Les petits boulots

 

 

Les petits boulots semblent parfois être toute ma vie. Je n’en ai pas tant fait que ça mais assez pour la carcasse que je suis.

 

Ma meilleure expérience a été la première. J’avais 18 ans et je venais de débarquer de la Réunion. J’avais arrêté la fac à cause de soucis personnels et je devais trouver un petit boulot. Heureusement pour moi, les services sociaux m’ont trouvé ce boulot en banlieue. C’était une

 

agence de l’ANPE (maintenant Pôle Emploi) à Villejuif. J’étais agent d’accueil.

 

Mon métissage faisait penser aux gens que je venais d’Afrique du Nord, d’Amérique du Sud, d’Inde ou de je-ne-sais-où. Ils me faisaient venir de là où ils voulaient.Ce n’était pas toujours facile parce que certaines personnes pouvaient être aggressives, angoissées et attendre des

 

versements. A cette époque, l’ANPE ne gérait pas les allocations. Mais certaines personnes ne le savaient pas ou ne voulaient pas le savoir.

 

On avait un téléphone gratuit que tout le monde pouvait utiliser. Un jour, il y a eu une dispute autour de ce téléphone. Un homme a donné un coup de boule à une femme. Elle saignait et j’ai couru chercher un homme. Une femme m’a arrêté et m’a dit : "Mais vous devez faire quelque chose !" Pfff….

 

Un autre jour, un sans-abri était prêt à me baiser les pieds parce que l’agence lui a donné une seconde chance.

 

J’ai finalement quitté ce boulot. Pas à cause des gens mais à cause des collègues. C’était trop dur de travailler dans cette tension palpable. Ca remplissait l’atmosphère.

 

Mon deuxième petit boulot intéressant a été l’aide à domicile pour les personnes âgées.Je faisais le ménage, leurs courses et parfois, je discutais juste avec elles. A la fin, c’était quand même épuisant. Le ménage et les émotions.

 

Je n’ai jamais vraiment connu mes grand-parents, des deux côtés.

 

Une femme était vraiment méchante. Une vraie ‘Tatie Danielle’. Pour ceux qui n’ont pas vu le film, courez-le voir. Je nettoyais son appart’ et elle rendait la tâche vraiment ardue, se plaignait tout le temps, sabotait mon travail… Je me sentais vraiment comme sa vilaine domestique. Pour moi, son visage reflétait sa haine. Mais à la fin, elle pleurait de me voir partir. Elle m’a dit : ‘J’espère vraiment trouver quelqu’un aussi gentille que vous.’ J’ai été très surprise par ce retournement de situation.

 

Mon crève-coeur, mon tremblement de terre émotionnel, a été un homme. Pierre. Il ne pouvait pas beaucoup bouger, pas parler clairement. Je préparais son déjeuner tous les jours. Le chocolat lui était formellement interdit mais c’était son souhait le plus cher. J’ai craqué; c’était trop dur de ne pas lui refuser cette faveur. Et tous les jours, il cachait du chocolat dans mon sac. Je ne pouvais pas accepter, c’était une règle de l’agence. On pouvait avoir des soucis après, des vieux pensant qu’on les avait volés (et malheureusement, ça pouvait arriver).

 

J’étais intriguée par cet homme dont les murs étaient recouverts de cartes postales, posters et autres images du monde entier. Quel genre de vie cet homme avait eu ? Qui était-il ? Une fois, j’ai osé lui demandé de parler de son passé. Il était traducteur-interprète. Il a eu un AVC et a perdu la majorité de ses souvenirs. Je me sentais si triste pour cet homme qui devait avoir vécu des choses incroyables !

 

Je me souviendrais toujours de me dernière visite chez lui. Je pleurais en faisant sa vaisselle.Je m’étais attachée à lui. J’étais triste et en colère de le voir seul. Et quand j’ai fermé sa porte pour la dernière fois, j’ai pensé que je pouvais être la dernière personne à le voir en vie.

 

Une autre femme m’a marqué. L’agence nous donnait des sortes de fiches d’identité de nos clients avec des recommandations, des besoins spécifiques, etc. Celle-ci était quelque chose comme ‘mauvais caractère’. Et elle l’avait ! Je devais monter ses 7 étages à pied avec ses courses à cause de son ascenseur en panne et elle se plaignait encore.

 

Je l’ai vu deux fois. Le seconde fois, elle était complètement différente. Elle était tranquille, presque sympa et a beaucoup parlé de sa vie, de son arrivée et de ses attentes de jeune fille sur Paris. Le jour d’après, elle était morte.

 

J’ai eu d’autres expériences.

 

J’ai été hôtesse d’accueil pour une grosse agence sur Paris. C’était assez strict et la fille simple et parfois masculine que j’étais (suis) a débarqué dans un monde très différent. Je devais porter des talons hauts (qui me tuaient le dos et les pieds), du maquillage et un uniforme et je devais m’attacher les cheveux.

 

Prendre le métro habillée comme ça n’était pas ce que je préférais. Pour casser le côté trop femme, je portais des ballerines.

 

Certains hommes étaient vraiment sûrs de leur pouvoir de séduction sur une hôtesse d’accueil. Mais messieurs, la vérité est que vous êtes vraiment trop fats. Ni vos mouvements de sourcils, vos regards de mâle et vos bagouzes en or ne n’ont convaincues. Ils (hommes et femmes) pensaient aussi que nous étions décérébrées. Et ils ne se doutaient pas que nous étions pour la plupart étudiantes en architecture, business et autres. Ils pensaient aussi que nous étions en plastique ou matière non-organique. Une fois, en hiver, ils m’ont mis à l’extérieur au Louvre dans un courant d’air glacé. Je pense que je devais juste avoir une écharpe.

 

J’avais commencé une chanson là-dessus…

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