Epilogue

Le retour est en demi-teinte. Il était très attendu et redouté. J’ai quitté des amis, dont nos colocataires (et c’est quelque chose de ne plus voir les personnes avec lesquelles nous vivions tous les jours).

 

Jusqu’aux derniers instants, la demi-teinte a été là. Sur le pas de la porte, alors que nous quittions notre colocataire, deux enfants mendiants nous demandaient de l’argent. Nous n’avons rien donné, refusant de soutenir le système et l’un des enfants nous a fait un doigt d’honneur lorsque nous nous éloignions dans notre taxi. Jusqu’à ce que nous arrivions à l’aéroport, je craignais que le chauffeur de taxi ne nous emmène dans un coup fourré.

 

 

 

Recul

 

 

 

C’est vrai, il y a l’avant et l’après Madagascar. Ca change en mieux et en moins bien. Ca change tout court. La violence est partout, s’insinue comme la poussière de la ville et crisse sous la dent.

 

Nous sommes soulagés d’être rentrés. Antananarivo m’a fait penser à une plante carnivore géante, la Dionée, qui a refermé ses pétales acérées sur les humains.

 

L’arrivée à la Réunion m’a fait l’effet d’un rêve. Il y avait quelque chose de très surréaliste ; tout était propre, dégagé, l’air sain. Je voyais l’horizon et la mer et les sons étaient bien plus doux.

 

 

 

Violences : toujours, encore, partout

 

 

 

J’ai quitté des formes de violences, dont la violence sournoise. Le Sommet de la Francophonie, bulldozer de l’argent, est une pression insoutenable et méprisante et méprisable sur la population locale. J’ose à peine imaginer ce que pense la classe moyenne et les pauvres qui voient des bus flambants neufs, des mesures, du matériel fleurir alors que ces efforts pour le bien commun ne leur ont jamais été octroyés auparavant.

 

Je lutte contre la culpabilité d’être partie mais je ne suis pas indispensable.

 

C’est « drôle » car une autre forme de violence m’assaille ici. La violence d’un retour dans un système plus riche où la conscience est moindre. Du coup, la responsabilité non-assumée dans un pays où tout est encore préservé, mis à côté de ce que pourrait être, le scénario catastrophe avec la ville d’Antananarivo…

 

La verrue de la lâcheté est encore plus visible sur le visage de notre société. Personne ne se soucie de la politique, chacun préfère s’occuper de sa petite vie, de ses prochains achats de Noël, et qu’est-ce qu’on va mettre comme décoration sur la table, et quelle nouvelle voiture je vais m’acheter et est-ce que mon prochain smartphone sera rouge ou tigré…

 

 

 

Examen en ligne de mire

 

 

 

Je vais pouvoir passer mon DAEFLE (Diplôme d’Aptitude d’Enseignement du Français Langue Etrangère). Je craignais qu’il ne soit trop tard mais finalement, il a été possible que je m’inscrive pour l’examen final. Je suis toujours un peu fatiguée mais trop motivée pour laisser passer ma chance.

 

 

 

La réussite

 

 

 

Des stagiaires me remercient encore pour ce que j’ai transmis et ça me touche profondément. Je dis ça avec une sincère satisfaction et non pour gonfler mon ego. Si j’arrive à insuffler un peu de confiance en soi à d’autres personnes, c’est un grand pas ! J’ai mis beaucoup de temps à moi-même prendre confiance. Je me souviens des professeurs et autres personnes qui m’ont guidé là où je suis aujourd’hui et je leur suis très reconnaissante.

 

C’est la plus grande réussite dans nos voyages : voir que ceux qui sont devenus nos amis ont réussi et si nous avons pu participer à leur avancée, c’est encore mieux.

 

 

 

Retour

 

 

 

Je commence à me détendre et à retrouver mes repères. Nous étions toujours sous tension les premiers jours, ayant toujours nos réflexes et l’empreinte du quotidien tananarivien en nous. C’était bon de revoir la famille et les amis. Nous n’avons pas encore vu tout le monde ; nous y allons au fur et à mesure.

 

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