juger le formateur ou la formatrice ? Je me souviens d’une fois, à Madagascar, d’avoir été recadrée sur ma façon de jouer au badminton par un enfant d’environ 7 ans. C’était vraiment un pro et j’étais vraiment contente qu’il me montre la posture correcte. Mais je sais bien que l’humilité est une valeur désuète aujourd’hui et tant pis pour ceux qui ne savent pas l’apprécier.

 

La communauté francophone de Vancouver

 

Je prends enfin le temps de rencontrer les différents acteurs de la communauté francophone de Vancouver. Entre la pression pour l’obtention d’un permis de travail et le début de la pandémie, je n’ai pas vraiment eu l’occasion de rencontrer beaucoup de monde, dont les institutions francophones. 

 

La Fédération des francophones de la Colombie-Britannique et La Boussole sont des institutions incontournables à Vancouver et j’étais très contente de rencontrer certains de leurs membres. Entrer en contact avec des francophones à l’étranger peut réserver des surprises, autant bonnes que mauvaises et sans doute comme dans d'autres communautés. Lors de mes différentes expériences de migration (Australie, Madagascar, Seychelles et Malaisie), j’ai eu l’occasion de voir certains profils et attitudes revenir, aussi bons que très éloignés de mes valeurs. 

 

Je me souviens d’un Français dans l’un des pays que j’ai arpenté, très égo et ethno-centré, en proie à une solitude telle qu’il voulait se lier d’amitié avec de parfaits inconnus. Il avait très bien réussi, roulait dans de belles voitures mais était délaissé par ses enfants et en souffrait terriblement. Il a disparu lorsqu’il a vu que mon compagnon et moi ne partagions pas cet amour de l’argent et que nous vivions heureux très simplement.

 

Cependant, je pense qu’il était très content de pouvoir exprimer ses sentiments dans sa langue maternelle. J’ai toujours été intriguée par la perte de la langue maternelle. Le terme scientifique est « risque d’attrition de L1 » et existe bel et bien. Apparemment, c’est comment si la langue maternelle se mettait en retrait dans notre cerveau et il faut donc faire beaucoup d’efforts pour retrouver les mots. On n’est pas à l’abri des erreurs mais elles s’effacent une fois qu’on se remet dans un bain linguistique.

 

Le théâtre-forum

 

L’expérience de théâtre-forum avec le projet « Les Éloquentes » pour dénoncer le sexisme est vraiment très intéressante. Cette méthode développée par Augusto Boal a pour but de rendre visible les injustices aux yeux de tous, victimes, oppresseurs, témoins apathiques. C’est une véritable construction collective et sociale. Nous discutons tous sur les différentes issues.

 

C’est un travail intense car nous allons chercher au fond de nous-mêmes. On peut se questionner sur nos actions et inactions précédentes, sur les façons d’avoir réagi ou pas réagi par rapport à une agression. Durant les répétitions, nous jouons nos saynètes mais également les potentielles interventions du public. J’avoue que ça a été une expérience intense pour moi car j’avais l’impression qu’on me donnait soudain un pouvoir trop grand pour moi, le pouvoir de répondre, de ne plus baisser la tête, les yeux, de dire ce que je pense vraiment. Mais c’est aussi terriblement libérateur de pouvoir agir comme on aurait voulu le faire dans la situation donnée.

 

Les représentations sont pour bientôt et j’ai hâte de voir le public s’emparer de ce pouvoir et de réfléchir aux façons de gérer ces situations.

 

L’automne et les saisons 

 

Un séjour à Sooke sur l’île de Vancouver m’a permis de voir beaucoup de couleurs automnales, qui ne se limitent pas seulement aux feuillages des arbres. Les ciels et la mer soumis aux brusques changements du temps sont magiques. L’automne est la saison la plus exotique lorsqu’on vient d’un pays chaud à mon sens. Je sais qu’on évoquera l’hiver et la neige mais les nuances sont principalement limitées au ciel alors qu’en automne, c’est tout l’environnement qui change. Les arbres qui se dénudent et la perte de lumière du jour sont spectaculaires lorsqu’on vient des tropiques.

 

J’ai profité de ma visite à Victoria, plus grande ville de l’île pour aller à la rencontre du centre Issamba. C’est le seul centre culturel africain de la province et j’étais très contente de voir tous ces drapeaux sur le mur et d’y reconnaître les étendards mauriciens et seychellois. Nous avons un drapeau officieux de la Réunion mais il est surtout un clin d’oeil pour la communauté réunionnaise. Je suis africaine. Je suis aussi française, caucasienne, indienne et encore mille autres choses probablement. Je me souviens de ce truc des quarts et de l’identité fractionnée, 10% de ceci ou cela, pour ma part, c’est flou et je me sens tout ça en même temps : française, réunionnaise, africaine, indienne, génétique, culturel, maintenant asiatique via mes recherches sur les racines de mes racines et mon compagnon.

 

J’y ai dégusté l’un des meilleurs chowders (soupe de fruits de mer typique, à base de crème ou de tomate suivant les régions) de Victoria mais au prix d’une odeur tenace de friture sur mes vêtements, comme si les gouttes d’huile étaient suspendues dans l’air !

 

Les anti-vaxx aux commémorations du 11 novembre

 

J’avais déjà été choquée par les réactions des gens qui refusent le vaccin en brandissant la liberté de choix à tout bout de champ alors que des infirmières s’étaient suicidées parce qu’elles pensaient avoir transmis le virus à des patients involontairement. Ces informations mises côte à côte sont tout de même insupportables. En ce weekend de commémoration, des antivax ont perturbé une cérémonie à Kelowna. Est-ce vraiment le moment ? Je plains ces pauvres vétérans qui se sont battus pour cette même liberté, de la voir ainsi foulée du pied pour se dispenser du port du masque ou de refuser un vaccin, si difficile à obtenir et/ou à prix d’or dans des pays moins fortunés.

 

L’écriture, fil d’Ariane... ou de Nathalie

 

Je suis heureuse de faire partie des projets francophones : le théâtre-forum et maintenant l’animation d’ateliers d’écriture à la Boussole. Cet organisme d’aide à la communauté francophone porte un très beau projet portée de la plume, très touchant, des échanges épistolaires, quelque chose de si intime. C’est un drôle de clin d’oeil du destin car j’ai toujours écrit et envoyé des lettres et j’en écris toujours. Beaucoup pensent sans doute que c’est vieux jeu, qu’on lit ce pli soigneusement écrit à la main d’une traite dans un monde au consumérisme galopant. Mais qu’importe, je prends toujours le temps de raconter, de me confier de cette façon si intime à mon sens. Bien que j’adore le son, mes premières amours vont au papier.

 

Écrire à la main à une personne qu’on chérit est un processus particulier aujourd’hui : on prend le temps de penser aux mots formulés, on essaie d’être lisible, bref, on prend du temps pour l’autre. Mais je sais que ce n’est pas du goût de tout le monde, que ça prend du temps et je suis déjà bien contente d’avoir des petits messages électroniques !

Nouveau chapitre

L’écriture de cet article a débuté en mars 2021.

 

La canicule et autres désastres

 

La canicule au Canada, à Vancouver, à Lytton, fait les gros titres à l’international et mes amis, dispersés sur le globe, me demandent si je survis à cet épisode. Ayant vécu à Adélaïde en 2013 et ayant vécu dans la région la plus chaude au monde à ce moment-là, je ne m’attendais pas à vivre ma seconde exposition à un record du monde de chaleur au Canada.

 

J’ai eu la chance de pouvoir rester dans mon basement. A moitié enterré, il bénéficie d’une température constante, comme une cave à vin. Vu que les fenêtres sont semblables à des meurtrières à l’horizontale, l’explosion de lumière qui brûlait tout ce qui bougeait dehors a été tempérée.

 

C’est terrible ce qui s’est passé à Lytton. Non seulement, la bourgade a connu quasiment 50°C mais elle a été totalement ravagée par les feux de forêt. Le nombre de morts subites dues à la chaleur est en constante augmentation, près de 700 aux dernières nouvelles. Les victimes sont surtout des personnes âgées. C’est quelque chose qui me choque profondément. Comment peut-on avoir vécu comme tout le monde, avoir travaillé, avoir eu des enfants, avoir participé à la construction de la société et se retrouver à mourir seul de chaleur ? À Paris, en 2004, ce scénario m’avait tellement choqué que j’ai travaillé pendant l’été comme aide à domicile pour les personnes âgées. C’est un sacré boulot, il faut être blindé psychologiquement mais je ne regrette pour rien au monde de l’avoir fait. Malheureusement, j’ai moins le temps actuellement mais j’aimerais bien pouvoir apporter ma pierre à l’édifice plus tard.

 

L’autre désastre qui sévit en Colombie-Britannique, ce sont les nouvelles découvertes de tombes d’enfants autochtones. C’est un terrible traumatisme pour la communauté et pour tous les Canadiens. De nombreuses églises sont, au mieux recouvertes d’inscriptions en orange (la couleur commémorative de ces découvertes) et/ou en rouge, au pire brûlées. Les experts craignent que cette vague vengeresse ne déferle sur les États-Unis.

 

La piscine

 

Je ne vois rien à la piscine. Ça ne m’a pas empêché de faire des compétitions enfant. Mais je  ne supportais pas la pression. Ma terrible myopie m’empêche également de voir sous l’eau. Mais je glisse dans l’onde, le seul endroit où je me sens bien.

 

Un jour, j’ai eu une séance plus tard, à 8h15. J’ai eu la chance de voir un rayon de soleil dans ma ligne. C’était très beau.

 

J’y vais en moyenne deux fois par semaine. J’aimerais pousser à trois fois mais mon emploi du temps ne me le permet pas pour l’instant. Du coup, j’ai forcé les choses, je continue avec des séances entre 6h30 et 7h.

 

Tout le monde s’émeut de l’heure à laquelle je pars nager. J’avais changé ce créneau horaire pour que cela n’affecte pas mon travail. Puis j’ai pris l’habitude. Il y a une quiétude extraordinaire le matin. Le privilège de voir les premiers rayons du soleil, d’entendre les oiseaux se réveiller.

 

A force d’aller au même créneau, on croise des habitués, avant de devenir soi-même habitué (probablement). Je considère donc ces personnes comme des « amis secrets ». Nous ne parlons pas mais nous nous cédons le passage dans la ligne d’eau, en un sens, nous veillons les uns sur les autres. Du moins, c’est ce que j’imagine. Une communauté silencieuse, unie par l’amour de l’eau.

 

Les cerisiers et la lumière du printemps

 

Pour moi, il y a clairement eu plus de lumière d’un coup. J’ai senti le changement dès le mois de mars où j’ai eu l’impression que le jour s’était levé d’un coup et que tout le monde était sorti d’un coup.

 

Vu que je vis dans un basement et que je travaille dans des salles sans fenêtres, je ne suis plus du tout habituée à la lumière et même au soleil. Au début, il m’a même donné mal à la tête et j’ai du faire attention à bien appliquer de la crème solaire.

 

En revanche, je me suis promenée dans les parcs et c’est extraordinaire. J’ai été fascinée par la soixantaine de mousses différentes du jardin japonais Nitobe à l’Université de Colombie-Britannique. C’est un endroit très apaisant, très proche de ce que j’ai vu à Tokyo. Toutes ces mousses étaient comme des centaines de petits mondes.

 

Cet intérêt pour les mousses n’est sans doute pas totalement fortuit : elles poussent sur peu et survivent en captant des éléments microscopiques, presque intangibles. Est-ce que je me transformerais en mousse ?! La devise de la Réunion est « Je fleurirai partout où je serai portée/plantée ».

 

La lecture

 

J’ai craqué : j’ai racheté des livres. Je préfère aller à la bibliothèque mais les horaires sont un peu compliqués pour moi, le délai de deux semaines est toujours trop court et j’ai la flemme de repousser la date. Puis il y a eu un évènement traumatisant pour la communauté locale récemment : une jeune femme d’une vingtaine d’années a été poignardée par un fou devant son enfant aux abords de la bibliothèque de North Vancouver. J’allais à celle du centre-ville mais tout de même, une bibliothèque ! 

 

Enfin, du coup, je lis « Le ventre de Paris » de Balzac.

 

J’ai aussi chiné à l’Alliance française de Vancouver qui faisait son ménage de printemps.

 

J’ai un truc spécial avec le choix de mes lectures... J’ai lu « Le grand secret » de René Barjavel et ça a eu un sacré écho avec la situation actuelle.

 

J’ai aussi lu le terrible « Né d’aucune femme » de Franck Bouysse. Fort heureusement, pas d’écho similaire dans ma vie mais l’auteur vient de Corrèze, une région que j’ai beaucoup à coeur pour m’y être rendue pendant des années et dans laquelle j’ai de très beaux souvenirs.

 

Je suis en train de terminer « La tête de l’emploi » de David Foenkinos.

 

Je me rends à nouveau à la bibliothèque publique de Vancouver et ça me fait beaucoup de bien de pouvoir à nouveau voir des livres « en personne ».

 

Je repense à mon enfance dans les bibliothèques publiques, un amour insufflé par ma mère.

 

Septembre 2021

 

Le planétarium

 

Nous sommes allés au planétarium et j’ai eu la grande surprise de voir un documentaire assez poussé sur la structure de l’oeil (sponsorisé par Zeiss donc évidemment). J’étais assez inconfortable face à ces découpes du globe oculaire, me rappelant les nombreuses explications de ma rétinopathie. J’ai surtout été touchée par un proverbe que j’avais déjà entendu auparavant mais qui a véritablement résonné à ce moment : « La rétine est aussi surnommée le miroir de l’âme. » Qu’en était-il de mon âme alors ? En effet, en regardant en arrière, elle était un peu en train de se déchirer, de s’effondrer. Le traitement était un peu traumatisant mais salvateur. A ce moment de ma vie, j’ai pris des années à me reconstruire après des évènements très difficiles. C’est fou ce que nos pathologies disent à propos de notre santé mentale !

 

Après avoir laissé décanter ce documentaire sur l’oeil quelques heures, cette histoire de photons voyageant à travers l’univers m’a beaucoup fait réfléchir. Initialement, ce documentaire intitulé « Seeing! » (très parlant dans mon cas) suit la création et le parcours d’un photon à l’autre bout de l’univers jusqu’à ce qu’il arrive au cerveau d’une jeune fille sur Terre. D’une part, ce documentaire donne à ces photons un rôle très actif auquel je n’avais pas vraiment songé. Tout émet et reçoit : les personnes, les pierres, les sentiments ? D’autre part, j’ai aimé dans la narration l’humilité restituée en disant qu’ils avaient voyagé, donc un fragment de galaxie, jusqu’à nous et cela devrait éveiller notre gratitude. J’ai aussi pensé à ces milliards (bien plus mais je ne suis pas scientifique et je n’ai pas le vocabulaire approprié pour parler du nombre infiniment grand à utiliser ici) échanges d’énergie et d’information réalisés partout et tout le temps. Ca me fait penser au symbole de l’infini. L’autre chose qui m’a fait réfléchir est l’iris : lorsque l’âme quitte le corps physique, la fameuse lumière au bout du tunnel que nous voyons ne serait-elle pas « simplement » ce qui existe au-delà de l’iris ? L’iris étant le tunnel...

 

Octobre 2021

 

Ma pause professionnelle a des bénéfices que je n’aurais jamais osé imaginer. J’ai tout d’abord pris soin de moi en affrontant de grandes peurs.

 

L’écriture

 

L’écriture est clairement mon Mont Everest. Je n’ai jamais osé me lancer dans cette aventure de façon officielle. Bien sûr, j’écris ce blog mais ce n’est pas pareil. J’ai démarré un atelier d’écriture avec l’Alliance de la francophonie des femmes canadiennes en septembre et c’est extraordinaire. J’ai senti beaucoup de soutien des organisatrices et un beau partage avec les autres participantes. Les ateliers m’ont beaucoup apporté et je suis maintenant dans la phase de rédaction, avant remise du manuscrit en décembre.

 

Je reprends l’écriture de mon blog, que j’avais délaissé faute de temps mais c’est comme si un engrenage s’était mis en route. J’ai été contactée pour mener un atelier d’écriture à mon tour ! C’est drôle la vie...

 

Je suis également en train d’écrire une mini-série de podcasts sur l’intangibilité mais le projet en est encore à ses débuts. Je l’imagine bilingue, peut-être avec une touche pédagogique car j’aime transmettre mon amour de la langue française.

 

L’opération

 

J’ai aussi fait une opération pour corriger ma myopie. Ma période de convalescence était très intense. J’ai documenté cette très grande étape de ma vie. Je suis dans le processus d’écriture et je ne sais pas encore ce que je vais en faire mais je souhaite partager cette expérience avec autrui. Clairement, c’est un travail sur la gratitude, devenu colonne vertébrale de ma vie, notamment professionnelle.

 

Je m’intéresse de très près à l’Institut National Canadien pour les Aveugles. J’ai recontacté le comité de l’association Valentin Haüy, que j’avais déjà contacté en 2016. Ils cherchaient des donneurs de voix, une annonce entendue à la radio. Je souhaitais m’engager mais mes nombreux voyages n’offraient pas les meilleures conditions pour l’enregistrement des livres audio. Maintenant que je suis enfin plus stable, je suis en train d’enregistrer un test.

 

Les opportunités

 

Je collabore sur des projets comme « Les Éloquentes », un projet de théâtre-forum de Réseau Femmes. Je découvre les principes du Théâtre invisible et du théâtre de l’opprimé d’Augusto Boal avec la réalisatrice Nathalie Lopez-Gutierrez.

 

Je continue ma collaboration avec La Source et cela fera bientôt deux ans que je suis dans cette belle aventure avec le journal communautaire vancouvérois.

Flashback

Une élève m’a récemment rappelé que j’avais commencé ce blog il y a 10 ans. 10 ans que j’essaie d’écrire, de façon plus ou moins régulière.

 

2021 démarre et je regarde dans le rétro. Que se passait-il dans ma vie il y a 20 ans ? Je prenais ma petite valise pour quitter à 17 ans la maison et arriver le jour de mes 18 ans à Paris, quelques jours avant que la panique des attentats ne s’empare de Paris et que je ne devienne l’objet de regards inquiets et d’insultes, que je me frotte au racisme (que j’avais déjà connu auparavant) d’un peu plus près. J’ai aussi réappris à vivre dans un pays au climat tempéré, voir mon corps réagir aux différentes saisons. Suivirent de nombreuses aventures, drôles, dures, incroyables mais surtout formatrices. 

 

Que se passait-il 10 ans plus tard ? Je prenais à nouveau ma petite valise pour aller à l’autre bout du monde (uniquement comparé à Paris), en Australie. Encore une fois, ça a été très exaltant. J’ai eu la chance de travailler dans des secteurs très différents et de rencontrer beaucoup de personnes très intéressantes. Et j’ai bien de la chance d’être toujours en contact avec certaines d’entre elles. J’ai rencontré mon élève zéro, comme il y a un patient zéro, celui avec qui l’aventure de l’enseignement a commencé.

 

Je me souviens de la rencontre avec son père, qui m’a vendu une caméra vidéo et qui me demandait si je donnais des cours de français. Evidemment, j’ai pensé qu’il s’agissait d’une simple boutade, voire même d’un argument commercial. Mais non. J’ai donné mes premiers cours de français à ce jeune homme d’origine vietnamienne en Australie. J’ai découvert la passion contagieuse de la transmission. J’ai voulu bien sûr l’aider sur la grammaire mais j’ai voulu lui donner plus, plus d’éléments sur la culture française.

 

Cet élève zéro a déclenché un processus de réflexion qui a mené à des actions. Comment transmettre au mieux ? J’ai agi 5 ans plus tard. J’ai démarré ma formation de DAEFLE puis, trouvant que je n’avais pas assez de bagage, j’ai entamé mon Master FLE. De façon assez cocasse, j’ai démarré ma première formation, le DAEFLE, sans emploi dans ce domaine. Puis, le hasard a voulu que cette formation s’accorde totalement avec un programme de coopération régionale.

 

Puis j’ai entamé mon Master FLE, en démarrant une autre expérience dans un centre de langues. Un Master à distance commencé en Malaisie et terminé au Canada.

 

Il y a 20 ans sortait « Les fabuleuses aventures d’Amélie Poulain ». Je me souviens d’avoir été éblouie par ce bijou cinématographique à la Réunion, avant de savoir que je devrais faire le choix entre une classe préparatoire aux grandes écoles à la Réunion et la Sorbonne, seule université métropolitaine à m’avoir répondu favorablement. Je passais aussi mon bac cette année-là. La première édition d’épreuves du bac alignées sur les horaires de métropole (soit en début de soirée pour certaines épreuves) et la dernière année d’un format avec toutes les épreuves en fin d’année (les épreuves sont maintenant plus étalées).

 

Je n’aurais jamais imaginé me retrouver aujourd’hui au Canada, à Vancouver, sur le point le plus opposé à la Réunion sur la planète. Je ne suis jamais vraiment projetée dans le futur : j’ai toujours eu tendance à vivre dans le présent et j’essaie d’y rester.

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